‹ Souvenirs de la guerre de l'indépendance de la GrèceChapitre 30 sur 33 · CHAPITRE VINGTIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGTIEME

La Régence. — Elle persécute ceux du parti gouvernemental, et moi pnnciî)alement. — Affaires concernant les propriétés turques. — Débarquement du roi Othon à Nauplie. — Amnistie du gouvernement Anglo-Ionien. — Je me retire à Céphalonie. — Je reviens à. Nauplie. — Soupçons du gouvernement contre moi. — Mon éloignement de la Grèce. — Conclusion.

Avec la cessation de la guerre, ma carrière militaire cessa, naturellement, l'arrivée du roi Othon mis fin à ma carrière politique.

La Régence, composée du comte Armansperg, Maourer et Heideck, apporta, dans notre pays son inimitié contre les Hellènes, contre les militaires de la Grèce, et surtout contre ceux qui s'étaient montrés amis du gouvernement de Capodistrias, c'est-à-dire de l'ordre et de l'égalité.

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Son but principal, dès qu'elle prît les rênes de l'Etat, fut de persécuter les militaires, ■ de gouverner la nation par la terreur, et | d'éloigner du pouvoir tous ceux dits Gouvernementaux, qui assurément n'eussent jamais consenti à seconder les détestables projets de la Régence. Ses membres étaient dominés par l'idée erronée que les Gouvernementaux ne sauraient jamais être les amis de la royauté, pensant que la conservation du régime précédent, existant sous le Gouverneur, aurait empêché l'élection du prince de Bavière, que ses ennemis avaient hâtée en l'assassinant; Thîersch, envoyé pour le roi de Bavière, sous le prétexte d'étudier les antiquités, et abusant peut-être des devoirs de son mandat, nous fit croire qu'il ne considérait pas l'état de la Grèce comme trèsflorissantsousle gouvernement de Capodistrias. Il ne m'appartient pas de juger la funeste politique des gens qui devaient décider du sort delà Grèce ; je me borne à rapporter seulement les fautes suivantes ;

L'instabilité des gouvernements qui se sont succédé en Grèce, a été fort nuisible au pays, car elle fortifiaîtles espérances des

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mécontents, produisait la division et enfin donnait occasion à des actes détestables.

Malheureusement la Régence étant provisoire, ses membres, au lieu d'être utiles au , pays, lui ont, au contraire, causé de grands maux, en excitant les passions, introduisant le luxe et la corruption et en acceptant des principes, des lois et des organisations peu en harmonieavec un état nouvellement fondé. Ajoutons à tout cela que l'emprunt, destiné par l'Assemblée à encourager l'agriculture, et à subvenir aux besoins du pays, tut dissipé et consumé par les régents. Le temps et les événements ont pleinement démontré la vérité de ce que je dis. Mais je ne me propose pas d'écrire une histoire, et je me bornerai à dire ce qui me concer-

Je fus une des victimes de la Régence, et mon persécuteur le plus acharné fut Heideck, qui en souvenir de nos rapports à Poros m'avait voué une haine éternelle ; mais, comme je l'ai dit plus haut, je n'eusse jamais pensé qu'il dût un jour venir en Grèce comme Régent,

Tout le monde espérait qu'en raison de

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mes nombreux services passés, je r serais pas oublié dans la nouvelle organ:

satiou de la nation. Je fus, au contraire, complètement mis de côté, et ce fut naturel, car les chefs de l'opposition étaient les élus de la Régence, et il n'était guère possible qu'elle me comprit dans son organisation, moi, qui avais toujours été dévoué à l'ordre et à la légalité sous le gouvernement deCapodistrias. Je vis avec indifférence mon éloignement des affaires.

Parmiles questions importantesqui occupaient alors la Régence, la plus importante était celle concernant les propriétés turques, c'est-à-dire ia distioction et la reconnaissance des propriétés ottomanes, comprises en dedans des frontières helléniques, et que les Turcs avaient le droit de vendre. Les membres de la Régence cherchaient à résoudre cette question moins i l'avantage de la nation que dans leur pro-,

A cette époque les Agas de Patratsik et un envoyé des Beys de Zitouni vinrent à Nauplie pour s'entendre avec la Régence au sujet de la reconnaissance de leurs propriétés. Ils me visitèrent immédiatement,

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me prièrent de taire ce qui s'était passé entr'eux et moi concernant les frontières lorsque j'étais Conmissaire Extraordinaire, et me proposèrent une grande récompense pécuniaire. Mais inspiré des sentiments de patriotisme et d'honneur, non-seulement je refusai, mais je soumis les propositions des Turcs à Tricoupis, ministre des affaires étrangères, et je lui donnai les informations les plus précises, afin que le gouvernement ne permît pas aux Turcs de vendre des propriétés qui, d'après les conventions consenties entre nous, étaient devenues nationales. Je lui offris en même temps de prouver mes assertions par des documents incontestables. Tricoupis me remercia, en me disant qu'immédiatement il allait communiquer mes renseignements à la Régence. Voici quelle fut la réponse de Tricoupis : « Mon Frère, tout ce que tu m'as dit, je l'ai d'abord soumis en particulier à Armansperg, et ensuite en plein conseil devant tous les membres de la Régence, mais aucun ordre ne m'a été donné là-dessus. J'en reparlerai devant le conseil, mais toujours de manière à ne pas me compromettre. » — Cette réponse me

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donna occasion d'interroger le des Agas, qui m'avait été envoyé, et qiii.1 me répondit que les Turcs termineraient 1 leur affaire comme ils la désiraient, et que I j'avais mal fait de ne pas profiter de l'oc- ] casion. A la suite de ces paroles, j'eus un second entretien avec Tricoupis, qui me dit : « Calme-toi, mon frère, car tout ce que nous pourrions dire là-dessus, serait J superflu. » — Quelques jours après, les I Turcs partirent, ayant obtenu la permis-' I sion de vendre ces importantes propriétés^ que les Hellènes avaient arrosées de leur!

sang,que j'avaisacquisesaugouvernement 1 hellénique, auprix de tantdefatigues et de périls. Je rapporte ce fait, connu de beaucoup de primats de la Grèce continentale, afin que chacun connaisse le malheur de ] la Grèce sous le gouvernement de ces I hommes, que le chevaleresque Louis, roi [ de Bavière, lui avait envoyés.

Dès ce moment la Régence remercia par 1 les emprisonnements, les persécutions, les [ oppressions, les conseils de guerre et autres actes de ce genre les Hellènes qui ' avaient reçu, comme un sauveur, le i Othon le 25 janvier 1831, lorsqu'il posa

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les pieds sur le sol hellénique. Le vieux Colocotronis avait donné le premier la n au roi, lorsqu'il débarqua sur la terre de Grèce. On ne saurait décrire l'enthousiasme avec lequel les Hellènes l'avaient reçu ; mais cet enthousiasme fut bientôt détruit par la conduite infâme de la Régence. — D'abord Colocotronis et Plapoutas furent arrêtés sans aucun motif, puis ce fut le tour de Grivas, Tsavellas, -Mamouris et autres capitaines et bomm.es politiques. De ces derniers plusieurs furent éloignés de la Grèce sans aucuoe raison plausible.

Moi aussi j'eusse été arrêté injustement, et j'eusse beaucoup souffert de cette persécution de la Régence, si je ne me fusse retiré à temps à Céphalonie, lorsque le gouvernement Ionien amnistia ses sujets, qui avaient pris part à la révolution grecque, et leur permit de revenir dans leur pays, en leur rendant leurs droits ci- I vils et politiques (i). Après 14 années

(1) Voici lï l'époDBe du SënaL ait lord t I dç lui la restitutioii des reveuuB <le a

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d'exil, en mai 1854, je revis Céphalonie, et je rentrai en possesion de tous mes biens confisqués, qui se trouvaient encore entre les mains du gouvernement Ionien, mais il ne me fut accordé aucune indem-

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