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CHAPITRE DIXIEME

Les deux Gouvernements. — Guerre

civile. — Mort de Pano Colocotroni. —

' Théodore Colocotroni et ses partisans

I exilés à Hydra. — Camp de l'Èlide. —

Rencontre avec des cavaliers turcs. —

I Mort de Byron.

Le Pélopouèse se trouvait dans le plus I déplorable état, car la division avait engendré la guerre civile. A Carytaine, pour des questions d'intérêts locaux, quelques coups de fusils avaient déjà été échangés entre les partisans de Plapoctas et ceux de ' Canélos Dêlijanni. La discorde s'était en- I core glissée entre les membres du gou- I vernement.La plupart des députés s'étaient ['Réfugiés à Cranidi et avaient formé uu nouveau gouvernement exécutif, dont !e

LA GUERKE ÛE L'U

président était Coundourîotis, vice-président, Panagiotis Botasis de Spetsia, et membresAnagnostisSpéliotakis et Nicolas Londos du Péloponèse ; Jean Coletti représentait la Terre-Ferme. Notaras, André Londos et Giatracos, ainsi que plusieurs autres sous-capitaines du Péloponèse et de la Grèce continentale s'unirent à eux.

De Nauplie l'ancien Pouvoir Exécutif, composé de Pétro-Mavromichalis, président, et de trois membres Sotir Charalambis, Colocotroni et André Métasas, se transporta àTripolis.Zaïmis passa au parti du pouvoir de Cranidi. II resta encore à Tripolis quelques députés, qui, quoiqu'en petit nombre, élurent pour président Anagnoslis Délijannis. Grégoire Dikéos, d'abord d'accord avec Mavromichalis, déserta plus tard, et passa au parti de Coundourîotis. Les CAPITAINES de la Grèce occidentale se divisèrent eux aussi après l'arrivée de Mavrocordato à Mésolonghi : les Souliofes et Tsongas s'unirent à ceux de Cranidi, Rhangos et quelques autres à Colocotroni. Nauplie cependant était entre les mains de ce dernier, dont lefîls Panos était commandant de place; avec

lui marchaient d'accord Tsocris d'Argos,

Nikitas, Plapoutas, les Petmézas et Sisinis.

11 y eut donc deux gouvernements : celui

de Cranidi et celui de Tripolis. Le premier

cependant était le plus fort. 1 emprunt

négocié en Angleterre ayant réussi, la

commission qui appartenait au parti de

Cranidi, lui envoya l'argent, grâce auquel

. il put recruter des soldats, s'entourer

I d'hommes politiques et détacher du corps

l de Nikitas les cavaliers Bulgares sous les

1 ordres de Hatji-Christos.

Tel était l'état du Péloponèse, lorsque

I de Mésolonghi je me rendis à Tripolis. En

[.arrivant je fus fort affligé, de ce qui se

I passait et je résolus de ne pas me mêler

hi ces discordes entre citoyens. Cependant

V je rédigeai un long mémoire sur les évè-

[ nements de la Grèce occidentalcj me

plaignant amèrement de l'acte illégal dont

I le Corps législatif s'était rendu coupable

par la nomination de Mavrocordato dans

cette partie de la Grèce, je présentai ce

rapport au Pouvoir exécutif, siégeant à

[ Tripolis, que je reconnaissais comme plus

1 que l'autre, et j'en reçus la réponse

p suivante :

LA GDERRE DE t'niDipENDANCE

Période a*. — 3-993- Gouvernement provisoire de la Grèce, Le Corps exécutif,

Au très noble seigneur Constantin Mé-J taxas.

Par les rapports qui lui sont parvenusl le gouvernement a pu apprécier votre!

patriotisme, ainsi que vos sacrificesetvosl efforts pour défendre le pays. 11 a pu le J faire aussi lorsqu'il confia le commande- I ment de la Grèce occidentale à votre ex-^ | périence. Vous avez prêté à la patrie l'appui de vos talents politiques et militaires, I et vous l'avez soutenue de votre propre I fortune à un instant où l'on ne pouvait 1 vous pourvoir des choses nécessaires; le 1 gouvernement connaît les sommes dont ï il vous est redevable, et quoiqu'il ne 1 puisse vous les rendre en ce moment, il I vous offre par la présente la reconnaissance de la Nation, et rendant un hommage mérité à votre zèle patriotique. Il J vous remet la présente attestation :

qu'elle vous ser\'e dans un temps oppor- I tun pour faire valoir vos droits. 11 vous 4 exhorte à ne pas cesser de combattre d'une ]

manière digne de votre caractère helléni- 1 que-, pour les droits sacrés de la nation, ■■dont vous vous dites avec raison un des [membras les plus dignes.

A Tripolitza, 22 mars 182^.

Le président, (T. S.) Pétro-Bey Mavromichalis

Sotir Charalambis. — A. Zaïmis.

De Tripolis étant passé à Nauplie j'en- I voyai une copie de mon rapport aux [-députés de Cranidi; il leur dépluttelle- I ment qu'ils voulaient me citer devant eux f et qu'ils m'eussent condamné, s'ils n'en I avaient été empêchés par le Pouvoir exé- Içutif de Cranidi. Immuable dans ma résopution de ne pas prendre part à la divipon lamentable qui déchirait le pays, et (prévoyant que les partisans du pouvoir Bde Cranidi assiégeraient Nauplie, je résolus dépasser k Hydra. Mais là aussi il y i«vait des dissensions, car, quoique Counrdouriotis, la plupart des primats et le I peuple fussent d'accord avec le gouverjieraent de Cranidi, on soupçonnait cerprimats de s'entendre secrètement

aaO LA GUERRE DE l'ITI DÉPENDANCE

avec Colocotronî. A Hydra malgré ma liaison avec Lazare Coumiouriotis et d'aulres primats, on me prît pour un em- 1 ployé du gouvernement de Tripolis, de * sorte que je fus forcé pour que mon existence ne courut pas de danger de revenir à Nauplie et de là à Tripolis, me proposant d'y rester jusqu'à ce que j'eusse vu la fin de ces désordres lamentables.

Cependant le gouvernement de Cranidi renforcé par les troupes venues de la Grèce orientale, avec Notaras, André, Londoset Gitaracos.prit Argoset assiégea Nauplie. Le pouvoir législatif, s'installa à Argos et l'exécutif aux Moulins de Lerne avec cinq vaisseaux de guerre, qui servirent au siège de Nauplie, puis Londos, Notaras et Giatracos, ayant Zaïmis à leur ' tête, marchèrent contre Tripolis, A Tripolis se trouvaient les membres du gou- J vernementCoIocotronis avec son fils Gen- I naios, Canélos Délijanni et Théodore ■!

Grivas qui, occupant quelques maisons 1 hors des murs de la ville, commença premier à tirer sursesadversaires. Voyant I Tripolis assiégée, les membres du gouvernement résidant dans cette ville tinrent I

conseil, et résolurent de l'abandonner, . pour courir chacun daus sa province y recruter des soldats. Pétro Mavromichalis iraitàCalamata,Colocotroni,Cliaralanibis, I les Délijannis et autres devaient se rendre dans leurpropre pays, pour y réunir leurs adhérents, et marcher ensuite, lorsqu'ils se sentiraient assez forts, contre ceux de Cranidi, Ils s'entendirent avec Zaïmis pour partir librement et laissèrent la ville entre les mains de leurs adversaires. Cette entente en cachait une autre plus secrÈte entre Zaïmis et Londos fort dégoûtés du nouveau pouvoir exécutifqui ne s'inquiétait guère des droits des Pélopoiiésiens, ils persuadèrent à Colocotroni de leur remettre une lettre pour son fils Panos, dans laquelle il lui disait de livrer NaupHe I aux André, c'est-à-dire André Londos et André Zaïmis, à condition qu'il serait nommé commandant de place avec une garnison de Péloponésiens. Après cela, le pouvoir exécutif de Tripolis fut dissous, I et les armées occupèrent la ville au nom I du pouvoir exécutif de Cranidi.

André Métaxas se trouvait alors à Nau- [ plie, avec Panos Colocotroni. Son père

aaa LA GUERRE DE l'iN DÉPENDANCE

Colocotroiii, Pétro Mavromiclialis et Charalambis me proposèrent de les suivre ; j mais toujours ferme dans ma résolution | de rester étranger à cette déplorable division nationale, je refusai, et, pour plus de 1 sécurité, je demandai à Zaïmis la permis- 1 sion de me retirer aux Moulins de Lerne.

Là Coundouriotis, Botasis et Coîetti, avec I qui j'avais eu auparavant des relations ^ d'amilié et qui connaissaient ma façon de j penser, me reçurent à leur bord. Sur le | même vaisseau était l'amiral Miaoulis, qui dirigeait les opérations du siège, et ] qui eut pour moi les plus grands éga j'étais presque toujours présent, quoique j bienà contre cœur, aux conseils qui si naient dans le vaisseau contre Panos 1 et André Métaxas, qui étaient enfermés J dans Nauplie. Ma position était donc extrêmement délicate. Je demandai à Coun-i douriotis une lettre de recommandation I pour son frère Lazare il Hydra ; si je n'y J trouvais pas de sécurité, il me serait alors | facile de passer dans une des îles de l'Archipel. Coundouriotis connaissant à fond-'J mes sentiments, me proposa d'abord de ' rester auprès du gouvernement. Je refusai J

mais je promis de revenir après la prise de Nauplie. Il me remit alors une lettre pour son frère, qui me fit àHydra le plus aimable accueil.

Pendant que Nauplie était assiégée.

Colocotroni et Plapoutas avec d'autres capitaines, s'étant mis en campagne, vinrent dans la plaine d'Argos, et engagèrent diverses escarmouches hors des murs de cette ville et de ceux de Naupiie ; mais le nouveau gouvernement fît échouer leurs desseins. Zaimis et Londos étant venus à Nauplie, présentèrent la lettre de Colocotroni à son fils Panos, pour qu'il leur livrât cette ville, mais le pouvoir exécutif ne consentit pas que la citadelle leur fût livrée, et qu'il y fut placé une garnison de Péloponésiens; il voulut que le gouvernement y nommât un commandant de place et y mît une garnison de son choix. Un débat fut engagé, Zaïmis, pour ôter tout prélexte de soupçon contre lui, consentit à ce que la cession fut faîte au gouvernement et, il fut permisàPanos Colocotroni desortir de la citadelle, etdese retirer, sans être inquiété, auprès de son père. André Métasas, mécontantdeceque Colocotroni

n'avait pas fait mention de lui dans sa lettre à son fils Panos, se retira à Léonidi, où il vécut plusieurs mois en simple particulier loin des affaires publiques. Cependant la citadelle fut évacuée, le gouvernement entra dans Nauplie le 12 juin et Zaïmis et Londos se retirèrent dans leurs provinces le premier à Calavryta et le second à Vostitsa.

Coundouriotis, après son arrivée à Nauplie, écrivit à son frère Lazare da m'engagera y venir; ne pouvant m'y refuser, je quittai immédiatement Hydra.

Cependant Colocotroni, les Délijannis et les capitaines de leur parti, d'accord avec Zaïmis et Londos, après la prise de Tripolisetde Nauplie par leurs adversaires recrutèrent des troupes, et se mirent en marche pour assiéger Tripolis. Le gouvernement de Nauplie, de son côté, ayant réuni des forces considérables sous le commandement des capitaines Hatji- Christos et Vasso-Dyovouniotis, résolut de les envoyer contre Colocotroni. Coundouriotis et Botasis m'invitèrentà prendre landement de ce corps, mais conformément à mon principe de ne pas par-

ticiper à ]a guerre civile, je ne voulus point accepter. Les capitaines Vasso et Hatji-Christos, s'approchèrent alors de Tripolis, et battirent àTricorpha les troupes de Colocotroni, dans une bataille où.

Panos Colocotroni lui-même fut tué. Le camp fut détruit et le vieux Colocotroni s'enfuit accablé de douleur.

Le gouvernement ordonna aux troupes de Tripolis de poursuivre Colocotroni.

Beaucoup de ses amis, hommes sages et prudents, lui conseillèrent de quitter le Péloponèse pour empêcher le pillage des provinces, dans lesquelles, on le poursuivrait. Pour mettre fin â la guerre civile Colocotroni se décida alors à venir à Nauplie, et à se présenter au gouvernement avec les capitaines de son parti. Le pouvoir exécutif, condamna Colocotroni et ses partisans les capitaines Anagnostis et Canellos Délijanni, Théodore Grivas, Notaras et quelques autres, à se retirer à Hydra, et à y rester jusqu'à nouveaux ordres. C'est ainsi que Colocotroni, le capitaine tout puissant du Péloponèse demeura en exil, à Hydra.

Dans le mois de juin de cette même

l GUliHRE DE l'indépendance

année 1824, l'ile de Psara, fut saccagée par les Turcs ; ils tuèrent et firent esclaves plus de dix mille chrétiens. La prise de cette île causa un grand désespoir ; une grande partie de la marine hellénique, qui faisait tant de mal à l'enneini, fut détruite dans le combat qui livra cette île aux Ottomans.

Cependant le gouvernement, informé que Méhémet-Ali préparait une expédition contre le Péloponèse, et qu'un corps de l'armée turque devait débarquer en Elide, forma dans cette province un camp de 3.000 hommes, où se trouvaient les Souliotes de Notis et de Costas Botsaris, les Tripoîitains de Varvoglis, les Cayrtinais de Plapoutas et les Eléens de Georges Sissinis, Le Pouvoir Exécutif était embarrassé surle choix du commandant général de ce corps, ne voulant pas froisser l'amour propre des Péloponésiens, en donnant le commandement à Notis Botsaris, ni celui des Souliotes, en le donnant à un Péloponésien ; il se bornait à ordonner aux capitaines de s'entendre dans leurs mouvements contre l'ennemi. Le gouvernement désirait néanmoins avoir un homme de

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