‹ Souvenirs de la guerre de l'indépendance de la GrèceChapitre 9 sur 33 · GOUVERNEMENT PROVISOIRE DE LA GRÈCE · texte numérisé non relu

GOUVERNEMENT PROVISOIRE DE LA GRÈCE

Lb Présidkît i)d Pouvoib Exécutii' Décrète :

1» L'illustre député M. Benjamin de Lesbo?, le luloislre de la justice M. CoDSlatitin Mélaïas, Al, Nicolae Econoinos primat de l'Ile d'Hydra, et M. Basile Nicolas GkiaiB, sont DOminéa comini»asires dsDs les iies, la mer Egée et les Spnradee. 2° M Savaa OdjsBéoe eut cbargè de tunir, le registre général des actes desdita cotuiniAsairea.

3" MM les commiBBairea suivront les inelruntiooB écrites qui leur seront tranamises par le ministre de rint-^rieur.

A CoriElhc, 1" moi isaî.

A. Uavrocohdato Président.

Le premier Secrétaire d'État, Ministre des affaires étraofjèree, Théod. Néghis.

{Voir les archives de la régénération hellénique, tome I, page 348),

OSECE 7^

I D'après les instructions du gouverneloent nous devions soulever et organiser toutes les Cyclades et les Sporades jusqu'à Cassos à l'Orient et Héliodromes à l'Occident. Dans ces iles il n'y avait point de Jures ; elles étaient gouvernées par des ~!odja-Bach!s ou Proestos, espèce de priinats, créés pour l'expédition des affaires au conseil, des évêques de ces îles, et du jatriarchede Constantinopje,

Le Capiian-Pacha ou amiral de la flotte iOttomane, comme commandant supérieur îles de la mer Egée, apaisait, par l'intermédiaire de son représentant, beaucoup de discordes et de divisions, qui s'élevaient entre les primats. Ces discordes, occasionnaient, toutes les fois qu'elles éclal^taient, de grandes dépenses auK commu- [hautes, parce que, non seulement elles dc- ■vaient donner de l'argent au représentant p4uCapitan-Pacha,maisencoreauCapitan- IPacha luimême, sans compter ce qu'elles lipayaient directement à la Porte. De ce fait, Kles communautés étaient toujours grevées ï-d'eraprunts, et, lorsqu'éclata la Révolu- Etîon, elles étaient criblées de dettes.

LA GUEIthE DE L INDÉPENbANCE

Chaque île formait une communautél distincte et avait son propre sceau, qui I était divisé en quatre morceaux, dont chacun était gardé par un primat. Toutes les 1 fois qu'on voulait composer un écrit officiel quelconque ou adresser des requêtes 1 à la Porte, les primats devaient d'abord 1 s'assembler, s'entendre entr'eux, réunir lesj quatre morceaux du sceau, et scéler ainsi] les documents concernant toute affaire of*J ficielle.

Mais si les primats ne parvenaient point 1 à s'entendre, et que les parties contendantes fussent obligées d'y donner suite, l'af- J faire était portée devant la Porte ou le Ca-. I pitan-Pacha, et, dans ce cas entraînait de.J grandes dépenses.

Les habitants des îles de la mer Egée, laborieux et tranquilles, mais inaptes dans ] l'art de la guerre, étaient opprimés par | leurs primats ou Codja-Bachis, et gnaient extrêmement les Turcs et leur I gouvernement. A l'explosion de la Révolution grecque, il n'y eut pas le moindre mouvement insurrectionnel dans ces îles; la crainte et la terreur, au contraire, s'eraparèreot de l'esprit de leurs habitants.

Lorsque le gouvernement fut établi dans le Péloponèse, par l'Assemblée nationale, les insulaires, à l'exception de deux ou troiSj n'y prirent aucune part. Cependant, vers iSaa, lorsque Je fus nommé COMMISSAIRE, certaines îles parurent prendre le parti de la Révolution. Dans quelques-unes le sentiment national se maintenait au sein de la jeunesse, dans d'autres c'était parmi les primats, mais la terreur, rendait ce peuple hésitant, quoiqu'il désirât son indépendance. La catastrophe de Chio et la sortie de la flotte ottomane augmentèrent encore ce manque de confiance dans la Révolution, quoique la flotte grecque naviguât le long des côtes de cette île dans les eaux mêmes des vaisseaux turcs. Tel était l'état des lies de la mer Egée, lorsque nous en prîmes la di- rection.

L'objet principal de notre mission était:

; percevoir la contribution person- |lelle, et de poursuivre l'application de la ki de l'emprunt sur les personnes riches; B* d'organiser les autorités locales, et, simultanément, installer les éparq,U[ES et les ilHTÉPARQ.uES nommés ; 3" de faire en sorte

■jb LA GUERRE DE L INDEPENDANCE

qu'avec le temps, la perception des revenus fût faite par l'administration.

Mais la chose importante était la perception en espèces pour l'entretien de l'escadre hellénique.

Nous jugeâmes opportun de commencer d'abord nos opérations par l'île de ] Naxos, dont plusieurs primats étaient v nus à l'Assemblée natîonaîe d'Épidaure, et 1 nous avaient précédés dans leur patrie,' pour annoncer notre nomination et préparer les esprits. Malheureusement il yj avait à Naxos beaucoup d'habitants peut-' être les plus riches appartenant au rite 1 latin, et ennemis jurés de la Révolution.

Cependant, à peine eûmes-nous débarqué -1 avec un vaisseau de i6 canons et une!

SCHOUNA de 4, qu'il nous fut fait le meilleur 1 accueil, par les Grecsorthodoxes, mais il ne I se présenta pas un seul catholique.il n'est!

pas hors de propos de raconter comment J je remplis mon mandat dans l'île del Naxos, parce que je fis de même dans lesi autres îles, et toujours avec le plus grandi succès. D'abord, je convoquai une ass hlée générale, à laquelle j'expliquai le but À de la Révolution, je m'élevai contre le J

DE lA GRÈCE yj

gouvernement tyrannique des Turcs, je démontrai les avantages de l'Indépendance et de la Nationalité, et prouvai que nous devions tous respecter et reconnaître le gouvernement national que nous représentions dans les îles de la mer Egée, Un discours semblable, prononcé par mon vénérable collègue Benjamin de Lesbos, produisit une très grande impression sur son auditoire, au milieu duquel se trouvaient l'évéque et son clergé. Après l'audition de ces discours, on arbora le pavillon grec, aux cris d'enthousiasme et au bruit des salves d'artillerie;on installa l'EpARauE, qui avait été nommé par le gouvernement; et on chanta un Te Deum ; on placarda aussi dans toute la ville, des affiches du gouvernement, et d'autres des commissaires. '

Cette première démonstration provoqua une excellente impression et un grand enthousiasme, ce que voyant: nous convoquâmes les démogérontes et les primats de la ville et de tous les villages de Naxos. je leur fis part du besoin absolu d'un secours pécuniaire, et je leur dis que tous âevaient payer wpe cotisation d'une piastre

78 LA GUERRE DE t' INDÉPENDANCE

par personne. Chacun, ajoutai-je, doit contribuer de tout son pouvoir au maintien du gouvernement, et à 3a conservation de notre flotte nationale, sans laquelle, après le désastre de Chio, les autres îles se seraient trouvées aussi en danger. Les primats et les démogérontes se mirent aussitôt à recueillir les souscriptions. Quant aux latins, non seulement ils ne prirent aucune part à la nouvelle organisation, mais encore ils réagirent, secrètement contre les mesures des com.missaires.

Voyant que nos efi'orts réussissaient pleinement à encourager le peuple, nous convoquâmes dans la ville les plus riches de l'île, et nous leur demandâmes d'aider le gouvernement de leur pouvoir et de leur fortune. Ils acceptèrent volontiers notre proposition, surtout lorsqu'ils reçurent un récépissé régulier, des sommes versées qui leur était remis par un caissier particulier, nommé pour cela par les trois îles maritimes, Hydra, Spetzia et Psara. Nous fîmes de même au point central des villages de Naxos, où le concours des primats facilita les collectes et les rentrées. De la réussite de nos premières

opérations nous ne recueillîmes qu'une médiocre somme d'argent, que nous envoyâmes immédiatement à Hydra, comme encouragement aux primats de cette île, leur disant que les îles faisant partie de la section, devaient apporter leur part pour le maintien de la flotte hellénique le long des côtes de Chio, puis j'annonçai ce résultat au gouvernement central.

Après l'installation de l'Éparque, nous procédâmes à la formation des DÉMoci- HONTiES, ou Mairies, par l'élection du peuple, chargeant l'Eparque de s'entendre avec le gouvernement central quant à la manière de la rentrée des dîmes. Obligés de nous transporter dans les autres îles pour y percevoir les contributions, je donnai des ordres précis à l'Éparque et aux démogérontes, en leur promettant que le premier but de notre mission atteint, c'est-à-dire l'argent étant recueilli, nous retournerions dans chaque île, pour y mieux organiser l'administration. C'est de

mandata Paros,Sifnos,Milo,Céa,Tinos,Sérifo, Mycone, Andros, Cos, Folégandro, Sikino, Amorgos, Santorin (Théra) et autres.

8o LA GITFRRE DE l'INDÉPENDAHCE

Cependant les vaisseaux turcs restés à Chio, croisaient dans la mer Egée, lorsqu'un brick de guerre turc s'approcha de Mycône, — Me trouvant alors à Tinos, je mandai Francisco Paximadis, jeune homme brave et patriote, qui réunit un certain nombre de ses compatriotes et me suivit. Nous passâmes à Mycône à mon arrivée dans cette ile, j'appris que les Turcs, ayant tenté un débarquement, avaient été battus par les habitants et quelques Céphallènes. Quatre Turcs, avaient été tués et les autres n'avaient pu regagner qu'à grand peine leur bâti- ■ ment, et gagner le large. Prévoyant le i prochain retour offensif des Turcs, je restai à Mycône, mais aucun vaisseau ne re- ' parut. La cause de cette inaction des Turcs, me fut expliquée plus tard. Après la catastrophe de Chio, les ambassadeurs des puissances chrétiennes à Constantinople, indignés des massacres et des cruautés, qui y avaient eu lieu, avaient insisté auprès du sultan pour qu'il ordonnât au Capitan-Pacha de cesser tout acte d'hostilité contre ces petites et faibles île? de l'Afi cbipel,

DE lA GRÈCE 8l

Tandis que nous étions ainsi occupés, I la flotte hellénique, sous les ordres de I Miaoulis, croisant dans le canal qui se I trouve entre Chio et l'Asie-Mineure, était \ souvent canonnée par l'ennemi, mais I sans résultat. Les vaisseaux helléniques I étant revenus à Psara, les capitaines songèrent a leur affreuse situation, en voyant les renforts qui arrivaient tous les jours à la flotte ennemie. A la fin ils résolurent de tenter de la détruire à l'aide de brûlots. I Dans ce but, deux brûlots, l'un sous les i ordres de Constantin Canaris, et l'autre, I commandé par Georges Pépinos d'Hydra, I partirent de Psarn et croisèrent autour de io. Dans la nuit du 6 juin. Canaris I ayant attaqué bravement avec son brûlot I le vaisseau-amiral, réussit à l'incendier.

I Pépinos, de son côté, attaqua avec le [ même courage, un autre grand vaisseau, I celui de Cbémitzi-Pacha, mais le brûlot f n'ayant pu s'y accrocher, alla se perdre [■ au milieu de la flotte ennemie. La mort du Capitan-Pacha et le désastre de la flotte turque pendant cette nuit terrible, l'obli- I gèrent à retourner en arrière, et à se réfugier à Ténédos. Ces exploits inespérés

LA CUEfiRE DE l'INDÉPEND.

furent annoncés aux commissaires par les capitaines grecs de Psara, et cette nouvelle se répandit partout, semant la joie, et remplissant de courage les habitants des îles de l'Egée.

Cependant des événements fâcheux s'étaient produit dans certaines îles, déjà visitées par les commisaires. Après notre départ, plusieurs primats, redoutant que les Turcs n'envahissent leur île, et excités surtout par les Latins, répandirent la terreur, disant, que « les vieilles cappes, en

SE RÉVOLTANT, ET EN VOULANT COMBATTRE UN IMMENSE EMPIRE ET UN GRANn SULTAN, AMÈ- SERMENT INFAILLIBLEMENT L'EXTERMINATION GÉNÉRALE DES CHRÉTIENS. » PouT prévenir un danger imminent, ces primats adressaient au Capitan-Pacha et au Sultan, des requêtes (arzoualia) ils écrivaient : « que des BRIGANDS (zourbadès) ayant à leur tête Constantin Métaxas, étaient venus trou bler leur tranquillité, mais qu'ils étaient toujours fidèles sujets et raïas de la Sublime-Porte. » Ces requêtes, transmises à la Porte, causaient un grand mal ; elles étaient, en effet, en contradiction avec les déclarations de l'Assemblée nationale

let du Gouvernement hellénique, qui dans I leurs proclamations, disaient en face de I l'Europe, que la nation entière, lasse de I la tyrannie du joug ottoman, s'était sou- I levée, et avait, couru aux armes pour vivre libre ou mourir.

La Porte profitait de ces requêtes et les communiquait immédiatement aux ambassadeurs des puissances européennes, I pour leur démontrer que les mouvements I insurrectionnels du Péloponèse et de la I Grèce Orientale, étaient en réalité des lactés de brigandage, dont se rendaient I coupables des hommes, qui dévalisaient I et violentaient les fidèles raïas. Quelques I Philhellènes et des personnes habitant I Constantinople, renseignèrent le Gouver- Jnement sur ces faits, et lui conseillèrent I de réprimer énergiquement la circulation 'de ces sortes d'adresses, qui se rédigeaient secrètement dans les iles à l'insu des commissaires. Les éparques et les antéparques avaient bien des soupçons, mais ils ne pouvaient découvrir les auteurs des manifestes, les primats étant d'accord entr'eus. La pétition était écrite,

du sceau de la i

;uté, et

ivait alors toute s

uthenticité.

Lorsque le gouvernement reçut ces renseignements de Constantinople, Théodore Négris, ministre des Affaires Etrangères, m'en fit part d'une manière semiofficielle. Il m'en imputa toute la responbtlité, et me reprocha de ne pas empé- ■ cher des actes si nuisibles au progrès de la révolution, que le Gouvernement s'ef- ' forçait, dans ses proclamations, de recommander à la philanthropie des puissances et des peuples de l'Europe. Un grand embarras me saisit, en voyant que la peur pouvait porter lesprimatsde certaines îles à des actes si anti-patriotiques. Réfléchissant alors à quel moyen je devais recourir, pour remédier au mal, je i pensai pas devoir employer la force ; on ] eiit pu croire en ce cas que la persuasion ne [suffisait pas pour soulever les I populations. Après avoir beaucoup parlé sans succès, je ne savais plus que faire, lorsqu'une circonstance imprévue, me fournit un moyen cruel peut-être, mais I dont la nécessité politique me permettait de me servir ; la chose réussit. Certes, ai 1 mon éducation, ni mon caractère naturel- I lement sensible ne me permettaient j

DE L4, GRÈCE 85

d'user d'un tel luoyeD, mais la nécessité et l'amour de la liberté supprimaient en moi tout autre sentiment.

Je me trouvais à Tinos, îorsqu'arriva un bâtiment de guerre de Psara. Son capitaine m'annonça qu'ayant pris un navire autrichien avec des pèlerins musulmans, se rendant en Syrie, il avait fait les Musulmans prisonniers, et avait relâché le bâtiment. 11 était de son der, me dit-il, de me remettre ces pri- I sonniers, au nombre de trente. D'abord I cette proposition m'étonna et je répondis t au capitaine qu'il devait les remettre au I Gouvernement central. Mais celui-ci me répliqua que, ne pouvant aller à Co- 1 rinthe, et me reconnaissant comme la première autorité de la Mer-Egée, il devait me confier les prisonniers, et que, ai I je ne les-recevais pas, il les jetterait à la I mer. .\lors je réfléchis que le seul moyeu I que je pusse employer pour arrêter les I négociations entre les primats de certaines îles et les Turcs, était d'inculper les habitants de ces îles devant l'autorité turque.

Parmi les corvées imposées aux insulaires ilen était une qui ordonnait: lorsque, dans

LA GUERRE DE l'iNDÉFENDANCE

une tempête, un bâtiment, portant des Turcs, venait à faire naufrage sur le littoral d'une île, cette île devait payer TzÉRÉMÉ, c'est-à-dire une peine pécuniaire parce qu'elle avait des écueils, et que des Turcs y avaient péri, Réfléchissant à cela, je résolus de mettre à exécution une me- ;ure cruelle, mais nécessaire. Et d'abord 'ordonnai au capitaine du bâtiment de .ransporter dans chacune des îles suspeces cinq ou six Ottomans, et j'écrivis en même temps aux communautés de les recevoir et de les nourrir jusqu'à nouvel ordre. De suite, le capitaine exécuta ■ ponctuellement mes ordres, et se chargea avec d'autant plus de plaisir de sa mission, qu'il avait à se procurer des vivres ^ dont il manquait. Cependant, avant le départ de ce bâtiment, je confiai mon plan k un de mes employés, le céphallène Charalambe Stékoulis, homme courageux, partisan enthousiaste de la révolution, membre de la Société des Amis et habitant les iles,quiconnaissait les libéraux de chacune d'elles. C'est à lui que je confiai l'exécution démon plan : après que les primats auraient reçu et bien soigné les prison-

rs Turcs, les amis de la Révolution devaient saisir l'occasion d'exciter le peuple contre les primats à cause des soins empressés, qu'ils donneraient aux Turcs jusqu'à ce qu'une discorde éclatant, les primats, devenus craintifs, prissent aussi parti contre les Turcs, Stékoulis exécuta mes ordres au-delà de mes espérances ; cars'étant rendu dans celles des îles, où les prisonniers Turcs devaient être débarqués, il organisa si bien les choses, que, peu de jours après leur débarquement, il reçut des lettres des communautés elles-mêmes, dans lesquelles on lui annonçait que les primats et le peuple ne pouvant supporter la présence des ennemis de la foi et de la patrie avaient résolu les sacrifier et demandaient pardon [ s'ils avaient outrepassé mes ordres. C'est ainsi que se compromirent, non-seulement par leur action, mais encore par leur signature, ces primats qui avaient été les premiers auteurs des pétitions au Sultan. On ne vit plus depuis, aucune de ces pétitions, et les primats devinrent les meilleurs soutiens de la révolution. Cette manière d'agir fut cruelle, je l'avoue, mais

alors qu'il s'agit de la liberté et de l'exis- I tence de tout un peuple, les jugements de i l'histoire ne doivent pas être trop sévères.

Cependant les Turcs, commandés par Dra ma- Ali, envahirent le PéIoponèse,s'em- , parèrent de l'Acrocorinthe, et arrivèrent en Argolide juste au moment où l'on négociait la capitulation de Nauplie,etquele gouvernement, qui s'était réfugié à bord d'un bâtiment de guerre, se trouvait aux ' Moulins de Lerne. J'étais à Santorin,lorsque cette nouvelle se répandit dans les îles; on disait que tout le Péloponèse était , tombé au pouvoir des Turcs. Quoique des lettres d'Hydra racontassent les choses comme elles s'étaient passées, deux de , nos collègues, saisis de peur, me manifestèrent l'intention de passer dans cette île, avec tout l'argent que nous avions ramassé. Quant à moi et à Benjamin de Lesbos, nous restâmes à Santorin, pour donner à cette île une organisation plus régulière.

Cependant des bruits sinistres étaient ( répandus a Santorin par les Latins. Oc j affirmait que le gouvernement était dis- J sous, et que le vaisseau de guerre était |

parti, emmenant les deux commissaires.

L'éparque me communiquait toutes ces nouvelles, j'avais beau les démentir par des proclamations, l'esprit des habitants de Santorin n'était pas tranquille. Cela se passait dans le mois de juillet, lorsqu'un beau matin par le plus grand calme apparut la flotte égyptienne de Mohammed- Ali, très près de Santorin, elle se dirigeait vers le Bosphore, poury rejoindre la flotte, turque. A l'apparition des vaisseaux ennemis, les habitants de Santorin s'abandonnèrent au désespoir, et, à l'incitation des Latins, résolurent d'abaisser le pavillon hellénique et d'éJever à sa place le pavillon ottoman. Vers midi une foule composée de gens des différentes parties de l'île, s'assembla au lieu appelé la CHANCELLERIE, suf le bord de la mer et avec de grands cris de joie, abaissa le pavillon hellénique. On ne tomba pas d'accord sur l'érection du pavillon ottoman, et l'on arbora celui de Jérusalem, et dès ce moment on cessa toute communication avec moi.

Personne ne m'approchait plus, excepté i-I'éparque et quelques autres, et encore

90 tA GUERRE DE l'iNDÉPENDANCE

secrètement et avec crainte. Je résolus de partir, mais les habitants de Santoriii avaient pris leurs mesures, et ne m'en avaient pas laissé le moyen. Enfin vers minuit les hommes de mon entourage, me préparèrent une barque, à bord de laquelle, je partis quelques instants après. Les habitants de Santoriu avertis de ma fuite, envoyèrent deux barques avec 80 hommes d'armes, qui m'arrêtèrent, et me conduisirent au village appelé Epano Méria. Ils me dirent qu'ils avaient reçu l'ordre de me garder. Ils eurent pour moi, d'ailleurs, toute sorte d'égards.

Deux mois auparavant, outre le vaisseau de guerre, j'avais sous mes ordres un brigantin commandé par le brave céphaîlène Béréris, et monté par 40 autres céphallènes d'élite, matelots et soldats. Ce petit bâtiment avait été envoyé àAmorgos avec des documents officiels, et on attendait son retour à Santorin, au moment oii se passaient ces événements. Cependant d'EpANo Méria on me dirigea à la pointe du jour vers l'école, que j'avais fondée depuis peu de temps.

et où le maître me reçut en tremblant.

Au lever du soleil, je convoquai les primats de ce quartier, et je leur demandai i qu'ils voulaient de moi, puisqu'ils m'a- I vaient fait arrêter comme un malfaiteur, I et me retenaient ainsi eu prison. Ils ré- I pondirent avec trouble, que mon arrestai tion était l'œuvre du peuple de Santorin, . et non des primats, et que le peuple devait s'assembler, pour me renseigner à ce sujet.

[ Ne comprenant rien à cette réponse, je ' demandai une explication plus claire, I mais ils partirent, donnant ordre à leurs I hommes d'armes de ne pas me laisser f sortir de l'école. En ce moment arriva un I facteur de la poste, apportant une lettre L pour Logothétis, un des primats de l'île.

Ijela lui enlevai des mains, et je lus ce r qui suit :

« Vous avezbien fait d'arrêter Constan- I tin Métaxas, car les vaisseaux de Moham- I med-Ali naviguent très près de notre île, [ En livrant Métaxas aux Turcs, notre patrie ■ peut être sauvée, et nous paraîtrons de E fidèles RAïAS. Nous en avons donné avis [aux autres primats de l'île et aux Latins, [afin que nous nous assemblions tous à

LA GUERRE DE L INDiPENDANCS

Epano Mèbia pour délibérer sur ce que nous aurons à faire. » — Cette lettre paraissait écrite de Mérévigli, et portait les signatures des primats de ce pays. A cette lecture, je désespérai complètement de mon sort. Je fis appeler immédiatement Logothétis, qui vint ii l'école, et se fâcha contre le facteur de la poste, qui m'avait remis la lettre, puis il la prit et se retira, sans vouloir m'adresser la parole.

Ainsi s'écoulait lentement ce jour néfaste, lorsqu'à près-midi arriva h Santorin le brigantin que j'attendais d'Araorgos. Il - aborda du côté d'EpANO Méhh, car le capitaine avait été averti de ma présence en cetendroit. Hn apercevant le navire, les habitants de Santorin accoururent seposter sur les hauteurs voisines, et ne permirent qu'au capitaine de débarquer. Je le vis tout-à-coup venir à l'École pour me remettre les dépèches d'Amorgos ; mais me voyant entouré d'hommes armés, comme un prisonnier, il n'osa me rien dire. Cependant ayant Iules dépêches, je feignis du mécontentement, et lui dis qu'on m'écrivait d'.\morgos, que lui et son équipage avaient occasionné des dé-

sordres. Béréris étonné me demanda :

«Quels désordres?» Je lui dis alors, de s'approcher, pour que je lui lusse la lettre. Les gardiens, trompés sur mes intentions, ne l'empêchèrent pas. Feignant de lire, je dis à voix basse : « On m'a arrêté, on a conduit ici, on me retient, et on me livrera aux Turcs; faites ce que vous pourrez, pour me sauver. » Béréris comprit ma position, et, feignant à son tour, i! me répondit qu'il ne fallait pas croire à tout ce ; qu'on m'écrivait, et, partit comme s'il eût L été mécontent de moi. Resté seul j'attendis avec l'espoir que les Céphallènes accourrussent bientôt à mon secours. Une heureaprès,Bérérissortitdubrigan tin avec 40 Céphallènes. Les habitants deSantorin [ accoururent pour les repousser, mais les Céphallènes, se précipitèrent contre eux, I franchirent lenrs retranchements etentrè- Irent dans Epano Méria. Les habitants de r Santorin, saisis de terreur, n'osèrent même I pas tirer sur eux. D'une fenêtre de l'Ecole k dès que je vis s'approcher les libérateurs \ je sortis, craignant quj mes gardiens ne f fermassent les portes. Mes compatriotes, i leur arrivée m'entourèrent se tenant

LA GUERRE DE l'iNDËFENDANCE

prêts à faire feu. Alors il s'éleva un grand bruit et des cris, surtout chez les femmes. LesCéphallènes annoncèrent que, si quelqu'un faisait feu contr'eux, ils déchargeraient immédiatement leurs armes contre tout le monde indistinctement, femmes et enfants. Voyant la résolution de mes soldats, les primais de l'île. Logothétis a leur tête, s'entremirent pour empêcher l'effusion du sang. Je dis à Logothétis d'approcher, et le saisissant, je pris en même temps l'épée de Béréris, puis je fis comprendre au peuple et aux primats qu'à la moindre opposition, contre mon départ, je tuerais Logothétis lepremier. — Acette vue, les habitants de Santorin, pris de crainte, nous laissèrent partir, sans nous importuner davantage. J'échappai ainsi à la mort cruelle que me réservaient ces traîtres en me livrant aux Turcs.

La flotte égyptienne s'étant approchée ensuite, grâce au calme, très près de l'île, les vice-consuls des puissances étrangères rendirent visite à l'amiral de Mohammed- Ali et lui remirent de riches présents.

Discordes entre le Sénat Péloponésien, Colocotronisetle gouvernement. — Délégation envoyée à Colocotronis ; elle lui propose l'union. — Il repousse ces propositions. — Mon retour k la mer Egée. — La flotte Turque devant Séripho. — Mesures prises en cas de débarquement turc.

- Le brigand Balis tyrannise les habitants

d'Andros.

De .

lelle manière il est

pris. — Les commissaires à Samos. — Mon départ de Samos. — Tempête. — Je me réfugie à Milo, où je trouve l'amiral de Rigny.

En quittant Santorin je me dirigeai vers Hydra, et de là aux Moulins de Lerne en face de Nauplie, où se trouvait le gouver-

1)6 LA I.UERRE Dt LINOtP.MJANCE

nement. Là j'appris les événements du Péloponèse, entr'autres la bataille de Dervénakia, où fut presque totalement détruite l'armée de Drama- AH, mais enmême temps j'eus la douleur de connaître les discordes qui régnaient entre les capitaines et les primats du Péloponèse ; discordes qui auraient infailliblement amené la guerre civile, si l'invasion de l'ennemi commun ne les eût dissipées. 11 y eut aussi des tiraillements entre le Sénat péloponésien dévoué à Colocotroni et le gouvernement central. Un grand nombre de Grecs s'interposèrent, afin que le Sénat péloponésien s'unit avec le Pouvoir Législatif; les uns désiraient sincèrement cette union afin de faire cesser le mal, mais d'autres y mettaient obstacle dans un intérêt privé.

On réussit cependant à établir une commission de trois membres qui devait être envoyée a Colocotronis pour lui dire ce qu'il devait faire en faveur de l'union. On cboisit : Chrissospathis, pour représenter les Laçons ; S. Papalexopoulos, pour les Péloponésiens; et moi, pour le gouvernement.

Malheureusementen confiant à un Iraitre

DE LA GSËCE

I lesoin de nous procurerdes montures pour , le voyage, nous faillîmes être assassinés les Turcs. Pour aller des Moulins à I Argos, nous ne trouvâmes pas de chevaux, lous fûmes obligés de passer la nuit dans ' cette ville déserte, où nous restâmes jus- I qu'au lendemain à midi. Ce retard était I prémédité, pour que le Sénat, prévenu de notre mission,pûtladevancer, et envoyer à Colocotronisun exprès quiluipersuadâtde nepas accepter les propositions d'union .Cependant l'armée de Drania-Ali avait campé ' à Corinthe, et Colocotronis, assiégeait les I Turcs près de Soli. Les habitants de Naor plie occupaient !a plaine d'Argos, et 5or- I talent chaque jour pour transporter dans T leur ville, des vivres dont ils s'approvision- \ naient dans les villages des environs.

Suivis de trois soldats, nous sortîmes [ d'Argos, et nous rencontrâmes suria route '- de Coutsopodi, cinq cavaliers Turcs. A leur ' vue nous nous postâmes derrière nn tas de pierres. Les cavaliers venaient contre nous, 1 criant en Turc : Kripyj^a, ne craignez pas! I Je proposai que l'on ne tirât pas, car sion I les eût manques, les Turcs nous eussent I tués. Nous tînmes tous les armes levées

contr'eux, et Chryssospathis leur dit en turc de ne pas avancer. A la vue du danger ils reculèrent. Nous pûmes ainsi continuer notre route et aller coucher dans le petit bois qui fait face ducôté de Saint-Georges.

Trois jours après notre départ, nous parvînmesaucamp de Colocotronis, ouGîannocapoulos, envoyé du Sénat, arrivait en même temps que nous, Colocotronis était ' un soldat brave et généreux, mais il avait de nombreuses faiblesses, et surtout un dévouement exagéré aux intérêts du Péloponèse, qu'il aurait voulu séparer de ceux du reste de la Grèce. D'abord il s'entretint eu particulier avec l'envoyé du Sénat, puis il nous reçut. Nous lui annonçâmes le but de notre mission en lui remettant le document du gouvernement. Malgré tous nos efforts nous ne pûmes lui persuader d'accepter la proposition d'union. Il n'y était pas contraire, mais il voulait laisser les choses dans l'état où elles étaient. Après l'entière destruction des Turcs, il y aurait disait-il une nouvelle assemblée nationale et alors on prendrait des mesures décisives touchant le gouvernement central et son personnel. Dans un entretien particu-

DE LA GKËCE

lier quej'eus ensuite avec Colocotronis, je tentai encore mais envain de le convaincre.

Notre mission ayant donc échoué, nous retournâmes aux Moulins, où nous fîmes notre rapport au gouvernement.

A la fin d'août des lettres de la communauté d'Hydra et de Spetsia annoncèrent quelesflottes égyptienneet turque avaient fait leur jonction et se préparaient à attaquer les îles et à ravitaillerNauplie et qu'il était nécessaire que la flotte hellénique se mette en mouvement. Maispourcela il fallait de l'argent et le gouvernement devait persuader Constantin Métaxas de retourner aux îles. Le gouvernement chercha à me convaincre de retourner au plus tôt dans les îles, pour y percevoir les dîmes, sans lesquelles aucun mouvement maritime n'était possible, et il mît tout en œuvre pour me persuader de partir.

Me souvenant des événements de Santorin, je commençai par refuser obstinément mais je fus contraint d'accepter, par lesprièresdesunsetparla triste position du pays. En retour, le gouvernement me permit d'arrêter les auteurs des machinations ourdies contre moi à Santorin. Je partis

avec deux Commissaires, et Hatzis Scandai! de Psara. et nous recommençâmes notre tournée par Tile de Nasos.

Cette seconde mission avait trait à l'organisation administrative et à la perception des dîmes, qui avait déjà commencé, sous la direction des éparques, dans plusieurs iles. Pourla facilité et la promptitude de nos opérations, nous résolûmes de nous diviser ; deux de nous allèrent à Paros ; Ghinis et moi allâmes à Siphnos, Séripho et autres îles voisines.

Nos opérations étant terminées à Siphnos, nous étions passés à Séripho, lorsqu'à la fin de septembre, la flotte ennemie se montra près de cette île. Elle n'avait pu ravitailler Nauplie, avait échoué dans son attaque contre les îles d'Hydra et de Spetsia, et s'en retournait sans avoir pu rien faire. I! régnait un calme complet et les courants portaientunepartie des vaisseaux de la flotte tout près de Séripho, Les habitants de cette île, crurent que les Turcs venaient attaquer leur île pour retrouver Constantin Métaxas. Alors, comme les habitants de Santorin, ils tentèrent toute sorte de machinations, pour me prendre et me

livrer aux Turcs. Mais, prévenu h temps de leur dessein, je réunis immédiatement 50 hommes de ma garde et de l'équipage de la goélette que j'avais sous mes ordres ; et, déployant le pavillon hellénique, je sortis de la ville,exhortantlesSériphiotesà me suivre pour repousser l'ennemi, s'il tentait de déharqner. Entraînée par cet acte de résolution, la jeunesse se joignit à nous, et je me trouvai à la tête de 150 hommes, que je divisai en trois corps. J'en I plaçai deux sous des chefs de mon choix, I et je pris moi même le commandemenl du troisième. Nous occupâmes les hauteurs près de la plage, pour mieux observer les manœuvres de la flotte ennemie. Quoique convaincu que les Turcsn'avaientpasl'intention de débarquer, je dus néanmoins prendre des mesures en conséquence, de peur que les Sériphiotes, épouvantés n'annonçassent aux Turcs que je me trouvais dans. leur île, et ne me livrassent à eux. Néanmoins une goélette turques'étantapprochéedel'ile, envoya une barque à terre.

Quelques hommes en sortirent, j'ordonnai aussitôt qu'on fit feu sur eux, et ils retournèrent précipitamment îi leur canot:

quelques-uns même tombèrent à la mer.

La flotte demeura indifférente à ce mouvemant, et, à cause du calme qui régnait ne bougea pas ; nous restâmes aussi à notre poste, jusqu'après midi. A cette heure un vent favorable souffla et les vaisseaux partirent toutes voiles déployées.

L'enthousiasme des Sériphiotes était amusant. En revenant à lavîlle, ils annonçaient pompeusement qu'ils avaient combattu et vaincu les Turcs et leur flotte. Je profitai de cette occasion et me fis payer immédiatement les dîmes; puis ayant organisé la DÉMOGÉRONTiE, je partis.

DeSéripho je passai ii Kythnos et à Kéa, et ensuite à Tinos. J'y rencontrai mes collègues avec le vaisseau de guerre, k bord duquel se trouvait Lycurgue Logothétis, que le gouvernement nous avait livré, a!in de le transporter à Samos et de faire une sérieuse enquête sur les persécutions que les Chiotes avaient souffertes à cause de lui. 11 paraît que Logothétis, s'étant entendu avec certains Chiotes, et ayant recruté des soldats Samiens, avait abordé à Chio pour y soulever cette île; mais, la flotte turque ayant paru, il avait repris ses

partisans à son bord, et s'en était retourné à Samos. Par sa folle conduite, il fut donc le principal auteur du pillage et du massacre de Chio, et de l'esclavage de ses habitants. Tels étaient les chefs d'accusation, que le gouvernement me chargea en particulier d'examiner.

Mais tandis que je me trouvais â Tinos, l'éparque d'Andros m'annonça qu'un habitant de cette ile, nommé Bail, ayant recruté plus de 300 Andriotes, sous prétexte de porter les armes à Karisto, dévastait l'ile et forçait les primats, ainsi que l'éparque, à s'enfermer dans la ville de Castro. L'éparque demandait le secours immédiat des commissaires ; j'envoyai mes collègues à Santorin,pourypercevoir les dîmes et arrêter les principaux auteurs des machinations dirigées contre moi, et nous décidâmes d'un commun accord que, dès que nous aurions terminé notre mission, nous passerions à Samos. De mon côté, je me rendis à Andros avec Hatzis Scandali.

Dans les premiers jours de novembre, commelevent soufflait furieux, j'ordonnai au capitaine de me débarquer à .\ndros

près d'un petit monastère, et d'entrer dans le port avec le vaisseau. Bali, qui se trouvait au village d'EpANO-CASTRO. à deux heures de distance du Monastère, accourut aussitôt avec environ 130 hommes, sans doute dans l'intention de m'arrêter. Mais, usant de feinte, je le reçus avec hienveillance, je le remerciai d'être venu ainsi au devant de moi, et lui demandai s'il m'amenait des chevaux. Interdit par mes paroles, il se montrapourmoi plein d'égards; ordonna k ses hommes d'armes d'amener des montures, et se plaignit de l'éparque etdes primats, disant qu'ils le persécutaient tandis qu'il avait recruté des soldats pour la garde du pays, et la défense de Karisto.

Je louai hautement son action, puis je partis pour Epano-Castro, oii je fus informé de ses violences et de ses abus.

J'allai ensuite à Castro où l'éparque, les primats et l'évéque m'énumérèrent, en les prouvant, les actions répréhensibles de Bali.

Comme je n'avais pas de forces suffisantes à opposer aux siennes, je lui écrivis que j'étais prêt à lui fournir les moyens de transportpour Karisto et quejelui accor-

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dais un délai de huit jours pour se préparer. Si après cela il persistait encore à rester dans l'île, où les forces militaires étaient inutiles, je me verrais obligé de croire aux accusations portées contre lui.

Bali n'accepta pas ces propositions; il demanda un délai de trois mois, pendant lesquels il serait nourri et payé par les habitants, et il promit de partir au printemps. Comprenant ses intentions, j'écrivis à la communauté de Psara, qui m'envoya un vaisseau avec loo matelots. Je fis savoir en outre aux parents des partisans de Bali, que, si dans huit jours ceux qui se trouvaient avec lui n'étaient pas rentrés dans leurs foyers, on prendrait contre eux des mesures sévères, tandis que ceux qui se montreraient obéissantsne seraient point inquiétés.

Le résultat de ces mesures fut heureux.

En deux jours Bali fut abandonné du plus grand nombre de ses partisans. Pendant ce temps, le vaisseau psariote, était arrivé ; je joignis les matelots qu'il portait à ceux de la goélette, et je marchais contre Bali, réfugié dans la partie d'Andros qui fait face à Tinos. Dès qu'ils nous virent, ses

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