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« dos, qui a toujours fourni les contingents demandés. Il est « vrai que les troupes étaient exténuées de fatigue, et que, peu « accoutumées à un service réglé, elles n*ontpas sans doute en- « tendu Tordre que l'adjudant-général Héron, qui garde la « copie de tous ceux que j'ai donnés, a fait publier avec la « plus grande exactitude.
« Cepefidant le colonel Dumont, commandé comme on vient c( de le voir, désolé de n'avoir pas pu réunir le détachement que « j'avais mis à ses ordres, partit seul et fut à la découverte jusce qu'à la vue de Pacy. Le rapport qu'il roe fit n'avait rien d'inif quiélant; mais ne pouvant obtenir le service que j'avais « commandé, je désespérais pouvoir conserver Evreux, el tt voulant éviter le pillage qu'un simulacre de défense n'aurait « pas manqué d'attirer sur cette ville, voulant d'ailleurs rett mettre en entier au général WimpflTen, les troupes départe- « mentales dont il m'avoit confié le commandement, assuré tf qn'à sa voix les défenseurs de la liberté seraient animés « d'une nouvelle ardeur, je me rendis à l'administration de « l'Eure, après avoir dressé avec les commissaires civils ïe « procès-verbal de l'inexécution de mes ordres: l'évacuation de (( la ville d' Evreux fut arrêtée. Je fis les préparatifs de la re- « traite, et elle fut exécutée en assez bon ordre : je sortis le « dernier de cette ville, après avoir va défiler devant moi les « chariots et bagages, et les troupes.
a Je n'oublierai pas de dire que plusieurs citoyens d'IIIe-et- (( Vilaine me proposèrent de raaicher avec moi, et de prendre <c une position pour défendre la Ville : j'y consentis ; je fis plus; « je donnai à l'ordre la proclamation suivante :
« Les braves républicains se montrent : le mot de retraite « indigne leur courage. Que les lâches, à'il y en a, prennent Cl la fuite ! la liberté de se retirer est donnée à tous.
(( Mais lorsque les préparatifs de retraite que la prudence « commande seront faits, qu'il se présente seulement six cents ce braves républicains en bon ordre, je marche à leur tête, « et nous périrons ensemble, ou nous montrerons qu'il ne
« fflut pas compter le nombre, quand on esl assuré du couci rage !
« Je n'ai appris que le 17 juillet, à mon arrivée à Llsieux, « que le bataillon de la Mayenne m'avait adressé à Evreux uue « pétition signée de plusieurs de ses membres, par laquelle les « braves Mayennais me proposaient de rester dans la ville, et <( de me suivre partout où je voudrais les conduire : cette pièce it ne me fut pas remise, et comme je viens de le dire, la re^ « traite s'effectua-
« Je connaissais à la Uivière^Thibouvllle , un poste inatta^ « quable; je me proposais de m'y retrancher et d'y attendre a le général en chef : j'en donnai l'ordre, il ne fut pas « reçu plus que les autres. J'ai donc continué ma route sur <( Lisieux, dénué de tous les agents qui m'étaient nécessaires, <( entravé par les manœuvres de la malveillance, qui a été « telle qu'on a donné de faux ordres sous mon nom pour « faire partir les vivres en avant et pour affamer l'armée, ainsi <{ qu'en a reçu le citoyen Daviel, capitaine des charrois et « autres. Obligé de chercher tantôt de la farine, tantôt des race fraîchissements, de faire des marchés de fourrages, etc. etc. « j'ai pourvu à tout, j'ai répondu aux demandes sans nombre <( qui m'ont été faites. Je ne me suis pas permis up instant de « repos, et je suis parvenu, au milieu d'un désordre, tel que « peut-être on n'en a jamais vu de pareil, à remettre au générai a en chef et aux départements réunis , toutes les forces, baga- « ges, canons, munitions, et subsistances qui m'avaient étécon- « fiés; en outre toute l'artillerie de l'Eure, et la caisse de ce « département, contenant plus de 1,100,000 liv.
« Je dois un éloge public aux citoyens: Dumont, colonel des a chasseui's à cheval ; Leroi, commandant le sixième bataillon <( du Calvados ; Jambiuet Delespine, de l'Ille-et-Vilaine; Pin- « chard, de Caen; à l'adjudant-général Héron; au commisci saire-ordonnateur Brisois (Le Brisois-Desnoiresterres) ; au « citoyen Lacouture, commandant de Caen; et à beaucoup a d'autres qui ne ^ont pas présents à ma mémoire, ou dont
« j'ignore les noms, mais qui, témoins de ma position et de ma « conduite, ont employé tous leurs efforts pour me seconder.
« Je ne parle pas des citoyens commissaires civils des dé- « parlements. Unissant à la sollicitude de l'administrateur le « courage du guerrier, ils ont animé par leur exemple, soute tenu par leurs discours, et consolé par leurs soins vraiment « paternels.
« Citoyens, ce récit n'est point une justification ; ce mot « n'est pas fait pour moi : c'est un compte exact que personne « ne pourra démentir, et que je vous devais. Je m'en suis ac- <( quitté. Quand on a fait tous les sacriflces que j'ai faits à mon <( Pays*, il n'en reste plus qu'un à faire : ce sera pour moi « le plus doux.
« A Lisieux, ce 21 juillet 1793, Tan deuxième de la Répu- « blique Française.
« Le Général de brigade,
« Joseph PUISAYE.
Page 25, lig. 27. — 11 parlait fort légèrement de notre surprise
Wimpffen était naturellement fanfaron. Le 10 avril 1793, il écrivit de Cherbourg h son frère : a Je commande un corps « d'armée sur les côtes ; cette armée consiste en ma personne (( et mes deux aides-de-camp, et cependant, si les quinze mille « aventuriers rassemblés vis-à-vis de moi venaient à faire une « descente, vous liriez dans les gazettes que j'en ai fait un « hachis ; je vous le jure *. »
* « J'observe qu'on a pillé chez moi pour plus de 200,000 livres, et « que mes fonds confisqués s'élèvent à 600,000 livres. Maintenant qu'on « me calomnie ! »
* Courrier de Strasbourg^ n" du 26 avril 1793.
Page 26, lig. i, — Le moyen de réparation qu'il
mit en œnvre
Il est évident que , dès cette époque, Witnpffen cherchait h parlementer. Le 18, il écrivit à TAssemblée de Résistance :
« Citoyens,
« Votre collègue, le citoyen Varin, vous rendra compte de « l'esprit qui règne ici. Quant à moi , je me borne à vous dire « que j'ai eu aujourd'hui une conversation avec des adminis- (( trateurs sages, et qui, ainsi que moi, ne désirent que la paix « et la concorde. L'on accrédite partout que les motifs osten- « sibles de notre marche cachent le projet de remettre un roi « sur le trône ; que les troubles de la Vendée ont commencé (1 comme ceux du Nord-Ouest de la France, etc. Ces administ< trateurs m'ont sondé sur ce que je pensais d'une conciliation a qu'ils croient possible ; je leur ai répondu que je n'étais que <( l'épée et que cette question ne pouvait être résolue que par « le Comité Central des Déparlements Réunis; que si l'on me (( nommait pour parlementer, je resterais dans les bornes pres- (( criles par ceux qui m'auraient commis ; mais que , si l'on « m'attaquait, je me défendrais de tous mes moyens. Je leur ai « promis de vous faire part de cette ouverture, même de leur « communiquer ma lettre, afin qu'un jour h venir, on ne pût « point m'imputer de m'être tu ou d'en avoir dit trop *. »
Le lendemain 19, sans attendre la réponse, Wimpffen envoya au commandant de l'armée parisienne des proclamations accompagnées de ce billet :
« Le général Félix Wimpffen au général commandant de (( l'armée parisienne, salut.
« Voulez-vous la guerre civile ? Avancez. Ne la voulez-vous
1 Collection de M. Renard.
« pas ? n'enfreignez point le tertiloire du Galvadoç. Sous peu
« Ton s'expliquera. En attendant , lisez ces proclamations. J'ai
n voulu prévenir de grands malheurs ; les voudriez-vous faire
« naître * ? »
Wimpffen recevait, presque au môme moment , le message suivant, qui lui apprenait que l'Assemblée Centrale persistait h soutenir la lutte. Cette lettre ne parle en aucune manière des troupes normandes, et annonce que l'espoir dn Comité se fondait uniquement sur les compagnies bretonnes :
« Citoyen général ,
« L'Assemblée Centrale a entendu avec peine le rapport qui a lui a été fait par le citoyen Varin ; ce rapport et votre lettre « lui prouvent que le sentiment de découragement domine ence core une partie de nos bataillons ; citoyen général, c'est à « vous, c'est h la juste confiance que vous inspirez à ces ba- (( taillons , à dissiper une impression aussi nuisible à la chose « publique. Les courageux bataillons de la Bretagne se sont « réunis pour la sauver ; ils en ont fait le serment ; leur courage, « leur fidélité , leur amour de la patrie, si bien éprouvés, nous c< répondent qu'ils n'abandonneront pas leur sainte et glorieuse « entreprise : reculer, ce serait la rendre peut-être impossible; «i ce serait décourager tous les bons patriotes ; ce serait donner « à un odieux et méprisable ennemi l'idée d'un triomphe qu'il « ne doit pas obtenir, tant que les fiers et généreux Bretons « auront des armes ; citoyen général, pour prévenir ce malheur t( de la patrie, il ne faut que représenter à ces généreux citoyens t< qu'ils sont sa dernière espérance ; dites-le leur donc, avec « toute l'énergie dont vous êtes capable; vous trouverez, nous « en sommes sûrs, tous les cœurs disposés à vous entendre et à « vous obéir. « L. - J. Roujoux , président,
« Le Gravereni), secrétaire. * »
« Moniteur, iV* du 24 juillrt 1703.
2 Collection de M. Renard.
Page 27, lig, 4. — L'assemblée dite d'insurrection s'était dissoute
L'Assemblée ne s'élait pas positivement dissoute, Tadministration du Calvados avait seule fait scission, le 20 juillet, en acceptant la Constitution \ L'Assemblée Centrale, résolue à lutter encore, songea à transporter le foyer d'insurrection en Bretagne et prit, le 2/*, l'arrêté suivant :
« L'Assemblée Centrale, considérant que les pouvoirs, qu'elle « tient du peuple n'ont d'autre objet que de rétablir l'intégra- « lilé et la liberté de la Convention, de détruire l'anarchie, de « fraterniser avec le Parisien et non pas de le combattre ;
« Considérant que l'armée de la municipalité de Paris qui <c s'est opposée au passage des forces départementales, ne laisse « que le choix entre la guerre civile et la retraite ;
« Arrête :
« 1o Que les forces départementales partiront incessamment « pour se rendre h Rennes ;
a 2^* Qu'elles resteront réunies en ladite ville de Rennes, jus- « qu'à ce que le peuple ait émis son vœu sur leur destination « ultérieure;
a 3« Que l'Assemblée partira avec la force armée et l'accom- « pagnera jusqu'à Rennes où elle tiendra ses séances ^ »
Les bataillons bretons et les autres insurgés partirent effectivement pour Rennes, mais ils trouvèrent la Bretagne soumise et se dispersèrent.
Dès le 25 juillet l'Assemblée Générale du Calvados prit un arrêté ainsi conçu :
<( L'Assemblée Générale arrête que la municipalité de Caen « est invitée à convoquer les sections de la ville pour ce soir :
* Archives du Calvados et Archives municipales de la ville do Caen. 2 Archives du Calvados.
— 2SiI —
« l'objet qa'elie voudi-a bien mettre à lu décision de» citoyais « sera de savoir s'ils persistent il demeurer ea état d'insorree- « tion, ou s'ils y renoncent, la municipalité fera passer de (( suite à r.Vssembiée Générale le irésultat de» déUbârationsies (c sections*. )>
Ce résultat ae se fit pas attendre : les sectioosy. à l'exception de celle de PUnion qui bésita quelques io«rs, déclarât immédiatement qii" elles cessent d'élre en état d'iusurreetioa^, tes administrateurs du Département réii'îurtent aussitùL leurs arrêtés des 9 juin et jours suivants, les officier municipaux suivent leur exemple% tous les autres fonctionnaires et les bommes compromis dans le mouvement Lnsurrectioaael en font autant* La collection de ces rétractations^ conservées aux archives du Calvados et aux archives municipales de la ville, compœerait à elle seule un dossier énorme ; elles sont toutes résuméesr dans \m écrit que les habilants crurent devoir publiior qiieiq^ tsnps après pour leur justification.
Frécia des causes de rinsw^rectian du dè-partement du Calmutas, et de ta oilJe de Caen en jtœ^ticuUer^
« Au moment où la Convention va prono«€«r aor le sort u des citoyens qui ont piis quelque port dans riaannnstion « du département du (.'alvados, les citoyens de la vilfe de Caen a croient indispensable de ferre connaître ti leur* fuges tes u motifs qui les ont déterminés à une mesure à précipitée et u aussi dangereuse par ses suites.
« Ces éclaircissements leur semblent d'autant pin» nécesc< saires qu'il une certaine distance on les confond avec des « villes rebelles à qui L aristocratie ou k fédéraliane ont mis (4 les armes à la main. iVléme en s armant contre Uautorité lé-
* AiTlùvos (iu (lalvado!*.
^ ^krhives municipales de ia viil© de Caeii.
' \i'chiv«» inuiiici paies- dti la ville de Coen.
« gitime, ils n'avaient pas cessé d'être des républicains purs ; a leur projet, ils le jurent par l'honneur et l'amour de la li- « berté qui n'ont jamais cessé de les animer, élait de voler à « la défense de la Convention, qu'on leur avait fortement « persuadé être influencée, et même sur le point d'être anéan- « tie par une faction liberticide*
« La première cause de leur égarement fut les papiers puer blics, entr'autres le Courrier de Gorsas, qui trop longtemps « a été l'oracle des citoyens de Caen. Les membres les plus a purs de la Convention qui siégeaient à la Montagne, y « étaient peints comme des tyrans qui voulaient replonger « leur patrie dans les fers, comme des dictateurs, comme des « royalistes déguisés, qui n'avaient fait tomber la tête de Louis « que pour placer d'Orléans sur le trône. Ils soupiraient avec a tous les Français après une constitution républicaine qui leur « épargnât l'affront d'obéir à un maître, après avoir juré de « vivre libres ou de mourir.
« A l'époque de la bienfaisante révolution du 31 mai, du 2 « et 3 juin, ils crurent que des fers nouveaux allaient peser sur a eux. Leur courage égaré murmure, tous les citoyens se « réunissent subitement dans leurs sections respectives; une « députation composée de membres pris dans les corps admi- « nistratifs, les sections et les sociétés populaires fut envoyée « à la Convention pour s'éclaircir des faits.
« C'est ici la seconde cause de leurs malheurs. Ces comc( missaires qui auraient pu calmer les esprits, trompés par les « assertions de mandataires infidèles et justement proscrits, « firent à leur retour, à leurs commettants, le rapport le plus « effrayant et le plus calomnieux. Selon eux, l'intrigue" seule « dominait dans un chaos informe ; la municipalité de Paris (( s'était saisie de tous les pouvoirs, et paraissait vouloir deve- « nir une seconde Rome. Ils se répandirent dans la ville, en « donnant l'alarme à leurs concitoyens. On sonna les sections « au milieu de la nuit. La corporation dite des Carabots fit « battre sa générale. Tous les citoyens se rendirent aux lieux
(T destinés à leurs rassemblements. La crainte de perdre leur « liberté, cette divinité bienfaisante qu'ils se plaisaient à en- « censer ne leur laissa voir qu'un parti dans ce commun dan- « ger. Les sections se déclarèrent en état d'insurrection et « de résistance à l'oppression, conformément à un article des c< droits de l'homme. Des commissaires nommés par elles se a. rendirent avec leurs procès-verbaux à la maison commune, a et entraînèrent les officiers municipaux au Département, où « on les força, après qu'ils eurent encore vainement tenté <c de calmer l'effervescence, de céder au torrent qui les maî- « trisait, en donnant leur adhésion h une mesure dont ils préce voyaient les suites désastreuses.
c( Le maire Duclos Le Goupil voulut donner sa démission, c< elle fut refusée par le corps municipal, qui menaçait de se « retirer aussi. Un des grands motifs qui les décidèrent à reste ter à leur poste, fut l'espoir d'empêcher un peuple furieux de « se porter à quelqu'extréraité contre les représentants Bomme « et Prieur, qu'on venait d'amener de Bayeux pour les garder « en otage à Caen.
c( Le lendemain, le maire employa encore toute la force de « son éloquence devant une grande partie de ses concitoyens (c qui s'étaient portés au Département; l'esprit de vertige qui « les possédait ne leur permit pas de l'entendre ; plusieurs fois « même sa vie fut en danger; enfin, ni lui, ni ses collègues, ne « donnèrent leur signature que pour empêcher de plus grands « maux. Ces faits sont connus des citoyens Bomme et Prieur. « Ce maire respectable, ce citoyen vertueux gémit dans une « maison d'arrêt depuis plus de deux mois. Ses juges sont « justes, sa liberté lui sera rendue. S'il était possible qu'il fût « réintégré, la Convention ferait un présent bien précieux àla a ville de Caen.
« Un comité, dit de Résistance à V Oppression^ fut organisé. « Plusieurs ciloyens estimables y furent portés malgré leur « répugnance ; mais la force les dominait. D'autres étaient de « bonne foi, animés d'un sincère patriotisme, ils croyaient se
« dévouer pour sauver leur patrie et empêcher la Révolution de « rétrograder.
« Le citoyen Cliatry l'aîné, notable, est une de ces victimes a infortunées ; personne, peut-être, dans la ville de Caen, n'a (( autant fait de sacrifices pour sa patrie et ses concitoyens ; « son temps, ses veilles, une partie de sa fortune. Jamais il ne « s'est démenti ; toujours il s'est montré à la hauteur des cir- « constances; il s'est surtout articulé avec énergie, lorsque « l'aristocratie a osé lever la tête dans la ville, h l'époque du « mois de novembre 1791. Un instant d'erreur ou de faiblesse « lui féra-t-il perdre le fruit de quatre années du patriotisme « le plus pur. La Convention justement sévère contre les enci nemis de la patrie, ne voudra pas priver la République d'un c< de ses défenseurs, une famille infortunée d'un époux et d'un c( père. L'erreur ne fut jamais un crime.
a La plupart des commissaires envoyés dans les départec( ments, étaient des hommes faibles et trompés, mais de vrais c< sans-culottes, tels que le citoyen Boizerard ; depuis le com- <f mencement de la Révolution il s'est dévoué tout entier à la a chose publique. 11 a négligé totalement le soin de son com- « merce. Son seul fils en état de porter les armes, était du « nombre des défenseurs de Mayence ; actuellement il est son « garde-malade, et peut-être aura-t-il la douleur de le perdre « des suites de ses fatigues.
« Cet échafaudage d'insurrection aurait été dissout aussitôt
ic que formé, parce que la lumière de la vérité commençait à
ce percer dans les départements, sans l'arrivée des députés, du
c< nombre de ceux que la Convention Nationale avait mis en état
« d'arrestation, et qui, sans doute, avaient trompé nos com-
ii missaires sur l'état de la Convention, pour nous faire épouser
« leur cause et servir leurs vengeances particulières. Ils se
« présentèrent aux sociétés populaires, employèrent une élo-
« quence perfide pour exalter les têtes. Pour affermir les ci-
a toyens dans la résolution qu'ils avaient prise, ils ne cessaient
« de leur représenter que leur souveraineté était compromise.
« qu'ils devaient réclamer leurs droits. Ils ajoutèrent beaucoup « de détails insidieux aux rapports des commissaires ; entre « autres, que tous les membres purs de la Convention seraient « et étaient peut-être déjà poignardés par le peuple de Paris. « Qu'eux, fidèles h leur serment, n'avaient quitté leur poste « que pour leur conserver des défenseurs àla liberté ; que bientôt a la grande majorité qui avait pris le même parti qu'eux, se c( réunirait dans une autre ville avec les suppléants, et que là « serait la Convention Nationale.
ce Le danger de la patrie présenté sous un point de vue aussi « alarmant, excita l'énergie des bons républicains. Dans le « premier moment tous voulaient s'inscrire pour se rendre à « Paris, non pour combattre les habitants de cette ville qui « ont tant fait pour la Révolution ; on avait bien soin même de « les leur représenter, comme livrés eux-mêmes aux poignards a des brigands étrangers ; mais fraterniser et seconder leur c( courage, pour rendre aux Représentants de laNation toute la « plénitude de leur liberté.
Voilà l'exposé vrai d'une affaire malheureuse qu'on a tant « cherché à dénaturer, jusqu'à nous supposer le projet de récc tablir un roi, et d'avoir arboré la cocarde blanche : nous sa- « vons que ces assertions calomnieuses ont été imprimées dans a plusieurs journaux ; comme s'il était possible que les cice toyens de Caen, qui, depuis le commencement de la Révolu- « tion, s'étaient montrés les dignes émules de la fille aînée de « la République, qui avaient chassé de leurs murs les aristo- « crates et les factieux, fussent devenus tout-à-coup des contrece révolutionnaires ou des fédéralistes, des traîtres dignes des « derniers supplices,
({ Les Guadet, Ruzot, Pétion, Gorsas, etc., continuaient, avec c( une éloquence perfide, de calomnier la Montagne, qui seule « devait sauver la patrie. Leur rage soutenue commença à ou- « vrir les yeux des citoyens de Caen ; bientôt plus instruits, ils « leur arrachèrent leur masque hypocrite ; on ne vit plus en « eux que des ennemis méprisables ; on se hâta d'arrêter les
« suites désastreuses d'une démarche inconsidérée. La Gonsli- « tutioD fut présentée aux sections et acceptée à TunaDimité, c( avant même le retour du détachement qui avait été envoyé à « Evreux. Le Conseil Général de la Commune, qui depuis huit « jours avait fait sa rétraction, consignée sur ses registres, enii voya une députation de quatre de ses membres à Lisieux aux <( représentants du peuple, pour les supplier de faire oublier à c( la Convention un instant d'erreur. Ils étaient chargés aussi a de les inviter eux et Tarmée qui les suivait de venir fraterc< niser avec des républicains repentants. Tous furent reçus à « Caen peu de jours après avec allégresse : chaque citoyen c< donne depuis ce temps l'hospitalité à deux ou plusieurs de « ses frères-d'armes, et expie une faute involontaire, dont le « motif mieux connu lui méritera l'indulgence de la Conven- « tion.
<( Dans l'intervalle, le maire et les officiers municipaux ne « négligèrent rien pour ramener le calme. Escortés par une tt partie de la garde nationale, ils firent sortir du château les c. représentants Romme et Prieur ; ils reçurent en même temps « une lettre satisfaisante, signée Bonnet, Duroy, Lindet. Voici c( une de ses phrases, qui suffirait seule à leur justification : « Nous sommes informés des efforts généreux que vous avez « faits pour préparer le rétablissement de l'ordre et la tran- (c quillité publique ; nous espérons sous peu aller fraterniser tt avec vous.
« Cette lettre consolante reçut la plus grande publicité, con- <c sola les citoyens, humiliés d'avoir servis d'instruments à la « perfidie la plus atroce. Peut-on faire un crime à des Fran- « çais régénérés d'avoir voulu voler au secours des pères de « la patrie, que tous les départements avaient investis de leur « confiance : ils ne craindront jamais de le répéter, c'est la « douloureuse alternative de se voir recourber sous des fers « odieux qu'ils ont brisés, qui les a conduits dans le piège fu- « neste où ils ont été entraînés.
« Respectables Législateurs, les citoyens du département du
« Calvados^ font partie de la grande famille ; vous êtes aussi (( leurs pères, ne les repoussez pas de votre sein ; qu'un oubli « généreux leur fournisse le moyen de bien mériter encore de (( la patrie ; comparez nos motifs avec les mobiles méprisables « des autres villes insurgées. Un patriotisme ardent nous a fait a courir aux armes; même en nous exposant à déchirer le sein de u notre patrie, nous espérions la servir utilement. Vous le sa- « vez, nous les avons déposées, lorsque, plus instruits, vous « nous avez appris à juger nos insidieux instigateurs. Nous u osons dire que peu de villes ont autant sacrifié depuis quatre « ans: tous nos enfants peuplent les armées de la République; c< il ne nous reste à lui offrir que nos cœurs et des bras en a partie affaiblis par Tâge. Nous chérissons trop notre patrie « pour ne pas les lui vouer. Mais avec quelle ardeur nous voce lerions h sa défense, si un acte de justice nous laissait rentrer a dans la classe des bons citoyens'. »
Page 27, lig. 8. — Les conventionnels Romme et Prieur avaient été remis en liberté
« Des détachements de la garde nationale, des chasseurs du « 22' régiment, des dragons de la Manche, précédés de toutes tt les autorités constituées , de tous les corps civils et judiciaires, « des états-majors des différents corps militaires et bataillons m de cette ville , ont été, lundi dernier ( 29 juillet ), chercher, « au son d'une musique guerrière, les citoyens Romme et c( Prieur, représentants du peuple, gardés au château comme « otages. Ce cortège les a accompagnés jusqu'à leur logec( ment... 2 »
c('On nous avait fait entendre, dit Romme en rentrant, le
* Collection de la bibliothèque de Caen.
2 Affiches du Calvados, n* du !•' août 1793,
« /i,aoùl, à la Convention , qu'on voulait nous faire sortir de c( notre prison pendant la nuit et furtivement. Nous avons re- <t poussé cette proposition avec indignation ; nous avons dit « que la Représentation Nationale ayant été outragée publiquea ment, la réparation devait être publique. Nous avons été mis <( en liberté avec la plus grande solennité : le canon a tiré, la a garde nationale était sous les armes, une foule immense de a citoyens a applaudi à notre élargissement ^ »
Page 27, lig. 12. — Celle petite Iroupc avait dû se disperser
L'aide-de-camp de Wimpffen, La Barberie Saint-Front, dit, dans une brochure justificative qu'il adressa au représentant Loseau, en l'an III :
c< Le Calvados vit , par la faute du général Joseph Puisaye, c( l'armée confiée à son commandement fuir devant le peu de « forces que la Montagne avait rassemblées à Vernon, au mo- « ment où l'armée, dite parisienne, fuyait de son côté ; de ma- « nière qu'il eîit fallu que les deux armées eussent fait le tour « du monde pour se rencontrer depuis ^ »
Les Jacobins de Paris écrivirent néanmoins, h cette occasion, au général de l'armée parisienne , une adresse de félicitations :
« Républicain,
(( Battre et triompher est le propre du soldat français, <( discourir laconiquement est celui des Jacobins : continue « à vaincre sans effusion de sang, tu seconderas leurs vœux
* Moniteur^ n" du 6 août J 793.
2 Le citoyen Julien-François La Barberie Saint'-Front,., au citoyen Loseau... p. 4. (Collection de la bibliotlièque de Caen.)
» et lu seras au-dessus de César avec tes généreux et intrétt pides coïDpagnons d'armes Boulanger et Peyre.