CHAPITRE TREIZIÈME
Assemblée Nationale deTrézène. — Election de Jean Capodistrias comme Président dent de la Grèce. — Commission Gouvernementale provisoire. — Nomination de Cochrane comme amiral et de Church comme généralissime. — Capitulation de l'Acropole d'Athènes. — Troubles civils et combats à Nauplie. — Mes rapports avec Church. — Son transfert à Nauplie. — Tentative pour rétablir l'ordre à Nauplie.
i — Ma mission à Poros auprès d'Heideck.
— La Porte rejette les propositions des Puissances alliées.
Au commencement de cette année l'état de la Grèce était presque désespéré. Ibrahim, ayant son quartier-général àTripolis, parcourait le Péloponèse, dont il pillait toutes les provinces, excepté l'Argolide et la Corinthie ; Kioutahi, avec une arméç
nombreuse, assiégeait Athènes, et Commission Administrative n'avait plus i aucune autorité, de sorte que tout le | monde espérait que l'Assemblée de Tré-.
zène réparerait les maux du pays.
Cette Assemblée avait beaucoup de J questions à traiter, mais je parlerai seulement des principales. D'abord, elle i vota une nouvelle Constitution. Sentant | le besoin de mettre à la tête du Gouvernement un homme capable de le diriger, elle élut comme te! Jean Capodis- | trias; puis, ne voulant pas fournir aux j Anglais une occasion d'exercer leur jalousie, eile nomma Churcb général-en- I chef de la Grèce, et Cochrane amiral. Elle | forma une commission de trois membres, composée de Georges Mavromichalis, de 1 Jean Nakos et de Milaitis, ayant pour mission de gouverner le pays jusqu'à l'arrivée du Président. Au commencement de mai, l'Assemblée ayant terminé ses travaux, le 1 général-en-chef, prit le commandement 1 des armées, et l'amiral celui de la flotte ] hellénique.
Kioutahi, qui campait à Athènes, assiégeait étroitement l'AcropoIç. Caraïscakis
s'avançait contre lui, à la tête d'une armée nombreuse, composée de Péloponésiens et de Stéréohellad:tes (soldats de la Grèce ferme ou continentale), et s'était déjà emparé du Pirée, lorsque par malheur le 34 avril, il mourut, blessé mortellement dans une escarmouche entre le Pirée et Athènes, Après la mort de Caraïscakis, un grand découragement s'empara de tout le camp hellénique ; et avec raison, car c'était le plus brave et le plus expérimenté des capitaines qui se trouvaient dans ce camp. Les conséquences de cette mort fnrent terribles. D'après le plan de Caraïscakis, une nombreuse armée devait débarquer la nuit à Plialère et attaquer les Turcs en flanc en même temps que les Hellènes ■postés en face et à l'Acropole. Mais il manquait l'homme quidevaitexécuter ceplan.
Les armées débarquèrent, en effet à Phalère, mais le matin, et non la nuit ; en outre, mal postées par les ordres du général en chef Cochrane,desifunestemémoire pour la Grèce, elles furent décimées par les Turcs. Dans cettebataillepéiirent beaucoup de capitaines parmi lesquels les plus I braves, J. Notaras, G. Dracos, L. Véikos,
ana la guerre de l indépendance
G. Tsavellas, Th. Dousas et Ch. Inglésis ; et, si une frégate hellénique n'eût sauvé ceux qui s'étaient réfugiés sur la plage, le désastre eut été plus grand encore.
Après une telle défaite, il ne fut plus guère possible de mainteuiruncamp hellénique à Athènes. Le désespoir et une véritable panique s'étaient emparés de tout le monde ; les soldats désertaient, et allaient chercherasile dans la presqu'île hellénique.
Sur la fin de mai, après beaucoup de négociations, par la médiation de l'amiral français de Rigny, l'Acropole capitula, de sorte que toute la Grèce du Continent jusqu'à l'Isthme fut entre les mains des Turcs.
La plus grande partie du Péloponèse était au pouvoir d'Ibrahim, qui n'était plus tenu en échec que par le brave et infatigable Colocotroni, qui combattait l'ennemi avec un patriotisme incomparable, et formait çà et là des camps militaires. Nous ne pouvons nous empêcher de louer la constance des Péloponésiens, qui, lorsque la ruine de la patrie semblait certaine, ne se soumirent jamais aux Turcs. Leurs familles préféraient errer de pays en pays, tomber dans l'esclavage, être dépouillées de tout,
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lanquer même du pain quotidien et être massacrées plutôt que de se soumettre à leurs sanguinaires ennemis.
Vers le milieu de juin, la Commission Gouvernementale provisoire passa de Poros à Nauplie, où avaient lieu chaque jour des escarmouches entre Th. Grivas,Photomaras et J. Stratos. Les deux forteresses se canonnaient mutuellement, etcanonnaient la vîlte ; des violences et des meurtres étaient commis, des citoyens étaient enfermés dans les forteresses, et relâchés, après avoir été maltraités, La Commission Gouvernementale provisoire se trouvant incapable de ramener l'ordre, fut obligée de se retirer dans le Château de la Mër {Thalassopyrgos),et les familles qui avaient échappé au fer des Turcs, se réfugièrent aux Moulins de Lerne. Nauplie demeura déserte. Colocotroni conservait un camp h Vervéna vers Tripolis; mais dans toute la Grèce continentale il n'existait plus un seul camp, et les capitaines qui restaient encore dans les provinces, s'étaient retirés dans les montagnes. Le généra! en chef Church se trouvait à Egine, où il reçut les officiers de la garnison d'Athènes, et Co-
chrane était à Poros à bord de la frégate hellénique. Tel était î'état des choses en Grèce après la capitulation d'Athènes.
Je me trouvais alors à Nauplie, où, affligé de voir la Grèce dans un état si lamentable, persuadé par mes amis, je profitai du départ de Vlachopoulos, pour me rendre àEgine,etentreren relations avec le général-en-chef Church ; je lui exposai la terrible situation de la Commission Gouvernementale et les affreuses misères des habitants de Nauplie. Church, quoique noble et généreux, ne pouvait cependant, sans moyens, dirigerune armée. Il me proposa alors de rester auprès de lui comme aide-de-camp général et président de son état-major, dont étaient membres Costas Botsaris, Costas Vlachopoulos, Rodios et Chrysospathis; c'est d'après leur conseil qu'il me fit cette invitation; voyant la confiance qu'il avait en moi, j'acceptai, espérant l'amener à former un camp militaire dans la Grèce du Continent. Alors le général-en-chef m'apprit que, d'accord avec les primats de Psara, il devait armer lo vaisseaux, y embarquer de nombreux soldats, les débarquer sur les côtes de Voie,
DE LA GSËCE
f pour obliger les Turcs à une diversion, et [ empêcher les Albanais d'entrer dans le Péloponèse. Je louai ce projet, pensant que le général-en-chef avait des vivres, des munitions, de l'argent et tous les moyens nécessaires pour la réussite de l'expédi- I tion.
Avec cette petite flotte, sur îa fin de mai,
nous partîmes d'Egine pour Salamine, et
i nous mouillâmes à Ambélaki vis-à-vis les
f côtes d'Athènes, où devaient se trouver
Criézotis, Vassos et d'autres capitaines.
I Nous les y trouvâmes, en effet, avec plus
I de 2.000 hommes. Le général-en-chef était
I ti bord du vaisseau de Jean Alexandris, et
I moi decelui de Jeannitsis. Le lendemain
e notre arrivée, l'étaf-major, fut convo-
I que par le général-en-chef, qui, la carte à
C la main, nous soumit son plan, ou pour
X dire, nous montra le pays que nous
[ devions parcourir depuis Oropos jusqu'à
L Volo. Le plan étant unanimement approu-
F véjje demandai au général-en-chef si dans
I le vaisseau se trouvaient les munitions et
I les vivres pour plus de 2.000 hommes. II
î répondit que jusqu'alors on n'avait
I f>ris aucun soin pour cela, et il ordonna
LA GUERRE CE L'IKDiPENDANCB
immédiatement à Chrysospathis de se rendre sur un vaisseau à Poros pour y prendre des provisions.
A Poros résidaient le colonel Heideck et le comte Porro, qui représentaient les camitésphilhelléniquesdel'Europe, et entre les mains de qui se trouvaient toutes les contributions pécuniaires et tous les vivres envoyés. Chrysospathis revint sans avoir rien obtenu d'Heideck qui, haïssant Church, ne voulut donner aucun secours.
Ayant appris cela, Criézotis et Vassos se présentèrent à Church, et lui conseillèrent de faire une expédition aux iles de Syra, Tinos et Andros, pour se procurer des munitions. Le général convoqua de nouveau en conseil son état-major, et lui communiqua les propositions de ses capitaines. Je fus contraint de lui faire observer alors, qu'il ne devait pas songer à embarquer une armée sans vivres et à se présenter avec elle devant Syra. Cette île était une place de commerce, riche, contenant toutes les provisions destinées au reste de la Grèce , et siège des consulats des puissances étrangères ; quelle certitude avait-il que les soldats, arrivé» devant
■cette ville, ne se révolteraient pas, et ne B'âemand étaient pas à descendre â terre ■ pour la piller? Ne pouvaient-ils pas agir I de même pour les faibles îles d'Andros et I de Tinos ? Quel plus grand malheur pour I la Grèce, si Syra, qui était l'espoir et le I refuge des partis révoltés, venait à être pillée? N'approuvant donc pas l'avis des capitaines, que je croyais contraires aux intérêts de la patrie, je proposai que l'armée ne bougeât pas d'Ambélaki avant d'être approvisionnée des choses nécessaires, et je demandai que Chrysospath is, dont la mission à Poros, avait échoué, lut envoyé à Syra, pour prier les négociants l de procurer à l'armée des vivres et des rmunitions. Le général comprit la justesse I de mes observations et m'avoua qu'il auf gurait mal de la mission de Chrysospathis I il Syra.
Nous nous trouvions dans un très-grand l'embarras, sans argent, et accablés parles dépenses de dix vaisseaux, au milieu de I deux raille soldats, mécontents de ce [ qu'on avait différé l'expédition. Une nuit, [ appelé par les signaux du vaisseau du , Général en chef, je me rendis à son bord.
Il me communiqua alors une lettre c CommissionGouvernemen taie provisoire par laquelle il était invité, avec tous 1^ capitaines sous ses ordres, à passer imm diatement à Nauplie, pour réprimer Gri vas qui du Palamidi non seulement canoi la ville au-dessous de la citadelle, encore le Château de la Mer, où s'étaiâ réfugiée la Commission . De plus, il pillaifl les villages voisins de l'Argolide et i Cranidi, et menaçait les familles qaï avaient trouvé un refuge aux Moulins c Lerne. La présence du Général en ch^ était donc absolument nécessaire pour In rétablissement de l'ordre. Le Général e chef vonlut connaître mon opinion sur o qu'il y avait à faire. Je lui dis qu'il devai^ être heureux de pouvoir sortir honorableî ment de l'embarras où il se trouvait, et j4| l'engageai à répondre au Gouvernemenl qu'il sedisposaitàpartir avec des vaisseau:
et des troupes pour porter secours à ] Grèce continentale, et qu'il n'attendaîw pourse mettre en campagne, quelesproviq sionsetles munitions nécessaires, :
caus.i des circonstances critiques où l3 Gouvernement se trouvait, il était coa*9
DE I^ GRÎCB^
:traint d'obéir à l'appel qu'il recevait, et de partir pour Naiiplîe. Church approuvant mon avis, écrivit au Gouvernement, et le lendemain, dansson ordredu jour, il commanda à l'armée d'Ambélaki de se rendre parterre à Kenchrée.
Criézotis et Vassos, n'obéirent point, et il ne partit pour Kenchrée qu'environ un millier d'hommes sous la conduite de différents capitaines. Les vaisseaux durent ailer mouiller à Egine, et y attendre de nouveaux ordres, hormis celui de Hatji- Alexandri, à bord duquel était le Général en chef ; celui de Jeanuitsi, à bord duquel je me trouvais; et un troisième, qui portait les autres membres de l'Etat-MaJor. Vers le milieu de juillet, nous arrivâmes à Kenchrée. Le Général en chef, avec son Etat- Major et environ 1.300 soldats, se mit en route pour Nauplie, où, nous campâmes au Monastère, en face du Palamidî. Le général en chef alla ensuite au Château DE LA Mer, pour s'informer de ce qui se passait.
La présence du Général en chef suffit pour réprimer les désordres de Grivas, qui, étant venu lui faire visite, fut accueilli
S9<* ^' '^CEBSE DE L'liOEPEXDISCE
bnuquemeiu et me des pacoles sérères.
Le Général hii dh qu'il arait Tinieatioa de passer nae rerae gêoérale de Is ^mocHii do Palamidi sons ses ordres, de celle de] l'AcaosALPtiE (H3ate-Naii|di«) sons ceux de Pbotomaras, et de la Garde cirile de cette ville sous les ordres de S. GrÎTas gouremement devait remettre joaraellement aux diverses garnisons les rations vivres nécessaires, poar mettre an tennej aux troubles et aux dissensions. Grirasi accepta cette résolnlion, et le jour je reçus Tordre de passer la revue des garnisons et de la Garde civile. Cependant je fis observer au Général en chef qu'il serait préférable d'accepter comme \t3Î ]e^ nombre de soldats que lui soumettraieitf les commandants de place eux-mêmes, parce que Grivas dans le Palamidi ne comptait que 500 soldats, Photomaras n'en avait que 200, et la Garde civique n'était composée que de 100, en tout six cents soldats réels, et, dans ta re^-ue, îl s'en trouverait plus de mille. Church néanmoins me répondit que, puisqu'il en avait été ainsi décidé, il fallait exécuter sa décision.
Cependant Griyas pendant la nuit ras^ iembla, tout les hommes qu'il put, les arma, et me les présenta le lendemain à la revue; j'en comptai plus de cinq cents, .outre ceux qu'il avait laissés, disait-il, comme garde au Palamidi. Photomaras et le commandant de la Garde civique S. Grivas ne se montrèrent pas plus modestes, de sorte qu'au lieu de six cents soldats, j'en trouvai et en comptai plus ,de i.^oo. — En souriant, je fis connaître
, au Général en chef le résultatde ma revue, La nuit même après la revue, beaucoup de soldats de Grivas sortirent du Palamidi, furent transférés dans les environs de Cranidi, et enlevèrent environ 50 bœuf^ Le général en chef envoya contre eux postas Botsaris et Costas Vlachopoiilos, iqui réussirent à sauver les bœufs des mal-
f ^heureux citoyens. Grivas en rejeta la faute sur ses soldats, qui avaient commis ce vol à son insu, disait-il. Après beaucoup de .discussions, la question des vivres fut résolue, et la quantité que le gouvernement devait assigner à chaque commandant fut déterminée. La présence du général en chef contribua également à aplanir toutes les
ai}3 tA. GUERRE DE l'iNDÉPENDANCE
autres difficultés, à rétablir l'ordre en apparence. Church devait revenir à Kenchrée avec tous les soldats qui voudraient le suivre, afin de prendre les mesures nécessaires pour la défense de la Grèce continentale ; et pour délivrer le voisinage de Nauplie et de l'Argolide des soldats vagabonds, qui y commettaient toute sorte de désordres, il fut aussi question de l'établissement d'un camp militaire, mais ce projet fut abandonné, parce que le Gouvernement manquait de vivres et de munitions. La Commission Gouvernementale provisoire et le Général en chef me firent ensuite appeler et me chargèrent de me rendre à Poros, de voir Heïdeck, et de faire tous mes efforts pour en obtenir des vivres.
Quoique Je ne connusse pas Heïdeck ai aucun membre de la commission, je me rendis aux prières du Général en chef, et,muni de tous les documents nécessaires, je partis immédiatement.
Avant de me présenter h Heïdeck, je voulus avoir des renseignements sur son caractère. Je ne veux point parler de sa conduite et de la façon dont il dilapida lei secours de l'Europe, je me .borne seule-
DE LA GHÈCE
ment à dire que cet homme, esclave .d'une .sotte vanité, devint la victime des flatteurs i l'entouraient. Je crus donc nécessaire de feindre pour le succès de ma mission.
Je ne pouvais pas prévoir alors que quelque temps après Heïdeck devait venir en Grèce comme membre de la Régence.
Je me présentai, à lui et je lui rerais les lettres que j'apportais, mais, dès qu'il les eût lues, il entra en fureur contre la Commission Gouvernementale provisoire; contre les Grecs qu'il appelait tous des voleurs ;
I contre Church lui même, qu'il qualifia de maladroit. Je ne répondis point à toutes 3s, je le priai seulement de me remettre une réponse quelconque aux
k lettres, afin que je pusse partir. En sortant s sa maison, je me dirigeai vers un café,
I où se réunissaient les flatteurs qui l'entouraient. Là, je dis publiquement que j'étais heureux d'avoir eu l'honneur de connaître Heideck, homme nourrissant des sentiments d'un vrai philhellène, et ayant des connaissances militaires et politiques peu communes. J'ajoutai que dès mon retour au camp, je m'empresserais de vanter aux
. capitaines le talent d'un tel personnage, 18'
afin qu'il fut substitué à Church pour le bonheur de la Grèce. Sans nul doute, ses flatteurs lui rapportèrent fidèlement mes discours, et me représentèrent à lui comme un des hommes les plus marquants du pays, car lejoursuivant,Heïdeck me reçut courtoisement, et me dit qu'il désirait connaître mon appréciation de l'état des choses. Je lui racontai alors les événements de Nauplie, je lui parlai de Church d'une manière peu bienveillante, et je lui représentai vivement le besoin absolu de vivres sans lesquels les soldats se disperseraient dans les provinces. J'ajoutai que les espérances de tous étaient tournées vers lui, et fis si bien que celui qui auparavant était furieux contre la Grèce, crut trouver en moi un chaleureux partisan, et consentit, non-seulement à m'accorder plus de vivres que je ne lui en demandais, mais encore, me remit une forte somme d'argent pour payer les capitaines.
Church persuadé de la réussite de ma mission, avait ordonné à un des vaisseaux mouillés à Kenchrée, de venir à Poros avec Chrysospathis. ."Vluni des ordres nécessaires d'Heïdeck pour les gardes-maga-
DH LA GRÈCE
sins, j'en informai Chrysospathis, qui prit une suffisante quantité de blé et de vivres, tandis que je recevais du comte Porro i.ooo colonnats. Ma mission terminée, je voulus m'expliquer avec Heïdeck, etlui faire sentir pourquoi j'avais supporté en paix les terribles paroles qu'il avait prononcées contre la Grèce et les Hellènes dans notre premier entretien.
■Reprenant alors mon air accoutumé, je me présentai à lui pour signer les récépissés des vivres et de l'argent que j'avais reçus. Je lui dis, que ses informations sur les Hellènes étaient fausses; quel'arméede la Grèce était digne d'éloge, car ses soldats demi nus, sans pain et sans chaussures, avaient combattu contre un ennemi puissant. J'ajoutai que les actions des Hellènes avaient excité l'enthousiasme des Européens, au point que, pour la réussite de notre cause nationale, ils s'étaient empressés de former des comités de secours, mais que leurs offrandes généreuses n'étaient malheureusement pas distribuées à temps aux armées, et n'étaient même pas dépensées pour elles. Sur la figure courroucée d'Héïdeck, je vis qu'il se repentait de
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m'avoir donné des vivres ; mais heureusement les munitions étaient déjà sous bonne garde.
Après cela je partis pour Kenchrée, où je trouvai Church avec son état-major et tous les capitaines. Ils me reçurent avec force acclamations, et la joie se répandit au milieu de ces deux mille hommes. Je remis l'argent au général-en-chef, et les vivres, distribués avec ordre, ranimèrent les soldats. Cochrane vint alors à Ken-:
chrée, sur la frégate nationale la Grèce et Hasting sur le bateau à vapeur la Persévérance. On tint un conseil de guerre, et il fut décidé que les vaisseaux Iraient dans le golfe de Corinthe, et que Church avec toutes ses troupes se rendrait dans la Grèce continentale, et y attaquerait les corps Turcs, qui s'y trouvaient disséminés. Church me communiqua ce projet, mais je tombai malade et ne pus le suivre;, je passai à Egine où je demeurai, au milieu des douleurs que me causait la maladie organique, dont je souffris toute ma vie.
Après les événements de Nauplie et le départ de Church, Grivas recommença ses déprédations, de sorte que la Commis-
Gouvernementale provisoire fut gée de se retirer à Egine, où devaient se réunir les primats de la Grèce, et d'y attendre l'arrivée du Président. Mais tout le monde était dans un tel désespoir, qu'on croyait que le Président à son arrivée ne trouverait plus de Grèce. Ibrahim, avec sa flotte de Néocastron se préparait à débarquer des troupes dans les îles d'Hydra et de Spetsia, et les habitants de ces îles étaient prêts, dès qu'ils seraient prévenus de son approche, à monter avec leurs familles à bord de leurs vaissaaux, et à partir.
Les choses en étaient là, lorsque le 8 octobre eut lieu la bataille navale de Néocastron (Navarin), et la destruction de la flotte Turco- Égyptienne, par les trois fiottes alliées de France, d'Angleterre et de Russie. Cette nouvelle répandît la joie dans tous les cœurs ranima chez les Hellènes, l'espérance que leur patrie serait bientôt indépendante. Des négociations avaient été déjà ouvertes sur cette question ; mais la Porte avait rejeté les propositions des puissances alliées surla pacificade la Grèce, et la reconnaissance de
3^8 LA CUEItItE DE l'iXDEPENDAKCE
certains privilèges selon le traité du 2^ juin 1827, proposé par Hamiltoa en 1S3} à là Commission de trois membres, dont, je faisais partie. Devant l'opiniâtre résistance de la Porte, les ambassadeurs des trois puissances furent obligés, vers la fin de novembre, de quitter Constantinople.
Pendant ce temps Colocotroni à la tète d'une nombreuse armée assiégeait étroitement Tripolis, tandis que le général en chef réussissait â former un camp 1 Acarnanie. Ces événements terminèrent l'année 1827.