VOYAGE EN CELLULE
C'eût été énormément plus gai en effet, nous le sentîmes lorsque nous traversâmes notre pauvre Paris, par les quais, la place de la Concorde, les boulevards, la rue Lafayette. Et pourtant ! quelle indéfinissable impression de tristesse me saisissait en sentant la terreur qui planait sur cette grande ville, en voyant les patrouilles qui la sillonnaient ! Qui sait ! la prison était peut-être un lieu de refuge en ces moments d'horreur !
Nous arrivâmes à la gare du Nord. On nous fit passer dans un vagon cellulaire où nous occupâmes chacun une petite cellule. On sait ce que sont ces cellules : un mètre cinquante de haut, cinquante centimètres de large et soixante de profondeur. Ne soyez ni trop gros ni trop grand si vous ne voulez souffrir. J'ai déjà parlé de cela dans ma brochure des Pri" sons et des Veines.
On nous tassa dans nos cellules et l'on voulut bien ne pas nous mettre de fers aux jambes, ne point nous passer la barre de fer qui tient rivés dans toute la longueur du vagon les pieds des prisonniers.
Le préposé alla nous chercher du pain et du fromage de gruyère qu'il nous distribua. Le prix de ce frugal repas fut prélevé sur notre masse, c'est-à-dire qu'on le paya avec notre argent.
Il est assez facile de se figurer un vagon cellulaire en prenant pour type un omnibus, en se disant que chaque siège est une cellule ou placard tel que je l'ai décrit ci-dessus, que chacune de ces cellules séparées par une cloison en planches est fermée par une porte garnie d'un treillis en fil-de-fer par lequel l'air vous parvient, sorte de trou qui permet au besoin de passer la tête, et d'une découpure