CHAPITRE DIX-NEUVIEME
L'Assemblée de Nauplie proclame Augustin Gouverneur de la Grèce. — Les constitutionnels menacent Nauplie. — Augustin quitte la Grèce. — Etablissement d'une Commission gouvernementale composée de sept membres. — Désordres à Nauplie. — Assemblée de Pronia. — Commission qui accompagne leroiOthon.
— Conduite des Français à Argos.
Pendant que ces choses se passaient dans la Grèce orientale, l'Assemblée de Nauplie I proclamait par son vote Augustin Gouverneur de la Grèce, mais l'incapacité de l'iiomme étant connue, cette nomination produisit une mauvaise impression sur les gouvernementaux. Quelques-uns même qui m'avaient promis de me secourir, quand j'étais à Salone, commencèrent à pactiser avec l'opposition d'Hydra. Ceux-
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ci n'étalent pas d'accord ; parce que Couii' dourîotis et Mavrocordato écrivaient i Coletti d'entrer dans le Péloponèse avE' les STéRÉovELLADiTEs(continentaiix), tandi que Zaïmis et les autres Péloponésiens songeant à tous les maux qu'en deva souffrirleur patrie, s'eflorçaient de ramené la paix par la conciliation et d'empêché l'entrée des Stéréofl ladites. Vu ce de saccord, Mavrocordato partit pour Pera chora, et Zaïmis avec d'autres Péloponé siens pour Nauidie. De là ce dernier parti avec Plapoutas pour Naupacte, afin di s'entendre avec les troupes qui s'y troU' valent, et les empêcher de suivre les conseils de Coletti, et d'entrer dans le Péloponèse. Mais Mavrocordato les avait prévenus, et, amenant ces troupes, il les con duisit à Pérachora. En même temps Hatji' Christos, s'insurgea et se rendît dans et village avec 200 cavaliers. Les choses en étaient là, lorsque j'arrivai à Nauplie. Je racontai à Augustin tout ce que j'avais fail dans la Grèce orientale, et je me plaignis amèrement contre lui et les autres, qui avaient manqué à leurs promesses ; je lui exposai la triste situation du petit nombre
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We Péloponésiens assemblés près de Co- Tinthe, dont j'avais visité le camp en venant à NaupHe ; et je l'engageai à envoyer dans l'isthme les a bataillons qui se trouvaient dans la Mégaride, afin d'empêcher les Stéréo ELLADiT ES d'entrer dans le Péloponèse. Mais Augustin, écoutant les discotirs des fous, qui lui faisaient la cour et les promesses de Callergi, alors commandant de cavalerie, ne prêta pas attention âmes conseils. M'étant entretenu sur ce sujet avec Colocotronis, je vis que mes efforts étaient inutiles. Je priai alors le Commodore russe Ricord de tâcher de persuader Augustin, mais 11 me répondit que c'était à tort que je désespérais, parce queCallergi devait amenerbientôt prisonniers à Nauplie Mavrocordato et Coletti.
Cependant quelques jours après mon arrivée à Nauplie, Callergi dut se réfugier dans cette ville, poursuivi parles Stéréoel- LADiTES, qui, étant entrés par l'Isthme, s'avançaient à marches forcées avec Mavrocordato et Coletti. Augustin épouvanté monta à bord d'un bâtiment russe, portant avec lui les cendres de son frère Capodistrias, et s'embarqua pour Corfou le
37 mars 1833, laissant par sa sottise tous les coaservateurs. à la discrétion des constitutionnels.
Après le départ d'Augustin Coletti et Mavrocordato avec Grivas et de nombreux capitaines, entrèrent dans Nauplie ; l'anarchie y régnait en maîtresse. Alors les ministres des trois puissances alliées firent connaître la nécessité de constituer uoe autorité gouvernementale. Le Sénat, s'étant assemblé dans les premiers jours d'Avril choisit une nouvelle commission gouvernementale jusqu'à ce qu'il fût fait fait une élection plus régulière par l'Assemblée Nationale, que les représentants qui se trouvaient â Mégare devaient tenir à Pronia faubourg de Nauplie. Cette commission était composée de sept membres, Coundouriotis, président, haïrais, Plapoutas et \. Métaxas, représentant le Péloponèse ; Coletti, Botsaris et Hypsilanti, représentant la Grèce continentale. Les ministres qui furent choisis, appartenaient tous au parti constitutionnel. Mais, comme l'anarchie était arrivée à son comble, et qu'il n'y avait pas de sécurité dans la ville, la commission Gouvernemeniale étant faibleaj
sans autorité, fut contrainte de recourir aux ambassadeurs, pour qu'ils occupassent le Palamidi et Nauplie. Ces derniers, voyant la mauvaise tournure des affaires firentsortirle 7 mai de leurs vaisseaux des détachements de soldats qui occupèrent le Palamidi, où furent hissés les trois pavillons de France, d'Angleterre et de Russie.
En même temps 1.500 Français, commandés par le généra! Corbet, occupèrent Argos, Mais, avant leur arrivée, bien des événements fâcheux eurent lieu. On avait fait sortir des prisons tous ceux que l'on croyait complices de l'assassinatdeCapoadistrias, et ces gens soulevaient les capitaines contre le gouvernement: les guerres civiles s'allumaient de tous côtés et la vie même des citoyens était en danger. Il suffit de rappeler que, tandis que Colletl m'avait promis solennellement la sécurité.
Criézotis envoya des soldats pour m'arrêter, et à peine eus-je le temps de me sauver dans la maison de l'ambassadeur de Russie Roukmann. Dans le même moment, Grivas envoyait arrêter .\ndré Métaxas, mais Plapoutas le prévenant, sauva Mértaxas ; et le même Grivas envoyait Papa-
Mêlas avec des soldats pour m'arrête:
aussi, mais Mêlas, à qui j'avais rendu des services autrefois, me sauva. Beaucoup d'autres citoyens ne sauvèrent leur vie qu'en se réfugiant à bord des vaisseaux des Puissances alliées. Naupliese trouvait dans cette triste situation, lorsqu'arriva^Ia garnison française.
Colocotronis, ne voulant pas se soumettre au nouveau gouvernement, rassembla unearméeàTripolis ;la Commission Gouvernementale de son côté, voulant soumettre Colocotronis et se rendre maîtresse du Péloponèse, exhortait Grivas et les Sté- RÈOELLADITES à marcher contre lui. Zaïmis, Plapoutas et André Métaxas n'approuvaient pas cette expédition, mais, ayant la majorité contr'eux, ils crurent nécessaire de tâcher d'empêcher par tous les moyens possibles la réunion des Stéréoelladites.
Ils me prièrent donc de ne rien négliger pour faire échouer cette réunion, en consacrant à cette entreprisel'argent que m'avait donné le commodore russe Ricord, je réussis si bien que Grivas, s'étant mis en campagne avec une armée peu nombreuse contre Colocotronis, fut vaincu.
L'assemblée de Pronia, réunie le 14 juillet, avançait dans ses travaux; mais legouver ne ment n'approuvant pas ses actes envoya dans la salle des séances des soldats qui dispersèrent les députés en les menaçant de leurs armes ; l'assemblée fut ainsi dissoute le 31 juillet.
Après cela, les ministres des puissances alliées annoncèrent à la Délégation Gouvernementale qu'ils avaient reçu ordre de leurs cours d'envoyer à Munich unecommission hellénique pour accompagner en Grèce le roi Othon. La cour de Bavière avait désigné formellement, comme membres de cette commission, MiaouliSjCostas Botsaris et Nikitas. L'ambassadeur de Russie me fit par de cette nouvelle avant qu'elle ne fût apportée au gouvernement, et je la communiquai à Zaïmis et à André Métaxas, qui, croyant que Nikitas ne représenterait pas bien le Péleponèse, proposèrent de lui substituer Colocotronis, qui n'accepta pas. 11 fut donc résolu que Plapoutas irait, et j'en préviens l'ambassadeur pour faciliter cette substition. On me proposa d'accompagner la commission comme secrétaire général, mais je
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refusai afin que les ambassadeurs e Régence nepussentcroire que c'était dans 1 des intérêts de parti, que j'avais accepté I des fonctions inutiles auprès de ia commission. Les 1 membres s'embarquèrent à J bord d'un vaisseau anglais, passèrent ^1 Trieste et de là en Bavière,
A ce moment un triste événement troubla l'opinion publique, et ébranla forte- | ment les sympathies des Hellènes pour I une puissance amie, qu'ils regardaient ] comme un des principaux remparts deleur I tndépendanee. Les Français qui se trouvaient alors à Argos sous le commande- I ment du général Corbet, croyant à tort ( qu'on ourdissait une conjuration cou- ' tr'eux, prirent d'abord un officier corcyréen de Callergi, et le fusillèrent sans aucune raison; puis tous les Français étant sortis de la caserne, se ruèrent sur la ville, entrèrent en furieux dans les maisons, et massacrèrent tous les habitants sans écouter les prières des citoyens, dont le sang coula injustement. Plus de trois cents victimes de cet étrange soupçon tombèrent
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eût jamais songé à les attaquer et que
Criézotis était éloigné de la ville depuis plusieurs jours avec les soldats hellènes.
Les Français ne rencontrèrent donc aucune résistance de la part des Argiens, et pas un ne fut tué, ou même maltraité. Le gouvernement considérant, malgré cet acte répréhensible, les sympathies de la France pour le peuple des Hellènes, et les nombreux secours que la Grèce avait reçus de cette généreuse nation pendant tout le temps de la guerre, ^ubit ce massacre en silence et n'en fit pas même mention auprès des ministres des puissances alliées. Dès ce moment, civils et militaires attendant de jour en jour l'arrivée du roi, vécurent tranquilles, et l'ordre fut en quelque sorte rétabli en Grèce.
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