CHAPITRE HUITIÈME
— Septembre-Novembre. —
Etolico. — Manque de plomb. — Clifford visite Mésolonghi. — Son action généreuse. — Scodra campe à Paléosaltsena.
— Siège d'Etolico. — Echec d'une machination, et meurtre de Denys Phocas. — Embûche contre les Turcs à Scali, — Curieuses anecdotes. — Secours de Céphalonie. — Levée du siège.
Etolico est un îlot plat, situé dans le lac de Mésolonghi ; sur cet îlot s'élève la ville de même nom. Distante de la terre ferme à l'Est, de près d'un quart de mille, et à l'Ouest d'environ la moitié ; elle en est très éloignée au Nord et au Sud elle communique avec la pleine mer par un canal et se trouve à environ 7^8 milles de
llb U GCESKE DE l'iSDETEXDAXCE
Mësolonghî. La position de cène ville était donc forte et ïoeipogcable, U lagune étant en cotre pouvoir, mais à cette époqne elle était encore sans fortifications ; de nombreuses familles du Xîroméron s'y étant réfugiées , elle comptait plas de 2.000 habitants. J'y trou^-ai, une garnison de 300 hommes, auxquels j'en adjoignis ^oo autres d'Etolico, et je formai un corps que je plaçai sous le commandement d'Apostolis Cousouris et de Kitsos Costas Souliotes. Je choisis comme mon représentant DenysPhocas, deCéphalonie,bon et brave patriote, qui dirigea les affaires d'Etolico pendant mes courtes absences, car ma résidence était à Mésolonghi.
Ayant ainsi organisé la défense d'Etolico, je postai hors de Mésolonghi des grands' gardes qui devaient m'annoncer l'arrivée de l'ennemi, puis j'attendis les Turcs qui s'avançaient du côté de la Clisoura, Cependant le manque de plomb m'inquiétait vivement, car nous en avions a peine pour deux ou trois jours de combat.
Sur ces entrefaites une frégate anglaise commandée par le commodore Clifford, mouilla hors de Mésolonghi. Ce dernier
Bivoya en ville un canot, avec un sous- [officier, me portant une lettre, qui m'ordonnait de lui payer immédiatement 8.000 colonnats comme indemnité pour des dommages causés à un petit navire sous pavillon Ionien par un bâtiment de Mésolonghi. La chose avait eu lieu en effet, mais avant mon arrivée à Mésolonghî, de I sorte que je n'en étais pas responsable. Je ■demandai au sous-officier anglais un peu [de temps avant de répondre ; celui-ci me jploumet alors une demande de Clifford jqui désirait visiter Mésolonglii. Quel îqu'innocente que me pariit cette de- , je crus devoir, dans cette circonsrénnir en conseil les quatre capiqui se trouvaient à Mésolonghi, et ^e leur soumis le désir de Clifford. Ceuxi répondirent à l'unanimité que, si j'y (consentais ils n'y faisaient pas d'opposition.* M'annonçai alors au sous-officier que Clif- Hbrd était libre de venir à Mésolonghi, et igue j'allais me préparer à le recevoir. Le ^ous-officier se rembarqua aussitôt ; mais «mme la distance était grande du vais- Bseau à la ville, avant de s'en approcher, Hl fit quelques signaux au commandant,
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et une heure et demie après, Clifford, Im commandant en second du vaisseau et uiq autre Anglais sans uniforme vinrent terre. Ma maison étant située près de lai mer, loin des fortifications, je les y reçuq et les traitai avec la plus grande courtolsieîj je leur dis que je nourrissais pour lesV Anglais la plus profonde estime, et qui c'était avec un extrême plaisir que j'avais consenti à ce qu'ils pussent visiter notM fortifications, surtout au moment où nouarj attendions l'ennemi. Les Anglais me r mercièrent, et nous nous dirigeâmes ve les travaux de défense ; pendant notrSJ visite, on m'annonça quelesTurcsavaienta^ paru. J'ordonnai immédiatement qu'on* m'apportât mes armes et en chemin je dîl^ à l'intendant militaire Déligeorgis ce qu'i] devait faire. Cependant les troupes de 1*' ville, avaient couru aux armes et venaient^ prendre leurs postes. Les trois AnglaiaiM voyaient avec étonnement ce mouvementï tumultueux, tandis que je donnais de»] ordres. — Interrogé par eux sur ce dont il>| s'agissait. — Je leur répondis qu'o vait annoncé l'approche des Turcs, et qu'ils I pouvaient, s'ils le désiraient, retourner suri
It leurs vaisseaux jmais que, s'il leur plaisait ( d'assister à une escarmouche entre les Hellènes et les Turcs, ils n'avaient qu'à i suivre. Les Anglais s'étant consultés I me répondirent cordialement que je les t obligerais beaucoup en leur permettant de kme suivre. Arrivés près des fortifications, I nous trouvâmes les soldats rangés en bon |-ordre, et les' commandants nous reçurent [avec les honneurs militaires. Les Anglais •Tirent les batteries prêtes, et les mèches J:flllumées ; ils restèrent étonnés de notre )elle discipline et de nos préparatifs de [nerre. Tandis que nous visitions les ouvrages de défense, nos vedettes m'annonpèrent que la poussière qu'elles avaient , était causée par les troupeaux, qui, il l'approche de l'ennemi, se réfugiaient à Mésolonghi. En disant cela aux Anglais, I les conduisis au tombeau de Marco- ^otsaris, et je leur racontai ses exploits et B mort héroïque. Cependant les Hellènes apprenant que la première nouvelle Était fausse, retournèrent la plupart en KÎlle, au moment où j'y retournais moiçaême avec les étrangers. Ceux-ci trouvant s soldats h leurs postes, et voyant la 12"
LA GUERRE DE l'iNDÊPENDANCI
multitude qui affluait à Mésolonghi, me demandèrent quel était le nombre de nos forces militaires. Je leur répondis que nous étions tous soldats sans distinction, et que notre nom.bre s'élevait à plus de dix mille hommes, A cette époque, il fallait dissimuler le petit nombre de nos i troupes.
L'impression que firent sur Clifford nos!
travaux militaires, fut excellente, et, à sesl paroles, je compris qu'il était honnête,!
généreux et philhellène. De retour chez.B moi, je lui parlai de l'indemnité qu'il^l m'avait demandée par sa lettre ; je lui dis I que je ne connaissais pas du tout cettfta affaire, que je n'avais pas d'argent, et qu&l pour une affaire de ce genre, il devait.l s'adresser directement au gouverne ment, J Clifford me répondit qu'il était très fâchi'l de m'avoir causé de l'ennui, qu'il voyaiti combien étaient difficiles les circonstanceSjj oii nous nous trouvions, et il me pria dea lui faire une réponse succincte, en m'a rant que je ne serais plus importuné. Les!
manières nobles de Clifford m'inspirèrent I tant de confiance, que je me risquai à prendre une résolution hardie. Je le pris.
à part, et lui dis, que ses sentiments philhelléniques et sa courtoisie m'encourageaient à lui faire une demande. Et, non sans une secrète émotion, je lui avouai que nous n'avions que peu de plomb, et que si, dans cette circonstance, il pouvait nous secourir, il serait le sauveur de Mésolonghi. — Clifford demeura interdit et troublé devant une telle confidence.
D'abord, il me répondit que le plomb qui se trouvait à bord de la frégate, appartenait au gouvernement Anglais, et qu'il ne pouvait pas en disposer. A ces observations je répliquai, qu'il pourrait à Corfou ou ailleurs remplacer le plomb qu'il m'aurait cédé, et que son gouvernement ne saurait lui en vouloir d'être venu à notresecours, surfout quand il apprendrait que je lui avais fait connaître notre lamentable état, et sollicité sa protection. Clifford me serra la main avec bienveillance et répondit que jepouvaîs compter sur lui.
Prenant ensuite la réponse que mon secrétaire avait préparée, il partit avec les deux autres Anglais.
Je restai quelque temps triste et pensif, lorsque tout-à-coup je vis une barque
s'approcher du rivage, et les matelots Anglais déposer sur la côte environ 1.500 oques de plomb (i), et de plus, une caisse contenant 60 bouteillesd'unvîn généreux.
Un sous-officierme remit en même temps une lettre de Clifford, par laquelle il m'annonçait la liberté qu'il avait prise de m'envoyer du vin, si nécessaire dans les difficiles circonstances où nous nous trouvions ; mais pas un mot du plomb. Je lui répondis en lui exprimant toute ma reconnaissance de son envoi, sans faire non plus mention du plomb, et je lui promis de boire à sa santé avec mes camarades et de battre l'ennemi selon ses vœux.
Muni de ce secours, je lis part aux capitaines de ma résolution hardie, et de son heureux résultat.
Un peu après la mi -septembre arriva le Pacha de Scodra à la tête de son armée.
Au lieu de camper en face de Mésolonghî, il campa sur le continent à gauche d'Etolico. Son camp s'étendait sur toute cette partie vers Paléosaltséna, vis-à-vis des
(Ij L'oque est une mesure ottomane qui vaut un peu plus de 2 livres et l/E.
[ îlots Echinades (Curzulaires), il opérait : la flotte ennemie, déjà occupée au [ siège du côté de la mer. Tant que les Turcs I restaient ainsi campés, on ne savait laquelle des deux villes ils avaient l'înten- I d[assiéger, quoique beaucoup d'eux [ vinssent tous les jours examiner les posif tions sur le front d'Etolîco,
Je m'entendis avec Kitsos, Costas et I Cousouris etdans les premiers jours d'oc- I tobre nous envoyantes un détachement I qui débarqua dnns la partie occidentale de la terre ferme pour surveiller l'ennemi.
Dans une escarmouche entre ce détachement et l'avant-garde de Scodra, les Hellènes perdirent 3 hommes et un officier, j Basile Souliotis. Un grand nombre de [ Turcs périrent, et leur commandant, [ Abdulach-Bey fut blessé.
Les Turcs cependant transportèrent de [ Naupacte (Lépante) et de la flotte deux f canons de 48, deux de 34 et deux mortiers, I dont un très gros. Ils placèrent ces pièces I en face d'Etolico, et commencèrent aussi- I tôt à bombarder cette ville. Mais, comme I la communication entre Etolico etMésof longbi était libre du côté de la mer, nous
transportâmes six canons de Mésolonghi, parmi lesquels celui du Métropolitain Ignace, sous la direction de l'ingénieur Kokinis, et le lendemain, nous commenijilnies aussi à canonner l'ennemi. Parmi nos artilleurs le céphallène Marino Lykiardopoulos, se distingua particulièrement.
Mais, comme nous n'avions pas de boulets du calibre du canon d'Ignace, je fus obligé de faire rechercher ceux que les Turcs nous lançaient avec les canons de 48, et de S4, et de leur rendre les projectiles qu'ils nous envoyaient.
Il paraît toutefois que parmi les artilleurs ottomans il y avait aussi des européens, car les bombes bien dirigées tombaient dans la ville. Les Turcs avaient près de la plage plusieurs pièces qui faisaient " beaucoup de mal aux maisons. L'ingénieur Kokinis désigna alors un endroit convenable pour la construction d'une nouvelle batterie; comme le lieu était exposé, elle fut élevée pendant la nuit, et je fiiaobligéraoi-méme,pourservird'exemp]e aux autres, de transporter de la terre sur mes épaules. Tous se mirent alors à travailler avec ardeur, quoique sous le feu
continuel de l'ennemi, qui tua trois des nôtres. La batterie fut prête dès le matin ; nous y plaçâmes deux canons de i8, et celui de l'archevêque I,i;nace. Alors commença des deux côtés une canonnade incessante, mais après-midi l'habile Lykiardopoulos fit cesser le feu de la batterie turque. Plus tard, les Ottomans établirent à une plus grande distance dans le bois d'oliviers une autre batterie, à laquelle la nôtre ne pouvait faire aucun mal ; mais, vu l'inégalité du terrain, eux aussi, ne pouvaient nous atteindre.
Les Turcs néanmoins, pour couper toute communication entre Mésolonghi et Eto- !ico, construisirent une nouvelle batterie loin de leur camp, près d'un endroit appelé , Saint-Nicolas. Un jour que, sur un canot (monoxylon, fait d'une seule pièce de bois), j'allais de Mésolonghi à Etolico, je fus reconnu parles Turcs; car ils me saluèrent d'une quantité de boulets, qui, faillirent nous couler. Un de ces boulets même était dirigé avec tant de précision, qu'ayant passé au-dessus de ma tête, il enleva des mains du nocher la perche avec laquelle il poussait la barque. L'ingénieur
me fit obsen'er que l'îlot, au niveau de la mer, appelé PoROS, et qui se trouve au milieu de lac, était très propre à y élever une batterie. La nuit, nous transportâmes du continent de grands paniers et des sacs pleins de terre, et le lendemain matin deux canons saluèrent les pièces ennemies de Saint-Nicolas. Notre nouvelle position était très bonne, car les boulets des Turcs, tombaient devant nous dans la mer, ou passaient au-dessus de l'îlot. Cette canonnade dura jusqu'à midi; à ce moment nous vîmes les Turcs quitter précipitamment leur batterie, et la communication se trouva réti3blie entre les deux villes.
Pendant le siège une conjuration se tramait. La réussite eût amené peut-être la chute d'Etolico et quoi qu'elle ait écboué, elle entraîna la mort d'un de nos plus honorables combattants, le céphallène Denys Phocas, mon lieutenant à Ëtolico.
Parmi les capitaines de la Grèce occidentale se trouvait Varnakiotis, un des plus illustres. Il ne pouvait malheureusement se persuader que l'entreprise des Grecs contre les Turcs, réussirait jamais ; aussi
I dès le commencement de la révolution, I vivait-iiamicaleraent, tantôt avec Ali Tépélin, tantôt avec d'autres Pachas, et particulièrement avec Omer-Vryoni et d'autres Beys Albanais. Lorsqu'en 1822 Mavrocort dato se trouva à Mésolonghi, il soupçonna Isans doute sa conduite car il n'eût pas pour l'iui autant d'égards qu'il l'eût voulu. Mé- } content Varnakiotis se rendit à Prévéza, là s'éfant uni avec Omer-Vryoni, il fit la . campagne dans le camp du Pacha de Scodra. Cependant Denys Phocas, qui avait quelques soupçons, m'avertit de me méfier de Sipsas et de Dovas, qui, quoique sous- I officiers de Macris, demeuraient sans raison à Etolico. D'après lui, de concert avec ' Varnakiotis, ils avaient l'intention de me [ tuer, d'exciter des désordres à Etolîco, et, I de laisser les Turcs se rendre tranquillerment maîtres de la ville. Malgré la plus re investigation, je ne pus rien décou- Mais quelques jours après ayant i !a nuit à Etolico, Sipsas entra le matin dans ma chambre ; me voyant avec l Phocas et deux militaires, il fut intimidé, bet alléguant quelques prétextes futiles, il (me fit une demande. Simulant de ne
m'être aperçu de rien, j'usai de courtoisie avec lui, et je l'engageai à se rendre auprès de son commandant. Le lendemairijSipsas partit, Dovas plus audacieux que lui, resta à Etolico, et résolut de tuer avant moi mon représentant. Tandis que je me trouvais à Mésolonghi, il se rendit chez Phocas de grand matin, et l'ayant trouvé seul, il voulut faire usage de ses pistolets. Mais Phocas le prévint, tira contre lui, et le blessa au bas-ventre. En même temps, les camarades de Dovas firent feu, de leur côté, contre Phocas, le frappèrent de trois balles à la tête, et le tuèrent. La mort d'un grand patriote tel que Phocas assassiné par des traîtres m'affligea beaucoup. Je convoquait immédiatement CostasBotsaris, Tsavellas, Tsongas, et plusieurs des principaux de Mésolonghi, pour leur faire part de la mort tragique de Phocas, et du danger que j'avais couru moi-même. Les CAPITAINES apprirent cela avec indignation, me témoignèrent la reconnaissance de leur patrie, et me déclarèrent qu'ils étaient prêts àsacrifier leur vie pour me défendre.
Cependant il ne me permirent pas d'aller à Etolico, mais iJs en chargèrent Costas
Botsaris, qui partit avec l'Evêque et cent soldats pour faire les funérailles dePhocas avec tous les honneurs qui lui étaient dus, Botsaris voyant l'indignation de tous Jes soldats et des habitants d'Etolico contre l'abominable action de Dovas, assembla les primats et les commandants de la garnison Cousouris et Kitsos Costas les harangua, ordonna de transporter à Mésolonghi le blessé Dovas, et d'éloigner d'Etolico tous ses adhérents. Nos soupçons sur une entente préexistante avec Varnakiotis, augmentèrent encore quand nous vîmes que les Turcs avaient cessé le bombardement le jour du meurtre et les ■ deux jours suivants, pour le reprendre •.seulement le quatrième jour.
La blessure de Dovas étant mortelle, il L'fut décidé que l'on éloignerait de Méso- I longhi les deux parents de Dovas, Sipsas f«t ses adhérents. Botsaris, Tsavellas et KTsongas engagèrent Macris à les éloigner Tlui disant qu'il se compromettait luirmême, en conservant de tels hommes Vdans son corps.
Macris, nous annonça le jour suivant Fqu'il partageait notre opinion. Trois jours
après la sépulture de Dovas, ses parents partirent tous avec des lettres de Macris, pour aller se joindre aux corps militaires hors de Mésolonghi.
Mésolonghi était étroitement assiégé par mer seulement, mais, comme les Turcs, pour s'approvisionner, envoyaient à Bokhôri et à Galata de nombreux détachements de cavalerie et d'infanterie qui passaient près delà ville, nous ne pouvions pas en sortir librement, ne voulant plus supporter l'audace des Tuj'cs, je convoquai LES CAPITAINES et leur dis qu'il était honteux de rester ainsi inactifs et de laisser nos soldats vivre dans l'oisiveté dans les murs de Mésolonghi ; et qu'il fallait attaquer les détachements Turcs, et leur enlever les vivres dont nous avions besoin.
Ces paroles excitèrent Tamour-propre des CAPITAINES, et Tsavellas fut chargé d'attaquer les Turcs, à leur retour de Bokhôri, où ils étaient allés, au nombre de i.ooo environ. Tsavellas partit avec 300 hommes d'élite, et alla se poster à Scali, Cette position, située à l'est de Mésolonghi, est une roche escarpée, au pied de laquelle passe la route qui conduit à Etolico ; au-delà
s'étendent des marécages infranchissables.
Cette position était donc très favorable.
Tsavellas posta ses soldats près de la route de Bokhôri, et plaça quelques vedettes sur le sommet de la roche. Vers midi, on nous annonça qu'une multitude de Turcs, cavaliers et fantassins, venait d'Etolico.
Ce corps était envoyé pour accompagner et renforcer les Turcs qui avaient passé par Eokhôri.Tsavellas remarquant que l'avantgarde, se compose de 300 cavaliers, cache ses soldats, derrière la roche, et lorsque les ennemis sont engagés entre la roche et le marais, il ouvre le feu contre eux et les met en fuite. Qiielques-unsfurentforcés de se précipiter dans le marais, et les autres trouvèrent un asile au milieu des fantassins qui, terrifiés, étaient restés immobiles au milieu de la plaine. Les Hellènes descendant alors de la roche, recueillirent les dépouilles des Turcs, qui avaient été tués, et retournèrent à Mésolonghi.Jelesattendais en dehors delà ville, ils me présentèrent 130 têtes, pour recevoir de moi les récompenses accoutumées ; 195 fusils, 160 pistolets et une quantité de vêtements ; 40 chevaux furent pris vivants.
FgS LA GCERRE DE i' IN DÉPENDANCE
Aucun des Hellènes ne reçut la moindre ] blessure. Le lendemain, les soldats trouvèrent, dans les marécages, sept cadavres et quatre carcasses de chevaux. Tels furent les résultats de l'embuscade de Scali, Les autres Turcs restèrent, stationnaires toute la journée, et la nuit ils se réunirent à ceux de Bokhôri, et retournèrent à leur camp.
Les Hellènes de Mésolonghi, encouragés 1 par ce succès, sortaient la nuit, et dressaient ' des embûches aux Turcs, Ceux-ci ne se doutantderien, s'éloignaient de leur camp pour faire paître leurs chevaux, nos soldats lésinaient, et m'apportaient ainsi chaque i matin jusqu'à huit têtes de Turcs. Cet état i des choses dura jusqu'à la fin du siège. 1!
me fut remis 1 20 têtes, de nombreuses dépouilles, et plusieurs chevaux, qui tombèrent entre les mains des Hellènes pendant ces excursions nocturnes,
Cependantlaflotte ennemie était repartie ' pour Constantinople, hormis troisouquatre briks, que l'amiral avait laissés aux ordres du Pacha de Scodra, le bombardement d'Etolico néanmoins continuait avec furie, mais sans résultat, lorsque le ao Novembre
Dk LA GRèCE
un éclat de bombe tua le brave artilleur r en chefLykiardopoulos. Civils et militaires I pleurèrent la mort de cet excellent patriote I que nous ensevelîmes avec les honneurs qui lui étaient dus. Quoique nous eussions encore d'autres artilleurs céphallènes, la perte de I.ykiardopoulos nous futtrès sensible.
Des faits étranges qui semblaient êtreune I manifestation de la protection divine se t passaient à Etolico et servaient d'encou- I iagement aux assiégés. Dans la cour d'une (maison où des hommes et des femmes l'étaient assis et causaient, une bombe [ tombe s'entortille dans une couverture de I laine, pendue à une fenêtre et s'éteint; I personne ne fut atteint. — Un autre jour une vingtaine de personnes, militaires et j civils, étaient réunies chez moi, tandis que I ïious conférions, une bombe, perce le toit I passe au milieu de nous, et fait explosion 1 sans causer de mal à personne. — Nous I, manquions d'eau à Etolico, et nous nous I en procurions difficilement de la terre I ferme. Une bombe, tombant au centre e la ville, creuse un fossé d'où jaillit une l eau abondante et d'excellente qualité, qui
LA GUïRRE DE L'iNDÉPENDANCE
cause le salut des habitants. — Un matin j'étais assis près de la porte avec quelques primats. Une bombe tombe entre dans une fosse nouvellement creusée, où on avait enseveli une femme. La bombe fait explosion, lance la morte hors du tombeau, et ne cause de mal à aucune des personnes présentes. 11 arriva quantité d'autres faits semblables, mais leur récit m'entraînerait trop loin.
Dès le commencemant du siège, j'avais défendu, l'exportation des poissons, lorsqu'un habitant de Corfou me pria de lui permettre d'en acheter à Vasiladi, et d'en vendre aux Turcs, afin d'observer ce qui se passait dans leur camp. J'acceptai cette proposition, et quelques jours après, cet homme m'avisa que les Turcs ayant reçu du bois pour fabriquer de petits bateaux, travaillaient sur le rivage, et avaient l'intention de débarquer à Etolico, et de s'en emparer. J'ordonnai immédiatement d'armer avec de petits canons huit passeurs (petits bateaux naviguant dans des eaux peu profondes), et, avec cette flotille, nous nous présentâmes à l'improviste devantle camp ennemi, faisant feu continuellement
DE LA GKËCE 30 1
non pour causer quelque dommage aux Turcs, mais pour les faire désespérer du succès du débarquemeot projeté. Ayant passé la nuit dans un port près d'Etolico, aous vîmes après minuit un incendie près du camp ottoman. C'étaient les Albanais, qui terrifiés à l'aspectde notre flotille brûlaient leurs barques. Scodra abandonna dès lors son projet de débarquement.
Le bombardement d'Etolico continuait
néanmoins avec ardeur, lorsque le même
habitant de Corfou m'annonça que Var-
nakiotis devait partir pour Prévéza. J'en-
voyé Mitro Déligeorgis, intendant mili-
' taire, avec un mystic pour l'arrêter, mais,
I il échoua , Varnakiotis était déjà parti.
Ce départ m'avait fait supposer prochaine
' la levée du siège, je fis alors tous mes
. efforts pour exciter les commandants à
I poursuivre l'ennemi, mais ce fut en vain.
■ Dans les premiers jours de décembre,
' Scodra, voyant qu'il ne pouvait pas réussir,
I résolut de lever le siège. Ayant envoyé les
ans et les bombes sur les vaisseaux
l Turcs mouillés en cet endroit, il partît
r pendant la nuit, et débarrassa ainsi ces
I provinces de la présence des Turcs.
9oa
Je ne puis oublier que, privé de vivres et manquant d'argent, j'écrivis à Céphalonie, et que les nobles et généreux frères Corialénia m'envoyèrent, 30.000 oques de farine américaine, avec laquelle les garnisons d'Etolico et de Mésolonghi, furent nourries durant tout le siège. Mes frères me secoururent aussi avec 3.500 colonats, qui servirent à satisfaire en partie les besoins des CAPITAINES et les soldats.
Le siège d'Etolico dura plus de 70 jours, et les Hellènes, eurent peu de pertes à déplorer ; à peine 20 furent tués, quelquesuns furent blessés, pas un ne fut fait prisonnier. Les Turcs, au contraire, souffrirent beaucoup ; outre ceux qui restèrent sur le champ de bataille dans les combats, je remarquai dans leur camp beaucoup de tombeaux pleins de cadavres ; d'après les renseignements que je reçus, ils perdirent plus de raiile hommes. Ils furent donc forcés de lever le siège, et par manque de vivres et par la maladie qui les décimait; ils eussent d'ailleurs continué ce siège que c'eut été sans résultat pour eux.