OCCUPATION DE ROUEN
Nous allons maintenant résumer, dans le meilleur ordre possible, les faits relatifs à l'occupation de Rouen, en tenant compte des documents déjà publiés, et d'informations particulières venant de bonne source. De cet ensemble d'appréciations souvent contradictoires, nous nous efforcerons de dégager la vérité.
A Rouen, comme partout, on a crié : nous avons été trahis! et l'on avait raison. Mais trahis par qui ? C'est là-dessus qu'il faut s'entendre.
Comme Ta dit un écriyain distingué« < la France ( a éié trahie par sas défauts : voilà les traîtres que
\ l'histoire doit dénoncer sans pitié (1). » Ajoutons
I que les plus traîtres de ces défauts, Tignorance,
Tincapacité présomptueuse , semblaient personnifiés dans les hommes qui s'étaient arrogé la dictature.
Dès le début de la crise, les autorités rouennaises avaient fait leur devoir. Le conseil municipal élu en août avait organisé dans son sein un comité de défense; ce comité était à l'œuvre quand éclatèrent coup sur coup les catastrophes de Sedan et du 4 septembre. Conservé pour mémoire, ce comité de défense municipal se trouva annulé de fait par la création des comités de défense départementaux. En même temps, le commandement supérieur des gardes nationales de trois des départements de l'ancienne Normandie était confié à un ancien député, M. Estancelin, que son aversion notoire pour le régime déchu recom^ mandait à la confiance du nouveau gouverne-r ment.
On vit bien, dès les premiers jours, que la Normandie devait, pour sa défense, compter uni- Ci) Léo Joubert, la Cmp^nô ie 8tdm, Revue de France ,
quement sur elle-même, sur ses gardes nationaux mobiles, mobilisables et sédentaires. La missioa de leur commandant général était fort semblable alors à une dictature ; jl avait bravement assumé la double responsabilité du maintien de Tordre et. des mesures contre Tinvasion. M. Estancelin fît de son mieux dans la mesure de ses moyens, malheureusement fort restreints , comme l'atteste le rapport qu'il a récemment publié. L'armement avait été l'objet de ses premières préoccupations ; mais la pénurie financière paralysait tous les efforts. « Malgré des promesses et des demandes réitérées, le gouvernement n'envoya ni argent, ni mandat. » On avait à peine le dixième des armes nécessaires pour la garde nationale, et seu- \ lement en fusils d'ancien système. Cette situation ^ était d'autant plus anormale, que, pendant ce temps, dans de grandes villes du Midi fort éloigiïées des Prussiens, on voyait parader d'étranges milices munies d'excellentes armes qui ne devaient jamais être employées contre les envahisseurs , bien moins encore au maintien de l'ordre.
On fit appel, non sans succès, à la munificence patriotique des particuliers : quelques acquisitions de fusils, d'artillerie, furent réalisées en Angleterre, D'autres auraient suivi » mais le
gouvernement dit de la défense nationale y mit bon ordre. On sait qu'il s'était empressé d'instituer une commission d'armement chargée d'accaparer les fusils sur tous -les marchés du globe. Cette commission, sur laquelle on a beaucoup glosé à propos d'un procès récent, « relevait du ministère des travaux publics et fonctionnait d'une manière tout à fait indépendante de l'administration de la guerre, et absolument hors de son con-trôle (1). » L'historiographe de M. Gambetta veut bien convenir que cette hiérarchie peut paraître anormale. L'anomalie était d'autant plus étrange que cette commission, installée à Tours, et relevant nominalement de l'administration des travaux publics bloquée dans Paris, n'entretenait de rapports suivis qu'avec le chef unique des départements de la guerre et de l'intérieur, en vue desquels elle travaillait. Le même écrivain nous apprend que ce fut grâce à l'influence personnelle de ce chef unique (M. Gambetta) au sein du gouvernementl que. la commission fut mise à même d'employer 200 millions en achats d'armes de toute espèce et de munitions. Par cette combinaison ingénieuse, ce fonctionnaire demeurait irres-
{\ ) M. de Freycinet, la Guerre en province, p. 51»
poDsable d^opérations sur lesquelles il exerçait, en fait, une influence souveraine.
Quoi qu'il en soit, pour faciliter le travail de cette commission, le gouvernement de la défense avait jugé à propos de lui assurer un monopole exclusifs Dans ce but, il interdit, par un arrêté spécial, aux départements et aux villes, les marchés d'armes à Télranger. Cette mesure vint paralyser au moment le plus décisif, dans nos départements menacés, Faction individuelle, la seule dont on pût attendre des résultats immédiats. D'une part, défense était faite d'acheter des armes à l'étranger; de l'autre, la commission d'armement était, paralt-il, dans l'impossibilité d'en fournir. Pendant tout le temps qui précéda la mise de ces départements en état de guerre (14 octobre), on ne put obtenir de cette commission, malgré des démarches incessantes, ni un fusil, ni une cartouche (1).
(1) P. 7 de la brochure de M. Estancdlin.
J*eus occasion de m'entretenir avee quelques-uns de ces officiers envoyés à Tours^ d'où ils ne rapportèrent jamais que des promesses. M. Gambetta paraissait fort soacieux à cette époque de l'insubordination flagrante de plusieurs villes du Midi. Dans Tune, on n'obéissait en aucune façon au représentant du nouveau gouvernenient, Dans une autre^ le commissaire général venait d'expédier au ministre un
11 est vrai que dans ces sombres journées, Rouen avait été illuminé un instant par l'apparition d'un météore, je vçux dire de M. Gambetta lui-même échappé de Paris (7 octobre). Dans son rapide passage, il secoua sur la population quelques étincelles de la flamme qu'il portait en luij suivant son historiographe. 11 repartit en toute hâte, après avoir adjuré la foule de faire, de concert avec lui, un pacte avec la morty de l'aider à sauver la République, etc. Cette éloquence avait son prix ; mais quelques milliers de chassepots auraient bien mieux fait l'affaire des Rouennais.
M. Estancelin^ nous apprend que le plan qui limitait la défense à la ligne de l'Andelle fut concerté dès le principe entre lui et le général Gudin, qui commandait encore la division de Rouen, bien qu'il fût fort impatient, pour plus d'un motif, d'être relevé de ses fonctions. « Ces dispositions, dit M. Estancelin , me parurent excellentes et les seules à prendre. » Nous avons exposé, dans le chapitre consacré à l'occupation de Gisors, les raisons qui nous empêchent absolument de partager cette opinion. Malgré l' exiguïté des ressources
télégramme de cinq mots^ exprimant de la façon la plas énergique qu'il ne tenait s^ucun compte de ses instiuctions (novembre).
dont OD disposait, nous persistons à croire qu'une démonstration sur la ligne de TEpte, vers la fin de septembre, eût été possible et utile à tous les points de vue. C'était là « une de ces circonstances où il faut savoir risquer, » comme le dit ailleurs M. Estancelin lui-même.
En revanche , et pour le même motif, nous ne saurions désapprouver en principe la reconnaissance poussée au-delà de Mantes dans les derniers jours de septembre par la garde nationale de Rouen. Comme le dit très-justement M. Estancelin, il était bon que cette milice, qui avait fait ses preuves pour le maintien de Tordre, donnât aussi l'exemple da la lutte contre l'invasion étrangère. Le danger, du reste, était moindre que ne l'ont pensé les critiques du commandant général et lui-même peut-être. Nous savons aujourd'hui, par les relations allemandes, que les forces ennemies qui opéraient à cette époque dans la vallée de la Seine, se composaient uniquement de la majeure partie de la brigade Bredow, appartenant à la 5* division de cavalerie prussienne, et de six compagnies d'infanterie bavaroise (1). Les observateurs qui signalèrent la
(I) Rustow, Hùtowê d0 la Guerre de <870, p. 103.
présence d'un corps de 20,o00 hommes sur ce point appartenaient évidemment à cette catégorie dé gens à imagination vive, dont on disait, du temps du premier Empire, qu'en apercevant un arbre , i\i croyaient toujours voir une forôt. Si Tennemi avait été au^si nombreux , il est probable que « l'occasion si désirée de faire le coup de fusil avec lui » n'aurait pas manqué aux gardes nationaux rouennais. Il n'en est pas moins trèsméritoire à ,ces gardes nationaux sédentaires d'avoir pris part volontairement à une reconnais* sance aussi lointaine, et qu'ils avaient parfaitement le droit de croire très-aventureuse. Aussi leur commandant a bien fait de rappeler qu'aucune troupe française ne s'était approchée autant de Paris pendant le siège.
Moins graves heureusement que dans d'autres villes, les difficultés d'ordre intérieur furent néanmoins un moment assez menaçantes. Les autorités durent réprimer les manœuvres d'un soi- . disant comité de vigilance, ou d'initiative, qui pré-* : tendait se substituer à elles, et installer à Rouen un régime fort semblable à celui dont Paris devait connaître les douceurs quelques mois plus tard. Le commandant général fit preuve de fermeté, en s'opposant à l'organisation de deux compagnies
des plus franches, destinées à < opérer en dehors de l'action des autorités, » et devant être assujetties, sans nul doute, à une discipline encore plus spéciale que celle d'autres francs-tireurs. On pouvait craindre qu'une troupe formée sous de tels auspices n'en vînt, un beau jour, à faire usage des armes qu'on lui aurait remises ou laissé prendre, contre d'autres adversaires que les Prussiens.
Nous avons dit que l'escarmouche d'Ecouis avait produit à Rouen une alerte des plus vives. Le commandant général et les autorités militaires crurent, pendant quelques heures, qu'ils allaient être attaqués par une armée entière, et prirent des mesures en conséquence. Dans cette occasion, de nombreux gardes nationaux avaient répondu avec l'empressement le plus louable, de tous les points du département , à l'appel pressant des chefs, et plusieurs repartirent assez mécontents d'avoir été dérangés pour rien. Cependant leur déplacement aurait eu son utilité , si nous en croyons M. Estancelin, lequel persisté à penser que « les dispositions prises à Rouen ont pu éloigner de là pensée du prince Albrecht, commandant le corps d'armée de Gisors, l'idée de faire çine pointe sur la capitale de la Normandie, » On
s'était siûgulièrement exagéré l'importance de c^te démonstration prussienne du (4 octobre, et l'ex-comiAandant général parait être resté sur cette fausse impression. Dans un des précédents chapitres de ces Souvenirs, nous croyons avoir nettement précisé la portée de cette démonstra tion sur gaussay et Ëcouis. Elle était essentiellement défensive et non offensive. Ce qu'on appelle le eorpÈ d'armée du prince Aibrecht n'était qu'un dépôt de fourrageuFS, dont l'effectif, jusqu'à la fin de novembre, ne dépassa jamais 3,000 hommes.
Les Prn&siens avaient envahi Gisors, parce qu'ils savaient que, d'après les dispositions adoptées à Rouen, Gisors ne serait pas sérieuâement défendu. Bien loin de songer ^ poofiser de lii uike pointe S9r Rouen , ce qui eût été insensé avec le peu de forces doat ils disposaient de ce côté, ils étaient constamment sur le qui-vive à Gisors, redoutant à toute heure «n revirement de troupes françaises. CTétait pour parer à ce revirement qu'ils étaient venus couper le chemin de fer à la hauteur de Saqssay, et qu'ils avaient couvert cette opération en poussant quelques cavaliers sur Ecouis. On aurait dû le savoir «tor^^o^ devrait au moins le comprendre aujourd'hui.
Dans la seconde quineaine d'octobre, l'organisa*
tion hiérarchique de la défense fut de nouveau modifiée en Normandie par Tapplication d'un décret de Tours, en date du 14, qui mettait en état de guerre tons les départements situés à moins de 10 myriamètres de l'ennemi. Ce décret investissait d'une véritable dictature militaire le général commandant la division ; et, par conséquent, reportait sur lui toute la responsabilité des opérations. Le général Estancelin constate avec empressement cette modification, qui le soulageait d'un fardeau bien lourd. A dater de cette époque il n'avait plus qu'à exécuter les ordres du général qui venait d'être appelé au commandement de la division de Rouen, et à organiser les forces qui devaient être mises à sa disposition.
Le 5 novembre, il annonçait au ministre que cette organisation faisait des progrès sérieux. A cette date, il évaluait à 34,000 hommes au moins l'effectif net des mobilisés disponibles pour les trois départements de la Seine-Inférieure, du Calvados et de l'Eure. Leur armement était complet, mais seulement en fusils à percussion. Encore ce résultat n'avait pu être obtenu « qu'en désarmant presque complètement la garde nationale sédentaire, surtout dans le Calvados et la Manche, où le nombre de ces gardes nationaux
aimés, défalcation faite des pompiers, n^était |^tt& que de quatre ou cinq pour cent.» Il avait bien fallu en venir là, puisque le gouvernement persistait à interdire Tachât d'armes et à ne pas en envoyer. On sait que l'armement des gardes mobileâ était moins défectueux. Plusieurs bataillons avaient reçu , âoit des fusils Snider, soit ceux du modèle de 1867 transformés, dits à tabatière : mais ces distributions de meilleures armes avaient eu lieu pour la plupart avant le 4 septembre (1).
Le général Estancelin s'occupait également avec activité de l'organisation des batteries d'artillerie, provenant les unes des arsenaux de l'Etat, les autres d'acquisitions faites directement en Angleterre* A cette date (5 novembre), deux batteries armées et équipées étaient en ligne -, Tune figura le lendem.'»'a à '/engagement du ïhil-en- Vexin.
Le nouveau commandant en chef ne crut pas devoir, pour le moment, modifier le système de défense antérieurement adopté, et qui se rapportait, comme nous venoij de le voir, à l'hypothèse
(1) Notamment pour les bataillons de la Seine-Inférieure, de la Somme, de l'Oise, de l'Eure, etc. A l'époque des combats d'Hécourt et de Vemon, les braves mobiles de FArdèche n'avaient encore que d'anciens fusils.
d'une attaque contre Roubq du c6té du sud-*6St, par le cjorps d'armée qui était présumé occuper Gisors. Les troupes de diverses protenauces qui occupaient la ligue de rAndelie furent donc ren^ forcées, mais mainteooes sur le pied de la plus stricte défensive. On veut encore aujourd'hui que ces dispositions « aient empoché le département de la Syeine*Inférieure d'être envahi ou rançonné par une poignée de mondcj et nécessité l'envoi d'une armée entière (1). » Il faudrait pourtant s'entendre. Si l'on pensait barrer le passage à un corps d'armée projetant une attaque sérieuse, c'était une grande témérité que de s'exposer, comme on le faisait, à engager une bataille adossé à l'Andelle, sur l'extrême rebord des plateaut du Vexin. Si au contraire on n'avait (affaire, comme c'était la vérité, qu'à < une poignée de fourracheurs, » on avait eu grand tort, à tons les points de vue, de ne pas agir vigoureusement contre eux, de ne pas empêche? lé pillage de ces riches campagnes , qui alimentait les troupes mkployées à l'investissement de Paris et décourageait la population agricole. Elle se lassait, s'irritait avec raison d'être contrainte de nourrir à la fois et
(I) Estaneelio, Introduction, p. XV.
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Tannée d'invasion et une armée de défense par laquelle on n'était pas défendu. Le mécoDten-. tement fut surtout extrême après TafFaire du Thil , où on avait laissé échapper , par trop de circonspection, l'occasion la plus favorable de châtier Tau*dâce croissante des fourrageurs prussiens.
Rouen n'était et ne pouvait être sérieusement menacé que du côté d'Amiens, par une des armées que la capitulation de Metz allait rendre disponibles. On comprit cela trop tard à Rouen ; à Tours, on ne le comprit jamais.
Bourbaki n'eût pas tardé à s'en rendre compte, lui; mais Bourbaki, on le sait, n'avait fait que paraître à la tête de l'année du Nord. La délégation de Tours s'était hâtée de le sacrifier aux repustances des démagogues lillois. Il est vrai que Faidberbe, son successeur désigné, était également capable d'apprécier exactement la situation. Il eût sûrement appelé à lui au moins une partie des forces accumulées sur l'Ândelle pour faire face à un corps d'armée imaginaire. Les troupes employées dans les derniers jours de novembre à l'entreprise siir Gisors, -^ entreprise trop tardive qui n'aboutit qu'au succès malheureusement inutile d'Etrépagny, — auraient rendu de bien meilleurs services à Villers-Bretonneux. Elles pouvaient y
être appelées eh temps utile, puisque rengagement n'eut lieu que le 27 , et qu'on avait dès le 23, à l'armée du Nord, des données précises sur la marche de Manleuffel sur Amitns. De l'aveu des Prussiens, la lutte engagée ej avant d'Amiens fut vive et longtemps indécise, j' est donc au moins probable que la présence d'un renfc*j important à notre droite , qui ne plia que sous le nombre , aurait donné à l'affaire une autre tour-^ nure, sauvé Amiens et Rouen.
Mais Faidherbe n'arriva d'Algérie que six jours après le combat de Villers-Bretonneux. Il ne fut en mesure de recommencer les opérations que le 8 décembre , et, le 5, Rouen avait succombé.
La délégation de Tours avait fait au mieux les affaires des Prussiens, en choisissant le temps où l'armée du Nord allait être sérieusement attaquée, pour lui ôter son chef, et en nommer un qui ne pouvait être rendu à son poste qu'après un délai assez long. Cette armée se trouvait ainsi placée, au moment le plus critique, sous un commandement intérimaire. C'était un inconvénient de plus, dans des circonstances déjà si difficiles.
Enfin, on ne saurait trop le redire, la situation fut encore aggravée par des ordres ultérieurs de M. Gambetta. Les nouvelles de Paris avaient frappé
de vertige ce singulier ministre de la guerre et ses conseillers. Us ne se contentaient pas de précipiter l'armée de la Loire dans une entreprise condamnée d'avance par tous les hommes du métier (1). Ils prescrivaient en même temps au général Briand, à Rouen, au général Faidherbe, à Lille (où il n'était pas encore), de ramasser toutes leurs forces disponibles , et de les entraîner vers Paris. » Ce n'était pas là, comme on Ta prétendu
(1) Dans le conseil de guerre tenu le 30 au soir, au grand quartier général de l'armée de la Loire, M. de Freycinet» délégué du ministre de la guerre, « expose un plan arrêté à Tours. » Il s'agissait de marcher sur Pithiviers, où on devait rencontrer le prince Charles avec toute l'armée allemande, pour aller ensuite , après l'avoir battue, donner la main à notre armée de Paris, qui tentait une sortie, et que le général Ducrot devait amener dans la forêt de Fontainebleau. Malgré ce que purent faire les généraux pour exposer les dangers d'une pareille opération , si elle se faisait alors que toutes les forces ennemies seraient réunies autour de Pithiviers, et qu'on n'était pas certain que la diversion annoncée de l'armée de Paris pourrait s'effectuer, l'idée générale du plan fut maintenue comme un ordre formel du gouvernement, et on ne discuta plus que les moyens d'exécution. » (Chanzy, p. 57). L'exécution du plan « arrêté à Tours » eut pour conséqucncesla journée désastreuse de Loigny (2 décembre), la reprise d'Orléans par les troupes allemandes, la retraite précipitée et la dislocation de l'armée de la Loire. (Voii: aussi l'ouvrage du général d'Aurelle^).
Iftk
aqprès révénement, une invitation , un simple conseil subordonné à l'appréciation des circonstances locales: c^était une injonction formelle» exprimée, réitérée pendant plusieurs jours , sous la forme la plus absolue, la plus pressante.
On a déjà vu que , dès le 30 novembre ^ le général Briand, à son retour d'Etrépagny, trouvait à Fleury-sur-Andelle un premier ordre de « former une colonne pour marcher sur Paris. » (Lettre du général Briand, du 31 janvier 1870.) Le lendemain , le ministre de la guerre lui télégraphiait de nouveau : < Ramassez tout ce que vous pourrez et marchez immédiatement sur Paris. » Et, pour le rassurer contre toute éventualité d'attaqae du côté d'Amiens, Thomme de Tours ajoutait avec un aplomb imperturbable : « Amiens a été évacué par les forces allemandes qui , de tous côtés , se replient sur Paris. » Il n'imaginait pas que Vabandon précipité d'Amiens pût avoir une autre cause* Dans une deuxième dépèche adressée aux préfets, le même jour, il présentait aussi la délivrance prétendue d'Amiens, et même le combat d'Étrépagny (livré le 29) comme des- conséquences de la bataille de Paris. C'est en vain que les autorités civiles et militaires font connaître au dictateur rapproche des Prussiens. Oo leur répoad « que
ceux-ci ont antre chose à faire que de venir se promener en Normandie ; » Ton maintient l'ordre de marcher sur Paris. Enfin, le 3 décembre, le commandant général Estancelin , informé que les têtes de colonne prussiennes ne sont plus qu'à huit lieues de Rouen, prend sur lui de faire observera son tour qu'il serait peut-être pbis prudent que nos troupes commençassent par aider la garde nationale à culbuter cette armée ennemie , avant de se diriger vers la capitale (1). Mais il n'était pas facile de forcer la main au dictateur dont il s'agit ; l'obstination était chez lui à la hauteur de l'incapacité. Ce même jour, il annonçait encore, et peut-être de bonne foi, que « le mouvement.de retraite de l'ennemi dans le Nord paraissait se prononcer. » Ce ne fut que dans la soirée qu'il se décida à expédier au général Briand le contreordre à la marche sur Paris, contre-ordre qui ne parvint à sa destination qu'à une heure trèsavancée de la soirée du 3 décembre. Le générai passa la nuit entière à expédier de nouvelles instructions dans le département de l'Eure et dans la vallée de l'Andelle, qui devaient fournir les troupes appelées à composer le corps expéditionnaire (2)#
(1) Estancelin, 16 et iTf.
(2) Lettre du géftéral Brjand, du 31 décembre <870.
Oq a dit que ces jours néfastes avaient été perdus pour la défense de Rouen : ce n'est pas en dire assez. Toutes les mesures prises, tous les mouvements de troupes prescrits et coounencés depuis le 30 novembre, en vue de l'expédition sur Paris, ravaient été en sens inverse de& vëritables nécessités de la situation. Les ordres partis de Tours, et réitérés avec acharnement pendant quatre mortelles heures journées, n'avaient pas seulement paralysé la défense, ils l'avaient radicalement désorganisée. Pour se conformer à ces ordres, pour former la colonne de 20,000 hommes que Ton voulait acheminer par la vallée de la Seine, il avait fallu dégarnir absolument notre gauche, au moment où il eût été le plus essentiel de la renforcer en la prolongeant dans la direction de Dieppe. On avait délaissé les positions du pays de Bray, région coupée et boisée où l'ennemi eût hésité lui-même à s'engager, s'il n'avait eu la certitude de n'y plus trouver d'obstacle. « Gaillefontaine, Forges, étaient évacués, tout le matériel des chemins de fer réquisitionné pour porter des troupes à Paris^ les vivres et les munitions préparés dans cette intention. » (Estancelin, p. 17.)
Il y avait déjà des troupes en avant-garde à Serquigny, à Evreux ; il y en avait partout, ex-
capté dans ia direction où elles auraient dû être rasseniblées pour couvrir Rouen.
Quand il eut enfin reçu contre-ordre, le général se bâta de convoquer un conseil de guerre. Chacun sentait Timminenee du danger, Tinsuffisance des ressources, surtout celle du temps ! Il ne s'agissait de rien moins que de défaire en quelques heures tout ce qu'on élaborait depuis quatre jours. On n'avait même pas une idée exacte du nombre et de la répartition des troupes prussiennes qui, contrairement aux prévisions du dictateur, venaient te 'promener en Normandie. On croyait n'avoir affaire qu'à ^un seul corps d'armée, le 8"®, dont le centre menaçait Buchy, la droite Saint-Saens et la gauche Darnétal. Dans cette hypothèse, on n'aurait eu à combattre qu'environ 25,000 hommes. En réalité, on allait avoir sur les bras un autre corps plus nombreux, le 1*', alors en marche sur Gournay.
Le général Briand avait confié la défense de Buchy au capitaine de vaisseau Mouchez, commandant la subdivision de Rouen. A sa gauche, le commandant général Estancelin devait couvrir de son mieux le chemin de fer de Dieppe et la bifurcation d'Amiens. Dès la veille, nonobstant l'ordre ; encore maintenu de marcher sur Paris, on avait
rappelé d'Evreux et de Serqiiigoy sur Rouen, ef dirigé vers Buchy, plusieurs bataillons demobilif -b.. de la Seine-Inférieure. On s'était décidé à faire C(^ changement, en apprenant que Ncufcliâtel étai déjàmenacé. Cette mesure judicieuse aurait dû è^ro prise plus tôt et sur une plus grande échelle. Malheureusement, entre d(^s affirmations positives, des ordres persistants de l'autorité centrale, et les in • formations bien différentes qu'on recevait d'àut^r part sur la marche de Tennemi, Tautorito militaii<î avait trop longtemps hésité. Au lieu de considénu' résolument comme non -avenues les injonction; relatives à la marche sur Paris, on s'était boni.) à en ralentir l'exécution,- en attendant ce contre • ordre qui s'était fait si déploraMement attendre.
Ces incertitudes, ces tergiversations avaient fi» t perdre un temps irréparable; interverli, paraijsi les mouvements de troupes les plus urgens, ei • brouillé tous les services. Elles expliquent bi(^ i des incidents de la nuit du 3 et do la journée (!.i 4 décembre ; ces encombrements inextricabh'ij dans les gares, ces séries d'ordres contradictoires, d'embarquements et de débarquements précipité/, et les brusques changements dedireclion, et les longues heures d'immobilité, à jeun, par un froid de s plus vifs. Toutes les troupes employées àce qu'il faut
bien - appeler la défense de Rouen, soldats de la ligne, mobiles, mobilises et même sédentaires, ont passé par ces péripéties. Le jeûne surtout était à l'ordre du jour, par suite de ce changement total de dispositions qui reportait les soldats, à la dernière heure, dans une direction inverse de celle ou ils étaient attendus. Les mobilisés qui furent engagés le 4 au matin à Buchy, « mal chaussés, mal vêtus, n'avaient pas eu un morceau de pain dans la journée du 3. » Ce ne fut que dans la nuit qu'ils reçurent quelques vivres recueillis à Rouen par un membre de la municipalité. Un de ces bataillons ne faisait que d'arriver, après avoir marché sept lieues sans désemparer, sous une pluie battante. Le deuxième bataillon de marche , celui qui avait eu la plus grande part au combat d'Etrépagny, avait quitté dans l'après-midi du 3 son cantonjiement de Verclives pour se rendre à Fleury. De la, il devait primitivement être transporté à Vernon pour prendre la tête du mouvement sur Paris. Mais dans l'intervalle, tout avait été changé. On n'osait diriger ces soldatssur Vernon, Rouen étant menacé ; on n'osait pas non plus les envoyer de suite sur Rouen, parce que le fameux contre-ordre à la marche sur Paris n'était pas arrivé. On les retint donc immobiles, à jeun, cela va sans dire, pendant
la nuit entière ; ce ne fut que dans la matinée du lendemain qu'ils purent être embarqués pour Rouen, où ils arrivèrent trop tard pour être engagés. Pendant vingt-quatre heures, cette troupe, sur laquelle on pouvait compter, fut ainsi tantôt retenue immobile, tantôt promenée inutilement sur les chemins de fer, sans pouvoir tirer un coup de fusil.
Nous pourrions multiplier les témoignages de ce désarroi général, produit, imposé par les cascades stratégiques de l'homme de Tours* Nous pourrions citer telle troupe, dans la partie supérieure de la vallée d'Andelle, qui reçut en quelques heures une vingtaine d'ordres contradictoires. Les mobiles de l'Oise laissés en arrière à Ecouis, qui avaient escarmouche le 4 contre l'avant-garde saxonne, rappelés précipitamment sur Rouen dans l'après-midi, n'avaient pu être rendus que fort tard à la gare dé Menesqueville. Là, comme partout, régnait, un désordre indescriptible. À défaut de matériel couvert, on entassa ces derniers venus dans des wagons de marchandises. Ce fut dans cet équipage qu'ils firent, par cette nuit plus que fraîche et avec des arrêts sans fin, le trajet jusqu'à~Rouen, où ils arrivèrent à deux heures du matin. De la gare oo les envoya, pour se refaire, stationner au
grand air sur la place de l'Hôtel-de-Ville. Là, il leur fut distribué à peu près l'équivalent d'un tiers de ration. Et ceux-là n'étaient pas encore les plus mal partagés.
Daxis la prévisioa d'une attaque contre Buchy on avait fait converger vers ce point de la ligne de défense une dizaine de mille hommes ; ils y furent assaillis plus tôt et plus vigoureusement qu'on ne l'avait pensé. A notre droite, les éclaireurs Mocquart et le 5® bataillon de marche firent bonne contenance et retardèrent quelque temps les progrès de l'ennemi. A gauche, sur cinq bataillons de mobilisés, un seul fut sérieusement engagé, et pendant peu de temps, car il n'eut que cinq hommes tués. Le colonel Laperrine, qui commandait dé ce côté, affirme dans son rapport qu'il ne donna le signal de la retraite à ceux de ses hommes qui étaient au feu avec lui, que sur un ordre formel envoyé de Rouen. Mais il serait puéril de nier que ce fut là une échauffourée plutôt qu'un combat ; que le temps et les moyens avaient manqué pour faire arriver sur ce terrain un plus grand nombre de troupes solides et pour disposer convenablement celles qui s'y trouvaient ; que de l'avis des hommes du métier, une plus fougue résistance dans de telles conditions ne pouvait
aboutir qu'à un désastre encore plus complet ; enfin, qu'un grand nombre d'hommes n'avaient pas attendu l'ordre de retraite pour se replier pécipitammcnt sur Rouen. I>e telles paniques sont presque inévitables parmi des troupes novices, surtout lorsqu'elles se trouvent pour leur début en présence d'une formidable artillerie, étant privées elles-mêmes d'un semblable appui. Nos volontaires de 1792 avaient eu d'abord de ces surprises, et l'on sait comment ils ont pris leur revanche.
L'ennemi ne pouvait guère s'enorgueillir d'un pareil succès. Par son entêtement aveugle, la délégation de Tours lui avait préparé les voies 5 elle avait en quelque sorte vaincu pour lui. Nous avions eu affaire à la majeure partie du corps de von Gœben (8®) et de son artillerie. De notre côté il n'y avait eu d'engagé que deux pièces portant seulement à 1 ,200 mètres, contre au moins soixantedix de l'ennemi portant à 2,000(1). Le combat de Bosc-le-Hard , qui semblait le menacer d'une diversion sur sa droite , retarda heureusement
(1) Ce chiffre, atleslé par des gens du pays, doit être fort rapproché de la vérité. La personne qui a parlé à M. Eslanceliû de 136 pièces quelle aurait vues de loin, aura confondu les caissons et les pièces. Nous n'avions en face de nous à Buchy qu'un seul corps, le huitième; or, le
sa poursuite. La retfailô fut d'ailleurs couverte avec beaucoup de fermeté par le 5« de Biarehe et un escadron du 3' hussards^ qui, ce jour-là ^core» justifia pleinement sa réputation.
D'après le plan ébauché dans le conseil de guerre tenu la veille, la défense de Clères était dé* Yolue à la garde nationale sédentaire de Rouen. Cette défense devait se relier d'une part à -celle de Bucby, et de l'autre à celle de la ligne de Dieppe vers Saint * Victor , l'ennemi tendant à déborder notre gauche à cette hauteur. Son approche ayant été signalée itérativement de ce côté, le ccmimandant général avait expédié dans la nuit aux gardes nationaux de Dieppe, du Havre et des cantons voisins de la communication menacée, des app^s malheureusement bien tardifs. Plusieurs de ces ordres furent interceptés par la rupture dos fils télégraphiques, ou bien le temps et les moyens d'exécution manquèrent. Ainsi un balaiilon du Havre, appelé d'abord direotement sur Buehy» pms sur Rouen, et prêt à partir, dut
QMcibre réglementaire des canons pour chaque corps eat de 96. La défalcation de ce qui pouvait s*en trouver du côté de Bosc-le-Hard^ de Saint-Victor, etc., nous ramène aux environs de 70. C'était, par malheur, encore beaucoup Irop.
être tîontremandé, le matériel de transport faisant défaut sur la grande ligne.
En élaborant ce plan de défense, si plan il y a, les autorités militaires étaient exclusivement préoccupées du corps prussien venant du côté de Neufchâtel. Elles ne tenaient aucun compte et semblent même avoir ignoré jusqu'au bout l'existence de la seconde colonne ennemie, qui, dans ce moment, se dirigeait vers Rouen par Forges, conduite par le général Manteuffel en personne.. De plus, la défense ainsi comprise n'avait sa raison d'être qu'à la condition que les trois points essentiels de la ligne, Buchy, Clères, Saint-Victor, auraient été solidement occupés et reliés ensemble. Buchy venant à être forcé, les défenseurs de Clères devaient être coupés de Rouen et enveloppés par l'ennemi, pour peu que celui-ci manœuvrât avec sa précision et sa célérité ordinaires.
L'on est donc forcé de reconnaître que les gardes nationaux, transportés à Clères et même bien audelà, dans l'après-midi du 4 décembre, alors que Buchy était déjà au pouvoir des Prussiens, n'ont échappé que par une sorte de miracle à une aveiîture des plus désastreuses. Ce mouvement devait d'abord avoir lieu au point du jour. On avait cal-
culé que la garde pourrait être rendue à Clères vers neuf heures, occuper fortement cette position, et détacher un bataillon sur Saint-Victor pour se relier à la garde nationale de Dieppe. A l'heure convenue, le matériel faisant défaut dans toutes les gares de Rouen, il fallut d'abord congédier les gardes nationales déjà réunies , puis les rassembler de nouveau trois heures plus tard , puis les embarquer précisément à la gare la plus éloignée de leur destination, celle de la rive gauche, la seule qui eût par miracle quelques wagons disponibles. Ils n'en partirent qu'a onze heures, < alors que nos troupes, battues à Buchy, étaient déjà en retraite sur Rouen. » Grâce aux nombreux temps d'arrêt, le convoi n'atteignit que vers trois heures après midi la gare de Clères, qu'il dépassa pour ne s'arrêter qu'à Saint-Victor, « par suite d'une erreur. inexpliquée du chef de train, » dit M. Estancelin, et aussi d'une distraction inexplicable de M. Estancelin lui-même.
La station de Saint-Victor n'était pas occupée, à beaucoup près, aussi fortement qu'elle aurait dû l'être. Il s'y trouvait pourtant un certain nombre de gardes nationaux de Dieppe, qui avaient répondu à l'appel du commandant général. Cette apparition des Prussiens dans le voisinage de leur
vilto ne cadrait guère avec les dépêches ti^iompbales de Tours et Tordre de marche sur Paris, mais certwis b&Ueurs avaient trouvé le moyen de tout eoDcilier. Us avaient répandu le bruit qu'ef^ feetivemeat quelques centaines de Prussiens se promenaient dans Tarrondissement de Neufchàtel , la croise en Vair, et cherchant une troupe armée à laquelle on put se rendre hosorsèlement. L^ autorités adiftinislratives de l'Eure nous avaient fait le mdm^ conte, deox mois auparavant» sur les pre* miers Prussiens qoi avaient occupé Mantes. Sur la loi de eette légende, plusieurs gardes natiimaox dieppois étaient partis joyeusement en attirail de chasse plutôt que de guerre. Ceux-là furent assez^ désagréablement surpris en se trouvant à Clères vis-à-^vis des Prussiens qui déjà serraimt d'assez près la position (1).
Un écrivain rouennaiSi qui faisait partie de Texeursion excentrique des gardes nationaux rouennais à Saint-Victor» a spiritoellement conn mènté certains passages trop succincts de la. relation de son ^-commandant général (2). Il nous a
(0 Tout en affirmant la sincérité de cette anecdote, nous sommes loin d*en inférer que tous les gardes nationaux foetàÉ de Dieppe fussent dupes de cette histoire ridicule.
(S) Hi. fienais, NowOUtte éU Rùiten du U norendM.
appris qw eelni-^i , veou p» mégarde jusqQe^U » aa lieu âe rebrousser chemin en toute h&te, eut d'abord l'idée d'utiliser cette singulière mépriee en laissant une partie de son monde, qu'il fit des^^ cendre sur la voie. Il avait été question, en effet, dans le conseil tenu ta teille, d'Aablir la comamftîcation entre ce poste et celui de Clères. Mais on cro5^it alors pouvoir raes^nbler sur cette ligne des forces plus considérables, et Ton n'avait pas une idée parfaitement e&acte des distances. Après en av<»r conféré avec deui officiers supérieurs qui avaient servi, le commandant général renoofa à SM iééê û^ détachement. Cette résolution était d'atrtant plus urgente qu en même temps il recevait par le télégraphe et par un exprès la nouvelle de la^éfeljte de Buchy, et aussi la communication sommaire d'un ordre de retour émanant dq général en chef. Nous ne nous diargerons pas d'expliquer pourquoi C0t ordre avait été expédié si tard, ni fortout pourquoi on ^t ou on la^sa partir de Re^eo, à ^ed, dans la soirée, poor la même deslinatton, un dernier bat^Uon dont la marcha fias qu'aventureuse fut arrêtée spontan toent et fort à propos par un des membres du conseil municipal. Nous serions également fort embarrassé d'expliquer les derrières hésitations du commandant générali
qui, connaissant d'une façon positive, bien que non officielle, son rappd «ur Ammr et fa cféfaffé de Buchy, serait resté encore une heure et demie immobile à Saint* Victor. Cependant tout le monde comprenait bien autour de lui L quel point il était téméraire de rester dans cette position , où Ton n'aurait pas même dû venir. Le signal du départ fut enfin donné ; en repassant par Glères, on rallia d'autres gardes nationaux sédentaires de Rouen et ceux d'Elbeuf, venus dans l'intervalle pour occuper enfin ce poste qui n'était plus que dangereux sans utilité, notre ligne de défense ayant été rompue à Buchy. Pendant ce retour, Içs gardes nationaux entendaient le canon du côté de Bosc-le- Hard. L'engagement qui avait lieu dans cette direction leur a probablement épargné quelques mois de captivité en Allemagne.
Le combat de Bosc-le-Hard est l'épisode le plus consolant de cette triste journée. Parti le matin de Fleury-sur-Andelle , le deuxième bataillon des mobiles de la Seine-Inférieure était arrivé à Rouen un peu après midi, ayant été désigné pour concourir à la défense de Buchy. A cette heure, la canonnade avait déjà cessé dans cette direction, mais Ton ignorait le résultat de l'engagement. .Dans le doute, on pensa que ce bataillon pourrait
^tre encore utile à la défense ; il fut dirigé sur la gauche de Bucfiy, par Cîères et fa ligne de Dieppe sur Bosc-le-Hard. Il devait être suivi de près dans cette direction , et soutenu par le 2* bataillon de marche, venant également de Fleury.
Le train fit halte à Bosc-le-Hard, et il était temps, car la voie était coupée et l'ennemi embusqué à moins de 500 mètres au-delà. En même temps, il fut constaté que les communications télégraphiques avec Buchy et Clères étaient interceptées, ce qui indiquait clairement la présence des éclaireurs ennemis sur le flanc et même en arrière de nos soldats. Un convoi de vivres destiné d'abord aux troupes de Buchy, et qui naturellement avait dû s'arrêter en route, avait été acheminé à tout risque sur Bosc-le-Hard. Là, « le commandant Bolin, sans ordrt, sans appui, sans communication, attendait l'ennemi de pied ferme avec sa poignée d'hommes. Il fut impossible de distribuer les vivres , et le convoi dut rétrograder précipitamment sous la mitraille (1). 9
Ancien militaire, le commandant Rolin ne pouvait se faire illusion sur le danger de sa situation.
(<) Lettre de M. Mathieu, fournisseur des vivres, du 7 décembre 1870.
n atait appris en arrivant , par les gens du pays, qu'il était débordé de gauche et de droite, Buchy étant déjà plus que compromis d'après les derniers renseignements, et Saint-Victor menacé, tandis que des forces plus que triples des siennes marchaient directement sur Bosc-le-Hard avec de l'artillerie. De plat, oe village, offrant un développement de près de 3 kilomètres du c6té de l'ennemi, ne pouviét être disputé tout entier ni longtemps par un millier d'hommes! Néanmoins, le commandant résolot de ne pas ^e retirer sans comba/ttre. < Ma troupe étant consignée dans le train, j'aurais pu, dita»-il, faire renverser la vapeur et rebrousser cheipin. Maïs, outre que oe refdoiement aurait eu Tinconvénient de démoraliser mes hommes , f étais à un poste d'honneur, en tète d'une colonne qui pmvait me suivre. Il était de mon devoir de «raibattre en attendant, et de sauver du moins l'honneur du <h*apeau. »
En prenant cette détermination honorable, le commandant Rolin savait qu'il pouvait compter sur ses jai^s soldats. À l'époque pu ils étaient nos hôtes, j'avais pu voir moi-même combien ils étaient impatients de recevoir le baptême du feu.
On trouvera dans YHistorique du bataillop le détail des péripéties de ce combat. Apri^s s'èlre
maintenu deux heures dans le village, le commandant, se voyant débordé et ne voyant pas venir les renforts sur lesquels il avait dû compter, prit le parti de la retraite. Il l'opéra vers la fin du jour avec beaucoup de sang-froid, et donna habilement le change aux Prussiens, en feignant de vouloir forcer directement le passage du côté de Fontaine-le- Bourg, ce qui fit converger tous les efforts de l'ennemi dans cette direction. Pendant ce temps, le bataillon, faisant rapidement demi -tour, filait du côté opposé, dans la direction de Biennais, d'où il se rabattit ensuite par Frichemèsnil sur Clères et Malaunay. Une partie de la dernière compagnie qui formait l'arrière-garde, trop fortement engagée pour suivre à temps ce mouvement rétrograde , fut enveloppée et forcée de se rendre après avoir brûlé ses dernières cartouches. Cet incident facilita la retraite du gros de la troupe, en retardant la poursuite de l'ennemi.
Le bataillon n'avait eu dans ce combat que six hommes tués, vingt- quatre blessés et soixantedix-neuf pfisonniers, dont un capitaine. Les Prussiens avaient pourtant fait, pendant près d'une heure, un feu d'artillerie assez vif; et leurs pièces étaient en batterie à 8 ou 900 mètres tout au plus
du village. Heureusement ils craignaient d'at-
teindre leurs tirailleurs engagés de très-près avec les nôtres. De plus, ils n'imaginaient pns que cette petite troupe pût être ainsi postée en flèche sans soutien, et tiraient en conséquence au-delà, dans la direction présumée des réserves. Dans une affaire de ce genre, nos gens étant abrités derrière des haies ou des arbres, et tirant sur (tes ennemis à.découvert, la perte de ceux-ci dut être de beau^ coup la plus considérable. On peut, sans exagération , Tévaluer à cent cinquante hommes tués ou hors de combat. Exaspérés de cette résistance meurtrière, les Prussiens s'en vengèrent comme d'habitude sur le village. Ils y tuèrent un habitant inoffensif, en blessèrent deux autres , saisirent et transportèrent en Allemagne neuf otages , dont
trois y sont morts
On a vu que le commandant Rolin comptait sur Tappui des gardes nationaux postés à. Glères, et sur celui du bataillon de marche, parti après lui de Fleury. Ce double soutien lui avait manqué par suite du rappel précipité sur Rouen de toutes les troupes qui se trouvaient âur la ligne de Dieppe. La rupture des communications télégraphiques et la confusion générale avaient " empêché la transmission de cet ordre à Bosc-le-Hard. Dans la soirée seulement, le général, instruit enfin qu'il y
avait de ce côté une troupe restée en détresse, renvoya à son secours, par le chemin de fer, le bataillon Rousset , qui rencontra le commandant Rolin et ses mobiles, entre Clères et Rouen, vers neuf heures du soir. On voit qu'ils avaient été bien avisés de se tirer d'affaire tout seuls ! Quand le général fut informé de la manière dont les choses s'étaient passées, il parut fort étonné que le bataillon entier n'eût pas été pris. Il ne comprenait pas non plus qu'il fût parti si tard de Fleury, qu'on ne l'eût pas retenu à Rouen , etc. C'était la révocation trop tardive de l'ordre de marche sur Paris qui avait engendré ce chaos.
En résumé, le commandant Rolin avait su tirer le meilleur parti possible d'une situation des plus difiSciles. Envoyé à tout hasard comme soutien de troupes qui, depuis plusieurs heures, avaient perdu leurs positions, le 2® bataillon de la Seine-Inférieure, sans vivres depuis la veille et n'ayant qu'un armement défectueux, il avaît^ suivant l'expression énergique d'un officier, « piqué une tête dans l'armée ennemie, j» s'étant trouvé seul engagé contre près de 4,000 hommes, avant-garde de forces plus nombreuses. Dans cet isolement , il ^ avait, pair sa contenance, fait illusion à l'ennemi, retardé èes progrès , et par conséquent conitrîbûÔ
au salut des troupes refoulées à Buchy, et de celles qui se repliaient de Clères et de Saint-Victor. Avec des moyens si restreints, dans une situation semblable, il était impossible de mieux faire ; aussi l'opinion publique a pleinement ratifié les récompenses accordées aux combattants de Bosc-le- Hard,
Dans l'après-midi du 4 décembre, le huitième corps prussien occupait et dépassait déjà notre première ligne de défense. Il exécutait une manœuvre tournante dont le but était, non pas d'expulser nos troupes de la ville , mais de les y cerner. Toutes leurs communications de la rive droite étaient déjà, ou allaient tomber au pouvoir de l'ennemi. La ligne de Dieppe fut coupée le soir même ; celle du Havre, le lendemain matin.
De notre côté, la situation se dessinait avec une précision impitoyable. Deux solutions étaient en présence ; en faveur de chacune militaient des considérations puissantes ; si puissantes que, prises séparément , elles semblaient tour à tour invincibles. D'un côté, l'armée pouvait-elle honorablement abandonner une des plus grandes villes françaises, sans avoir au moins tenté de la défendre plus sérieusement qu'on n'avait fait la veille? Et les représentants de cette ville, comptables non-
seulement de ses intérêts , mais de sa gloiire t M devaient-ils pas se résigner à cette défense, si hasardeuse qu'elle fût, l'implorer môme et s'y dévouer corps et âme ? N'était-ce pas là une de ces circonstances exceptionnelles où la suprême loi n'est plus le salut du peuple, mais son honneur ?
Mais, d'autre part, on ne pouvait' envisager sans un trouble profond les conséquences plqs que probables d'une prolongation de résistance dans des conditions si difficiles. Ces conséquences étaient : l'enlèvement, au bout de quelques heures , de la dernière ligne de défense , ligne à peine ébauchée dans la majeure partie de son vaste parcours, et sur laquelle on n'avait à porter que des troupes relativement peu nombreuses et en partie démoralisées; le refoulement de ces troupes sur la ville, et finalement, non pas une bataille des rues dans laquelle on aurait pu, avec le concours de la population, faire au moins payer chèrement la victoire à l'ennemi, mais l'iustallation des batteries prussiennes sur les hauteurs cyai commandent Rouen et les deux ponts, seul débouché qui restât à 'l'armée. En prolongeant la défense do la ville, on pouvait donc être entraîné à partager son sort, réduit avec elle ^ rfJetprnative
d^ètre détruit bu de capituler. Enfin , la plupart f des militaires pensaient que la perte du Havre sui- i Vrait de près celle de l'armée. Il est au moins certain que présentement cette ville est serrée de ttop près, et 4)ar conséquent protégée insuffisamment par ses fortifications , et que les Prussiens auraient pu en effectuer le l;)ombardement au moyen de leurs pièces à longue^ portée, s'il n'y avait pas eu de corps d'armée pour les tenir à distance.
'- ' On se trouvait donc placé dans cette alternative, ou d'abandonner à la merci de l'ennemi, sans coup férir, une ville de cent mille âmes, ou de courir, en tentant de la défendre, la chance d'un désastre encore plus grand.
Ce fut sous cette impression que le conseil municipal se réunit le 4 , à trois heures de l'aprèsmidi, pour entendre le général Briand, qui désirait lui exposer la situation , et « connaître ses intentions sur la question de défense. » Dans une apologie de ce conseil, rédigée ah irato pour répondre à d'indignes attaques, l'un de ses membres asoutenu que « le général était venu dans l'espérance d'obtenir l'autorisation , peut-être même la demande de ne pas défendre la ville. » Le général a vivement repoussé ce reproche ; mais il faut con-
venir que son langage n'était pas précisément des plus propres à stimuler l'enthousiasme. < Les circonstances lés plus graves, disait-il, rendaient une solution urgente. Le conseil voulait-il, oui ou non, la résistance? If ne fallait pas se dissimuler qu'il s'agissait de mettre en ligne 15,000 hommes contre 50,000... Malgré toutes les précautions, en présence de forces aussi considérables , la situation était bien difficile... Il ne comptait pas sur les forces qui se trouvaient dans la vallée d'Andelle ; il craignait même qu'elles ne fussent enveloppées. » Le conseil ayant naturellement persisté à lui laisser la responsabilité de la détermination à prendre, le général conclut inopinément « qu'il fallait résister , qu'il ne voulait pas qu'on l'accusât comme' d'autres de tourner le dos à l'ennemi , qu'une ville comme Rouen ne pouvait pas se rendre sans tirer un coup de fusil. » Il ajouta qu'il ne savait pas si cette résolution serait approuvée par ses ofiSciers ; mais que, dût-il être seul, il présenterait sa poitrine à l'ennemi plutôt que de reculer; qu'il espérait que ses troupes le suivraient (1). Ces dernières paroles encore n'étaient pas des plus rassurantes.
(0 Procès-verbal de la séance.
Le conseil se réunit encore deux fois dans cette triste soirée. Il rédigea d'abord une proclamation faisant appel à la garde nationale, c'est-à-dire à tous les citoyens^ pour concourir à la défense de la ligne des postes, c que l'autorité militaire avait promis de protéger énergiquement. » Dans la seconde délibération , qui eut lieu entre neuf et dix heures du soir, le maire rendit compte d'une nouvelle conférence qu'il venait d'avoir avec le général. Celui-ci avait dû faire l'aveu pénible que , malgré ses ordres, beaucoup d'hommes avaient quitté les lignes et étaient descendus en ville, parce qu'ils n'avaient pas mangé. Les revirements de troupes , qui depuis quatre jours se succédaient, s'enchevêtraient sans relâche, avaient, en effet, totalement désorganisé les services de l'ambulance. Le général persistait néanmoins à combattre, et demandait que, dès quatre heures du matin, on battît la générale et Ton sonnât le tocsin , pensant que c'était le seul moyen de réunir ses forces. » Quelques heures plus tard , cet incident de la générale ayant pris soudain une importance majeure , le maire crut se rappeler que le général avait promis de se charger lui-même de ce soin ; sur ce point comme sur quelques autres, il y a entre eux désaccord. Quant au tocsin , c'est-à-dire à un
appel au son des cloches , je ne sais si cette mesure eût produit l'effet espéré, mais je crois qu'avec d'excellentes intentions , la majorité du conseil eut tort de s'y refuser. On allégua t que le tocsin ne constituerait pas une force utile , et que l'on pourrait se tromper sur la signification de cet appel (!), » le prendre pour un signal d'incendie. Ce qu'on peut, dire de plus indulgent sur ces deux motifs , c'est qu'ils n'étaient pas suffisamment sérieux. Il y en avait bien un autre dont on ne parlait pas tout haut , l'appréhension que ce tocsin ne devînt le signal de désordres intérieurs qu'on n'aurait plus le moyen de réprimer. Le maire en ayant fait inutilement l'observation au général, le mieux eût été de s'en tenir là, d'en passer a tout risque par tout ce qu'exigeait l'autorité militaire , arbitre souverain de la défense. Se refuser à l'exécution d'une mesure que le général, à tort ou à raison, réclamait comme indispensable, c'était en partie se déjuger, revenir sur la résolution adoptée de s'en remettre jusqu'au bout et en toute chose à l'autorité militaire. C'était fournir à celle-ci ce qu'on la soupçonnait de chercher, un prétexte pour abandonner la défense de la ville. Cette opinion fut soutenue avec beaucoup de force par un membre du conseil, et appuyée par le maire,
Mi»H*aMMMU
M. Nétien, qui a fait preuve d'autant de jugement que de sang-froid dans cette crise. Mais ils ne
purent convaincre la majorité (1)
Beaucoup de personnes pensent encore aujourd'hui que la résolution était prise dès le 4 de battre en retraite ; que c'est seulement pour gagner quelque temps qu'on a cherché jusqu'au dernier moment à faire croire à l'ennemi, aussi bien qu'aux Rouennais , qu'on voulait défendre leur ville. Cette opinion semblerait confirmée par le langage peu encourageant du général, et par certaines mesures de détail prises le soir même et dans la nuit, et qui ne se conciliaient guère avec l'idée d'une résistance prolongée. Cependant, il s'est toujours défendu d'avoir eu personnellement celte arrièrepensée, et je dois dire que son assertion m'a été confirmée par des chefs de corps dont le témoignage a d'autant plus de poids, qu'ils étaient, éui, partisans de la retraite immédiate. J'ai peine à croire , po^ur mon compte , que le général ne fût
(1) M. Morin pense qu'il est très-difficile au conseil de refuser ce qui est demandé , du moment où Ton s'en est remis à raalorité militaire. — M. le maire rappelle au conseil Tobservation de M. Morin; il est à craindre que le refus de sonner le tocsin ne serve de prétexte à rautorite militaire. (Procès-verbaux.)
pas momentanément résolu, résigné , si l'on veut, à un essai sérieux dû défense, quand il annonçait àM. Estancelin, à neuf heures et demie du soir, en revenant de THôtel-de-Ville, que t la résistance à outrance était décidée, que le lendemain, à quatre heures, la générale battrait et le tocsin son^ nerait; » quand ensuite il passait plusieurs heures sans désemparer avec les chefs de corps pour arrêter la répartition des troupes sur la nouvelle ligne de défense. Nous avons dit que, par malheur, cette ligne était à peine tracée du côté que menaçait l'ennemi, tandis qu'on av^^it fait des ouvrages sérieux , armés de pièces d'un fort calibre , sur le plateau de Bonsecours et sur celui de Grand- Couronne, au-dessus de Saint-Sever. Cette mauvaise direction donnée aux travaux était la consé* quence de l'erreur déjà signalée ; jusqu'au dernier moment , on s'était obstiné à croire que l'attaque principale aurait lieu par les deux rives de la Seine. Il en résulta que les défenses . de Bonsecours , tournées et prises à revers , durent être évacuées sans résistance ; qu'on ne put enlever , ni même enclouer toutes les pièces. Quant aux travaux qui couvraient Saint-Sever, quelques semaines plus tard ils rendirent de grands services aux Prussiens! Mais, du côté où il fallait
livrer bataille le 5 décembre, il n'y avait guère (sauf àisneauville) qu'une sorte de fossé ou plutôt de syion, tout à fait nul comme obstacle. C'était sur cette ligne qu'il fallait se maintenir, pour empêcher les Prussiens d'installer leur artillerie sur les hauteurs qui dominent la ville et le cour? de la Seine.
Les détails de cette résistance furent réglés dans la. nuit avec une précision qui semble esclure l'idée d'abandon prémédité. La ligne à couvrir fut divisée en trois sections ou commandements distincts. Le commandant Rousset, du 2"® bataillon de marche, devait diriger la défense depuis Duclair jusqu'à la Vaupalière ; le colonel Mocquart, depuis la Vaupalière jusqu'à Maromme; enfin, les troupes chargées de couvrir les abords de la forêt Verte devaient être placées sous les ordres du lieutenant-colonel des mobiles de l'Oise, M. de Cainecaude. Les gardes nationaux sédentaires de Rouen avaient été particulièrement désignés pour occuper Isrieauville et les bois des environs. Ces braves gens, dont le plus grand nombre avait pris part aux excursions aventureuses de Clères et Saint - Victor, avaient été convoqués de nouveau , le 4 , pour huit heures du soir ; presque tous furent exacts
au rendez-Tous. Ils étaient là à se morfondre de^ puis trois mortelles heures, sur une place dont Textrëme fraîcheur est proverbiale en France, quand le commandant général vint enfin leur affirmer, de la part du général en chef, que * la défense à outrance était décidée, que le lendemain à quatre heures la générale serait battue et le tocsin sonné. "
Cette nouvelle fut accueillie par des acclamations très-méritoires, «ar il n'était pas difficile de prévoir qu'une telle résolution pouvait amener pour ta ville de Rouen de cruelles conséquences. La plupart des officiers de la garde nationale étaient d'avis de diriger de suite leurs hommes sur les positions qu'ils devaient occuper le lendemain matin; le commandant Estancelin préféra les renvoyer pour quelques htures à leurs lits, en leur donnant rendez-vous pour le lendemain aux remparts. A l'appui de cette détermination très-humaine, mais peu militaire, il cita un proverbe d'une esaclitude fort contestable, surtout en pareille circonstance : » Quand on veut se conduire en hommes , il faut d'abord agir en femmes. >
Vers denx heures du matin , il se un incident qui a dû influer sur les r
ultérieures du commandant en ehef. Un téldgramn» annonça Toccupation à'Elbeuf par une a^ànt-garde ennemie , et l'on crut d'abord que cette nouvelle se rapp(Mrtait à la ville de ce nom. Si ce fait avait été exact, il est certain que la seule ligne de retraite qui restait encore à rarmée^ celle par la rive gauche de la Seine, se trouvait compromise, et il aurait fallu battre immédiatement en retraite. Mais, vérification faite^ on reconnut quMl s'agissait non pas d'Elbeuf-sur-Seine, mais du village à'Elheaf^tUT-Andelle, situé à 25 kilomètres de Rouen , dans le canton de DarnétaK Une telle confusion n'aurait pas eu lieu si les officiers de l'état-major avaient fait valoir dans cette occasion leurs connaissances topographiques , et s'ils avaient été mieux informés de» mouvements de l'ennemi. Le commandant général Estancelin assure pourtant (p. 14 de sa brochure) < qu'on recueillait avec sollicitude les indications sur les dangers que courait Rouen... > Cette sollicitude était par malheur assez peu éclairée. Quand on eut acquis que le point occupé était Elbeuf-sur- Andelle, on n'en comprit pas plus nettement la marche des ennemis et la gravité du péril. On s'imiagina, et l'on paraît croire encore, que ceux qui apparaissaient dans cette direction étaient des
SaloDS et venmeni de Gisors. En réalité, ils ap^ partenaient au premier corps prussien , coodait par Manteuffel en personne. Ce général débouchait par Forges et Gournay, fort surpris de ne rencontrer aucun obstacle dans un pays si favorable à la défense. Les Prussiens ne savaient pas encore combien ils étaient redevables aux fameux ordres de marche sur Paris (1).
Si nos informations sont exactes, ce serait sous rimpression de cette confusion momentanée entre les deux Elbeuf qu'un fonctionnaire civil aurait dit au général < quMl serait sans doute préférable de se replier de suite , si la résistance ùe devait avoir pour effet que de retarder momentanément l'occupation de Rouen. » Dans les circonstances que nous venons d'exposer, un pa-
{{) M. Estancelin désigne improprement sous le nom de a troupes du prince Albrecht » celles qui se trouvaient alors â Gisors, et qui ne vinrent pas jusqu'à l'Andelle. Le prince Albrecht, qui commandait une brigade de cayaleiie prussienne, avait été relevé sur la ligne de TEpte, le 25 novembre, par Tavant-garde du 12« corps de Tarmée allemande (contingent saxon), dont une partie fut surprise à Etrépagny. Ce corps était alors sous les ordres du général Senfft de Pilsach, qui avait son quartier général à Beauvais. Il était en communication avec Manteuffel , mais né prit aucune part à Toccupation de Rouen.
reil langage n'avait rien que de très-naturel : ce n'était d'ailleurs que l'expression d'un sentiment particulier. Il parait que le général lui donna à tort une portée plus étendue; plus tard, il s'en autorisa pour dire que « la ville de Rouen ne voulait être défendue qu'à la condition qu'on opposerait une résistance invincible. » Il venait aussi d'apprendre qu'on ne sonnerait pas le tocsin ;
cette détermination dut sans doute lui paraître
extraordinaire. Mais il ne se considérait pas comme relevé, par ce seul fait, de l'engagement qu'il avait pris la veille, car, de son propre aveu, dans ce moment encore et jusqu'à quatre heures, il persista à « vouloir la résistance. » Néanmoins, pour ce motif ou pour tout autre , sa résolution devait être déjà fort ébranlée, car, n'ayant pas entendu battre la générale dès la première minute de l'heure convenue, il se crut autorisé à en conclure, avec ceux qui l'entouraient et n'avaient cessé d'opiner pour une retraite immédiate, « que la ville n'était pas résolue à la résistance, qu'on ne battrait pas plus la générale qu'on n'avait sonné le tocsin. » Il s'estima dès lors dégagé de sa promesse, et si bien dégagé, qu'il expédia de suite les ordres pour la retraite, sans attendre ni réclamer d'explications de l'au-
'ji
torité civile. Ce fut seulement à cinq heures qu*il lui notifia ses nouvelles dispositions. Il dit au maire qu'il avait envoyé aux troupes l'ordre de quitter leurs positions et d'évacuer la ville, n'y trouvant pas le concours énergique sur lequel il avait compté ; qu'on n'avait commencé à battre la générale que bien après l'heure convenue* Il l'exhorta à faire barricader les ponts aussitôt après le passage de l'armée pour retarder la poursuite, conseil qu'il Était plus facile de' donner que de suivre. Il ajouta que décidément Tennemi était trop fort, la défense impossible, que l'armée se trouvait là dans une souricière^ ce qui était vrai ; mais elle y était également la veille, et cette considération ne l'avait pas empêché de « de vouloir la résistance. » 11 y avait aussi beaucoup à rabattre de l'assertion relative à la générale, seul . grief po^tif allégué à l'appui de ce brusque changement. Des témoignages nombreux et précis ont établi depuis que, de quatre heures à quatre heures et demie , cet appel avait retenti dans différents quartiers , notamment dans celui où se trouve l'hôtel de la Division. Une partie de la garde nationale y répondait avec une constance méritoire. Dans une situation aussi critique, pouvait-on attendre d'elle davantage, pouvait-on exiger de la
confiance, de renthousiasme? De tels sentiments ne se commandent pas ; Tautorité militaire n'avait pu en faire la condition de son concours ; elle n'avait rien fait pour les provoquer.
Convoqué d'urgence, le conseil municipal se bâta d'envoyer au général une députation, à la-^ quelle se joignirent plusieurs officiers de la garde nationale. Cette démarche avait pour but d'obtenir de lui ou qu'il renonçât à son projet de retraite, chose des moins probables, ou du moins qu'il m en assumât nettement toute la responsabilité.
L'entrevue fut courte et orageuse ; le général persista à soutenir c que la cause déterminante de sa retraite avait été le silence qui régnait autour de lui, à cette heure désignée pour le suprême appel aux armes.» Cette explication l'exonérait de l'abandon de Rouen aux dépens de la population, et surtout de Tautorité civile; elle faisait peser sur celle-ci un soupçon injuste d'inertie, de pusillanimité ! . . . Elle était même tout à fait propre à accréditer des accusations encore plus graves, au gré de la calomnie, qui déjà se mettait à l'œuvre.
li fallait pourtant notifier eux habitants ee qui s'accomplissait, ce qui allait suivre. Résistaat à des suggestions regrettables, le préfet était vemi
S6 réonirau conseil municipal, et agit pleinement ée concert avec lui. Conformément à son avis» on supprima do projet de proclamation tout ce qui aurait pu accentuer un trop vif ressentiment contre Tautorité militaire. On se borna à rappeler qn' après avoir promis la veille une énergique défense, le général, à cinq heures du matin, avait prévenu le maire « qu'il jugeait cette défense impossible en présence de forces trop imposantes ; que, nonobstant une démarche du conseil, il avait cru devoir persister dans cette résolution nouvelle, et quitté la ville avec toutes ses troupes.» On ne pouvait tenir un meilleur langage. Tout en déclinant catégoriquement la responsabilité de Tabandon de la ville, l'autorité civile s'abstenait de critiquer un changement de détermination qui pouvait être excusé par des considérations d'humanité, imposé par des nécessités militaires.
Mais, tandis qu'on élaborait cette proclamation calme et sincère, d'odieuses rumeurs circulaient par la ville, et s'accréditaient avec trop de facilité dans une partie de la population. C'est surtout dans les temps de révolution que l'homme est t de glace pour la vérité, de feu pour le mensonge. • C'est alors qu'on est trop souvent enclin, surtout en France, à imputer tous les mécomptes, tous les
malheurs, à la lâcheté, à la trahison prétendues des dépositaires de Tautorité.
Dès six heures, les gardes nationaux réunis sur la place de THôtel-de-Ville, où se trouvaient aussi quelques bataillons de mobiles qui y avaient passé la nuit, avaient vu ces mobiles mettre le sac au dos et s'acheminer vers Saint-Sever. D'autres troupes, venant des lignes de défense et convergéant dans la même direction, durent aussi traverser la ville. Le spectacle malheureusement inévitable de cette retraite ne pouvait manquer de produire une impression violente, mélange indéfinissable de stupeur, de découragement, de colère .
Des gardes nationaux, ne pouvant se résigner au spectacle plus odieux encore de l'invasion, suivirent l'armée dans sa retraite ; d'autres brisèrent ou jetèrent leurs armes désormais inutiles. Cette irritation patriotique se traduisit par des violences déplorables, de la part de quelques citoyens appartenant à < cette classe véhémente et nombreuse, facile à soulever, dit Benjamin Constant, parce qu'elle est sans propriété, facile h conduire parce qu'elle est sans lumières. » D'étranges explications de cette débâcle circulaient parmi ces gens exaltés et crédules ; et, comme il arrive toujours en pareil cas , ils accueillaient dé
préférence les plus absurdes comme les plus odieuses, celles qui leur offraient une occasion de vengeance immédiate et facile. On affirmait donc que la retraite de l'armée presque sans coup férir, l'arrivée imminente de l'ennemi, étaient Toeuvre du conseil municipal ; qu'il avait paralysé systématiquement la résistance, négocié une capitulation moyennant une somme dont on précisait le chiffre. On ajoutait qu'en ce moment même le conseil se rassemblait à rHôtel-de-Ville, pour se porter en corps au-devant des Prussiens ; qu'on voulait exiger des gardes nationaux la remise de leurs armes, non pas, comme on le disait, pour les ca* cher, mais pour les livrer à l'ennemi... Plusieurs individus s'écrièrent qu'au moins il ne fallait pas que cette lâche trahison restât impunie, ramassé* rent les armes abandonnées dans les postes ou sur la voie publique, et firent feu sur les fenêtres de l'Hôtel-de-Ville. Quelques-uns tentèrent, heureusement en vain, de pénétrer dans l'intérieur. Pendant ce temps, plusieurs conseillers, arrivant pour se réunir à leurs collègues, étaient injuriés, maltraités. D'autre part, ainsi quMl arrive toujours en pareille circonstance, certaines gens mettaient l'occasion à profit pour satisfaire des passions qui n'avaient rien de commun avep le patriotisme. Ils
êiiYahirent une cour intérieure avec une promptitude et une dextérité qui dénotaient la grande habitude d'opérations de genre, et pillèrent plusieurs chariots contenant le butin répris aux Prussiens lors des derniers combats de Vernon.
Tandis que la consternation, Teffarement publics laissaient un libre cours à ces yiolences, le conseil demeurait isolé, bloqué par les rassemblements, qui ne se dissipèrent qu'à l'approche des éclaireurs, ennemis. Son attitude avait été honorable en face de T émeute ; elle le fut également en face des Prussiens. Conformément à un usage assez général en pareille circonstance, ceux*ci demandaient que le maire allât à leur rencontre ; il se refusa avec raison à cette démarche trop humble, et qui d'ailleurs eût fourni un nouvel élément à la calomnie.
« Vers trois heures , le major Sachs , désigné pour commander la place , se présenta à l'Hôtelde- Ville et fut introduit. Après avoir salué le maire, qui lui rendit son salut, sans^ qu'aucun des membres du conseil quittât son siège , il déclara qu'il venait prendre possession de la ville au nom de son général. Le maire (M. Nétien) répondit : < Vous êtes ici par la force. Les troupes françaises flous ont quittés ce matin ; nous sommes ainsi
contraints de snbir vos ordres. » Le major ayant commencé par demander que la ville lui garantit la sécurité des troupes allemandes , le maire lui fit connaître , en montrant les traces des balles, qu*il lui faudrait la garantir lui«mdme. ~ < Ah ! s'écria Tofficier prussien, vous avez à la fois la réyolution et Toccupation étrangère. C'est trop ! (1) »
Ainsi qu'elle en atait pris l'engagement, la mu* nicipaiité rouennaise ne faillit point aux nouveaux et pénibles devoirs que faisait surgir cette occupation. Parmi les épreuves qui lui furent imposées, l'une des plus cruelles fut assurément la persistance des accusations calomnieuses dirigées contre elle. Là, comme ailleurs, le malheur commun ne faisait que stimuler de misérables rancunes locales, qu'il aurait dû désarmer. On n'osa, il est vrai, maintenir longtemps la fable par trop absurde d'une négociation secrète avec l'ennemi. On se
(4) Raoul Duval, Comment Rouen n'a pas été défendu.
On lit dans plusieurs relations qne ce major Sachs, qui s* est conduit à Rouen avec assez de modération, aurait été tué le 4 janvier suivant à Moulineaux. Ce ne fut pas lui, mais un autre officier prussien du même grade , qui fut blessé mortellement dans ce combat. Le major Sachs ne s*y trouvait pas ; il avait quiué le commandement de Rouen pour celui d* Amiens. Nous tenons ce détail de M. Nétien lai-mème.
rabattit sur les inculpations d'inertie, de pusillanimité, sur le prétendu refus de concours qui seul aurait déterminé la retraite des troupes. La municipalité se défendit avec modération, mats avec Cermeté. Nous croyons inutile de nous appesantir sur les incidents de cette polémique , ayant déjà indiqué et discuté les arguments qui furent mis en jeu de part et d*autre. Mais nous ne saurions omettre le singulier reproche adressé au conseil municipal et à ses défenseurs, par le citoyen dont la révolution du 4 septembre avait fait un procureur général. Il était resté, en présence de l'émeute du 5 décembre, dans une attitude d'inertie parfaitement logique de la part d'un magistrat d'origine révolutionnaire. Il ne sortit de son silence que pour improuver, comme au moins inopportunes , les explications données par la municipalité. < La pudeur patriotiqw , disait-il , devrait réserver de tels débats pour des temps meilleurs. » Ce rappel à la pudeur portait à faux ; il aurait dû s'adresser , non aux accusés, mais aux accusateurs.
La conclusion qui semble se dégager de la polémique engagée entre les ' autorités civile et militaire est que , de part et d'autre , on avait l'intime conviction que, par la faute du gouvernement, la résistance était devenue impossible, mais que per-«
Sûnne ne Toulait y avoir renoncé le premier. Pour tomber d'accord , il aurait fallu pouvoir mettre de côté toute réticeuÉïe, signaler hautement le vrai, le seul coupable , chose impossible de toute manière avant rarmjstice. Cependant ce point essentiel du débat est déjà touché, avec la réserve imposée par les circonstances, dans un passage de la lettre du conseil, en date du H janvier. « Il n'y aurait ni manque de loyauté , ni défaut de courage pour un chef militaire , à avouer son impuissance , si le gouvernement, pour des raisons supérieures à la défense locale, ne lui a pas fourni les forces nécessaires..... Cette défense, la \ille n'a jamais cessé de la provoquer, depuis la fin d'août jusqu'au 5 décembre; elle la- maintenait encore en insistant, dans les quatre jours qui ont précédé l'invasion, par voie de dépèches télégraphiques concertées entre le préfet et le maire , sur la nécessité de conserver à Rouen les troupes placées sous les ordres du général , et que le gouvernement voulait diriger sur Paris. C'est donc pour des causes absolument indépendantes de l'administration et du conseil municipal . . . . , que la défense n'a pas été tentée. »
La question est aujourd'hui pleinement élucidée, et le patriotisme n'impose plus de réticences. Nous
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pouvons donc nettement formuler notre conclu^ sion. La responsabilité des malheurs qui ont frappé Amiens et Rouen retombe en entier sur le rhéteur aussi présomptueux qu'incapable qui, pour le malheur de la France , avait accaparé la dictature militaire. Il n'a pas su comprendre que la défense de ces deux villes était solidaire ; par le changement inopportun du commandant en chef de l'armée du Jf ord , il a désorganisé cette défense » juste au moment de l'attaque. Pour couronner l'œuvre, il a paralysé, dans notre contrée, toute tentative de résistance locale par ses ordres de marcher sur Paris. Sa trahison inconsciente a livré à l'occupation étrangère Amiens et Rouen.
Le gouvernement d'alors avait gardé sur ce nouveau désastre un silence prudent. Il s'était borné à annoncer laconiquement que le général Briand couvrait le Havre. Mais le principal auxiliaire ^de M. Gambetta pour la conduite des opérations militaires a eu depuis la fantaisie de raconter les grandes choses qu'ils ont faites ensemble. L'historiographe de la délégation de Tours présente naturellement sous un jour tout à fait particulier les faits qui ont amené l'occupation de Rouen. Nous n'avons garde d'omettre ce récit édifiant :
« Le 1^' décembre, pendant que le général Briand recevait Vinvitathn de réunir toutes ses forces pour se porter rapidement sur Paris , on apprit tout à coup que le corps, vainqueur quatre jours auparavant à Villers-Bretonneux , se dirigeait en grande hâte sur Rouen. II comptait environ 25,000 hommes^ 50 piècet d'artillerie, et était commandé par le général Manteuffel en personne. Il apparaissait simultanément à Neufchâtel, à Forges et sur les hauteurs de Lyons...., et convergeait nettement sur Buchy, où les forces françaises se trouvaient réunies. Ces forces comprenaient un peu moins de 20,000 hommes
et 24 pièces de canon L'aciion s'engagea le
4 décembre autour de Buchy. Elle fut assez bien
soutenue jusqu'à deux heures Vers cinq heures,
les premières troupes en retraite arrivèrent à
Rouen Déjà, pendant la journée, les autorités
locales, en proie à une grande anxiété, ne s'étaient arrêtées à aucune mesure défensive. Là gâbde
NATIONALE n'ÉTAIT POINT CONVOQUÉE (!) ; qUClqUCS
troupes de ligne, qu'on avait sous la main, n'étaient
point utilisées Bref, la ville se trouva comme
prise à Timproviste par la nouvelle de la défaite de Buchy. Après un débat tumultueux entre les autorités civiles et militaires, U fut décidé que
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Rouen ne se défendrait pas, mais se rendrait en subissant les conditions du vainqueur. Depuis, dés polémiques fort vives ont été engagées au sujet de celte capitulation j dont personne n'a voulu accepter la responsabilité Il n'entre pas dans le
cadre de ce travail de vider une pareille question. Ce qui paraît, en tout cas, bien avéré , c'est qu'on s'est laissé surprendre par les événements ^ et que les préparatifs de défense à Buchy ont manqué d'ordre et de direction; On aurait certainement pu organiser une meilleure résistance, non à Rouen même, qui, par sa position, ne s'y prêtait guère et qu'il fallait d'ailleurs préserver autant que possible d'un bombardement, mais hors ville, à Buchy, par exemple, ou sur un point plus rapproché (1). »
Il y a , comme on voit , plus d'inexactitudes que de mots dans cette narration. L'auteur n'a qu'une notion très-insuffisante des faits, et s'efforce, avec plus de zèle que de dextérité , de tirer parti du peu qu'il en sait, pour disculper son ministre aux dépens des autorités civiles et militaires. Encore une fois , le général n'avait pas reçu de ce ministre une simple invitation le l*' décembre,
(1) La Guerre- en Province, par M. de Freycinet, ancien délégué du ministre de la guerre à Tours et à Bordeaux, pp. 241-12.
mais des ordres formels, réitérés pendant quatre jours; depuis le 30 novembre. Ce n'était pas seulement un seul corp* d'armée de 25,000 homms, / avec seulement cinquante pièces, qui menaçait; Rouen, mais bien deux corps, le l^' et le 8®, c'est-à-dire une armée entière avec plus de 180 pièces de canon (le nombre réglementaire des pièces pour chaque corps étant de 96) ; sans compter le 12® corps (saxon) formant réserve. La garde nationale, qu'on prétend n'avoir pas été convoquée le 4, a passé cette journée entière sous les armes, employée à ces excursions de Clères et Saint-Victor , malheureusement aussi inutiles qu'aventureuses. Si les forces françaises à Buchy ont été bien moins nombreuses qu'on ne le dit , si une partie des troupes de ligne n'a pu être employée, si a l'ordre et la direction ont manqué dans les préparatifs de défense, * ou plutôt s'il n'y en a pas eu du tout, à qui la faute, encore une fois, sinon aux prescriptions impérieuses , inintelligentes, obstinées du ministre et de son délégué. Enfin , on est surpris , indigné de voir reparaître ici cette fable odieuse et ridicule de capitulation, sombrée depuis si longtemps et si avant dans le mépris public!....
Ce n'est point par de tels sophismes qu'on don-
nera le change à ropinion, qu'on se dérebepa à la justice yengeresse de Thistoire. Si la grande cité normande a été envahie , si elle n'a pas même été défendue , elle le doit à l'homme qu'on a si justement défini l'organisateur de la défaite, et qui, dans cette occasion, s'est surpassé hii-même.
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