AUTEUR PROPRIÉTAIRE
Domiciliée à Parisi, rue de Tounioft,tn^ S^aetueUement soatr mandat de dépôt à la nuiison d'arrêt de Braxdletj •
Lâissoii^ le dél cliôisi^ 'pàMt ûàiis les é^itemétts de notre vie; sob <!boix'est phM *tt qnt le à6tre. • It / Uft opSéiàê lé pâMé, cofeifaiea de fois ik'«TOM*>iiMiJ pM rencontcé i^oft malheur» dan»!^ Sj^<^ ces méfoe -de nos désirs? c<iavbi^u.de fois aussi nous avons gémi sur des événemens qui out fait notre plus grand avantage. Young.
MessIsuASa
Puisque les songes de l^imagipation sont rarement en harmonie avec la réalité, il faut que la raison les dissipe et me remplisse d^assurance pour combattre et mépriser le danger; d'ailleurs, je m'y suis livrée librement en venant en Belgique , je dois bannir de mon cœur tout sentiment de crainte.
Çau mettieHS wnni , Uber mihi jmn» ertt unquam.
Et toi » âlc du ciel , aimable et douce religion, que me diras-tu? Espère , espère ! Ton Créateur te reprend tout ce qu^il t'avait
donné ; il peut aussi tout te rendre; ses grandeurs sont infinies
fléchissons sous un Dieu qui veut nous éprouver î
Aussi, mes idées ne seront ni exagérées par la passion, ni affid* blies par la crainte; je vais parler Uix^nient, parce que je parle à des magistrats intègres, à des citoyens -recommandables , à de& bommes éclairés, qui ne me prêteront point des intentions dont je suis incapable.
Après la gloire de faire le bien , la plus grande est celle d'être poursuivi pour l'avoir fait. Je suis justement dans ce cas. Messieurs. Cependant la modération et. le respect vont dicter mes aveux. Personne au monde ne pourra me convaincre de mensonge. J'ai entrqiris de wi»m démobtMr mon innocence ,. et l'accomplis ce vœi^
Je suis venu deux; foift vbiter la B^gique; oui» Messieurs, j'en conviens; la première en revenant du congrès d' Aix-la-Chapelle ^ où Aoies œuvres avaient été^ universellement accueillies des plus illustres personnages. De. même, je reçus dans votre pays de nobles eneoarageoMDs. iLa bonne société de Bruxelles alors m'environna % l'on ne venait pas conadter mademoiselle Le Normand , maùs re^ cueillir ce qn'eUe avait Yu , ce qu'elle avait appris dans le cours de nos révolutions. Ses relations aya^nt été extraordinaires, la mémoire devait embellir tous ses récits ; l'a curiosité fut stimulée id comme partout ailleurs; on voulut voir, on voulut juger une femme qui jouissait d'une certaine célébrité. Je ne séjournai dans cette ville que trente-dieux jours; j'y laissai des souvenirs , je m'y isréai des amis ; tout me prouve que j'y étais encore désirée.
De long-temps, peut-être, je n'aurais reposé le pied sur le sol de ce royaume , sans les Mémoires de l'impératrice Joséphine ( première épouse de Napoléon Bonaparte), que je venais de mettre au jour. Cet ouvrage , honoré dès son origine de la haute protection de S. M. l'empereur Alexandre , devait faire naître nécessairement
l'envie de le connaître, et répandie sor son auteur un certain intérêt.
Mon second voyage à Bruxelles n'eut donc d*autre but que de venir le déposer moi-même aux pieds de Leurs Majestés le Roi et la Beine des Pays-Bas, et des Pi:inces de leur illustre famille. Comme la première fois je recueillis d'honorables suffrages» les palmes littéraires me suffisaient ; aussi je n'ai point cherché à fixer les regards de la multitude : on ne m'a vue ni dans les fêtes , ni figurer au spectacle ; je m'étais interdit toute réunion d'éclat. Uniquemei^t concentrée dans mon intérieur, ma seule étude était de soigner la rédaction d'mi nouvel ouvrage que je vou* lais.mettreau jour. Si j'ai reçu quelques personnes étrangères à mes amis , dles sont venues me visiter, me stimuler d'ellesmêmes ; je ne les ai point recherchées ; d'ailleurs. ma voix consolatrice a pu tarir la source de leurs hgrmes ; j'ai peut-être rallumé dans leurs cœurs le flambeau de l'espérance, et empêché des malheureux de terminer leur: exbtence dans l'agonie du désespoir !
L'un des griefs de mon accusation porte sur les annonces que j'ai fait insérer dans les journaux : ces annonces étaient trèssimples , Messieurs , et ne tendaient point à faire un appel au pu- Mic ; elles réveillaient seulement l'attention des personnes -qui depuis long-temps correspondaient avec moi. JX en élak ainsi de la note 45 » P^g^ 4^7 àes Mémoires de Joséphine ;^ c'était tout simplement la ruse innocente d'un auteur pour obtenir promptement la seconde édition d'une oravre si universellement recherchée.
Quant aux déclarations des divers témoins assignés à la réquête du ministère public , tous m'ont rendu justice ; ils olit toits fait dea dépositions qui nous honorent mutuellement.
hes'tharots coupés de la main gauche et leur sûrangement particulier ne pourront à vos yeux ' Constituer un pouvoir extraordinaire ; vous vous direz : le géomètre tire des lignes , le mathémati' cien les calcule ; Xastronome étudie l'état du ciel et'connait le mou-
Tement des planètes. Tout est combinaison dans le monde. Galilée eut les honneurs de la persécution ; mais il n'en fit pas moins reconnaitre.l*immobilité de Tastre qai imprime à toute la nature le mouvement et la vie.
Il est de notoriété publique » et tous pouvez , Messieurs , consulter à cet effet les personnes que j*ai accueillies , que je n'exigeai jamais , ni à l'avance , ni au moibent du départ , le moindre témoignage de gratitude. Il était bien libre aux témoins , après m*a' voir entretenue de leurs affaires , d'ajourner leur reconnaissance; lis n'en auraient pas moins reçu mes avis. S'il leur a plu de laisser sur ma table dix fitincs, vingt francs , <iê leur gré , cela ne consti" tue de ma part aucune munanvre finuduhnfif. On peut trouver un certain chame dans mes entrecienf ; lliomtne a souvent besoin dt se r«paltre d^illosious pottr-oublier la réafité ; le médecin de l'àmc loi devient parfois aussi néctssairs que celui du corps. Je me pcr» mets €ct emblème , Messieurs , maia je n'emploie d'autre prestige que le langage de la raison ; cUe acsle m'a constamment dirigée depuis vingt-cinq ans. Veuillez dpnc bien ne voir en moi qu'une personne utile à la triste humanité , etsnrtout pénétrée des meilleures intentions.
Ma réputation s'ieat formée au sein des orages; «Ue a traversé le vent des révolution*. Si je Teuase voulu , j'aurwis pu, comme tant d'antres y savoiirev la faveur^ ( J'ai tant de moyen» pout inâ* pirer la confiance ! ) JapNiia j4 n'aa abusai. Dans, tous lea temps j*ai s4rétMter k la Cfainie; je bravai souvent |a menace , et, ton* jowa digne de moi-même > je n*ai point à rougir' Personne en France ne m'accusa d'imposture ; j^en offre la preuve dans mea ^crita^auaai lea^tribunaïuL n'ont pu retentir de mon nom « et c'est la premièie foÎRi de ma vie que je parais devant de& magistrats.
Forte de ma conscience , Messieurs ^ j'ai toujours été impassible dana le malheur ; je supporte avec le stoïcisme du courage de grands rivera; cela m'est bien facile; ph ! oui, facile. Je n'eus jamais de remords.
Je vaia passer maintenant à de ^lus graves et à de plus impor-
tantes accusations. Je ne pui9 croire , Messieurs , que vous dai« gnerez vous arrêter plus long-temps à la réfleuon sur la manière de battre des cartes , « et notamment un jeu de charot; de les faire couper plusieurs fois de la main gauche , en les arrangeant d'une certaine façon ^ en examinant les lignes des mains , etc. »
De même , tos lumières intuitiTes sauront vous convaincre que des consultatioiis d'un prix uniforme , dont la plupart remontent SH novembre qu décembrt 1818 , sont bien loin de constituer un £ût d'escroquerie. Ce système rentre nécesaairement dans'la catégone des choses ordinaires. L'on n'admire pas toujours les chefsd'œuTre dés arts gratuitement. H est des convenances que l'on ne pent franchir ; mais il y a très-loin de -l'hommage du cœur à des manttuvres chimériques et clandestines , qui ne tendent qu'à envahir la fortune ou ime partie de la fortune de ses admirateurs.
JTen reviens , Messieurs , à mes érrits. Je n'ai point prétendu dans mon ouvrage de la SibyiU au congrès ê^ Mx'kt^Ckapeîle , acquérir des droits ii quelque prescience pour étonner les âmes faibles ;j'ai prévu les objections, je les attendais même , mais je ne devais pmnt chercher à les détruire avant d'être attaquée.
De toutes les f<^es qui partagent les hommes , la démangeaison d'écrire est peut-être la plus marquée. Il est permis à mon sexe de souhaiter de hi répati^ien ; la nature , en vous formant , Messieurs, pour être nos maîtres y vous donna la force , \t génie , le courage ^ la valeur ; tcmtes les teintes fortes furent employées pour vous ; mais elle nous réserva les teintes suaves ; sensibilité , doueeur, grâce , finesse , voilà quel iiit notre partage. Les réflexions contenues dans cet ouvrage , que vous avez sous les yeux , n'ont d'autre m^ite que d^avoir été Eûtes par moi. Si je n>e suis trom^ pée dans me» calculs , j'ai toujours préjugé' d'après ma conviction intime. Ce Mvre ponvait teot au plus dérider le firont des censeurs nuHNMes , mais il était l^n , oe me sepnble , de devoir encovriv im' anachème aussi complet.
Ce n'est pas sur quelques phrases isolées que l'on peut juger un ouvrage ; il faut en combiner l'ensemble , interroger Fauteur. J'ai
composé quelques écrits, tous out été goûtés , soit par la plus rare bienveillance, soit par le channedu style, soit même par la singularité de leur cadre. Aussi tout semblait devoir me faire croire que je marchais éternellement dans un chemin sans épines ; mais Famour des lettres n*a jamais une perspective assurée : Ton veut monter sur le degré qui est le moins éloigné ; à peine y est-on arrivé,- que l'on désire aussitôt parvenir à celui qui se trouve au-dessus ; plus on monte , plus l'élévation devient dangereuse , plus Von a bescMn d*appui pour s'y maintenir ! Je l'éprouve aujourd'hui. Heureusement je suis convaincue , depuis longues années -, que l'annonce du bonheur n'est que la voix prophétique de l'adversité , qui presque toujours nous menace de séduisantes espé* rances. Pai choisi une carrière , j'en dois courir les chances ; je. dob me montrer grande et ferme sur le bord du volcan ; je laisserai jaillir ses feux , et s'ils m'atteignent, au moins ce ne sera pas en fuyant . Tout est fiction , tout est allégorie dans ma manière d'écrire ; si» la censure ou la critique effrayait ou retenait tout le monde , ht; plume de nos infatigables historiens ne serait pas aussi féconde. J'ai voulu exquisser, j'ai voulu peindre, j'ai travaillé en m'amusant. . Qui pouvait supposer qu'un livre imprimé en France, le lo oetobre 1819, serait mis à V indexa Bruxelles en am/ iSai ! livre honoré des plus augustes noms ; livre universellement recherché en Europe par sa singularité. Paurais quelque droit de m'écrier au fond de ma prison , comme je l'ai déjà fait à Louvain : Est-ce ma faute , à moi Française , si les Espagnols ont voulu aussi tâter des révolutions ; si les Napolitains ont voulu les imiter ; si les Allemands sont entrés dans Home; ai les Grecs se sont révoltés; si les Turcs craignent avec raison d'être chassés de Bysance ? Ici , je vous dirai de bonne foi , Messieurs : J'ai rêvé tous ces événemens ; je les ai consignés dans mon œuvre du congrès d'Aix-la- Chapelle ; mais il est des songes dont Dieu même est immédiatement l'auteur. L'Écriture ne nous laisse aucun lieu d'en douter;, ce sont des grâces très-rares , et ils méritent d'autant plus de vénération , qu!iis se rapportent plus à l'unité des états ou au bien-
être des peuples. Cicéron même mettait les songes au nombre des choses qui rendent témoignage de la Providence. Dans ce livre que l'on veut bien trouver mystique, j'ai chanté la bienfaisance ; j'ai peint les vertus de votre auguste souverain et celles de sa digne épouse ; j'ai jeté quelques fleurs poétiques sur les honorables personnes qui avaient bien voulu sourire à mes travaux et les encourager. Si quelques lignes m'ont livrée à la persécution , il n'appartient qu'à vous y Messieurs , de bien juger mes intentions. L'ouvrage est moraly religieux , philosophique : Usez^ et prononcez.
Après vous avoir donné de ma cause l'idée générale que vous devez en concevoir, il n'est pas inutile d'examiner en détail et de combattre avec raisonnement la série des pièces et des allégations qui composent cette procédure extraordinaire ; si jusqu'à présent j'ai été assez faeiu*euse pour préparer la conviction eu ma faveur, c'est en portant les derniers coups à toutes les têtes de l'hydre que la calomnie et d'autres sentimens humains ont créées contre moi , qu'il m'importe de dissiper jusqu'au moindre nuage que des yeux fascinés et prévenus pourraient encore découvrir dans ma justification et sur mon inocence ; je vais donc vous exposer les pièces originales de mon affaire, et quoique peu familiarisée avec les discussions de jurisprudence, il ne me sera pas difficile de répandre sur celle-ci une lumière qui fera ressortir les irrégularités et lès erreurs sans nombre dont jusqu'à présent j'ai été la victime.
Lorsqu'on a lu avec attention l'arrêt de renvoi de la cour supé* rieure de justice àe Bruxelles, et surtout le réquisitoire de M. le procureur du Roi , on ne peut s'empêcher d'y remarquer des inconséquences et même des contradictions plus qu'étonnantes dans un magistrat aussi éclairé ; l'imagination frappée d'un prévenu , trop facile peut-être à céder aux premières impressions , pourrait se laisser entraîner à des conjectures f&cheuses ; je me bornerai à réfuter cette pièce ainsi que le jugement de Louvain ; mais auparavant , je pense qu'il n'est pas hors de propos de dire quelques mots de la marche extraordinaire qu'on a donnée à cette procédure.
£n supposant que j'eusse été justiciable du tribunal correc-
tlonnel , c'était sans contredît le tribunal de Bruxelles , où le prétendu délit avait été commis , qui devait en connaître; car ce n'est qu*en forçant et détournant le sens de Tarticle 33o du Code d*îns* truction criminelle, que j'aiété envoyée devant le tribunal de Louvain. Je cite le texte de cet article : « Si la cour estime que le prévenu doit être renvoyé à un tribunal de simple police , ou à un tribunal de police correctionnelle , elle prononcera le renvoi , indiquera le tribunal qui doit en conuaître. » Je remarque ici que la loi ne dit pas qui devra en connaître ^ ni auquel elle en attribuera la connaissance ; les mots qui doivent en connaître indiquent un présent , et signifient clairement que le tribunal compétent existait avant l'arrêt de renvoi. D^ailleurs en rapprochant cet article a3o des articles 4*7 et 54 a du même Code, on verra que le renvoi d'un tribunal à un autre n'appartient qu'à la cour de cassation. Si féCaie ensuite mon raisonnement de l'article 167 de la loi fondamentale, ainsi conçu : « Personne ne peut être distrait contre son gré du juge que la loi lui assigne * ; et si l'on considère que ce juge était le tribunal correctionnel de Bruxelles où le prétendu délit a été commis , où l'instruction de la procédure a eu Heu , on reconnaîtra que la chambre des mises en accusasiou de firuxe/lcs a excédé ses pouvoirs , et qu'il existait des motifs occultes pour me faire passer à Louvain , où je devais être jugée comme on l'a vu , et pour me distraire contre mon gré du juge que la loi m'assignait. J'aurais pu, il est vrai , me pourvoir en cassation contre l'arrêt dont il s'agit ; cela n'eût sans doute pas convenu à certaines personnes , et ce qui le prouve, c'est que j'ai été enlevée de Bruxelles pour être transférée à Louvain , avant que l'arrêt de b chambre des mises en accusation m'eût été signifié ; on voulait probablement m'éloigner de mes conseils pendant le délai accordé pour se pourvoir en cassation à cause d'imcompétence ; car une fois transférée à Louvain, j'arrivais dans une prison et dans une ville inconnue ; je ne pouvais plus communiquer avec mes avocats de Bruxelles ; je devais en appeler d'autres sur les lieux ; ceux-ci , ignorant les antécédans de ma procédure, ne m'avaient point
d'abord fait les questions qui eussent pu les éclairer sur mes droits, et je ne pouvais leur remettre Tarrét de la cour , qui ne m'avait point été signifié.
Il me parait cependant , et toutes les personnes justes et sensées seront de mon avis, que j'aurais dà recevoir la signification de cet arrêta Bruxelles , puisqu'il pouvait y être attaqué devant la cour de cassation ; et qu'avant de me transférer à Louvain par une mesure, subite et inopinée, il eût été de toute justice de me laisser à Bruxelles, après la signification de cet arrêt , le temps que la loi m'accordait pour recourir en cassation. La manière dont on a agi envers moi dans cette circonstance est, sans contredit, non seulement un oubli des égards que l'on doit à tout individu , et surtout à un prévenu à qui il est arbitraire et despotique d'enlever ses moyens de défense , mais encore une violation formelle de la loi.
On a été plus loin : l'arrêt de la cour de Bruxelles qui me renvoyait au tribunal de Louvain ne m'a été signifié qu'en même temps que l'assignation de comparaître au tribunal de police correctionnelle ; on supposait sans doute que cet arrêt n'était pas attaquable. Il l'était cependant , car l'article 54a du Code d'instruction criminelle n'attribue qu'à la cour de cassation , et non à la chambre des mises en accusation , le renvoi d'une affaire de police correc-* tionnelle d'un tribunal à un autre.
"En suivant la mai'cbe qu'on a prise mon à égard , on ne me laissait pas les délais nécessaires pour mon pourvoi ; puisque la citation ne m'avait été remise que le 3o mai , à quatre heures de relevée , et que je devais comparaître le y juin suivant , à neuf heures du matin , devant le tribunal de police correctionnelle. Il demeure donc évident qu'on voulait arracher d'emblée ma condam<* nation , sans me laisser la possibilité d'user de mes droits. On sait que ces manœuvres ont réussi au gré de mes accusateurs.
II était essentiel que «j'entrasse dans quelques détails sur cette persécution préliminaire , désavouée par la justice et par la loi , pour faire ressortir davantage l'inconséquence et le peu de fondesaent des prétextes de ma condamnation.
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Je passe maintenant à l'examen du jagement de Lonvam , qui me condamne à une année d'emprisonnement. Pauraîs pu , ayant de combattre les considérans de ce jugement , réfuter les allégations du rapport de M. le substitut du procureur généifal , fait à la cbambre des mises en accusation ; montrer à mes lecteurs cette pièce comme un monument du onzième siècle , y faire reconnaître des traces évidentes de l'ignorance et de la superstition de ces temps de ténèbres et de déplorable mémoire, et y signaler les erreurs d'un magistrat qui ya exhumer du fatras poudreux d'une législation abrogée, et des archives des égaremeos et des sottises de l'esprit humain , pour les faire servir à ma condamnation , des lois auxquelles la saine raison , les lumières et les connaissances posi» tives ont imprimé le sceau de la démence et du ridicule. J'aurais demandé, sans inconvenance, si un substitut du 19' siècle avait conçu l'idée de faire reculer l'intelligence humaine de notre âge jusqu'aux époques malheureuses de Jeanne-d'Arc , d'Urbain Grandier, et de tant d'antres victimes d'nùe ignorance barbare.
En indiquant ces taches qui déparent en beaucoup d'endroits le rapport de la partie publique , en montrant au doigt ces erreurs inconcevables , je ne serais point sortie des limites d'une défense légitime : car les paralogismes de ce rapport ont eu un tel ascendant sur les juges du tribunal de Louvain, qu'il les a adoptes presque tous pour ma condanmation. Mais je crains qu'en discutant les choses , l'esprit public ne se reporte trop loin , et qu'on ne me prête l'intention de personnalités qui sont bien loin de ma pensée.
C'est donc à la réfutation du jugement du tribunal de Louvain que je dois seulement m'attacher ; je ne puis m'abstenir de démontrer combien il repose sur des bases erronées.
Le premier considérant de ce jugement mémorable m'accuse de m'étre vantée, dans des écrits publics, d'être en correspondance avec l'esprit Jriel, de posséder lesjlèckes d'jfbarhy une loupe magique et un taUsman précieux. Il faut remarquer d'abord que l'ou-
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Vrage doot il s'agit est l'oaTrage intitulé la Sibjrlk an tongrU d^AiX'-la'ChapelUy etc Ce li^re n'a point été imprimé en Belgique, mais à Paris, en 1 8 1 9. Leurs Altesses Royales et Impériales le prince et la princesse d*Orange ont bien touIu en accepter la dédicace ; elles ont daigné m'en témoigner leur satbfaction par des mar* ques honorables de leur munificence. Il semble que le respect seul , commandé par les noms et l'accueil d'aussi augustes personnages , aurait dû, chez messieurs les juges de LouTain, arrêter le projet d'en faire un des prétextes de m|i condanmation. Mais indépen* damment de cette haute considération, qui s'unit à des conséquences peu favorables au tribunal» il est certain qu'il n'avait pas le droit de s'ériger en jcenseur d'un livre imprimé dans un autre royaume , et l'eût-il été dans celui des Pays-Bas , son examen sortait encore des attributions du tribunal de Louvain. Je n'étais 1^ mise en jugement pour ce livre ; il ne peut avoir «ucun rappwt avec l'application des articles 4o5 et479 du Code pénal ; ainsi le tribunal a jugé ce qu'on nomme en jurisprudence ultra peiita , et. s'est appuyé sur des moti£s étrangers à la question qui hii était sou^^ mise. En effet , qu'ont de commun le génie Ariel une loupe, magique , un talisman précieux , les flèches d'Abaris , avec le délit d'escroquerie qu'on m'impute? Ce mot , adres$é à mademobell* IjC Normand, me fait frissonner et m'indigne.
Horresco referens!,,,. Non, quelque soit mon sprt futur» ce mot et moi nous n'avons jamais eu y nous n'aurons jamais rien de com» mun ; me l'appliquer, sera toujours un outrage , je tranche laques-.-
tion, une injustice révoltante
Non seulement le tribunal de Louvain a jugé sur ce qu'il lui était interdit d'examiner, il a encore prononcé sur ce qu'il ne comprenait point. Je le prouve. Je l'ai déjà dit , chaque auteur a son style particuUer , sa manière de voir les choses. Que mes juges veuillent bien me le dire : où est la loi qui défend à un écrivain de se servir de métaphores, d'emblèmes, de symboles et d'allégories ?
Notre divin législateur enveloppait sa morale sublime du sens
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«liégorî<iiie et mystique des paraboles. Cest par * la magie des fictions que la plupart des auteurs cél^iires de tous les' temps ont fait entrer. la yérité .dans le cceur et dans Tesprit des hommes et des Dieux de la terre , qui , ne pouvaient Faperceyoir à tray ef s les fumées deFenoens qui les offusque.
Si les juges de Louyain , avant de me condamner , in'Ayaient demandé l'explication des symboles qu'ils ont frappés si légèrement d*«natbème, je leur aurais dit , comme à mes ad^tes, que le génie Ariel est la perfection elle-même personnifiée, du mot grec AoTiOÇfp^ff'^'^'t parfitif, que livrée tout entière à l'intuiUon constante de -cette perfection si vantée et si peu connue , f avais pu feindre d'avoir des entretiens avec ce génie ; je leur auràb appris que ma loupe magique était le miroir de la vérité > et le verre omphaloptre avec lequel celui qui la recherche avec ardeur peut découvrir dans l'âme des hommes les passions , les intérêts , €t le germe des Vices les plus imperceptibles et les plus cachés; je leur aurais peut-être fait comprendre qu6 par les flèches d'Aharis j'entendais les traits inévitables de là vérité et de la raison sa scrar^-qui sont les armes les plus redoutsibles aux vices; je ne leur aurais pas laissé ignorer que mon talisman précieux était et caractère ferme -et inébranlable , dont m'a douée la nature , et que l'étude de la vraie philosophie à fortifié contre les coups de la fortune et les injustices des hommes. Munie de ce talisman , je pouvais me placer à bon droit dans une sphère plus élevée que le vulgaire , et me croire moralement plus invulnérable que le fils de Thitis ne l'était devenu, après avoir été plongé dans les eaux du Styx.
En tenant ce langage à mes juges je me s6rais probablement fait entendre , je ne pense pas qu'il eût été au-dessus de leur portée ; j'eusse dissipé toutes les inquiétudes , j'eusse prévenu les interprétations conjeciturales de mes expressions emblématiques ^ et le tribunal eût sans doute évité de me i;ondanmer sur des mots dont n n'avait ptfint l'intelligence et qu'il était inique de faîfe servir d'armeis contre moi , puisqu'on ne m'en avait pas
demandé Texplication. Je më sois trouvé dans le même cas que cet 'astronome qui' ayait découvert le inouvement de notre gtobe autour du soleil ; vékité que ses juges ignorans traitaient d*hérésie et de doctrine dangereuse , parce qu'ils ne la comprenaient pas: ma condamnation a beaucoup d'analogie ~ avec celle de ce savant ; mais elle est bien plus surprenante en ce qu'elle a été prononcée au < dix-neuvième siècle , et dans une ville qui est Censée un foyer de lumière par son université.
Maintenant que j'ai dévoilé une partie de ma prétendue magie , que j'ai dissipé les prestiges au moyen desquels je me donnais , dit-on y un crédit muëginaite ; que j'ai pu faire reconnaître qu'une tendance vertueuse au perfectionnement de l'esprit humain , que des fleurs et des lumières jetées dans la voie épineuse et étroite ^*
de la morale , ne peuvent constituer un crime , mes juges sentiront qu'il n'y a d^imatcbiaire dans toute ma procédure que le délit dont on m'accuse. Si j'analyse le reste du jugement de Louvain , mon innocence ressortira avec encore plus d'évidence.
C'est, porte ce jugement, /»ar le mélange" et la coupe des cartes inconnues au vulgaim , par des opérations chiromantiques. Je ne jn'arré^epas aux fautes de langage qui se trouvent dans ces expressions > car il est possible d'écrire très-mal et d'avoir raiso , quoiqu'il ne soit pas défendu k un greffier rédacteur de savoir sa langue ; mais je puis prouver qu'il n'existe pas même l'ombre d'un raisonnement dans les données qui ont servi de prétexte à ce jugement. C'est sur des cartes inconnues au vulgaire qu'il •est motivé en partie ; »i ces cartes sont inconnues , comment ont-elles pu servir de fondement à ma condanmation > mes juges m'en ont-ils demandé l'explication ? Non , ils n'en avaient peut* être pas besoin , parce que le tribunal n'est pas ' le vulg^aire , et que pour lui ces cartes n'avaient rien de mystérieux* ; mais , dans ce cas , pourquoi ne pas préciser les circonstances ? pourquoi y au lieu de se borner à une accusation vague , ne pas poser en fait que cescaxtes ne pot^aient servir à aucune opération de mathématiques ou relative à toute autre science ? C'était , me
par«it-ii , ce dont il fallait 6*enquérir et avoir la certitude ayant de disposer de rhonneur.et de la liberté d'un auteur dont la réputation littéraire n'est pas contestée. Si Newton eût vécu dans un autre siècle > ou même si de son temps il eût été traduit devant un tribunal que je ne nomme pas , il est certain qu'on y eût pris ses calculs pour de la métromancie, ses équations pour des sortilèges ; on y aurait vu un crédit et un pouvoir imaginaire dans l'assurance avec laquelle il dévelof^it le mouvement des corps célestes et les lois de l'attraction ; on aurait décidé que ses tables astronomiques étaient des prédictions coupables , et qu'on ne pouvait être plus instruit que le commun des bommes, et surtout que de graves magistrats , sans encourir les peines comminées par l'article 4o5 du Code pénal de cette époque » et l'on eût donné à l'immortel Anglais , par un juge* ment semblable au mien , un brevet de fou , d'ignorant et de fripon ; ce qui ^ comme on sait , n'eût pas manqué d'être confirmé par les contemporains et la postérité.
Je passe à la chiromancie qu'on m'accuse d'avoir pratiquée ; mais outre qu'aucun témoin n'a rien dit qp pût confirmer ce chef de culpabilité , mes juges savaient - ils jusqu'à quel point on peut connaître* le caractère , les affections et les passions de l'homme , d'après l'inspection de la main ? En supposant que je me fusse livrée à cet art , cOmment a-t-on pu savoir sur quels principes et sur quelles règles il était fondé? et si on l'ignorait , par quel préjugé et quelle prévention a-t-on pu condamner ces règles et ces principes que je n'avais pas exposés ? Il est certain , et personne n'en disconviendra plus maintenant ^ que la conformation extérieure de Thomme influe d'une manière particulière sur ses inclinations et sur les dispositions de son âme. Le système du docteur Gall n'est pas abandonné > il est démontré que ce savant a répandu de grandes clartés sur la physiologie et l'étude morale de notre espèce. Quel procureurgénéral s'est jamais avisé de le traîner, à un tribunal de police corectionnelle , comme préveau de céphalowumcie , pour
a'voîr prédît les actions fatnres d'un individu d'après Tinspection àe sa tête, et d'escroquerie pour s'être fait payer ses consul^ iations.
Un procès de cette naUire était réservé aux annales judiciaires de la Bel^que , le pays le plus peuplé , on pourrait presque dire le plus civilisé du monde ; je ne parlerai ici ni de Mesmer , ni du magnétisme animal y dont les effets sont bien autrement incompréhensibles que mon prétendu art diinwuoire , et que les souverains eux-mêmes » ainsi ^e les académies , ont faif cons* tater par des expériences, incontestables. Certes , les pratiques du magnétisme animal ressemblent bien plus à la magie que mes consultations , et je ne conseille pas à ceux qui s'en occupent de venir propager cette découverte à Louvain.
. Que le ministère public produise les témoins À la cour devant laquelle je vais oomparaitrey il n'est Aucun d'eux qui déclarera que j'ai jamais demandé de l'argent aux personnes qui venaient me consulter , ni que je leur ai jamais fait naitre Vespérance ou la crainte de succès et événemens chimériques. D'après l'étude que je faisais de la disposition de leur âme et les connaissances qu'une longue observation m'avait données du cœur humain , j'ai pu prévoir , préjuger et leur annoncer comme probabilités seulement quelque» accidens de leur destinée future. Si j'ai commis on crime , il faut faire aussi le procès aux vertus , car la prévoyance et la prudence qui me dirigent ont de tout teibps été considérées comme telles; ceux qui en étaient doués, loin de passer pour magiciens , diseurs de bonne aventure ou escrocs , ont été entourés du respect et de la considération générale , et personne ne s'est avisé de les placer sur les bancs des accusés devant un tribunal correctionnel y et de leur faire appliquer l'art. 4oS d'un Code pénal quelconque.
Le grand argument qu'on a (bxI valoir contre moi au tribunal de Louvain est bâti sur ce qu'un petit nombre, de personnes qui aont venues me consulter ont laissé chez moi quelques marques de leur reconnaissance ; mais elles s'accordent toutes â dire que
je n*ai rien exigé. Si Ton avait exhibé un article de la loi qpn défend à un écrivain', à uiî littérateur , à un savant ; de recevoir, comme témoignage d*estime , une légère compensation pécuniaire pour le temps employé à cctomuniquer ses lumières à d'autres , je passerais condamnation et je cesserais de démander à la eow la réforme du jugement de Lonvain ; mais je ne croia pas (jnNme pareille loi puisse exister chez aucun peuple réuni en société; et a'il est vrai .que la loi est la raison écrite , une disposition législative :aussi déraisonnable ne se trouvera nulle part où iî existe dea lois. Si Ton adoptait à cet égard le» raisonnemens du tribunal de. Louvain , il s*ensuivrait qu'un avocat , un médecin , un ar^ cbitecte , un peintre , ne pourraient tirer aucun parti de leur science ou de leur art ; il s'ensuivrait qu'un professeur dé* philo*- 8<^ie et de morale, qui a aussi des- besoins comme homme , pourrait périr d'inanition en débitant ses préceptes de vertu et de. sagesse. Ces conséquences sont trop absurdes pour que je m'y arrête ; mais il en est une autre qu6 je ne piiis passer sous silence : si j'ai enlevé déloyalement de l'argent aux témoins qui ont comparu -et à qui je n'en ai point demandé , il devient avéré que les dons que j'ai reçus des mains qui tenaient le sceptre , des princes destinés à le. porter at de personnages les plus'éminens , sont aussi des escroqueries , puisque ces princes ont eu les mêmes motifs que ceux pour lesqueb on me condamne comme auteur. Cependant • il n'est encore venu dans l'esprit d'aucun fonctionnaire de m'assigna* en jugement pour avoir osé recevoir des témoignages aussi honorables , pour m'en être glorifiée et pour aroîr faiyt éclater publiquement ma satisfaction ;. la valeur &k est cependant bien plus considérable que quelques misérables sommes de dix et vingt francs qu'on me reproche et sur lesquelles on motive une condamnation.
Si j'appelais ( mais la discrétion fut toujours mon partage ) , si
J'appelais , dis-je , une foule de hauts persdnnag(es à mon secours
dans la position 'critique où je me trouve » je ne crois pas qu'ils
rendissent un témoignage qui me fut défavorable. Bs ont tous vu
que mes conseils ne tendaient qp'k leur bonhènr, que la pratique des yertus^ les plus éminentes a toujours été Tobjet de mes plua pressantes recommandations ; ils diraient, j*en suis sure, que mes conseils ont préTU beaucoup de fautes et d'erreurs ; et ils ne ra'imputenâent point à crhne d'avoir enveloppé mes préceptes sous des apparences qui pussent en adoucir l'austérité , et de leur avoir montré la vérité comme provenant d'une émanation supé<!;' rieure , pour empêcher la révolte de l'amour-propre et le sentî«> ment de l'imperfection humaine.
Le ministère public a âté trois arrêts ou jugemens qu'il prétend être identiques à ma cause : le premier est relatif à un individu qui vendait le secret de gagner aux jeux de hasard. Aucune déposi* tion n'a^fait mention d*une pareille circonstance dans mon procès.
Le second y ocmtre un prêtre qui exorcisait : ceci est encore plua étranger à la question que je traite rentaa. le troisième arrêt frappe une diseuse de bonne aventure, qui- prétendait guérir les malade» au moyen de certaines pratiques superstitieuses. Ici il y a plusb d'analogie avec mon procès ; mais il existe cependant cette différence , que je n^ii ento^pris de guérir que les maladies de l'âme : c'est le but de tous les philosophes ; c'était celui de Socrate, et Ht a bu la ciguë! H me semble que la partie publique, qui a été fouiller dans les recueils de la jurisprudence des siècles barbares , aurait pu s'appuyer aussi de ce jugement rendu à Athènes; sur ce point je ne lui aurais point répliqué. Que l'on m'accorde l'âme admirable, les vertus et le génie familier de Socrate, j'accepte le parallèle , et je ne me plaindrai plus de la condamnation de Lou" v€Ùn.
Je crois avoir prouvé suffisamment que l'article 4o5 du Code pénal ne m'était point applicable, et que rien ne ressemble moins à de l'argent escroqué que les honoraires que j'ai reçus des per- ' sonnes qui me consultaient, honoraires que je n'ai pas même exigés. Je vais maintenant supposer gratuitementque l'article 479 an même Code pût m'atteindre et motiver contre moi une condamnation de simple police. Voici comment cet article est conçu ; >
«Seront punis d*iiiie amende de ii à i5 francs inclusiyement... > 7** les gens qui font le métier de deyiner et pronostiqner, on » d*e](pliqner les songes. » Je rmtre ici dans les che£i de Taccusation du ministère puUic , car il n*a prétendu yoir en moi qn'onc Mseuse de bonne aventure. Toutes^ ses charges teAdent à établir que jexerçab l'art de daviner. G<^mment donc a*t-il pu acquérir et obtenir du tribunal éc-i^eruvain TappUcation de Tarticle 4o5 ? C'est en confondant ce que la loi a distingué , en soutenant qu'une contrayention qui n'empçrte que la peine d'une faible amende était passible d'un emprisonnement d*un an au moins et de cinq ans au plus. Le ministère public et le tribunal de Louvain se sont éyidemment trompés. L'article 479 c&t postérieur à Yn-» tide 4o5 ; donc il désigne une contraYention qui n'ayait pas été préyue par l'article 4o5 ; donc il fait exception à cet article et en ezdut l'application. Les g^ qui font le métier de deyiner ont pu sans doute receyoir un salaire , car le mot métier entraîne nécessairement l'idée d'une rétribution ou d'un aalaire : une occupa* tion quelconque à laquelle on se livre gratis n^est pas un métier. Ainsi le deyin ou la devineresse qui aurait exercé son métier à loo à aoo francs et plus par séance , ne pourrait être condamné en yertu de l'article 4o5. L'article 479 n'ordonne pas même de restitution f car la loi » toujours équitable , a youlu queia sotte crédu* lité portât aussi sa peine; d'ailleurs, le pouyoir, le cré^t imagjluaire , la crainte , l'espérance d'un succès , d'un accident ou d'un événement chimérique , peuvent se rapporter à une multitude d'autres faits plus graves que la divination , et yoilà pourquoi la loi a établi une exception en fayeur de l'art de deyiner , pronosûquer,. etc. Elle n'en a puni Texercice /jue d'une peine l^ère, parce qu'il y a consentement et pour ainsi dire coopération et complicité de la partie lésée, de celle quC la loi doit protéger» de celle à qui elle n'a pas dû (de notre temps) supposer assez peu d'instruction pour qu'elle y crût.
. Padmets encore que le ministère public persiste à invoquer cpntremoi cet article 479 , et s'efforce de m^ faire cmidamner
comme coupable de contrayention de simple police. Je lui opposerai victorieusement Tartiele 640 du Gode d'instruction crimî* nelle , le^el commence par cette disposition : « L'action publique et l'action civile pour une contrav^ition de police seront prescrites après, une année réyolue , etc. » De quel droit donc yiendraît-il, en i8ai , faire entendre des témoins et provoquer un jugement sur des faits qu'il prétend avoir eu lieu en 18 18 y lors de mon premier séjour à Bruxelles! Quand bien même mon ouvrage intitulé la Sibylle au congrès d'Aix-la-Chapelle eût été imprimé à Bnixelles , au lieu de l'avoir été à Paris en 1819 , circonstance qui l'affranchit de l'examen et de la censure des tribunaux de la Belgique f Faction publique qui tenterait de le faire servir à corroborer une accusation de contravention de police serait encore repoussée par la disposition précise de cet article 640. Cette observation confirme ce que j'ai dit de Tespèce d'opiniâtreté qu'on met à me chercher des torts , et qui a aveuglé la partie publique sur l'énoncé formel du Code , qu'elle connaît mieux que moi.
Au surplus, qu'on ne s'imagine pas que j'ai voulu, par la supposition que je viens de faire , me placer sous l'application de l'article 479 du Code pénal ; elle serait tout aussi erronée que celle de l'article 4o5. Je suis trop au-dessus de l'idée que j'aurais voulu me livrer à une profession aussi avilie, et par mon caractère connu, et par mes ouvrages, et parla bienveillance dont les hommes distingués de tous les rangs m'honorent, je puis ajouter par la déclaration des témoins appelés dans ma cause. Mon intention a été de saper jusque dans ses derniers fondemens l'accusation qu*on m'intente.
Elle tombera , je l'espère , cette accusation , devant la justice et l'impartialité des magistrats qui vont me juger ; ils ne partage* ront pas les opinions du ministère public , ni l'influence occulte qui parait avoir provoqué originairement les poursuites contre moi. La cour, par un arrêt digne d'elle, de la justice, et dont elle ne peut se départir, me vengera des tribulations que j'ai essuy)§es depuis le 18 avril ; et s'il lui est impossible de me rendre l'inno-
( 4io )
cence ( puisque je ne Tai jamais perdue ) , elle me rétidblira dans une réputation jusqu'alors intacte , et j'ose dire méritée : elle anéantira les efforts de mes ennemis cachés , et en proclamant leur honte , elle effacera ma condamnation des fastes judiciaires de la Bdgique , par un jugement qui ne pourra qu'ajouter à leur renommée»
Ls Nokma.vd.
De la maison d*arrét de Bruxelles > ce a 5 juillet i8ar.