‹ Souvenirs de l'insurrection normande, dite du fédéralisme, en 1793Chapitre 6 sur 45 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

J'avais terminé mes études en 1791, et, depuis près de deux ans, j'en étais à délibérer sur le choix d'un état, à une époque oii tous les états, l'un après l'autre, se trouvaient frappés de suppression.

La République avait été proclamée, et déjà l'esprit de vertige de 1793 l'avait déchirée en deux grandes factions.

Le mouvement de l'insurrection dite du Fédéralisme s'en était suivi ; la ville de Caen est une de

celles où il s'était manifesté de la manière la plus prononcée, et cette circonstance y avait attiré, connne réfugiés, les principaux chefs de la Gironde, proscrits du déplorable 31 mai.

Des hasards de société, assez insignifiants en eux- . mêmes, me mirent alors en rapport avec quelquesuns de ces personnages.

Le fameux député de Marseille , Barbaroux , €»t celui que j'ai eu occasion de connaître le plus par^ liculièrement. J'avais un peu moins de vingt-deux ans. Barbaroux n'en avait guère, je crois, plus de vingt-sept ou vingt-huit. Une certaine conformité de goûts littéraires, et notre confraternité insurrectionnelle nous avaient momentanément rapprochés.

Les chefs de la Gironde, si je m'y connais un peu, n'étaient pas précisément ce qu'ont prétendu en faii^ leurs admirateurs. Beaux discoureurs, beaux écrivains, grands politiques de journal et de tribune, enthousiastes de liberté et de jdiilosophie, ils m!ont [jarUf d'ailleurs, ne comprendre ni les hommes ni les événements, ni le jeu des intérêts sociaux- Maîtres des affaires au sein de la représentation na-tionalej on sait avec quelle imprévoyance ils avaient laissé grandir au dehors et s'élever au-dessus d'eux cette horrible faction de la Montagne, qui finit par les écraser. Ils ne se montrèrent pas plus habiles

dans notre mouvement d'insurrection caennaiae, où leur action se borna de même au succès de quelques discours.

La position de ces hommes célèbres au milieu de nos insurgés Normands, chez lesquels ils étaient venus se jeter, eût été dramatiquement fort belle, s'ils l'eussent voulu. Un grand intérêt s'attachait à leur proscription. Ils s*y étaient exposés pour une cause honorable et en combattant d'odieux adversaires. I^ lutte avait été brillante. Ils y avaient montré de beaux talents et un grand courage. L'impression du moment, toute favorable, écartait des souvenirs d'une autre

espèce Ils ne surent tirer aucun parti de ces

. circonstances, et restèrent nuls, au milieu d'un mouvement quon paralysa tsous leure yeux, sans qu'ils parussent en avoir le moindre soupçon.

Ce qu'on appelle communément l'insurrection du Fédéralisme, forme, dans le grand drame de la Révolution française, un épisode dont l'histoire est peu connue, et rimportance surtout fort mal appréciée par la foule, qui ne juge guère les entreprises que par leurs résultats accomplis. J'ai vu les événements de près, et je n'ai pas laissé d'y prendre ma petite part. Depuis longues années, j'ai eu le dessein d'en rassembler les détails dans un précis à joindre aux mémoires de l'époque, tous si incomplets en ce point.

Les loisirs me manqiaîeiit alors absolument à cet effet. Ceux que le temps m*a faits depuis, me ramènent h cette pensée, et puisque des personnes judicieuses paraissent disposées à y prendre quelqu'intérèt, j'essaierai d'êclaircir cette pag?e, presque ignorée, de notre histoire k)cale.

Je le ferai sans prétention et sans artifice, en roè bornant à dire ce qui a été fait, ce que feu ai vu, et ce que j*ai dû en penser.

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