‹ Souvenirs de la guerre de l'indépendance de la GrèceChapitre 25 sur 33 · X DEPENDANCE · texte numérisé non relu

X DEPENDANCE

relativement aux immenses besoins du pays, occasionnerait des mécontentements.

Je leur proposai donc, d'employer cet i argent à la création d'écoles, une dans ' chaque petite localité, et deux dans des localités plus grandes; le gouvernement nommerait ensuite des maîtres, et on serait ainsi utile à la jeunesse des éparchies, où régnait alors la plus crasse ignorance. A l'observation des Démogérontes que la somme serait insuffisante même pour l'exécution de ce projet, je répondis que je m'en chargeais, pourvu qu'ils me promissent que les habitants prêteraient leur concours pour transporter les matériaux nécessaires et qu'eux-mêmes surveilleraient les travaux. Ma proposition étant acceptée, j'adressai un rapport au Gouverneur sur l'usage de l'argent qu'il m'avait envoyé, et il l'approuva. L'architecte du gouvernement ayant présenté les modèles de ces établissements et les travaux ayant été mis aux enchères, je réussisdans l'espace d'une année à fonder huit écoles, une dans chacune des villes de Salone, Galaxidi,Ma!andrino, Lidoriki,Arachova, Livadie.AtalantesetThèbes. Des maîtres fu-

DH LA (ÎRÈCE

rentnommésauxécolesdeSalone,Gal3xidi et Livadie, où se firent inscrire plus de 800 élèves.

La tranquillité était rétablie dans les provinces. Le gouvernement tore, se plaignit alors que des bandes de brigands se réfugiaient sur le territoire hellénique, après avoir pillé les pays turcs, et que le gouvernement hellénique favorisait ces mouvements. En efîet, Balatsos, Coutsoumbaset EvangélisTsamisayant réuni plus de 350 hommes, pillèrent les villages d'Armiros, et se réfugièrent au-delà des frontières helléniques, qui, du reste, n'étaient pas encore bien déterminées. Le Gouverneur, à qui des remontrances furent faites parles ambassadeurs, m'écrivit de prendre des mesures pour faire cesser ces plaintes.

L'époque de recueillir les dîmes approchait, et je regardais comme une nécessité absolue, non-seulement d'assurer la sécuritédes frontières du côté des brigands, mais encore de m'accorder avec les Turcs pour en tracer la ligne provisoire, afin d'évitertoutediscussion sur le prélèvement de cet impôt. M'étant rendu à Damasta, dans ce but, j'invitai les Beys de Zitouni à

DE l'indépendance

une conférence. Le bandit Balatsos, après avoir pillé divers villages turcs, était a à Cosfalexi, pour vendre les choses volées.

Les Beys vinrent à ma rencontre au pont d'Alamana sur le Sperchius, et se plaignirent que les brigands avaient trouvé un refuge sur le territoire hellénique. Profitant de cette circonstance, je missur le tapis ! a question des frontières, et nous convînmes que le fleuve Sperchius dans la plaine de Zitouni serait pris pour ligne frontière, que la rive gauche resterait frontière turque, et que la droite deviendrait frontière hellénique. Cette ligne commencerait à un ruisseau appelé Distriza, du côté de Patratzik, de manière que, d'après la convention, tous les villages de Zitouni au Sperchius, ainsi que l'éparchie de Patratzik depuis le chef-lieu jnsgu'au village de Myxiatès restaient helléniques. D'après ce tracé des frontières, les plaintes des Beys étaient justes, car le lieu oii s'était retiré Balatsos, était hellénique. En quittant les Beys, je leur dis que le jour même je leur ferai connaître les mesures que je comptais prendre pour poursuivre Balatsos.

De Damasta j'écrivis aux Beys que je

DE LA ORËCE

marcherais contre Balatsos cette nuit même, maïs qu'ils devaient marcher euxmêmes, de leur côté, et que s'ils n'avaient pas des forces suffisantes, ils devaient m'autoriser à le poursuivre sur le territoire ottoman, et à prendre comme auxiliaires un ou deux bataillons helléniques.

Les Turcs répondirent avec reconnaissance à mes propositions, mais ils ne pouvaient recevoir les forces militaires helléniques à Zitouni, ni me permettre de violer les frontières ottomanes. Ils me promirent cependant que, dès que j'aurais attaqué les brigands, ils feraient leur possible, de leur côté, pour les détruire. Cette nuit même j'envoyai un bataillon contre Balatsosqui, après un combat, se retira vers Caryorachas, où les Beys s'étaient postés, i! les attaqua avec impétuosité, et comme ceuxci n'avaient que peu de troupes, il les battit complètement et les dépouilla. Ayant appris le lendemain les événements de la nuit, j'écrivis aux Beys pour leur faire connaître la part que je prenais à leur échec, et je leur offris en même temps de nouveaux secours, mais, cachant leur défaite, ils me répondirent qu'ils avaient écrit au

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Pacha de Larissa et qu'ils en attendaient

des renforts.

J'envoyai les lettres des Beys et copie de mes lettres officielles au Gouverneur qui fut très content de mes actes. Je lui disais, en outre, qu'il pouvait encore prélever la dîme sur les pays restés helléniques, d'après nos conventions. Les Beys respectèrent si ponctuellement ces conventions, que, voulant arroser leurs rizières, comme ils devaient poser des bois sur la rive hellénique du Sperchius, ils me demandèrent une permission écrite; dès lors ces contrées appartinrent sans contestation au gouvernement hellénique. Ainsi se passa l'Eté de 1830, pendant lequel le gouvernement trouva, en percevant la dîrae une augmentation de plus de dix mille colonnats. C'est pourquoi je ne permis pas aux SrAHîs, percepteurs de la dîme, envoyés par le Pacha de Larissa, de percevoir cet impôt dans ces contrées et je repoussai les offres pécuniaires qu'ils me faisaient.

A ma demande, on établit à Salone un tribunal, dont le président Phlogaïtis était en rapport direct avec les Démogérontes chargés des fonctions du juge de paix, de

I sorte que les ordres administratif et judiaire fonctionnaient à la pleine satisfaction des habitants et du gouvernement. La partie des finances, à laquelle je ne voulus pas prendre part, parce que j'avais déjà assez d'occupations, était dirigée directement par le ministère compétent.

Cependant, tandis que la Grèce était reconnue par toutes les puissances, sans en excepter la Porte, comme état indépendant à la forme de monarchie héréditaire, sous le sceptre du prince Léopold de Saxe, une circonstance particulière, m'apprit sa démission dans les premiers jours de juin.

Un vaisseau de Galaxidi, prêt à quitter Trieste, fut informé, en recevant ses papiers, que le prince Léopold avait renoncé au trône hellénique. Ce vaisseau étant arrivé à Galaxidi, en 4 jours de navigation m'annonçacettenouvelle, que je communiquai aussitôtau Gouverneur, qui l'ignorait complètement.

Durant l'année 1830, aucun signe d'opposition ne se manifesta dans la Grèce orientale; les habitants, occupés à réédifier leurs maisons et à cultiver leurs champs, reconnaissaient en outre, les

ÎSO L\ lil'FRHE DE l'iNDÈPESDAXCE

bienfaits du gouvernement et ne prenaient aucune part aux machinations des hommes de l'opposition. Mais dans le Péloponèse et les deux îles maritimes les opposants, quoique contenus après la nouvelle de l'abdication de Léopold, ne cessèrent pas d'exciter les citoyens contre le gouvernement, sous prétexte queCapodistrias gouvernait la Grèce arbitrairement, et non constitutionnellement, comme il le devait, de là la division entre constitutionnels et gouvernementaux. Mais cette division se bornait h un petit nombre, parce que le peuple de la Grèce en général, voyant la sécurité et la tranquillité du pays, était dévoué au gouverneur. Malheureusement les représentants de certaines puissances étrangères, quoiqu'en apparence d'accord avec Capodistrias, protégeaient ceux des opposants, qui, durant !a guerre, s'étaient toujours montrés partisans de leur politique; de leur côté, ceux de l'opposition excitaient contre lui les représentants étrangers, en le faisant apparaître dévoué à la politique russe, et ennemi de celle des autres puissances.

Vers le mois de septembre 1830, un corps

de soldats turcs, sous le commandement d'Emio-Pacha, se mit en marche vers les frontières helléniques. D'après son ordre, tous les capitaines hellènes au service de la Porte devaient le rejoindre, et entrer ensemble dans les éparchies de Patratzilt et de Zitouni, afin de donner le nlzami, c'est-à-dire punir les brigands qui commettaient des désordres et ensuite se réfugiaient en Grèce. Informé de ce mouvement, j'écrivis à Emin-Pacha qu'une telle mesure contrevenait à la paix, qui devait exister entre les Grecs et les Turcs, que, s'il mettait le pied sur le territoire hellénique, je ferais avancer moi aussi mes armées, et qu'il aurait la responsabilité du conflit qui aurait lieu. J'ajoutai que, s'il avait l'intention de visiter les chefs-lieux de ces deux provinces, que les Turcs occupaient, un petit nombre de soldats suffisait. Le Pacha me répondit que je pouvais être tranquille, qu'il ne se proposaitpasde fournir quelque motif de guerre, mais seulement de faire cesser les désordres et les déprédations. Si je ne découvris pas son abominable dessein, je le soupçonnai - néanmoins de marcher contre les capi-

taines chrétiens à la solde de la Turquie, qui selon lui protégeaient le brigandage.

Je communiquai verbalement mes soupçons à Sotir Stratosàl'Agrapha, et je l'engageai, ainsi que les autres capitaines, à ne pas aller là où le Pacha les invitait. Beaucoup suivirent mon conseil, mais le capitaine Savas se rendit chez le Pacha en personne avec les hommes sous ses ordres, d'autres se contentèrent d'envoyer quelques soldats, prétextant qu'ils étaient empêchés d'y aller personnellement. Emin- Pacha ayant rassemblé son armée, composée de Turcs et de Chrétiens, dans un lieu appelé Daoucli, près de la frontière, à une heure matinale, adressa à ses soldats une allocution, dans laquelle il leur recommandait de se montrer valeureux en entrant sur le territoire hellénique à la poursuite des brigands, les exhorta, avant de se mettre en marche, à faire un doua, c'est-à-dire une prière à Dieu, et en même temps à décharger tous leurs fusils. Les Hellènes croyant sincères les paroles du Pacha, exécutèrent son ordre, et déchargèrent leurs armes, mais aucun Turc ne tira ; cavaliers et fantassins Turcs, au con-

DE LA GRÈCE J

traire, obéissant comme à un signal conu, se précipitèrent contre les chrétiens et en tuèrent plus de deux cents. Avant que ces choses n'arrivent, dès que j'appris les mouvements du Pacha, je m'étais transporté à Patratzik pour être prêt à prendre toute mesure nécessaire ; quelques jours après, j'allai à Daoucli sur le lieu du massacre, et je fus ému jusqu'aux larmes, à la vue de tant de victimes innocentes d'une infâme trahison.

Je crus alors nécessaire d'adresser de sévères observations, pour son acte sanguinaire, à Emin-Pacha, qui, après le massacre des Chrétiens, parcourait les frontières helléniques. Je lui écrivis que son action odieuse produirait une triste impression sur toutes les puissances européennes, qu'il n'était pas possible que le Sultan permît de semblables choses, et que, s'il était juste que ceux qui tenaient la main aux brigands, fussent punis, il fallait faire supporter cette peine aux chefs reconnus comme tels, et non massacrer d'innocents soldats. J'ajoutai que cette expédition le compromettait tellement, ■ que, s'il ne se retirait immédiatement des

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