G. du XIP G. A. à Haversin
Q. G. du XIX*" G. A. à Buissonville.
Q. G. du XII« G. R. à Erezée.
Chacun d'entre eux entreprit immédiatement la reconnaissance détaillée de la position de la Meuse.
Le Q. G. A', se porta sur Marche ; en m'y rendant, je
rencontrai près de Natoye le général de cavalerie von Richthoten, commandant le I" G. G. ; il avait reçu du G. Q. G. l'ordre de laisser en arrière les 12® et 13^ bataillons de chasseurs, de traverser la Meuse à l'est de Namur, puis de se mettre à la disposition de la 2" armée.
C'est avec joie que je me rappelle cette rencontre qui non seulement me permit d'échanger avec ce général des vues sur la situation militaire, mais encore me fournit l'occasion de lui exprimer ma reconnaissance pour les services rendus par le I""^ G. G. devant le front de la 3® armée. J'appris également là combien les 12^ et 13® bataillons de chasseurs s'étaient fait apprécier dans le corps de cavalerie pour leur brave et glorieuse conduite devant l'ennemi.
Des renseignements verbaux et écrits ainsi qu'une série de rapports de la cavalerie d'armée, confirmés et complétés par les résultats de 1 exploration aérienne me fournirent la possibilité d'adresser encore ce jourlà aux troupes de la 3* armée un croquis représentant la ligne de défense française en aval et en amont de Dinant.
Aussi le Gorps de Gavalerie avait été pour le Q. G. A^., d'un grand secours pour les opérations tactiques qui allaient se dérouler sur la ligne de la Meuse. D'autre part, dans le domaine statégique, l'exploration du général de cavalerie von Richthofen nous avait permis de bien voir clair dans la situation deTennemi.
Dès les 17 et 18 août, la cavalerie annonçait que le pays, au sud-est de Givet, était vide de troupes ; ces renseignements confirmés les jours suivants éveillèrent
en moi la pensée qu'il devait y avoir là un intervalle comme, en principe, le plan de concentration français en laissait entre les groupes d'Armées. En raison de son étendue, de Givet à Bouillon-Paliseul, on pouvait le considérer comme un point faible dans le dispositif ennemi.
A Marche, où je pus saluer, dans l'après-midi, des troupes de la 23^ D. I. (lieutenant-général baron von Lindman) et des fractions de la 45* brigade d^infanterie de réserve (lieutenant-général von Suckow) pendant qu'ils traversaient la ville, j'occupai la villa d'un monsieur Léonard, homme riche et vieux célibataire, d'ailleurs absent.
Les officiers et fonctionnaires du Q. G. A', mangeaient ensemble dans le voisinage, à l'hôtel de la Cloche ; tous remarquèrent les dispositions hostiles de la population ; cependant il ne se produisit ce jour-lk aucun incident. Le départ de la cavalerie d'armée me tourmentait beaucoup. Je comprenais bien qu'il était nécessaire de disposer, à l'aile droite de l'armée allemande, d'une forte cavalerie, mais je redoutais également que, par suite du passage du I'^'" G. G. sur la rive gauche de la Meuse, la 3° armée se trouvât réduite dans la suite aux seules troupes de cavalerie qui en faisaient organiquement partie. Bien que cette crainte ne fût pas justifiée pour les combats imminents sur la Meuse, elle paraissait l'être pour la suite des opérations après forcement de la coupure de la Meuse à Dinant ; car, sur les 22 escadrons qui me restaient après le départ du XI" G. A., 6 escadrons, laissés comme troupes de réserve dans la zone de concentra-
146 SOUVENIRS DE LA CAMPAGNE DE LA MARNE tion, n'avaient pas encore acquis à ce moment l'aptitude nécessaire à la guerre. Je n'eus pas le loisir de m'arrêter longtemps à ces préoccupations et de chercher à y obvier, car un ordre du G. Q. G. adressé à la 3* et à la 2* armée absorba toute l'activité du Q. G. A'., dans l'après-midi du 20 août. Cet ordre portait : « L'attaque de la 2^ armée contre l'ennemi à l'ouest de Namur devra coïncider avec Tattaque de la 3" armée contre la ligne de la Meuse de Namur à Givet. Les commandants d'armée se concerteront à cet effet » .
L'ordre recommandait également de rester en liaison avec Taile droite de la 4^ armée.
Comme le G. Q. G., en émettant cet ordre, avait négligé de régler lui-même le mode de coopération des deux armées et aussi d'indiquer dans quelle direction il faudrait porter l'attaque décisive, j'envoyai un officier d'état-major au quartier général de la 2* armée pour coordonner les opérations qui paraîtraient nécessaires. Ce n'est qu'au bout d'un temps assez long que l'on parvint à accorder d'une manière satisfaisante les opérations envisagées par la 2" armée et par la 3*, car le Q. G. A^, pas plus que le Q. G. A-*, ne pouvait s'appuyer sur des considérations décisives. Aucune de ces deux autorités ne se préoccupait de la situation de l'autre ni de la situation générale, chacune d'elles, qu'elle le voulût ou non, ne s'occupant que de ses propres intérêts. La manière de voir du Q. G. A^ était à peu près la suivante : Si, comme le croit leQ. G. A^, le déploiement de la 2* armée est en avance sur celui de l'adversaire qui lui est opposé, il est indiqué d'utiliser les avantages tactiques et de rechercher im-
médiatement la décision tandis que la 3* armée attaquera le détachement d'armée ennemi rencontré sur la Meuse à Dînant, non seulement en vue de le fixer, mais encore pour acquérir la possibilité d'agir sur les arrières du groupe d'armée ennemi aux prises avec la 2* armée.
D'autre part, je me disais que l'attaque décisive de la 2*= armée en direction sud ne portait pas en ellemême le germa d'un succès stratégique aussi grand que celui réservé à une olFensive de la 3" armée cherchant la décision en direction est-ouest. Si la 3® armée réussissait à battre son ennemi et à pénétrer dans le dispositif français, avec des forces suffisantes, par la trouée repérée au sud de Givet, l'adversaire combattant au sud de la Sambre non seulement succomberait sous les coups de la 2* armée, mais encore se trouverait séparé de l'armée voisine qui devait se trouver vers Gharleville.
Après un échange de dépêches télégraphiques et après que j^eusse donné l'assurance que la 3" armée ne serait pas en mesure, avant le 21 août au soir, d'agir méthodiquement par son artillerie sur la ligne de la Meuse, le Q. G. A*, renonça à son projet d'attaquer dès le 20 août. Il m'informa le môme jour par un radio, confirmé le lendemain matin par lettre, qu'il avait fixé l'attaque au 23 août au matin ; l'aile gauche de la 2" armée se porta alors en direction Jemeppe-Mettet.
Il était évident que la 3" armée ne pouvait pas fixer une date plus rapprochéepouruneaction combinée avec la deuxième. Le prélèvement du XI" G. A. affaiblissait la 3" armée d'un quart de son effectif, ce qui l'obligeait à porter en avant le XII" G. R. pour lui permettre de
148 SOUVENIRS DE LA CAMPAGNE DE LA MARNE prendre immédiatement part à l'action. Il fallait donc appeler le XII* G. R., marchant en deuxième ligne, à la place du XV G. A. en première ligne. Il allait de soi que ce mouvement exigerait un certain temps et qu'il devait retarder le moment de l'attaque. Pendant ces négociations entre le Q. G. A-. et le Q. G. A'., commencées le 20 août et seulement terminées le 21, les mouvements suivants s'accomplirent :
Le XII* G. A. — 32« D. I. à droite, 23« à gauche — avança jusqu'à Spontin-Thynes-Sorinne-Foy Notre- Dame. Q. G. à Achène.
Le XIX" G. A., échelonné en profondeur pour assurer la protection du flanc, laissa sonQ. G. à Buissonville et atteignit, avec la 24^ D. I., Furfooz, avec la 40« D. I., Giergnon, tandis que le XII* G. R. portant son Q. G. à Baillonville atteignit avec les têtes de la 24« D. R. Nettine, avec les têtes de la 23« D. R. Hogne.
Le Q. G. A', resta le 21 août à Marche et y apprit par le Q. G. A^. que la 4^ armée porterait son corps de droite (VIII° G. A.) à Wavvreille, avec quartier général à Saint-Hubert, afm d'être prête à couvrir le flanc gauche du XIX« G. A. pour le cas où celui-ci viendrait à être attaqué par le sud ou le sud-ouest.
G'est avec cette assurance que la 3'' armée serra davantage, le 22 août, sur la coupure de la Meuse :
Le Q. G. A^. fut porté à Leiguon.
LeXII^G. A. : Q. G. à Taviet.
Le XIX-^ G. A. : Q. G. à Gustinne.
Le XII« G. R. : Q. G. à Braibant (24" D. R. à Natoye, 23«D. R. àSovet).
Elle entra ainsi en contact plus étroit avec les avant-
postes encore maintenus par les Français sur la rive droite de Meuse à Dinant, les rejeta de l'autre côte du fleuve, entreprit les reconnaissances de la ligne de la Meuse qui avaient été prescrites en vue de l'attaque envisagée et prit toutes les mesures d'ordre tactique et technique qui paraissaient nécessaires pour Fattaque du 23 août.
Pendant que l'activité du Q. G. A^ se trouvait ainsi dirigée vers l'ouest, il arriva soudain à Leignon un message téléphoné du commandant du XIX° G. A. annonçant que la i^ armée se dirigeait vers le sud, mais qu'elle laisserait à Beauraing une brigade mixte pour protéger le flanc gauche de la 3" armée contre Givet. Peu de temps après, le Q. G. A*, confirmait le fait et ajoutait que l'adversaire venant du sud, avec cinq corps au moins, déclenchait une offensive et obligeait la 4* armée au combat. En présence de ce changement, une question se posait pour moi : que doit faire la 3* armée, voisine d'une armée attaquée, pour faire face à la nouvelle situation créée dans le dispositif général ?
Le fait que la 2^ et la 3'" armées se trouvaient en posture d'obtenir immédiatement la décision, cherchée par elles à l'ouest et au sud de Namur, ne me laissa pas le moindre doute qu'il fallût s'en tenir à l'accord intervenu avec le Q. G. A-. et, comme cela était convenu, commencer les opérations le 23 août et les poursuivre sans désemparer.
A la vérité, le changement de front entrepris le 22 août par la 4« armée, en raison de l'avance de l'ennemi venant du sud, était conforme au plan général
de conversion vers le sud, envisagé par le G. Q. G. Cependant la 3« armée ne pouvait pas y participer jusqu'à ce que l'adversaire rencontré par les 2® et 3" armées à Namur fût mis en déroute. Certes un tel succès supposait que la 4^ armée réussît à parer le coup dirigé contre elle. Je Tespérais avec confiance, non seulement parce que les forces françaises qui cherchaient la décision contre la 4® armée n'étaient pas supérieures en nombre et qu'elles se trouvaient aussi dans la zone d'action de la S^ armée allemande, mais encore parce que Faile puest du groupe d'armée français qui avançait contre la 4* armée, sauf une division de cavalerie, faisait mouvement par Bouillon : que, par suite, 11 n'y avait à craindre de sa part aucune menace directe et immédiate sur Dinant.
Appuyé sur ces considérations, Tordre pour la journée du 23 aoilt parut le 22. 11 prescrivait une attaque combinée avec celle de la 2" armée : l'exécution en était fixée au 23 août, 5 heures du matin. Contre toute attente, je me trouvai de nouveau, à 11 heures du soir, en présence d'une situation modifiée, A cette heure, arriva un radio de la 2^ armée, déjà lancé, semble-t-il, dans l'après midi : il faisait connaître que l'ennemi ne semblait disposer jusqu'alors, au sud de la Sambre, que de trois divisions de cavalerie avec un peu d'infanterie.
On exprimait le « désir pressant » que la 3« armée fît une avance rapide sur Mettet, tandis que la 2* armée pousserait jusqu'à Binche-Mettet. L'offîcierd'état-major, de retour du Q. G. A^. peu après l'arrivée de ce radio (il avait dû faire un long détour par le nord de Namur et
avait perdu beaucoup de temps en route par suite des mouvements de troupes et de colonnes de munitions qui lui barraient le chemin), confirma la nouvelle que le Corps de la Garde avait traversé laSambre dès le 22 août et qu'il avait immédiatement attaqué.
Pour m'expliquer que le Q. G. A- se fût écarté des conventions intervenues, j'imaginai que la 2* armée avait tout d'abord surestimé les forces françaises rencontrées sur la Sambre et qu'aujourd'hui elle pensait au contraire être seulement en présence de 3 divisions de cavalerie.
A cette heure très avancée, il ne restait plus que peu de temps avant le départ des troupes ; il m'était impossible de rien modifier aux instructions contenues dans mon ordre d'armée. L'hypothèse d'une retraite possible de l'ennemi, provoquée par l'avance de la 2« armée, n'entraînait d'autre conséquence que l'ordre au XIX® G. A. d'avoir à s'emparer, avec la 40^ D. l, dans la nuit même (22-23 août) du passage d'Hastière- Lavaux. De la sorte il serait prêt pour la poursuite au cas où l'adversaire se serait résolu à rompre le contact avec la 2* armée.
Le lendemain, on pouvait déjà percevoir le feu de l'artillerie de siège entrée en action contre Namur dès le 20 août à midi ; il arriva aussi au nouveau quartier général de l'armée, à Leignon, des nouvelles de succès obtenus là-bas ainsi qu'un rapport indiquant qu'à Marche, récemment abandonné par le Q. G, A^, on avait dressé une embuscade et tiré contre un détachement du régiment d'infanterie de réserve n" 103.
Au cours d'une inspection que je fis personnellement
du terrain à l'est de Dinant, je rencontrai mon régiment d'infanterie n° 182 aux avant-postes de la 23* D. I., sur la route de Sorinne à Dinant; je rentrai ensuite au château de Leignon que j'occupais depuis le matin avec mon état-major. Nous y avions été fraîchement accueillis par le propriétaire, M. le conseiller de légation en retraite Eggremont. Le château était une grande construction neuve confortablement installée, bâtie sur une hauteur au milieu d'un parc; il surploml)ait le village, et sur sa tour flottait le pavillon de la croix de Genève. Les écuries pour trente chevaux, un manège couvert, de nombreuses serres froides et chaudes, entouraient la cour.
Le châtelain et toute sa famille étaient présents ; sa femme, deux fils presque adultes, une fille mariée au châtelain de Sorinne qui savait son mari à Dinant, et une vieille femme de Namur avec sa fille sans doute fiancée à l'un des jeunes Eggremont. Le vieux était un homme grognon qui, le poing serré dans la poche, paraissait fort importuné par ses hôtes forcés. Dans le salon du château, il y avait une collection extrêmement précieuse d'armes japonaises et chinoises qu'Eggremont avait rassemblée dans les divers postes diplomatiques qu'il avait occupés en Extrême-Orient.
L'officier chargé du cantonnement, premier lieutenant von Hœsch, avait accepté à mon insu l'invitation de M™* Eggremont pour le déjeuner et le dîner de tout l'état-major. Mon intention de décliner cette invitation se heurta à l'impossibilité de trouver à nous restaurer ailleurs ; c'est pourquoi von Hœsch avait cru pouvoir s'adresser à la famille Eggremont. D'ailleurs, le comte
von Strachiwitz, d'un régiment de dragons de la garde, avait été cantonné là pendant une semaine et y avait reçu une attentive hospitalité. Le repas de midi ne se passa pas trop mal, Ijien qu'il y régnât une certaine contrainte. Les dames Eggremont justifiaient la présence de la croix de Genève sur le château par ce fait que quelques blessés du bataillon de chasseurs de la garde et du 12^ bataillon étaient couchés dans les communs et soignés par elles, à la vérité sans l'assistance d'aucun médecin. La manière « choquante et importune » qu'elles employèrent me fit reconnaître trop clairement qu'elles n'avaient pas obéi à un sentiment d'humanité, mais qu'elles étaient seulement poussées par le désir d^échapper ainsi à des vexations de la part des troupes allemandes. Pour mettre fin à cet état de choses^ j'ordonnai, après visite des blessés, de les transporter aussitôt dans une ambulance et de retirer la croix de Genève.
Très vexée par cet ordre, la partie masculine de la famille Eggremont se permit de tenir des propos hostiles lorsque la police militaire procéda à la recherche des armes pour se les faire livrer : elle persista même dans son attitude après que j^eusse ordonné de ne pas confisquer les armes qui faisaient partie de la collection. Les fils ne parurent pas au dîner et le père s'y présenta fort en retard. 11 se montrait troublé et ne répondait a aucune question. M™" Eggremont faisait bonne mine à ce jeu dont elle ne surprenait pas encore le motif (sic). Après dîner, j'appris par le conseiller privé de gouvernement Hartenstein, qui était chargé de la saisie des armes, que les fils Eggremont s'étaient
154 SOUVENIRS DE LA CAMPAGNE DE LA MARNE exprimés d'une façon inconvenante à l'égard des Allemands et que le chef de famille n'avait consenti à livrer un revolver qu'il avait à la main qu'après emploi de la force. Je me décidai donc à faire emprisonner séparément les deux fils chacun dans leurs chambres, à les faire surveiller par des sentinelles et à étendre également cette surveillance au vieux monsieur. En tout cas, cette situation était très pénible pour les deux parties, et on aurait pu l'éviter en n'acceptant pas l'invitation de l'hôtesse.
Au surplus, je crois me rappeler avoir appris dans la suite que l'inspection d'étapes n<> 3, lorsqu'elle fut logée, quelque temps après, au château de Leignon, avait été dans la nécessité de faire interner la partie masculine de la famille Eggremont.