CHAPITRE NEUVIEME
— Décembre. ■—
Division entre le Pouvoir Exécutif et le Législatif. — Nomination deMavrocordato à Mésolonglii. — Arrivée de Byron à Mésolonghi. — Ma rencontre avec Byron.
— Mécontentement des capitaines contre Mavroûofdato, et les propositions qu'ils me firent. — Je pars pour le Péloponèse.
Pendant ce temps la discorde et la guerre civile déchiraient le Péloponèse.
^ De graves désaccords s'étaient élevés entre I le Pouvoir Législatif et l'Kxécutîf, et, même parmi les membres de celui-ci des divisions avaient surgi. D'un côté, Colocotronis, Pétro-Bey, Charalambis et avec eus André Métaxas, paraissaient étroitement liés ; Zaïmis, André Londos çt Mavrocordato étaient unis avec les
Hydriotes et les Spetsiotes. Le Pouvoir Législatif, après avoir destitué le Ministre des Finances, Péroucas, sous prétexte qu'il avait établi le monopole du sel dans le Péloponèse, sans loi préalable, remplaça par Coletti, André Métaxas qui, sans l'autorisation de ce même pouvoir, était allé à Acova, dans un moment où les familles Plapoutas et Délîjanni en étaient venues aux mains, Mavrocordato naguère secrétaire du Pouvoir exécutif, était devenu président du Pouvoir Législatif; informé par Praïdis que Byron avait différé son départ de Céphalonie pour Mésolonghi, il chercha à se faire envoyer dans cette ville. N'ayant pu obtenir cette mission du Pouvoir Exécutif, dont la majorité lui était hostile, il se la fit donner illégalement par le Pouvoir Législatif, Le gouvernement central se trouvait dans un tel désordre, qu'excepté l'envoi d'André Londos, je ne reçus aucun secours pendant tout le siège, tant les membres du Pouvoir Exécutif étaient désunis ! Uniquement occupés de leurs querelles, ils oubliaient que Mésolonghi, ce rempart de la Grèce, était en danger.et ils n'avaient guerre souci des
Boufifrances et des privations qu'enduraient ses braves défenseurs.
Dans l'ignorance de ces douloureux événements, nous fûmes fort étonnés de voir Mavrocordato arriver à Mésolonghi avec neuf vaisseaux de guerre, qu'il avait pu réunir sur la promesse qu'ils seraient payés avec l'argent de Lord Byron. Cela se passait heureusement huit jours après la levée du siège et le départ d^ Scodra, car ces événements lui eussent été attribués. Son arrivée m'embarrassa, je voyais clairement l'illégalité de sa nomination, et il ne me présentait aucun document officiel indiquant mon remplacement. Ré-
I flexion faite, je pris le parti de dissimuler,
, et je lui cédai la place puisque la Grèce occidentale était libre, et que Ses Turcs
I s'étaient retirés. Considérant donc ma mission comme terminée et mon amourpropre satisfait, je rendis visite à Mavro-
I cordato, k qui je fis part de ma résolution nalgré tous ses efforts pour me retenir
I je ne changeai rien à ma décision.
Quatre jours après l'arrivée de Mavro-
\ cordato celle de Lord Byron nous fut annoncée. On savait déjà a Mésolonghi
que le noble Lord portait beaucoup d'argent, et 4.000 soldats s'y rassemblèrent.
Quatre vaisseaux mirent à terre vingt touneaus pleins d'argent ; après quoi, Lord Byron débarqua. L'enthousiasme des Hellènes était indescriptible, ils le reçurent avec de grandes acclamations ; toute la ville retentissait de coups de fusils et de canons.
Après que j'eus annoncé mon départ à Mavrocordato, mon secrétaire Louriotis le pria d'en nommer un autre pour recevoir mes archives. A partir de ce moment je me considérai comme un simple particulier, et, comme tel, je n'assistai même" pas au débarquement de Lord Byron, J'avais néanmoins l'intentiondelui rendra visite avant mon départ ; je lui avais écrit à Céphalonie après la levée du siège, et il m'avait répondu d'une manière trèscourtoise. J'appris qu'aussitôt débarqué, Byron avait dit à Mavrocordato qu'il désirait me voir. Mavrocordato, voulant justifier mon absence, lui répondit que j'étais malade. Le lendemain le Lord m'envoya, le colonel anglais Stanhope. Je le reçus fivec bienveillance, et nous causâmes d\X.
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siège. Après Stanhope, le comte Gamba vint me voir et me demanda si j'avais vu le Lord. Je lui répondis que je devais donner au Lord le temps de se reposer des fatigues de la traversée, et que j'avais l'intention d'aller le voir plus tard. Deux jours après je rendis visite à Lord Byron.
11 me fit un accueil fort gracieux, loua ma conduite durant le siège, me dit qu'il avait appris de Mavrocordato que je devais bientôt partir, et m'en exprima tous ses regrets. Il me pria en même temps, si quelqu'autre nécessité urgente ne s'y opposait pas, de rester à Mésolonghi pour combattre avec lui pour la régénération de la Grèce, pour l'amour de laquelle il ëtait venu au milieu de nous. A peine le -Lord eut-il parlé, que Mavrocordato entra.
Je répondis à Byron, que j'avais rempli mon devoir envers la patrie, mais qu'on devait aux Hellènes seulement d'avoir chassé l'ennemi, et d'avoir conservé l'ordre et la discipline pendant tout le temps du siège. J'ajoutai que je tiendrais ii honneur de combattre avec le noble Lord, mais que, connaissant le talent de Mavro- .cordato, je me regardais comme inutile^
et que j'avais résolu de partir. Mavrocordato dît, alors à Byron : « Moi aussi, Mylord, j'ai tout fait pour engager Métaxas à rester, et c'est pour cela que j'ai refusé de recevoir ses archives jusqu'à votre arrivée, afin que vous puissiezvousmème m'aidera le persuader.»^ Je répondis que si je savais pouvoir être utile en quelque chose, je croirais Euanquer à mon devoir en partant.
Mavrocordato commença alors à développer un pian d'administration, qu'ils devaient appliquer en commun, car il paraît qu'ils avaient tenu là-dessus lui et Byron une autre conférence. Ce plan avait pour but la réorganisation de l'armée; il enlevait aux chefs militaires leur autorité dans les provinces et nommait des gouverneurs, en un mot il donnait au pays un gouvernement régulier. Après cette explication, le Lord me demanda mon opinion. Je lui répondis que ce plan était excellent, et peut-être leseulquifût d'une réelle utilité, mais je lui fis ob,'îer\'er que le manque de temps empêchait d'en assurer la réussite. Vous rencontrerez lui disje d'insurmontables difficultés, il importe