LA VÉRITÉ
3^ De temps à autre des mouches bourdonnaient autour des prisonniers. On les connaissait au tœt et à ïodeur. Elles fourmillaient dans l'intërieur de la maison d'arrêt , et voltigeaient le long des corridors. Celui que j'occupais se trouvait en face de l'appartement du concierge. Nous étions plusieurs sous la surveillance la plus ministérielle. Tout cependant se passait de part et d'autre avec des égards^ moyennant quelques concessions réciproques , on pouvait jouir d'une portion de lumière et de
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liberté. Elle consistait à pouvoir circuler librement dauë les escaliers du bas, à franchir même le perron d'entrée, et à se promener sur un espace de yingt pieds de longueur^ sur quatre de largeur. Malheur au téméraire qui aurait osé diriger sa lunette d'approche sur un hôtel voisin ( en face de la maison d'arrêt), un ordre formel lui enjoignait à l'instant de rentrer sous ces voûtes , pour n'en ressortir que par la volonté expresse de celui qui se croyait offensé. Tout est calcul pour le sage , et l'arbitraire se fait jour à travers les détails les plus minutieux. Au reste , la guerre aux journalistes venait d'être déclarée. Chaque jour nous ramenait de nouveaux locataires } nos réunions s'embellissaient. M. l'avocat Michel rassemblait chez lui le cercle le plus brillant : là , on se racontait l'anecdote du grefiè. Le moindre mouvement dans une prison est interprété en tous sens. Une révolte est sur le point d'éclater en ville , disait l'un ; non , reprenait l'autre , elle se fomente à la pistole. — Que veut cet homme qui nous fixe à l'extérieur des grilles? On croit entrevoir un huissier, Tins tant d'après le procureur du roi paraît accompagné de l'un de ses substituts, etc. —Sans doute c'est un interrogatoire secret qu'il va faire subir. Alors gi'ande rumeur dans la cour d'entrée , on va , on vient , on délibère. Un prisonnier vigilant venait d'être témoin d'une mesure très-rigoureuse que le comité de sûreté générale du ministère de la justice venait de décréter. Il dit : (( Les avocats ne pourront plus voir leurs »cliens dans l'intérieur de la prison. C'est au greffe de » cette maison d'arrêt qu'existe un recoin mystérieux ^ re- 9 coin que l'on peut nomme» à juste titre le cabinet de itV oreille ;\kj seront forcés de comparaître en personne » l'accusé et son conseil, sous la surveillance active du
»sieur Foatanassa, ou du sieur Francis. Là, seront »pesées et minutées les demandes et les réponses 5 les »agens secrets vont avoir beau jeu. » Ainsi les heures s'écoulaient en minutieuses observations , une nuée de guichetiers circule d'une cour à l'autre , pour visiter les postes. La garde est à l'extérieur de la grille d'entrée,mais des gendarmes vont et viennent conduire des prisonniers ^ ou en enlever d'autres. Si un homme entre avec des papiers : C'est itne assignation pour moi , observe ce père de famille qui soupire après sa délivrance depuis plusieurs mois^ un autre prisonnier reprend, du plus grand sang-froid : Sans doute le roi m'accordera ma grâce, j'ai desa mis à la cour. Quand M. Fontanassa et son greffier communiquent entre eux et élèvent leurs regards au niveau de vos grilles , cela vous fait supposer qu'ils confèrent sur vos affaires y que sans doute ils ont reçu quelques nouvelles agréables qu'ils ne tarderont pas à vous communiquer. De là naît cette espérance , cette illusion qui ne m>u& quittent jan^ais : elles redoublent en quelque sorte dans on lieu de captivité. Là, on s'occupe des bruits de ville , on recueille des demi^-mots ^ la critique même embellit le discours. Les uns s'occupent à faire des patiences^ On est bien Êiible, hélas ! quand on est opprimé! On cherche à deviner si on recevra une nouvelle, une visite. De même , on voudrait péoétrer la pensée de ses juges. D'autres fixent une -foule de malheureux , amoncelés comme àea troupeaux ^ans les cours intérieui^es. Le soir arrive , le gardien paraît , au son confus de sa voix vous jugez de sa bienveillan^p ou de sa terreur. Dans l'incertitude de l'espoir du lendemain , il vous consigne dans vos chambres ; si son salut esi gracieux , Vos idées s'éclair-
cissent } au contraire , si son chef reste couvert , Thumeur est sombre , vous calculez déjà une défaite assurée.
36 Bruxelles, aS juillet i8ai.
A MM. les Rédacteurs des journaux belges*
n L'heure de la justice serait-elle enfin au moment de sonner ? Demain , 36 juillet , je comparaîtrai dans son
temple Vous tous, Bruxellois, qui voulûtes bien
mlionorer de quelque bienveillance , venez , venez assister aux débats de mon procès -y alors vous serez convaincus que je n'ai trompé personne ^ que je n'ai enlevé ni la fortune , ni une partie de la fortune de vos concitoyens. Toujours je fus digne de moi-mèitie, de mes admirateurs^ de mes protecteurs. Je n'ai point à rougir de Fhospitalité généreuse que vous avez exercée envers moi. Vous tous , témoins , vous que le ministère public , mon seul accusateur, a fait comparaître à Louvain , vous êtes cités maintenant à ma requête ^ c'est honorable pour vous. Je n'en appelle point d'autres* Est-ce à l'aide de manœuvres frauduleuses , d'espérances chimériques , que je vous ai Élit remettre des fonds , ou bien avez-vous déposé de vous «mêmes et de votre gré 10 ou 20 francs sur ma table? Avez-vous prétendu me témoigner quelque gratitude , ou céder seulement au pouvoir extraordinaire que F on veut si généreusement me concéder ? Témoins , je vous le répète upe dernière fois , la Vérité vous contemple , elle sera présente à vos aveux , elle vous dira : L'innocence doit ressortir brillante de clarté de l'horribàe chaos oà la retient la calomnie. Parlez sans crainte^ des magistrats, l'honneur du barreavr , vous interrogeront, et le ministère
public lui-même applaudira à votre loyauté. Quant à moi, j'attends avec sécurité mon arrêt
» Le NoRMAirD. »
'7 M. l'avocat général fit ressortir ma culpabilité de mon ouvrage de la Sibylle aux congrès d'^iX'la-Chapelie et de Carlsbad. A l'entendre, c'était un délit prévu par l'article 4^5 de m'être occupée du Mont de Jupiter ; il se garda bien , et pour cause , de poursuivre l'analyse d'un très-singulier horoscope. Je respectai sonsUence et ne releiwi point ses erreurs. Mademoiselle Le Normand compose des vers, il les récita, mais oublia sans doute ceux qui pouvaient éclairer les spectateurs survie rang et la personne de celui à qui je les adressais. U poursuit : a Elle lofait des prédictions ; le hasard les réalise. » Vous êtes ici en contradiction avec vous-même^ M. Spruyta; vous m'ac-; cordez un pouvoir extraordinaire. Or , si je l'avais bien réellement, ce pouvoir, rien au monde ne saurait me résister ^ j'aurais commencé, sous vos yeux , par établir mes preuves , en enlevant mon dossier des mains de M. le juge rapporteur, et par prendre ensuite votre éloquent réquiâitoii*e pour le lacérer. D'après , je vous aurais donné à vousjnême quelq[ues conseils très-salutaires pour votre santé altérée par les veilles et les recherches minutieuses qu'il vous a fallu poursuivi*epour baser votre curieuse péroraison. De grâse , veuillez modérer un zèle aussi ardent. Une dose de réflexion , infusée dans deux onces de bon sens , vous pourcaient garantir au présent, surtout à l'avenir, d'une rechute d'autant plus dangereuse qu'elle serait encore publique. Ceux qui en seraient les témoins applaudiraient
de nouveau k outrai^ce les victimca signalées par Toppres- SLOQ ministérielle } victimes de l'erreur ou d'une condamnation ordonnée , elles rentreraient paisiblement dans leurs foyers , aux acclamations des gens sages , et aux cris multipliés d'un peuple bon, mais facile k égarer
Coivment se fait-il , Monsieur l'avocat général , que voK» ayez pu dire à l'audience : Il est inconcevable que Ton ait donné de l'importance à une cause qui n'est rien par «lle-méme^ que Fon ait décliné , dans le cours de ce procès, les noms les plus augustes? Ne vous en prenez -qu'à vous-même z organe du ministère public , vous devezi^ i^ déplorer la folie de vos mesures et la honte que vous vous «tes attirée en &isant figurer dans un acte d'accusation une œuvre protégée , acceptée par leurs Altesses Impériales et iRoyales 4c Prince et la Princesse d'Orange ; prétexte absurde j pour intenter et motiver le plus ridicule de tous les jugemens. ... . Il n'appartenait qu'à une femme de moin caractère de rester ferme dans sa prison , de rester calme devant ses juges , sans que les insultes , ni les pérDs , ni Vsk violence puissent la rebuter.
Tout ce que j'ai avancé me parsdt suffisamment établi. Orgueilleuse de ma chaîne , je ne perdis jamais la dignité, apanage des âmes fortes : aussi les Belges ne voulurent point renoncer à Toccasion de rendre hommage à une Française si lâchement calomniée. Il est incontestable que ce n'était point le vœu de quelques personnes, mais de presque toute
lapopulation. Ecoutez cespréceptesd'unsage,M.Spruyta: On ne s'élève aux talens , à la gloire , à la vertu , qu'en traçant autour de spi iine enceinte sacrée et inaccessible, aux passions humaines.
^^ Un génie bienveillant^ et qui sans doute -connaissait les louables intentions du ministère publie à mon égard , me délégua le grand-maître de la maison d'arrêt ( où j'avais été retenue prisonnière), pour m'inyiter à quitter Biiixelles dans les quarante-huit heures. Je déclarai ausieur Fontanassa ( dont je n'ai que du bien à dire) que ma destinée ne m'imposait aucune nouvelle épreuve pour cette année 1821 ; qu'ainsi donc je le priais de faire agréer mes remerctmens au mentor généreux qui daignait me protéger; mais que l'honneur m'imposait le devoir de rester calme au milieu du danger. En dépit des Typhons modernes , je résolus de ne quittei; la Belgique que le i5 août, jour où je devais recevoir les cogoiplimens, de mes amis et leur adresser les miens. Selon mes persécuteurs , il devenait nécessaire d'effrayer la bonne* société une seconde fois. A cet effet, des émissaires à gages parcoururent les lieux publics, et répandirent le bruit qu'un nouveau mandat de dépôt venait d'être lancé contre moi. La plupart des gens les plus recommandables accouraient en foule rue Ducale , n° 2; ils cherchaient à s'assurer par eux-mêmes de la vérité des ouï dire. On redoutait un peu la propriétaire de la .'flèche d'Aharis. Il fallait selon les trembleurs inspirer des craintes. Malgré les argus échelonnés à dessein sur les remparts de Bruxelles , on venait en foule féliciter, peutêtre consulter la sy bille parisienne , et s'éguayer aux dépens des ilotes. On les blâma ouvertement! Le bruit devint' public alors qu'il l'avaient été rigoureusement par leur maître! D'ailleurs l'autorité en Belgique est aussi éclairée qu'elle est juste ; sous ce rapport, et à bon droit, des renégats politiques ne peuvent impunément , encore moins éternellement^ jouer les rôles abjects de dénoncia-
teurs , d'accusateurs , et remplir les nobles et importantes fonctions de juges.
Aussi le jour me semble arrivé où cliacun pourra leur dire avec Plaute :
IVihiii est autênt , suum
Qui ojflciumfacere immemor est, nisi monitus *,
^0 Aix-la-Chapelle est célèbre par ses eaux , ses conciles, ses traités de paix, son dernier congrès, etc. etc. Cette ville , qui fut , sous Charlemagne , la capitale de l'eppire français et le théâtre de sa magnificence , est si^ tuée au pied des montagnes qui Tenvironnent , et dont la pente forme des coteaux cultivés et fertiles , qui lui servent d'ornement. Chargés de grains et de fruits , ils conduisent les yeux , comme par degrés , jusqu'à la cime couverte de bois, et paraissent ménagés avec tant de proportion que , renfermant la ville sans la resserrer , ils forment naturellement l'enclos de son territoire. Le vallon dans lequel elle est bâtie est une plaine très - étendue ; et cette campagne contient des pâturages assez abondans. Malheureusement , elle n'est arrosée par aucune rivière j car celle qui la traverse n'est proprement qu'un ruisseau qui ne peut ni la rafraîchir, ni favoriser le transport des marchandises -, mais la multitude de ses sources ne laisse jamais manquer d'eau aux habitans.
Les eaux thermales sont salutaires pour guérir les douleurs rhumatismales^ je viens d*éprouver leur efficacité. La prison neuve de Louvain m'avait en quelque sorte paralysé le bras et la jambe gauche. Les bains d'Aix-la-
* « Celui qui ne Aonge à ses éejokê que quand on rarertit, ne mérite au« cane estime^ »
Chapelle sont devenus pour moi des douches salutaires. L'usage annuel de ces bains doit opérer des cures surnaturelles ; aussi Charlemagne s'était fixé dans cette ville , uaiquement pour la bonté de ses eaux.
Les promenades ordinaires d'Aix-la-Chapelle régnent autour de la ville^ elles remplacent ses remparts , ses fossés fangeux -, partout l'art a su embellir la nature. La montagne du Loosberg a des points de yuç admirables 5 il est de rigueur d'y venir embellir son plateau ^ la meilleure compagnie s'y rassemble chaque jour 5 ces lieux, jadis inaccessibles, sont maintenant devenus le rendez-vous des plus fins gastronomes de l'Europe. On fait une chère exquise chez madame Lefiond, onse croit transporté au temps de LuciilUis ; aussi les étrangers, en arrivant à Aix-la- Chapelle , s'empressent de visiter l'établissement d'une Française devenue si célèbre. Il ne suffit pas de hoirs quelques verres d'eau minérale au Compesbac^ il est du bon ton de venir déguster les meilleurs yins au Loosberg, L'on vous y sert les plus succulens comme les plus friands morceaux; on les découpe avec une dextérité et une obligeance qui ravit les gourmets. Ici l'on peut dire : Honneur au premier Français qui conçut le plan de couper la montagne ! honneur à celui qui fit bâth: ce fameux restaurant! honneur à ceux et à celles qui viennent régulièrement le desservir! Tout , dans ce lieu magique, flatte le goût , l'odorat , et enchante les yeux.
40 A Fépoque du mariage de Napoléon avec l'impératrice Marie-Louise, le sieur Vanderfbssa (aujourd'hui l'clTroi des Cicérons belges) fut nommé [député de la ville de Bruges pour venir en France complimenter le maître du Brabant.
A cet effet, monsieur le vicomte avait composé un trësbeau discours ; son cadre ëtSiit ingénieux et sa mémoire lui garantissait l'effet de sa péroraison. Introduit en la présence de celui qui fit trembler le monde , M. Vanderfossa se trouble } ce zélé courtisan perd tout à coup l'nsage de la parole, ses accens confus et inintelligibles ne peuvent faire monter l'encens de l'adulation. Un seul mot lui échappe : Sire ! sire ! L'empereur ne put conserver son sérieux ; le sourire erra sur ses lèvres. L'orateur , qui. déjà se croyait un Démostliène , était dans un état difficile à décrire. Pour le sortir d'embarras, son maître lui dit : « Vous faites partie de la députalion de la Lys ? — Oui , sire , lui répond l'aigle du parquet du Brabant méridional, — En ce cas, veuillez m'apprendre si la récolte des foins a été bonne celte année dans votre province. — Oui , sire. — Tant mieux, monsieur, je m'en réjouis bien sincèrement avec vous, les bétes ne manqueront pas .m Napoléon dit, et lui tourna le dos en jetant sur lui un coup d'oeil...^ coup d'œil qui ne lui présageait guère les hautes et importantes fonctions dont depuis la restauration batave il s'est vu revêtu par son souverain. Mais , patienza.
4> Letnste épisode de mes cent jours de captivité en Belgique offre une leçon cruelle à l'être heureux, et pourra lui faire juger de la profonde insensibilité de l'homme égoïste.
Reléguée au fond d'une prison , privée d'appuis^ méconnue sur une terre étrangère, je me trouvais, pour ainsi dire , oubliée de l'univers entier. Les nouvelles que je recevais de France venaient encore ajouter un poids plus terrible à mes maux. On me marquait que j'étais abandon-
.née par ceux mêmes qui se- prétendaient mes amis. Mes amis! ce mot empêche mon sang de circuler dans mes veines 5 il s'y glace , et ma main tremblante peut à peine esquisser ce lugubre tableau.
Le jour où je comparus devant le tribunal de Louyain ^ un exprès venu de Paris me dit : « Ceux sur lesquels re- » posaient vos plus chères espérances nonseulement se »sont déclarés vos ennemis {n'espérant plus vous revoir), Dils cherchent encore à vous troubler dans votre fortune. »A cet effet, ils emploient les moyens les plus adroits »pour parvenir à saper les fondemens de votre repustation )).
Je m'écriai douloureusement en retournant me captiver sous les verrous , et gémissant sous le poids d une sentence qui venait d'être prononcée contre moi : Où me cacher désormais pour éviter la société des ingrats? Ontils donc oublié quel fut mon zèle, mon attachement , mon pur désintéressement pour eux? ?? Hélas !
JÊfalo benefacere , tantumdem est periculum » Quant um bono malcfacerê *.
Tout à coup la Vérité m'inspire, l'Espérance m'apparaît. Elle me déclare que « désormais le vent de la prospérité va souffler sur ceux qui ne m'ont point délaissée ! ! ! En revanche, le malheur deviendrait l'apanage de l'être froid et insensible. Celui qui feignit d'oublier que la reconnaissance est une dette sacrée éprouvera un jour le supplice de presser la main d'an Jauxjrère. Cet homme se trou-
* Les mëchans perdent bient6t le sonyenir du bien <jn*on leur a fait.
Tera trahi dans ses plus chères affections. Un serpent venimeux, et qu'il caresse^ doit empoisonner la tranquillité intérieure. . . . Celui-là, dis- je , que je signale , est hien près de répandre à son tour des larmes amères. Il gémira, mais trop tard , sur de graves erreurs. Il regrettera plus d'une fois la sagesse de mes conseils!!! Son bonheur serait-il
détruit? Non par moi, j'en suis incapable MaiS;
nous dit Plante,
Sc^ nùruo celerius
Fenire quodmolestum est, quam id
Quod cupide petas *. \
Quant à moi, j'ai fait le saut de Leucade en Belgique, et me suis retrouvée sur les pieds en France. L'énei^e et la force sont sorties du sein de la faiblesse. Aussi dirai -je aujourd'hui à ceux qui naguère se crurent mes obligés :
On n*exécate pas tout ce qu'on se propose ; Etie chemin est long du projet à la chose.
*^ A MM, les Rédacteurs des journaux belges.
Bruxelles, 3 octobre i8ai.
LS DERlflER MOT DE X.*£X-PRIS01HriÈRE DU BRABAlfr.
France, ô ma patrie ! je vais te revoir, mon vaisseau est à l'ancre , il m'a fallu combattre et lutter constamment l'espace de cent jours pour me garantir du naufrage j j'étais battue tour à tour par des vetits occultes et dangereux l' une main invisible s'appesantissait sur moi pour
* Ce que Ton craint de fâcheux arrive bien plus vite que ce qu'on désire ATec ardeur.
m'éloigner du port salutaire. Grâces soient rendues à
la cour supérieure de Bruxelles! je suis sauvée )'ai
posé le pied sur la terre de délices ) si d'une main j'ai cueilli des palmes en Belgique j de l'autre je burine à jamais mes remercimens aux honorables Belges qui ont bien voulu m'applaudir au jour de l'équité.
Bruxelles y 6 ville à jamais célèbre dans mes souvenirs ! permets-moi de t'ofifrir un ouvrage. Un procès fameux dans tes fastes sera retracé par moi , les causes secrètes en seront dévoilées ! ! ! ! Cependant tu n'es plus ce champ de douleur qui me rappelle si cruellement ma captivité. Bruxellois, on peut aisément oublier le malheur en songeant au triomphe !!!! Il me fut décerné par vous ; par vous ! habitans d'une ville que j'aime^ vous tous à l'envi applaudîtes à un grand acte de justice ( oublions les quinze francs d'amende et les menusplaisirs de 2400 heures de captivité ) L'œuvre d'une
prisonnière en Brabant est écrite avec une noble et généreuse modération; cependant je veux faire connaître les sombres motifs qui ont pu faire river mes fers pendant deux saisons , une voix solennelle proclamera à la fin le nom du persécuteur.. . Ma plume , consacrée pour ainsi dire à chanter la reconnaissance y adressera de justes éloges à tous ceux qui , connaissant ma délicatesse , n'ont point désespéré de ma cause. C'est sur le point de ma justification qu'on voudra bien me permettre d'entretenir le public de moi; je peux tout faire pour oublier mes maux , excepté cependant de dégrader mon caractère j ma conscience est le trésor de la Divinité , il ne m'est pas peimis de la dépenser pour personne.
Je saurai concilier , dans cet ouvrage , le plus profond
respect pour les autorités belges avec le système de yérité indépendante que je me suis tracé de tous les temps -, aussi, loin de moi la pensée de choquer les personnes tout en voulant relever leurs erreurs ! Un pinceau peut être Tigoureux y mais s'il est retrempé dans les eaux du Léthé , il doit nécessafrement affaiblir ses teintes. Le mien évitera soigneusement les extrêmes , c'est un moyen légal d'exprimer son opinion contre la malveillance d'un seul p lans achever la comparaison sur plusieurs.
Le Noemavd.
Lille y 3 octobre i8ai.
Mademoiselle Le Normand , dont le talent divinatoire est connu de toute l'Europe , vient d'arriver en cette ville. Délivrée heureusement du procès ridicule qu'on lui a intenté en Belgique , et rendue à la liberté que la justice néerlandaise lui avait si incivilement ravie , elle peut enfin se livrer sans crainte à l'exercice de l'art où elle excelle , et jouir en paix de toutes les prérogatives de son sexe et de son talent.
Elle, est descendue à l'hôtel du Commerce y rue £$qaermoise.
(Extrait de Y Echo du Nord, )
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