‹ Souvenirs de la guerre de l'indépendance de la GrèceChapitre 24 sur 33 · CHAPITRE SEIZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEIZIEME

Brigandage dans la Grèce orientale, — Etablissement d'Ecoles. — Rapports avec les Beys de Zitouni (Lamia) à l'occasion des Frontières. — Renonciation de Léopold au tràne de Grèce. — Constitutionnels et Gouvernementaux, — Massacre des Chrétiens sous Emiu-Pacha. — Mu visite à Patratziki et à Zitouni, sou but et ses résultats. — Nomination d'Administrateurs Publics.

Tandis que l'ordre et le progrès renaissaient dans la Grèce orientale, le brigandage, ce terrible fléau qui mettait la sécurité et la vie des habitants en danger, apparut de nouveau. Jusqu'aux temps de la puissance d'Ali-Pacha, il régna cette idée étrange que, pour obtenir delà renommée et avoir une capitainerie ou devenir Derven-Agas, il fallait avoir été chef d'une

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bande de brigands, c'est-à-dire avoir pillé les paisibles habitants, retenu captifs les plus riches, et les avoir tourmentés jusqu'à ce qu'ils eussent payé la rançon exigée. Les Turcs envoyaient contr eux desJ corps de troupes sous certains chef^a appelés Derven-Agas, qui les attaquaientT ou feignaient de les poursuivre, il leur importait peu d'exécuter les 1 ordres des Pachas. Ces derniers fatigués I des méfaits commis par des bandits, en 1 venaient à traiter avec leurs chefs, qui ' faisaient leur soumission les armes à 1 main, et étaient nommés en récompense J commandants d'une province ou capi-f taines. Ces mesures irréfléchies des Turcs! ne furent pas peu utiles à la révolution!

hellénique, car lorsqu'elle éclata, beau-j coup de ces capitaines chrétiens se trou-] vèrent prêts à la soutenir avec des forces»

bien disciplinées et aguerries, qui formé- I rent plus tard l'armée de la Grèce conti- 1 nentale. Tels furent Panourias, Diovou- ■ niotis, Odyssée-Androutsos, Saphacas, I Skylodimos, Condojannis, Iscos, Macris, I Tsongas, Caraiscakis et d'autres, qui I d'abord clephtes (voleurs) ou descendants J

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|;âe clephtes se trouvèrent ensuite au ser- :e indépendant des Turcs. Quoique cette façon des Turcs de réchauffer le brigandage fiit utile à notre révolution, elle devint funeste au pays, dès que la guerre eut cessé. De nouveaux clephtes, qui étaient réellement des brigands, avaient alors paru dans la Grèce orientale, croyant que le gouvernement hellénique, au lieu de les persécuter, userait envers eux d'indulgence, et prendrait leurs chefs à son service comme avaient fait autrefois les Turcs.

Me trouvant à Salamine, j'appris que I du côté de Lidoriki, a chefs de bande, I Phacaios et Baloménos avaient paru avec environ ^o hommes. Je revins immédiatement dans ces lieux, et avec l'aide des habitants du village, je réussis à capturer ces deux brigands. Mais le gouvernement, occupé alors d'affaires plus importantes, n'avait pas encore eu le temps d'organiser l'ordre judiciaire, et de faire condamner légalement les a brigands pour servir d'exemple aux autres, il fut donc contraint de les retenir en prison. Mais grâce, à la négligence de leurs gardiens, ils réussirent

à s'évader, et, s'unissant à d'autres et au plus terrible d'entr'eux le chef de bande Théocharis, ils se mirent tous ensemble à opprimer les habitants de la plupart des provinces sous mon administration, Je demandai alors au Gouverneur le bataillon ■ de Pharmakis, que Je croyais des plus capables, et lui ordonnai de se poster sur le Mont-Oeta, et de poursuivre, les malfaiteurs. Pharmakis chargea ses sous-officiers de ce soin ; mais ceux-ci, au lieu de poursuivre les malfaiteurs, commirent des désordres, et accablèrent à leur tour, les pauvres habitants de sorte que je fus obligé de demander le changement de Pharmakis, et de me charger moi-même de la poursuite des brigands, en ayant recours à l'aide des gens du pays. Ce plan réussit ; j'arrêtai de nouveau Phacalos, Baloménos, Chosadas, Baïoneta, Sagmatas et quelques autres, et je chassai Théocharis hors des frontières de Grèce. Un seul restait, Spathis qui, prenait la fuite, à mon approche, se sauvait sur le territoire Turc ; puis, revenaitsurle territoire hellénique, pour y commettre ses méfaits, et se retirait encore. A la fin, je l'arrêtai après

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un petit combat, où furent tués six de sa bande, et deux de ma garde. De cette manière, dans le mois d'Avril iS^o, tous les chefs de bande étant arrêtés, la tranquillité et la sécurité furent rétablies dans la Grèce orientale.

Cependant l'opposition répandait le bruit que le Gouverneur protégeait le brigandage tandis qu'on n'avait pas encore organisé les tribunaux. Pour démentir les calomnies dirigées contre lui, il m'écrivit d'envoyer à Nauplie les brigands capturés.

Je répondis au gouvernement que, terribles et désespérés comme iîs étaient, ces brigands s'évaderaient à Nauplie ; mais Capodistrias insistant, je lui en envoyai 17, dont 9 chefs de bande. Ce que j'avais prédit, arriva ; car les brigands ayant été enfermés dansle Palamidi, trompèrent les soldats qui les surveillaient, se saisirent de leurs armes pendant la nuit et s'évadèrent. Le gouvernement m'en donna immédiatement avis, et m'annonça en même temps que les évadés s'étaient dirigés du côté de risthme, pour passer de nouveau dans la Grèce orientale. Cette nouvelle me peina et produisit une mauvaise im-

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pression dans le pays. Cependant c sant la route par laquelle les malfaiteurs devaient passer, j'annai autant d'hommes qu'il me fut possible d'en trouver, et je nie mis en marche vers les montagnes de Thèbes, où je savais que les brigands étaient arrivés quelques heures auparavant, je marchai contr'eux, recrutant des hommes armés partoutoù je passais. Après trois jours de poursuite, je pus les pousser en Turquie, hors des frontières, vers ■ l'Agrapha, où les Turcs avaient nommé ca-J pitaine Sotir Stratos, auprès de qui s'étaient J réfugiés les brigands. Jç les lui demandaîj donc, mais Stratos considérant que Thon J neur militaire ne lui permettait pas def^ livrer des hommes, qui lui avait demandai asile, me donna sa parole qu'il les tenait!

sous ses ordres, et qu'il ne permettrait kM aucun d'eux, sous des peines sévères, dej" franchir les frontières helléniques. StratosB maintint sa promesse, et sa parole fut| plus sûre que les prisons de Nauplie.

Cependant les primats de la Grèce 1 orientale, même avant ma nomination, F avaient représenté à Capodistrias le mau*l vais état de ces provinces, et lui a

demandé un secours pécuniaire, dfin que les habitants pussent acheter des hœufs pour cultiver la terre. Le Gouverneur, ne pouvant donner la somme qu'exigôait le malheureux état des paysans, mit à ma dispositon cinq mille thalers, pour être distribués aux plus pauvres. Mais cette somme était insuffisante relativement aux besoins de ces provinces, et comme je ne voulais pas exciter de plaintes contre moi, je m'adressai par une circulaire aux Conseils des municipalités centrales, pour qu'ils voulussent se charger de sa distribution. Les Déraogérontes me répondirent à l'unanimité qu'ils nes'en chargeaient pas; cette somme ne pouvait même subvenir aux besoins d'nne seule Eparchie (province) à plus forte raison à ceux de toute la Grèce orientale. Je convoquai alors à Salone un membre de chaque Démogérontie provinciale, pour conférer sur l'usage qu'on devait faire de cet argent. Je justifiai d'abord auprès des Archontes Capodistrias, qui, h cause de la pénurie d'argent, n'avait pu accorder une somme plus élevée, et je leur montrai ensuite, que cette distribution, attendu l'insuffisance de la somme

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