‹ Souvenirs de la Commune, 1871Chapitre 9 sur 22 · LE CONSEIL DE GUERRE · texte numérisé non relu

LE CONSEIL DE GUERRE

esprit de corps. Le capitaine Chrétien demanda pour moi des circonstances atte'nuantes. Mon avocat, enfin, déclara qu41 était depuis longtemps mon ami, qu'il n'avait pas à dire que je n'avais pas commis les délits visés, puisque je reconnaissais moi-même les avoir commis, que j'étais de bonne famille, et qu'il espérait que le conseil m'acquitterait ou m'appliquerait, au pis-aller, le minimum de la peine. On le voit, on me jugea en famille, et ce fut heureusement pour moi. Le conseil se retira, on me ramena dans la chambre, car les jugements des conseils-de-guerre sont prononcés hors la présence de l'accusé, et je passai dans cette salle, en cassant les dalles de mes talons, un des plus mauvais quarts-d'heure de mon existence.

Oh ! sentir que quelques personnes réunies tiennent votre existence entre leurs mains.

sentir que l'on dépend fatalement d'un arrêt, et ne pouvoir intervenir et disputer son destin ! Oh ! rage ! L'angoisse me prenait à la gorge. Je suais. Et je devais attendre jusqu'au soir pour connaître mon sort, car il y avait trois affaires après la mienne, et on ne lisait les jugements aux accusés que le soir, quand tout était fini.

Mais le vieux sergent qui nous ouvrait la porte était d'humeur pitoyable.

— <( Hum ! Hum ! » fit-il en tortillant sa moustache grise « vous savez ce que vous avez ? »

— « Non. Dites! »

— « Hum ! vous n'avez que ce que vous méritez. »

— (c Vous me faites mourir. »

— « Hum ! je ne dois rien vous dire ! Enfin... Hum! Hum! On n'a pas été trop méchant. »

Il referme la porte et tout- à -coup la rouvre.

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