‹ Souvenirs de la guerre de l'indépendance de la GrèceChapitre 23 sur 33 · LA GUERRE DE I · texte numérisé non relu

LA GUERRE DE I

adresserait, au Gouverneur une requête, dans laquelle on le prierait de vouloir bien, par ses sages et prudents avis, guider l'Assemblée dans ses travaux, car les populations le regardaient comme le père delà nation. Ce document fut signé par les deux tiers des membres de l'Assemblée, et, chose étrange, quelques députés qui paraissaient d'accord avec les membres de l'opposition, se plaignirent de n'avoir pas été convoqués à cette réunion partielle, demandèrent le document et le signèrent.

Une commission spéciale remit cette adresse à Capodistrias dès son arrivée à Argos,

Sous de tels auspices il était impossible que l'Assemblée ne fut pas d'accord avec l'esprit de cet homme vertueux. Le 1 1 juillet elle commença ses travaux (i), et pour la première fois les Hellènes entendirent le chef de leur gouvernement faire l'exposé détaillé de ses actes, énumérer les dépenses faites, de l'état des forces mililaires de terre et de mer, et en un mot tout ce qui regardait son gouvernement

{I) Lel5, trad ital. p 158

De LA GRÈCE

intérieur et extérieur. L'Assemblée reçut cet esposéavec les plus vives acclamations, et approuva en toutes choses les actes du Gouverneur, en lui exprimant la reconnaissance de la nation. Après ces opérarations préliminaires, l'Assemblée procéda à ses travaux sous la présideuce de Georges Sissinis, et publia treizedécrets. — Par le premier décret, elle donna pouvoir au Gouverneur, dans certaines limites, de négocier avec les puissances alliées pour ce qui concernait le traité du 24 juin, approuvant sa conduite quant à ce qui regardait les relations étrangères, — Par le deuxième, elle remplaça le Panhellenium par un Sénat de 27 membres. Sur une liste de 63 candidats, le Gouverneur devait en choisir 21, et 6 directement en debors de cette liste. En déterminant les devoirs et les travaux du nouveau Corps, elle posa les bases sur lesquelles le gouvernement devait opérer avec le Sénat, pour la révision des lois constitutionnelles des assemblées nationales d'Epidaure, d'Astros et de Trézène et la préparation des lois fondamentales et des codes du royaume. — Par le troisième, l'Assemblée approuvant le

LA GUERRE DE l'iNDÉPENUAXCE

système économique du Gouverneur et son projet de loi sur la Banque, assura l'avenir de cette institution, en hypothéquant les biens nationaux ; elle donna, en outre, au gouvernement pleins pouvoirs pour négocier un emprunt de soixante millions de francs, garantis par les puissances alliées ; elle ordonna la révision et la modification des règlements sur les routes de l'F.tat et sur la perception des . impôts ; elle ordonna encore l'inventaire des biens nationaux, la dotation des communautés, et la création d'un comité pour aplanir les discussions sur les propriétés controversées. — Par le quatrième décret, elle donna au gouvernement pleine autorisation de réorganiser la flotte et l'armée en les améliorant par l'application de la loi du 10 décembre 1825 sur la conscription, et elle attribua des récompenses en ■ terre nationale à tous ceux qui auraient fait leur devoir en servant la patrie dans l'armée ou dans la marine. — Par le cinquième décret, le plus important de tous, qui comprenait toute la guerre nationale, l'Assemblée régla les indemnités dues aux îles maritimes, à la garnison de Mésolon-

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ghi, aux corps militaires du siège d'Athènes, du Péloponèse et du Continent, aux civils et aux communautés de la Grèce.

Elle ordonna la formation d'un livre de la dette publique avec un intérêt annuel à déterminer par le gouvernement. Pour réussir, sur la proposition du Gouverneur, l'Assemblée décida que l'on distribuerait proportionnellement la dixième partie de l'emprunt étranger à chacun des citoyens dont les dettes seraient reconnues, et, qu'il serait mis à leur disposition deux cents mille arpents de terre nationale. Elle n'oublia pas non plus la marine et ordonna que, pour le service de l'Etat, on achèterait des vaisseaux appartenant aux trois îles maritimes. — Par le sixième décret, prenant en considération les dettes des communautés sous le gouvernement turc, elle ordonna qu'elles fussent vérifiées et inscrites sur le livre de la dette publique, afin que le payement des intérêts et du capital fussent faits peu k peu par le gouvernement. — Par le septième, elle établit la monnaie nationale. — Le huitième décret contenait, entr'autres, les dispositions concernant la construction d'une

église sous le vocable du Sauveur, l'envoi d'ambassadeurs, auprès des rois des Cours alliées, en signe de la reconnaissance nationale, et l'institution d'un ordre de chevalerie sous l'invocation divine du Sauveur. — Le neuvième fixait la dotation annuelle du Gouverneur à cent quatre-^ vingt mille PHÈMx,mais celui-ci dans son désintéressement patriotique, refusa, quoi-' qu'il eût déjà refusé la pension que luifaisait la Russie, et consacré sa fortune particulière à la nation. — Par le dixième décret, elle défendait l'exportation des antiquités. — Dans le onzième elle s'occupait de l'arrangement des édifices sacrés et philanthropiques, del'amélioration des conditions du clergé, de la dotation dç; l'orphelinat, et de l'établissement d'écolesj et de typographies, — Le douzième dé-»* cret détermina la manière dont devaientl être jugées les causes pénales des Hellène*!

pendant la révolution. — D'après le treizième, les mêmes députés de la présente^ Assemblée devaient se réunir de nouveau] lorsque le gouvernement aurait terminé] ses travaux sur la !oi fondamentale, oui lorsque le besoin le réclamerait.

I Tels furent les actes de l'Assemblée

J' Argos, qui termina ses travaux le lo Août.

Nous devons avouer qu'il est impossible,

ftde ne pas rendre justice à Lapodistrias,

fdont les idées et les opinions étaient le

trésultat de ses sentiments patriotiques.

I far son talent et ses lumières, il inspira à

'l'Assemblée des actes qui contribuèrent,

alors, aux progrès de la nation, et ne lui

furent pas moins utiles et salutaires dans

l'armée.

En reprenant îe gouvernement du pays, Capodistrias nomma les Sénateurs et passa pour quelques temps à Nauplie, où je me trouvais malade. Mandé par lui, je me rendis à son invitation, et il me proposa d'accepter le commissariat extraordinaire de la Grèce orientale, c'est-à-dire des provinces de Malandrino, Lidoriki, Patratsikî (Hypathe), Zitouni (Lamia), Salone (Amphisse) , Mantinitsa, Atalante, Livadie, Thèbes, la Mégaride et Salamine. Je lui exposai l'état de ma santé, et lui répondis qu'en raison de la maladie dont j'étais affecté, je ne pouvais pas tenir à un tel :e. 11 me demanda quel était mon , je lui dis que c'était le français

[QEPBNDANCE

Bally. Soupçonnant que c'était i

raison que

celle de ma

laladie.

qui I

bligeait de refuser, il fit venir Bally pour l'interroger. Celui-ci lui apprit que je souffrais véritablement d'un mal organique mais que cela ne m'empêchait nullement dem'occuper ni de monter à cheval. Quand j'appris la réponse de Bally, je fus fâché de ne pas avoir eu le temps de le prévenir.

Le Gouverneur me lit appeler de nouveau et je ne pus refuser la charge qui m'était offerte.

De Nauplie, Capodistrias passa à Egine oii il devait demeurer, jusqu'à ce que des appartements convenables fussent préparés dans cette ville, choisie pour être le siège du gouvernement. Ma santé s'étant améliorée, j'allai moi aussi à Egine, où fut publié le décret de ma nomination ; je trouvai là beaucoup de primats de la Grèce orientale. L'état de ces provinces était triste. Les villes étaient en ruines, les habitants dispersés sur les montagnes et les armées d'Hypsilanti désorganisées erraient çà et là sans discipline ; tout cela me présageait de grandes difficultés et des fatigues inouïes. Je soumis là-dessus mes

observations au Gouverneur. Il me répondît qu'il me donnait toute autorité pour organiser ces provinces. Ayant donc réfléchi à ce que j'avais à faire, je fis venir ^es primats, pour leur apprendre ma résointion, et je leur dis que je n'acceptais ma mission dans la Grèce orientale qu'à condition qu'ils retourneraient dans leurs habitations, et qu'ils m'aideraient dans mes difflciles fonctions. Ils me répondirent qu'ils n'y voyaient aucune difficulté, si le gouvernement leur accordait quelques subventions, car leurs maisons étaient détruites, et tous étaient dans la misère. — J'en référai ces choses au Gouverneur, lui disant qu'il devait faire voter pour eux par les Démogéronties de ces contrées une allocation sans laquelle il serait impossible de faire revenir les primats dans leurs provinces, et de leur faire accepter aucune fonction. Capodistrias comprenant la justesse de mes observations, me donna la faculté de nommer directement et sans élection, pour la facilité du service, les Démogéroutes provinciaux et particuliers.

Il me dît en même temps de lui soumettre chaque mois un bilan des dépenses néces-

LA OUERKE DE L'itlDiPENDANCE

sairespour le payement des employés, 1 recommandant toujours, la plu:

économie.

Je dressai alors un plan d'organisatid administrative, que je devais applîqttj dans la Grèce orientale, et le bilan de n frais de bureau, et de ceux occasion»

pour le payement des Démogérontes ( des pouvoirs exécutifs de chaque provinci cette somme s'élevait à douze cents soloiq^ nats par mois. Capodistrias extrémemean satisfait, m'accorda avec des instructions écrites de pleins pouvoirs, mettant à ma disposition trois vaisseaux nationaux, dont UD mouilla dans le golfe de Corintbe, un autre dans le golfe Lam'aque, et le troisième dans le Saîonique. Ensuite je quittai Egine, et je partis au commencement de septembre pour Salamîne, afin de commencer de ce côté la réorganisation, et d'engager les habitants à retourner aussi dans leurs villages. Là je trouvai comme administrateur Anargyros Pétrakis, qui avait pour secrétaires Démétrius et Michel Calliphronas, citoyens honnêtes et intelligents que je gardai comme mes employés ' et envoyai plus tard pour me représenter,

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dans les provinces de Maiandrinos et de Mégare.

ASalamine je choisis la Démogérontie provinciale ou Conseil municipal central, je fis de même pour la Mégaride; puis, je distribuai les divers services à chacun des Démogérontes, et chargeai le plus capable et le plus digne des fonctions de juge de paix. Je nommai en même temps mon représentant, qui devait résider dans ces provinces, afin de guider les Démogérontes dans l'exercice de leurs devoirs, et correspondre directement avec moi, à Salone (Amphisse) ville que j'avais choisie pour résidence. Je me transportai plus tard, de Salaraine dans cette dernière ville, et ne voulant pas faire usage des pleins pouvoirs que m'avait concédés le gouvernement, d'élire Hbrementles Démogérontes, je décidai que les habitants de chaque village éliraient leur Démogérontie et que les Démogérontes élus se réuniraient par mon ordre au chef-lieu de chaque province pour l'élection des Démogérontes provinciaux. J'exécutai d'abord ce plan dans la province de Salone, où les électionssefirent à la satisfaction des habitants;

I^O LA GITEIKE DE t^ttmkFtSDAyCE

c'est an milieu de l'ordre le pius par£ que fut installée l'auiorité locale. De là j passai dans les autres éparcbies (prc vinces), et j'y iastallaî les autorités localet de sorte que, dans l'espace de trois mois^^ totitelaGrèceorientale se trouva organisée J administrative ment, et chaque provincf eut ses DémogéroDties provinciales etpar< tielles, ses bureaux, ses secrétaires et si pouvoir exécutif. De retour à Salone, ]à voyais avec plaisir l'administration du pxft faire des progrès, et je facilitais le service eu conseillant et en instruisant les Démo^ gérontes provinciaux, que je traitais plui encollèguesqu'eti inférieurs. iMaismalhen^ï reusement la tranquillité relative qutt| j'avais rendue au pays, était troublée p les armées irrégulières, qui continuaient 1 leurs désordres, errant çà et là et donnant >| occasion à de continuelles plaintes. Je fus ' contraint, alors, d'en faire part au gouvernement, et de lui déclarer que ce serait en vain que j'essaierais de rétablir l'ordre et la sécurité, tant que les armées vivraient ainsi dans l'indiscipline ; mais la guerre n'était pas encore finie, et le gouverneur ne pouvait prendre aucune mesure efficace contre ces bandes de pillards.

Cependant les nouvelles de la guerre Russo-turque devenaient plus graves et le Sultan se troubla ; lui qui, hier encore intraitable, ne voulait écouter aucune proposition en faveur de la Grèce, devint souple en apprenant que les Russes s'étaient emparés d'Andrinople, et, sur la fin d'Août, il adressa aux puissances alliées une circulaire, dans laquelle il annonçait que, non seulement il acceptait le traité qu'elles avaient présenté, mais qu'en outre il promettait d'acquiescer à toute autre proposition émanant de leur initiative.

Néanmoins, malgré une déclaration semblable, il était dans les destinées de la Grèce de ne voir son indépendance assurée qu'après une dernière bataille.

Non loin de Livadie et de Thèbes, il existe, en forme de promontoire, une colline appelée Pétba. Cette colline est traversée par la grand'route, et à ses pieds se forma un lac immense, lorsque les gouffres qui recevaient les eaux se fermèrent. Ce lac s'unissait au lac Capaïs.

En Eubée et en Attique se trouvaient environ trois mille Turcs et Albanais, devant se rendre à Zitouni (Lamia) et de

là à Larissa. Aslam-Bey ayant plus de mille hommes sous ses ordres fut envoyé pour les escorter. Hypsilantis ayant appris ces projets occupa la position de Pétra s'y fortifia avec deux mille soldats, et attendit le passage des ennemis. Les Turcs, au lieu de traiter pour avoir le passage libre, prétendirent se l'ouvrir les armes à la main ; ils se précipitèrent en un seul corps sur les fortifications des Hellènes le matin du 12 septembre, mais ils furent v goureusement repoussés, et, après avoiri souffert de grandes pertes, ils durent!

battre en retraite sur leur camp. Dansl cette bataille, qui dura environ quatre 1 heures (1), Criézotis, Vassos, Spyro-Mi-, lios, et le brave maréchal Hypsilantis firent des prodiges de valeur. Le suivant, Aslam-Bey suppliant demandaj libre passage à Hypsilantis, une conven-rT tion fut signée, en vertu de laquelle euti lieu un échange de prisonniers, et lesj Turcs, tristes et affligés, défilèrent au^ milieu desHellènes triomphants et rayon- ' nants de joie. Lorsqu'ils eurent passé les |

(1) Plus de quolre heureaiTrad. ital, p. il

E LA EHÈCE

frontières, la Grèce orientale fut complè-

I tenientlibre.

La guerre de l'Indépendance terminée,

' le Gouverneur commença à prendre des mesures pour l'organisation de l'armée. Je l'avais prévenu que les capitaines sous les ordres d'Hypsilantis, réunis à Desphini,

' village deSalone, avaient juré de défendre leurs droits, même contre le gouvernement, si celui-ci les menaçait. Hypsilantis, s cette circonstance, agissant loyalement envers !e gouvernement, devait empêcher ces mouvements subversifs, ou du moins !ui en donner avis, mais il ne fît ni l'un ni l'autre. Capodistrias, pour mettre à néant ces machinations, traita adroitement cette grave question : il manda Hypsilantis à Nauplie, pour en avoir des renseignements sur l'état des troupes ; et fit

, venir en même temps l'armée et les capi-

I laines, à Salamine, pour la réorganisation et le payement de la solde, il m'invita en particulier à Poros. L'armée passa à Salaet Hypsilantis à Nauplie, ou, n'ayant pas trouvé le Gouverneur, il resta à l'attendre. Cependant Capodistrias avait n de trois membres,

Iî4 1* GDERRE OE l'iNDÉPEWDANCE

dont faisaient partie André Métaxas et Rhodios, pour la révision des comptes des soldes des troupes et leur payement. Il prépara aussi une nuvelle organisation de l'armée, et la divisa en bataillons, au lieu des chiliarchies, dont l'expérience n'avait pas été heureuse ; chaque bataillon comptait40o hommes. Il nomma commandants ou chefs de bataillon, les capitaines de seconde classe ; et lieutenants-colonels, colonels ou généraux, ceux de la première.

Il forma, en outre, un corps de soldats d'élite, payés comme en temps de guerre.

L'armée accepta cette nouvelle organisation sans se plaindre.

La commission, s'étant transportée à Salaminedans les premiers joursd'Octobre, commença ses travaux au milieu de beaucoup de difficultés et d'oppositions. Pendant ce temps je vins à Poros pour conférer avec le Gouverneur, je lui donnai les renseignements demandés, et je passai avec lui 3 Egine, et de là à Salamine pour faciliter les travaux de la commission.

Cependant celle-ci réussit à résoudre avec les capitaines la plus difficile des questions, celle de la solde ; et les arriérés

purent être payés. Capodistrias s'étant rendu à Salamine poury passer les armées en revue, concourut à l'application de la nouvelle organisation, accepléed'un commun accord par les soldats et les capitaines, quoique ces derniers vissent avec regret échapper de leurs mains leur pouvoir et leur indépendance.

Sur la fin de 1829, l'organisation mili- I taire étant terminée, les bataillons mili- 2s reçurent l'ordre d'occuper trois I positions dans la Grèce orientale. Trois l bataillons sous les ordres de Costas Chor- :a furent envoyés aux Thermopyles ; L un bataillon à Atalante ;et quatre, sous la I conduite de Jean Rhangos, dans !a Méga- \ ride. Ces bataillons ainsi postés, l'ordre 1 sécurité furent rétablis dans la Grèce f orientale.

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