‹ Souvenirs de l'insurrection normande, dite du fédéralisme, en 1793Chapitre 37 sur 45 · SALUT ET FRATERNITÉ · texte numérisé non relu

SALUT ET FRATERNITÉ

Le Comité de correspondance^ etc. *.

Page 27, lUj, 15. — Il s'écoula plus d'une quinzaine sans que nous en entendissions parler de nouveau

L'armée parisienne s'était arrêtée à Lisieux. De là les représentants avaient écrit une lettre au Conseil Général de la commune de Caen :

Lisieux, le 28 juillet 1793, l'an II de la République française.

Les Représentants du peuple, députés par la Convention Nationale dans les départements de l'Eure et du Calvados^ au Conseil Général de la commune de Caen,

« Citoyens,

« La Convention Nationale a ordonné à trois de ses membres t< de se rendre au milieu de vous, pour y porter les luimères et « l'instruction , pour vous éclairer sur la situation de là Répu- « blique , rassurer les bons citoyens, éclairer ceux qui sont ce égarés, vous inviter tous à la paix, à la réunion. Elle a voulu <c que la Représentation Nationale fût environnée de l'appareil ce de la puissance publique. Une nouvelle armée a été compo- « sée sous le litre d'Armée de Pacification. Il n'appartenait qu'à « la République Française de donner au monde l'exemple d'une « armée destinée à donner la paix, à prévenir les malheurs de <( la guerre, et à réunir les hommes par les sentiments de fra-

* Journal de V armée des côtes de Cherbourg^ n" du 31 août 1793.

(( ternité et d'amour pour la patrie. Vous avez été égarés et « opprimés ; nous vous apportons les lumières que vous avez « désirées , la liberté après laquelle vous soupiriez. Rompez, c( citoyens, rompez tous les liens de la servitude et de Tescla- « vage ; jurez une haine éternelle aux tyrans. Souvenez-vous <( que la liberté est le patrimoine que vous devez transmettre k <( vos enfants. Au bruit de la marche de l'Armée de Pacification, « à la nouvelle de Tacceptation, faite par le plus grand nombre « des assemblées primaires, de la constitution présentée au c( peuple Français, la liberté renaît dans nos murs. La tyrannie « ne peut empêcher ni retarder la manifestation de vos senti- « raents : nous sommes informés des efforts généreux que vous c( avez faits, pour préparer le rétablissement de l'ordre et de « la tranquillité publique.

« Nous nous proposons, citoyens, d'aller prochainement fra- « lerniser avec vous, nous nous féliciterons tous de ce que le « génie de la liberté n'a pas permis que la République suc- (( combat sous les efforts de tant d'ennemis conjurés contre « elle. Nous nous confirmerons dans la pensée qu'elle est invin- « cible, et que la liberté est un bien que le peuple Français ne (( perdra jamais, puisqu'il a su la conquérir, et la conserver au a milieu des plus violentes agitations, des crises et des con- (c Nuisions qui auraient bouleversé tous les autres états de l'Euc( rope, nous rechercherons avec vous les moyens de prévenir « les funestes effets des discordes civiles, et de resserrer entre « tous les Français, les liens de confiance, d'amitié et de frater- (c nité qui nous uniront tous à l'avenir.

(( Nous ne vous disons qu'un mot sur la composition de « l'Armée. Elle répond à Timportance de sa mission. Vous n'y (c verrez que des frères et des amis. Le général, les officiers, « tous les citoyens, composant cette armée, ont les mêmes princ< cipes, les mômes sentiments. Chacun d'eux, chacun de nous c( serait également intéressé à remplir Tobjet de notre mis- (( sion. C'est sous ces auspices que nous nous rendrons auprès « de vous.

c( Nous ajoutons à l'intérêt de cette dépêche, en la remet- «f tantau brave commandant du seizième, ci-devant vingt-deuxië- (( me régiment des chasseurs à cheval, dont la présence dans « voire ville doit faire la plus vive sensation, et exciter la plus « grande confiance.

« Signé, Bonnet, DcROY, Lindet*. »

Ce commandant du 16" régiment de chasseurs à cheval, n'était autre que La Bretèche qui, aussitôt après la déroute de Brécourt, était passé à l'armée parisienne.

Les dragons de la Manche s'étaient dispersés emportant leuirs armes et emmenant avec eux leurs chevaux. Par un décret en date du 16 août^ la Convention les incorpora dans les différents régiments et les troupes légères de la République, mais cm eut beaucoup de peine à retrouver les chevaux, les uniformes, les armes, les munitions,^ les effets d'habillement et d'équipement qu'ils avaient cachés ou aliénés ^

Le 3i, les Représentants annoncèrent leur arrivée par cette autre lettre :

« CïtoyenSy

« Nous nous rendrons avec confiance et avec sécurité dans « l'enceinte de vos murs; h présence d'une armée sera nécesu saire pour vous convaincre que les Français ne Se sont ar- « mes, à la voix des Représentants du peuple, que pour recoiH « quérir à la liberté leurs frères égarés ou opprimés, rétablir (( Tordre, rappeler la paix qui semblait s'éloigner, et réanir à « la France deux sections qui s'en séparaient. L'année de la « République s'avance dans le département du Calvados^ ea « continuant de mériter le nomj d'Armée de Pacification, que « les citoyens d'Evreux lui ont donné.

« Nous précéderons la marche de l'Armée, et aous vous don-

* Archives municipales de la ville de Caen.

2 Archives du Calvados. — Archives municipales de la ville de Caen»

« nerous toutes les preuves de confiance que vous pourrez dé-

« sirer. C'est en fraternisant avec vous en consolidant Tordre

« et la paix publique, que nous nous empressons, de concert,

a de faire oublier des jours d'égarement, et d*en effacer le«

« traces.

« Vous accepterez la Constitution ; et vous aurez bien mérité « de la postérité.

« Sigtté, BoNNKT, II, LiM)E ï , DuaoY *. »

Page 27, lig, 92, — Elle se remit eu marche et se |)otiâ sur Cùen <)ù elle entra...

raie avait été précédée par Carrier qui ne séjourna pas dans la ville et n'eut que le temps d'écrire à la Convention la lettre «flivante :

Carrier, tx'pri^sentant du peuple Français près des côtes de Cherbourg, à la Convention Nationale.

Caon, 2 août 1793, Tan II de la République, une et indivisible.

<( Citoyens nos collègues, lé trône de Buzot est enfin ren- « versé; il s'est enfui, avec ceux qui conspiraient avec lui la « perte de la patrie, du sol où ils avaient allumé les torches de <( la guerre civile. Ils vont encore les secouer dans des contrées a qui semblent favoriser leurs criminelles espérances ; nous « tâchons de découvrir partout la fuite de ces traîtres ; nous 411 prenons toutes les mesures les plus elTicaces pour em~ <( pêcher qu'elle ne leur assure l'impunité à^e k leurs forit faits.

a Je suis enlré dans Caen aujourd'hui h deux heures après- « midi ; j'ai eu le plaisir d y voir mes collègues Prieur et Romme « rendus à la liberté, après cinquante un jours de captivité.

* Aichivos municipales de la ville dp CaetL

(( L'aimée de la République, que nous u'atlendions que de- « main matin, s'est rendue et à fait son entrée aujourd'hui entre « neuf et dix heures du soir.

« Lindet, Duroy et Bonnet arrivent demain.

« Nous avons déjà mis en état d'arrestation quelques agents <( de la conspiration ; Fourny, général de la division de Cou- « lances, qui y avait trempé, s'est brûlé la cervelle.

« La femme de Pétion, leur fils et la femme d'un autre fugi- « tif ont été arrêtés à Honfleur ; on va les emmener à Paris ; « j'en ai donné l'ordre avec mon collègue Pocholle, que j'ai tt laissé à Rouen. Ça va, ça va, et dans peu de jours, ça ira en- « core bien mieux ; le peuple, revenu de ses erreurs par la pro- (( pagalion des vrais principes qui doivent fonder sa liberté et tt son bonheur, secondera avec plaisir, nous osons l'espérer, les « efforts que nous ferons pour les lui assurer.

« Caen a accepté !a Constitution à l'unanimité; l'acceptation « sera annoncée demain par plusieurs salves d'artillerie.

« Salut et fraternité, « Carrier. x> *

Page ^11, lig. 24. — Sous les ordres d'un général Sepher ..

Sepher et son armée restèrent à Caen jusqu'au 5 novembre 1793;*. Ils accompagnèrent ensuite Laplanche en Bretagne. On raconta à cette époque, qu'ayant été traité de lâcbe par le représentant pour avoir, dans une rencontre, refusé de marcher avec une troupe composée de recrues, contre des ennemis aguerris et plus nombreux, il souffleta celui-ci. Cet acte de violence fut suivi de la destitution immédiate du général; mais il ne fut pas autrement inquiété.

* Moniteur^ n» du 6 août 1793.

' Moniteur, n" du 8 novembre 1793.

Page 27, lig. 28. — Lindet était investi des pouvoirs les plus étendus.

« La Convention Nationale, après avoir entendu le rapport a du Comité de Salut Public, décrète :

« Article l". Les citoyens Lindet et Duroy, représentants a du peuple, envoyés dans les départements de TEure et du a .Calvados, sont autorisés à commettre provisoirement des a citoyens pour remplir les fonctions d'administrateurs dans le a département et le district de Caen.

« IL Ils sont autorisés également à commettre provisoi- « rement des citoyens pour exercer les fonctions municipa- « les dans la ville de Caen, et à remplacer tous les fonctionce naires publics qui auraient coopéré ou adhéré aux arrêtés (( liberticides pris dans ce département.

« III. Le donjon et le château de Caen , dans lesquels la « liberté et la Représentation nationale ont été outragées, sea ront démolis.

« Sur les ruines du donjon il sera planté un poteau, sur le- « quel seront inscrits les noms des députés déclarés traîtres à <c la patrie *. »

Le donjon seul fut démoli et le poteau infamant ne fut jamais placé.

Page 28, Ug. tO. — L'armée parisienne n'arrivait parmi nous que pour nous sauver de nos erreurs.

Proclamation des représentants du peuple , députés par la

Convention Nationale dans les départements de VEure,

du Calvados, les départements voisins , et près

r armée des côtes de Cherbourg ;

« Habitants de la ville de Caen , « Des malveillants répandent la terreur et l'effroi par leurs

* Archives municipales de la ville de Caen.

« propos calomnieux. On suppose des intentions bostiles aux « soldats de la République qui sont dans vos murs ; on vous (( parle de désarmements ; on inquiète les bons citoyens pour « les empêcher d'assister à la fête civique, qui doit être le point « de ralliement de tous les Français et la mort du Fédéralisme « et de la tyrannie; en un mot, on veut vous empêcher de « vous proclamer libres h la face du ciel et de la terrfe.

« Rassurez-vous, citoyens, les représentants du peuple , et ce Tarmée républicaine ont fait lé serment de protéger vosper- « sonnes et vos propriétés , ils y seront fidèîes. Que runion et « la fraternité président à cette fête touchante, et nos vœux « seront remplis î

« Nous vous annonçons, citoyens, que le décret qui ordonne i< la démolition du chûtea« de Caen , nous est parvenu officiel- « lement. Depuis longtemps les amis de la liberté solUoilaient « la destruction de cette fortei-esse, effrayante par sa position (( bostile contre vous. Du temps de la monarchie, les généraux, (( les ingénieurs et tous les agents militaires s'y opposaient ; « les monuments de l'esclavage convenaient k cette sorte de « gouvernement. Aujourd'hui de j>areils édifices doivent dispa- « raître : dans un gouvernement libre, la loi seule i(M com- « mander aux hommes et aux cités.

« A Caeii, le 9 août 1793 de l'an II de la République une et indivisible.

« R, LlNDET, DUROy, BOJJNET *. »

Page 28, lig. 19. — Le peuple écoutait et se tenait tranquille.

La note suivante extraite du journal local, donnera une idée de l'état des esprits à Caen, pendant ce moment d'épouvante générale :

« Dans ces temps de révolution où les événements contraires

* Archivefî municipal os de la viUe de Caen^

a se succèdent avec rapidité, où Ton ne peut asseoir une « opinion juste sur les hommes et sur leurs sentiments, il est <f bien difficile de dire le vrai et de paraître vrai, puisque le a vrai ne paraît même pas vraisemblable. Beaucoup de nos a abonnés ont été plus que surpris, n'ont pas cru même aux a mesures qu'avait pris le Calvados, relativement au 31 mai a et 2 juin dernier. Ils regarderont cojnme un conte, comme a une fable, quand on leur dira que le district de Caen a envoyé sa rétractation h la Convention Nationale, que la municipalité, les corps civils et judiciaires de celte ville, le conseil général du Département, ont suivi cet exemple ; que les forces départementales des Cùtes-du-Nord, Morbihan, Finistère, rille-et-Vilaine et la Mayenne ont quitté nos murs ; que le général Wimpffen est parti ; que le Comité Central des départements insurgés se porte à Rennes; que tous les députés proscrits le suivent; que le 6'' bataillon se rend à Bayeux; qu'enûu nous sommes tels que nous étions avant le 31 mai, et que rien n'est changé. Cependant rien n'est plus exact, et nous rapportons ces faits tels qu'ils sont, sans les blâmer ni les approuver, sans y joindre de réflexions • »

Page 28, lig. 22. — Des recherches d'une rigueur extrême se faisaient de toutes parts.

On verra par l'adresse suivante, envoyée à la Convention par la Société Populaire, que ces recherches n'étaient pas toiit-àfait aussi rigoureuses que M. Vaultier le dit ici. On doit penser, d'ailleurs, que si elles avaient été poussées avec une grande activité, tous les individus cQmpromis dans l'insurrection, n'auraient pu s'y soustraire pendant quelques mois comme notre auteur le constate.

c( Législateurs, « La ville de Caen n'est plus en proie aux fureurs d'une

* Affiches du Calvados, n" du 28 juillet 1393.

« faction dont le but était de dissoudre la Convention Nationale, M et d'armer la France contre la France. L'arrivée des soldats « républicains a fait rentrer dcins la poussière cet assemblage K confus d'hommes, séduits par Tintrigue, forcés par la crainte, « opprimés par la tyrannie, et armés par la vengeance. Les « bons citoyens qui, toujours invariables dans leui's principes, « mais qui, placés sous le poignard des assassins, avaient été « contraints de céder, viennent de reprendre toute la vigueur « qu'ils n'ont cessé de manifester, avant que des mandataires « perfides eussent souillé par leur présence une ville dont les « lumières et le patriotisme étaient à la hauteur de la Révolu- « lion ; el ils ont accepté, à l'unanimité, l'Acte Constitutionnel, « aussitôt que les circonstances leur ont permis de se réunir. « Les individus qui, faute d'instruction, ou qui, emportés par « un faux zèle, avaient suivi le torrent, gémissent de leur égac< rement, et maudissent les scélérats dont ils ont servi les a projets liberticides : ceux qui n'ont pour toute vierlu que la « crainte et la pusillanimité, sont ici comme dans Tarmée de (t Wimpffen aussi utiles et aussi à craindre. Quant aux grands « conspirateurs, les uns sont surveillés, d'autres sont cachés, « la fuite a dissipé le reste.

tt Législateurs, nous vous demandons justice pour les oppri- « mes, compassion pour les égarés, mépris pour les lâches, et c< châtiment pour les traîtres. »

L'adresse avait été adoptée sur la proposition de J. J. Derché, rédacteur du Journal de l'année des côtes de Cherbourg d'où nous Tavons extraite *. Ce journal sortait d'une presse qui suivait l'armée ; les trois premiers numéros en avaient été publiés à Lisieux ^.

* N° du 19 août. Nous ne connaissons qu'un exemplaire de cette cu^ rfeuse coUection ; il appartient à M. Abel Vautier, qui a bien voulu nous le communiquer.

2 Louis Dubois, Hù- foire de Lisieux^ t. 1,. p. 291. ^ .. * i

Vaqe 28, Ixq. 20. — Il avait été pourvu à leur remplacement par des actes de délégation

La nouvelle Adrainislration Départementale fut nommée par les délégués de la Convention le 13 août *. L'Administration Municipale fut changée le 18. Le nouveau maire était proprié- ^ laire et se nommait Saint-Marlin; mais ayant donné sa démis- Jé< o^w»'^ sioD, le 8 septembre, il fut remplacé, le 9 octobre, par le mat- y^^^^/ •' trè de musique dont M. Vaullîer parle dans sa noie ; celui-ci

s'appelait Sosson. Avant la Révolution il prenait le titre de ^ * Clerc tonsuré, expectant, et maître de musique de l'église . *'^**'

paroissiale de St~Pierre -. ^ ^^*Muvk

Page 29, li(j. 7. — L'ancien maire, M. Le Goupil-''vi4r/yc^5^ Duclos ^'^^/^^

Jean-Baptiste Le Goupil-Duclos, né en 1760, avait étémem- ^'^'•^««'vJfy^ bre du Conseil-Supérieur de Bayeux. Il devint plus tard secré-^ ' '^^-^^^î^n» taire du Conseil des Cinq-Cents, puis membre du Tribunat.v /K uu/t^ Nommé procureur-général sous l'empire, il est mort conseiller à la Cour Boyale de Caen, au mois de mars 1820.

Page 29, lig. 18. — Le premier était une espèce de baladin, toujours en représentation, qui parla beaucoup de guillotine, et se borna à en parler

Derché , dans son journal ^, résume ainsi la péroraison du premier discours que Laplanche prononça devant la Société Populaire de Caen.

« Le ciloyen Laplanche visitera souvent la Société Popu-

* Archives du Calvados.

2 Archives municipales de la ville de Caen. — Collection de la bibliothèque de Caen.

* Journal de l'armée des côtes de Cherbourg^ n"' des 15* et IG* jouis, du 2^ mois de la 2* année.

« laire, les sections, les hôpitaux, les prisons; il ne ce$sera « de prodiguer tous ses soins , même à ceux qu'il fera guillo- « tiner, il leur témoignera la plus grande humanité, et leur « donnera, même sur TéchaiTaud, le baiser fraternel. »

Le discours commençait par ces mots :

« Je viens ici, investi de grands pouvoirs, suivi de la ven- « geance nationale ; j'ai à ma droite la guillotine avec un tric( bunal révolutionnaire, et h ma gauche, la justice et la clé- « mence; il faut que la tête des conspirateurs roule sur la « poussière. »

Et, deux phrases plus loin, l'orateur ajoutait :

« Vous voyez que le discours d'un Montagnard est plus gai a et plus mielleux que ceux des Barbaroux qui ne cessaient c( de prêcher le meurtre et la guerre civile. »

On a dit que Laplanche ayant remarqué, à son arrivée à Gaen, l'effroi que sa présence y causait, ordonna un bal républicain, annonçant qu'il jugerait du patriotisme par l'empressement qu'on mettrait à s'y rendre, et que la frayeur y conduisit beaucoup de femmes dont les pères, les époux, les enfants étaient en prison. On a encore raconté qu'ayant ouï dire qu'une ex-religieuse avait des stigmates sur le corps, il la fit amener devant lui, la força à se dépouiller en sa présence et la fit ensuite incarcérer*. Ces anecdotes sont controuvées; Laplanche menaça beaucoup et ne fit aucun mal II ne fut qu'un croquemitaine politique.

Page SO, lig. 5. — Les deux frèreç Chalry de Lafosse

Tous deux étaient négociants; M. Vaullier a dit , p. 13, la part que l'aîné, Samuel, prit, depuis 1793, dans les affaires publiques.

« Biographie des hommes vivants^ Paris, Micbaud^ 1816-1819.

Isaac Ghatry, son frère, ayant appris , le 20 pluviôse an II (8 février 179/*), qu'une perquisition avait élé faite chez lui par ordre du Comité de Surveillance, se rendit aux Carméliles, où étaient renfermés ses coaccusés, dans l'inlention de se constituer prisonnier. Le concierge ne voulut pas Técrouer, parce qu'il n'avait pas en main un mandat d'arrêt. Alors Isaac Chafry fit de nom])reusos démarches pour que ce mandat fût délivré, et comme il n'obtenail pas assez vite satisfaction, il somma le Comité, par voie d'huissier, « de lui remettre le man- « dat d'arrêt décerné contre sa personne » afin qu'il puisse, lui, Chatry, obéir à la loi.

Cette étrange assignation, qui est conservée aux archives du Département, semblerait un acte de folie, si les poursuites dirigées contre les insurgés du Calvados, avaient été réellement sérieuses. La conséquence qu'on en peut tirer ti meilleur droit, c'est qu'ils étaient passablement rassurés sur le sort qui leur était réservé, puisqu'ils osaient provoquer leurs accusateurs par de tels défis.

Page 30, lij, 8. — L'avocat Dçvie... missionnaire d'insurrection, et le chef do bataillon Hcuzard- Lacoulure ....

Antoine Devic avait été envoyé dans le Morbihan et la Loire- Inférieure.

Le brasseur Heuzard-Lacouture était aussi un missionnaire d' insurrection^ nous avons dit, p. 206, qu'il avait élé délégué par l'Assemblée Centrale dans les départements de la Sarthe et d'Indre-et-Loire.

Page 30, liq. 22. — M. fttesnil président de Fadministration du district. . .

Cet administrateur ne paraît pas avoir été emprisonné, quoiqu'il ait été très-compromis, puisqu'il était un des commissaires

qui accompagnaient Puisaye à Brécourt. Nous avons entendu dire qu'en accordant la main de sa fille à Robert Lindet, Mesnil avait cru remplir un devoir de reconnaissance ; en tout cas, la confiante intimité dans laquelle il vécut plus tard avec son gendre prouve qu'il n'eut pas lieu de s'en repentir.

Page 30, lig. 2o. — D'autres onl pensé qu'il attendait que son filet fût plein.

Lorsque M. Vaultier a écrit cette phrase, il avait probablement sous les yeux la brochure de Saint-Front qu'il a citée, p. 58; nous ne voyons, en effet, que cet homme, dont le témoignage est plus que douteux, si l'on en juge par certaines pièces conservées aux archives du Calvados, qui ait jamais cherché à interpréter défavorablement les actes de Robert Lindet * dans le Département. Toute la vie de Lindet dément une telle supposition. Napoléon, dans ses confidences de Sainte-Hélène, a constaté sa probité, on peut en croire un pareil juge. Un des anciens collègues de Lindet a dit de lui : « Toute son histoire « peut se résumer en ces mots : il a marché droit *. »

Page 33, lig. 17. — Voici Textrait sommaire de son récit. . . .

Nous aurions voulu reproduire textuellement le récit de Louvet. M. Vaultier ayant cru devoir en agir autrement, nous

^ Le citoyen Julien'FrançoiS'Thomas La Barhcrie Saint -Front,,, au citoyen F. -A, Loseau^ représentant du peuple,,,^ p. 9. 2 Biographie des Contemporains^ par Rabbe, t. 3.

avons signalé en italiques les changements qu'il y a apportés. Nous avons placé entre deux crochets quelques passages qu'il avait cru devoir omettre et que nous avons pensé pouvoir offrir quelque intérêt.

Page 41, observations, lig, 2. — Louve t semble accorder trop à l'influence des députés réfugiés...

Ce que Louvet a dit de l'influence qu'exercèrent les députés réfugiés, dans les mesures qui furent prises par le Calvados, est répété à satiété par les personnages compromis dans l'insurrection, lorsqu'ils cherchent à se justifier auprès de Lindet et de ses collègues. La vanité dicte au premier, dans ses Mamoires^ les mêmes phrases que la peur inspire aux autres dans leurs rétractations. Il est certain que ces derniers eussent tenu un autre langage, s'ils étaient sortis victorieux de la lutte qu'ils avaient engagée contre la Montagne.

Les Girondins proscrits employèrent le temps qu'ils passèrent à Caen à rédiger et à faire imprimer des brochures pour expliquer leur conduite et pourjncriminer celle de leurs adversaires. Voici la liste de ces brochures :

Charles Barbaroux, de Marseille, député par le département des Bouche S'du-tthône à la Convention Nationale, aux citoyens de Marseille, Caen, iS juin 1793, in-8^

Bergeoing , député de la Gironde et membre de la Commission des Douze, à ses commettants et à tous les citoyens de la Bépublique, Caen, 1783, in-8^

Précis rapide des événements qui ont eu lieu à Paris dans les journées des 30 et 31 mai, et i*" juin 1793, par A.-J. Gorsas...

(S. 1. n. d.), in-8°.

Observations sur le rapport des trente-deux proscrits, par une société de Girondins (Louvet), Caen, 13 juin 1793, in-8°.

Observations sur la Constitution, par J. Pétion (S. 1. n. d.), in-8".

Examen critique de la Constitution , par Salles, député de la Meurlhe à la Convention Nationale (S. 1. u. d.),in-8\

Compte rendu à nos commettants, par Salles et Buzot, Caén, 1793, in-i?i«.

Les Affiches dn Calvados ^ publièrent aussi deux écrits, l'un de Pélion : Jérôme Pétion aux Parisiens,

L'autre de Salles : Salles, député proscrit, à M. le chevalier de Saint- Jus t.

Page 44, lig, 7. — Que Wimpffen ait désiré commettre les députés avec F Angleterre. . .

« Le général Winipffen ne partageait pas noô opinions , dit « Meillan '. Dans une confét-énce que nous eûmes ensemble, c( il parut persuadé fie l'impossibilité de fonder une république. « Il nous apprit qu'il avait des liaisons en Angleterre, et nous « proposa de nous mettre d'accord sur ce point. »

Les Montagnards l'ont répété comme les (tirondins : on lit, p. h9 du Rapport fait au nom du Comité de Surveillance , par J. Julien (de Toulouse) : « Vous saurez que, pendant un temps, « ou a parlé hautement de se dDnner aux Anglais... »

Une autre accusation que Louvet élève contre Wimpffen et contre les fédérés du Calvados, mais que M. Vaultier ne relève pas, est celle de royalisme. Elle nous semble encore mieux motivée. On ne peut douter des sympathies du général pour la cause royale ; Puisaye le dit positivement dans ses Mémoires, et les panégyristes de Wimpffen le reconnaissent eux-mêmes. On a été jusqu'à dire que peut-être « il caressait la pensée de « jouer le rôle de Monk. » Wimpffen un Monk ! S'il en eut la duplicité, il n'en avait ni l'éîoffe, ni la portée. Et pourtant nous ne nous exagérons pas la valeur du héros anglais.

« N" des 27 juin et H juillet 1793.

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