‹ Souvenirs de la chouannerieChapitre 8 sur 52 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

Les forgerons du Port-Brillet viennent saccager la hutte de Jean Chouan. — Il les poursuit. — Les forgerons épouvantés abandonnent leurs armes. — Les gardes nationales , attaquées sur la lande d’OHivet , sont mises en fuite.

• fcllb'lS'l ijl’VM »/>l :-<•*> J,

' H JllOD iliOT sal ‘.sjr.iu »;! ! tsyi tyjrii,, s

Après quelques jours de repos , Jean Chouan s’ennuya de son inaction. Il proposa à ses trois hommes de venir avec lui chez sa mère pour labourer un petit closeau qu’elle voulait ensemencer ; ils s’y rendirent. Ce même jour , un Patriote de Saint-Ouën voulut aller s’assurer si les frères Chouans avaient été tués comme la nouvelle s’en était répandue. Il prit son fusil double et vint vers l’heure de midi rôder autour de la closerie des Poiriers. Nos quatre hommes travaillaient près de la maison. Us virent de loin s’avancer le Patriote qui probablement se croyait assuré de ne trouver personne. Sans autre arme que leurs bêches, ils courent sur lui , l’entourent et lui font rendre son fusil. Il n’avait point tenté de résister, on

le renvoya sans lui faire aucun mal. Cependant Jean Chouan crut prudent de ne pas rester davantage chez sa mère et sur-le-champ il retourna dans Misedon avec ses compagnons. Mais , en arrivant au lieu de leur retraite, ils trouvèrent leur loge renversée et leurs provisions pillées. Alors , transportés de colère , oubliant leur petit nombre, ils jurent de tirer vengeance de cette insulte. Leur ancien métier de Contrebandiers les avait rendus habiles à suivre les gens à la piste , les voilà donc à la poursuite de l’ennemi.

Ce pillage était un exploit des Forgerons du Port-Brillet. Organisés en gardes nationaux , ils se montraient zélés républicains et ennemis déclarés de Jean Chouan. Par hasard , l’un d’entre eux avait aperçu celui-ci à sa sortie de Misedon. Enhardi par son absence, le Forgeron réunit vingt-sept de ses camarades , qui , s’étant bien armés , vinrent faire une fouille dans le bois. Ils eurent bientôt trouvé la hutte des quatre Royalistes, et, après s’être fait une grande joie de tout saccager , ils emportèrent en triomphe les vivres et la marmite. En s’en retournant , ils s’étaient arrêtés dans un méchant cabaret nommé la Papillonière , au milieu de la lande d’Ollivet. Là , ils célébraient

leur succès et faisaient festin des provisions enlevées, quand nos quatre Chouans arrivèrent à leur halte. Jean Cottereau, son frère, et Julien Peillon étaient armés de bons fusils ; quant à Mielette , il n’avait que sa jerte. Mais cet homme, d’une force extraordinaire, d’une audace que n’arrêtait aucun danger, n’en était pas moins redoutable. Les Forgerons avaient posé un factionnaire. Mielette, laissant ses camarades en arrière , s’en approche sans être vu, et, du premier coup de sa. ferle, le jette par terre tout étourdi. Dans le même moment François Chouan s’élancait pour entrer dans la maison dont la porte était ouverte, quand un homme accourt au bruit, lui lâche son coup de fusil et le blesse à la cuisse; mais, à son tour, atteint par Mielette, il tombe blessé à mort. Le coup de feu et le nom de Jean Chouan qui retentit, frappent de terreur soudaine les Patriotes. Ils ne voient point le petit nombre de leurs ennemis ; ils se jettent à fermer la porte de la maison et la barricadent en toute hâte ; mais Mielette l’attaque aussitôt avec sa ferle et l’ébranle ; alors , dans leur aveugle épouvante , les Forgerons se sauvent pêle-mêle dans un grenier , sous le toit de la maison. Ils tirent après eux l’échelle qui leur avait servi pour

monter, et abattent la trappe qui ferme l’entrée de leur refuge. La porte extérieure fut bientôt brisée ; les assaillants entrent et trouvent dix-sept fusils que les Patriotes n’avaient pas pris le temps d’emporter. Jean Chouan juge son succès suffisant. Lui et les siens se chargent des armes, des restes du festin, de leur précieuse marmite , et , laissant là les Forgerons , ils retournent au bois de Misedon , pensant bien que , pour ce jour-là du moins , on les y laisserait en repos.

Toutefois, dès le lendemain , les Cotlereau reçurent l’avis que quatre-vingts hommes de la garde nationale des bourgs voisins , réunis par les Forgerons, étaient arrivés sur la lande d’Ollivet; ils se tenaient près de ce cabaret de la Papillonière où, la veille, ils avaient été surpris, et se préparaient sans doute à venger leur défaite. Jean Chouan se décida à aller les attaquer sur-le-champ ; il court en toute hâte aux huttes où se tenait sa bande. « A moi, ca- « marades, arrivez , s'écria-t-il; il faut au- « jourd'hui se montrer aux Patauds et leur « faire voir qui nous sommes. Ils pensent à « nous attaquer, allons à leur rencontre, nous « en aurons bon marche , car ils tremblent « encore de leur peur d’hier. »

Toute la bande fut bientôt sur pied. Jean Chouan en fit le compte en appelant chacun par son nom. C’étaient : son frere François , Délière , Cribier, Morière, Trillon, Guéhairie, Moulard , les deux frères Gauffre , Huet , Boisnouveau , Séjon , Melaine, Pichois , Châtenay, Julien Peillon , tous jeunes gens du canton de Saint-Ouën-des-Toits ; venaient ensuite les frères Pinson avec leurs gens de Bourgon et de Saint-M’Hervé , c’étaient eux qui avaient apporté la nouvelle du rassemblement des Patriotes. Tout le monde réuni faisait environ trente hommes plus ou moins bien armés. Un nombre à peu près égal manquait ; c’étaient ceux qui ; moins connus des Patriotes , avaient cru pouvoir retourner à leurs travaux habituels; mais il se trouvait là, de plus , treize jeunes gens compromis depuis peu dans une émeute excitée par une nouvelle levée d’hommes. Ils étaient arrivés dans Misedon la nuit dernière et n’avaient point d’armes. Cependant ils accourent aussi à l’appel. « Voilà une belle occasion de vous fournir de « fusils , leur dit Jean Chouan , venez avec « nous , vous en aurez ce soir à choisir , je vous « le garantis. « Tous s’écrièrent : « Marchez, « marchez ! nous vous suivons ! » Alors le chef

examina toutes les armes une à une. Quand elles furent chargées , il resta dix-sept cartouches pour toutes munitions. Elles furent partagées entre les meilleurs tireurs. « Nous en « avons assez, dit le Gas Mentaux , 1 es ferles « nous aideront : un coup de ferle vaut un « coup de fusil. » Alors , élevant sa carabine , il fit solennellement le signe de la croix et s’écria : « Que le bon Dieu nous bénisse !.. En « route ! en route !.. . »

On arriva sur la lande d’Ollivet, et, comme le soleil brillait beaucoup , Jean Chouan fit faire un circuit pour ne l’avoir pas dans les yeux; puis il avança vers les Républicains, Ceux-ci, supposant que c’est la garde nationale de la Brulatte qui vient les rejoindre , le laissent approcher. Arrivé à la portée de la voix , il s’écrie : « Nous voilà venus pour savoir si les « Patauds ont du cœur aujourd’hui , et nous « arrivons à découvert, puisque vous netes « que deux contre un. » Cela dit , armés ou non armés, tous les Chouans se précipitèrent sur les Patriotes avec une telle furie , que ceux-ci n’eurent pas le temps de se mettre en défense. Ils prirent la fuite sans avoir combattu, et plusieurs jetèrent leurs fusils qu’ils n’avaient pas même déchargés. Ils ne perdirent que

quatre hommes, parce que l'empressement que l’on mit à recueillir les armes dispersées çà et là arrêta la poursuite. Un seul Chouan fut blessé, encore pensa-t-on que c’était par la maladresse d’un de ses camarades. Il se trouva alors que tout le monde eut des fusils, ainsi quel’avait annoncé le Gas Mentaux. Néanmoins il maugréa beaucoup, parce qu’on avait tiré plus que de raison. Il ne restait pas une seule cartouche, hormis les siennes qu’il avait conservées.

Les détails que je viens de rapporter m’ont été donnés par Trillon , Morière , Châtenay et Guéhairie. Un forgeron du Port-Brillet , qui était du parti opposé , m’en a confirmé la vérité. Cet homme qui , en d’autres occasions , avait fait ses preuves de courage , m’a avoué que, ce jour-là, il s’était enfui des premiers. « Nous fûmes, tout d’un coup, transis de peur, « me dit-il : il faut bien croire qu’un sort nous avait été jeté. » On comprend que des récits pleins d’exagération et de mensonges furent faits sur ce qui s’était passé. Toutefois , il en résulta la certitude que les frères Chouans n’étaient pas morts comme on avait voulu le faire croire , et les Patriotes frémirent en songeant à ce que pourraient entre-

90 SODVENHIS DE LA CHOUANNEUIE.

prendre de tels hommes lorsque leur nombre serait augmenté de toute la jeunesse des campagnes qui refusait de se soumettre aux levées de Volontaires.

' ■ " • MU ü :

. ' â W i * f vl<(- * ÿi * J • »

sais: jIj aup «Si-’f

iCiod .

;fto üt . îDij jk’ .ttt9(v aj au p altMlab aa.t

.i'. , nolltiT i«<| iciïüM.

'• d> no'ta’j tol -*1 1 .. -i

• d9£n , Moqqo u ■■ ■•

. dUoiena io ■Ji'.i’ib ua t iup ^tmuoil joD ,»JÎ t

bnoyi; ü ,t\ juoâ »!«♦ .r'i*v

i--. ! initia JtsïVa H . «î-'mm»* i : .

ni 'tj -il— ' i/jj .quoa itn'h J’ o: .r iU!î'‘‘ i'WM ttfi'ur niio'io rend. jni;1 i- : UqjJ» ’SMi • aob oui htvnqinba nO « .àiaj à# au-»., aa^fftvfinii -jfc J3 ^ 1«ïïr>f<’ '<> i'; •••

■ ■ ^tsq M#e fcliul

a.‘>c>- 1, j aup ahiiiinsà el tii fri»'

ti-»/. i,t, annaon mom ecq tn

-ujL-i-ii laJonJ»*! ém J;j ... *>1 ;

-anu‘> ; Wisa .il >: il'i H’ <

Page 1