‹ Souvenirs de la Haute-AlbanieChapitre 20 sur 57 · Farlati, vol., VU p · texte numérisé non relu

Farlati, vol., VU p

d'hui à disparaître rapidement, ce rêve d'une femme et d'une reine se dissout peu à peu, chaque année, dans les eaux boueuses d'un fleuve, sous le sombre feuillage des énormes micocouliers, dont l'ombre semble s'efforcer de dérober aux regards cette triste fin, lamentable liquéfaction par lambeaux, à laquelle assistent seuls les corbeaux au funèbre plumage et des hérons silencieux et juchés dans leurs nids construits sur la cime des arbres.

Sciassi,

A trois heures de Scutari, le voyageur qui se rend à Antivari par la route de terre, aperçoit sur sa gauche une colline rocheuse d'un gris triste; à son sommet se profilent quelques ruines qui semblent s'efforcer de s'élever au-dessus des grenadiers sauvages, ce sont les débris de l'ancienne Svakia ou Sfakia qu'on appelle indifféremment actuellement Sciassi et Châssi.

Je n'ai rien pu trouver sur l'origine de cette ville, peu importante d'après les restes delà citadelle, mais d'une grande piété à en juger par les églises qu'on y retrouve encore. On m'avait affirmé que j'en pourrais compter trois cent soixante-six, ce qui m'avait décidé à m'y rendre; n'eussentelles été que des chapelles, le voyage en valait la peine ; j'en ai trouvé six incontestables sur un espace ne mesurant pas plus de 500 mètres de longueur; toutes sont orientées Est- Ouest, l'abside à l'Est. Trois d'entre elles se touchent presque. La plus intéressante, comme importance et travail, est celle connue dans le pays sous le nom d'église de la Vierge ; la position de deux nimbes que j'aperçois dans les restes de la fresque qui surmontait la porte, permet de penser que

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dise était en eiïet dédiée à la Madone de Scutari.

Eglise de la Madone de Scutari à Scia:

Le style de l'édifice, qui mesure 22 mètres de long sur 7 de large, est de beaucoup plus élégant que celui des autres

ruines que j'ai visitées; au-dessus de la porte et sur les montants, quelques têtes en pierre sculptée ; dans la muraille de gauche encore debout, un bénitier en pierre ; toutes les peintures des murs ont disparu, il ne reste que des fragments d'enduit coloré. Quatre saints de grandeur naturelle occupaient le fond de l'abside voûtée, un d'entre eux dont il ne reste qu'une longue et belle barbe blanche et les riches habits sacerdotaux, le livre des Evangiles dans la main gauche, avec sa droite levée, donne une bénédiction qui s'impose depuis neuf siècles, elle ne tombe pas inutile, une sépulture assez récente la recueille : on me dit qu'une famille résidant assez loin, la seule maison catholique dans cette contrée musulmane, quelques descendants peut-être des anciens habitants, a conservé la pieuse habitude d'apporter dans cette ruine ceux de ses membres qu'elle perd.

Sur le côté gauche de la porte je relève l'inscription suivante :

HIC^ REQVIESCIT. EP. MAUCVS^ BO/E : MEMORl/E. A. MCCLXII

Un peu à gauche en dessous, sur une autre pierre :

HIC. REQVIESCIT EPISCOPVS PETHVS.

Peut-être parmi les débris dont le sol est couvert, retrouverait-on d'autres noms. La nomination du premier évêque de Sfakiadate de l'an 877. En 1330, le Pape Clément VII, en

i. Probablement ce sixième évoque de Sciassi, dont Farlati ignorait le nom, mais qu'il mentionne comme nommé évoque de cette ville en 1230.

nommant celui qui devait être le dernier évêque de Sfakia, lui enjoignait de résider dans son diocèse ; quelques années plus tard, la ville tombait au pouvoir des musulmans.

Dans la citadelle, qui avait deux portes, Tune à FEst l'autre à rOuest, dont il ne reste que les montants et quelques tours éventrées ou écroulées en partie, se trouve TEglise de Saint-Jean, de dimensions plus petites, moins élégante que laprécédente ; les peintures ont disparu, il n'y a d'intéressant que le tronc du clocher carré qui était attenant à l'abside et communiquait par une porte avec l'intérieur de l'église: disposition que je n'ai pas encore vue dans cette contrée. Une séparation en pierre, d'un mètre de hauteur environ, isolait les officiants des fidèles ; adroite, en dessous de cette barrière, j'aperçois le linteau d'une porte qui devait conduire sous le chœur, quelque crypte probablement ; il faur drait au moins une journée pour déblayer cette ouverture, la permission du gouvernement et beaucoup de monde, il n'y faut pas songer. Que trouverait-on du reste ? peu de chose, rien probablement, car en 1610 Marinus Bizzius, archevêque d'Antivari, après avoir visité les églises de l'Albanie, vint à Sciassi et signale dans son rapport l'état misérable de la ville qui ne renfermait plus que peu de catholiques. Quant à la cathédrale de San Giovanni, vaste et spacieuse, dit-il, elle est dans le plus mauvais état et n'a pas de baptistère. La ville était déjà du reste depuis quarante ans tombée entre les mains des Turcs.

Les habitants du village sont tous musulmans ; dans la plupart de leurs maisons, construites avec les débris de l'ancienne ville, j'aperçois souvent des pierres travaillées. Ils m'affirment n'avoir jamais rien trouvé dans leurs recherches et n'avoir pas été plus heureux que les autorités qui, 11

y aune vingtaine d'années, avaient commencé des fouilles en dehors de l'Eglise de la Vierge.

Le récit de leurs mécomptes plus ou moins réels avait de nouveau attiré notre attention vers la colline et ses ruines qui se profilaient dans le lointain ; saura-t-on jamais leur histoire, les motifs de leur présence sur cette colline aride et fiévreuse par suite du voisinage du lac auquel elle donne son nom? N'était-ce pas une de ces villes dont on trouve de temps à autre quelque rarissime monnaie sans pouvoir en déterminer l'emplacement exact?Dans quelles circonstances et pourquoi avait-elle été si totalement détruite, cette cité qui pendant sept siècles avait eu sa série d'évêques? Nous nous posions ces questions, quand, du point où nous étions, dans l'air, une étrange vision s'offre à nos regards : sur cette colline calcinée par le soleil, dans cette atmosphère en ébuUition, une croix semble dressée sur l'emplacement de l'église de la Vierge, effet d'optique produit par des pans de murailles en ruines diversement orientés ; elle flambe dans le ciel d'un bleu intense, sousles rayons du soleil suffisamment bas, le pied de la colline est déjà noyé dans des ombres violettes d'une transparence infinie. Il faut songer à partir, nous nous retournons pour contempler encore ce symbole de la Foi. Quelques pas de nos chevaux ont suffi pour faire évanouir cette vision, j'allais dire cette apparition qui semblait la réponse à nos doutes et à notre ignorance.

Gaëiani.

A une heure de Scutari, sur le sommet de l'une des montagnes rocheuses qui entourent la vallée de Renzi, à une altitude de 200 mètres, un large pan de mur courant

de l'Est à l'Ouest, se prolonge sur une longueur d'environ 50 mètres. Formé de blocs de pierres grises non taillées, provenant de la montagne elle-même, placées les unes sur les autres sans rien pour les joindre, mesurant parfois près d'un mètre cube, cette défense fait face à l'entrée de la vallée dans la plaine ; elle a encore deux mètres de haut sur cinq de large, une ouverture de deux mètres entre deux montants de pierre taillée; rien de plus dans cette ruine connue dans le pays sous le nom de château de Gaëtani et qui paraît être les restes de quelque muraille pélasgique.

En dedans, le sol est couvert de débris de poteries, d'éboulis de pierres de la muraille; trois gardiens de chèvres m'apportent différents objets trouvés par eux sur le sol ou sur les flancs de la montagne après les grandes pluies, morceaux de fibules en bronze, clefs de même métal, la pointe d'une flèche en fer, des restes d'amphores, quelques cols de vases en terre peu ornés, bibelots sans intérêt, à l'exception d'un lot de monnaies renfermant une pièce en argent d'Apollonîa et une vingtaine de monnaies autonomes de Scodra en bronze . Une seule , assez bonne , porte à l'avers la tê te de Jupiter à droite, au revers une barque à la proue et la poupe également relevées avec la légende SKOAPIINÛN en deux lignes dans le champ et dessous TATO. Fait assez curieux, alors qu'on n'en trouve pas à Scutari, ces monnaies se trouvent très fréquemment en cet endroit ; quant aux autres pièces, ce n'étaient que des byzantines communes.

Peut-être suis-je en présence d'une de ces villes des premiers temps de la Grèce, connue seulement par leurs monnaies et dont on ignore encore l'emplacement ; peut-être aussi une ville aux coins inconnus. Je serais d'autant plus porté à le supposer, que quatre ou cinq pièces autonomes en

bronze de modules différents, mais de revers identiques, qui m'avaient été apportées de cet endroit ne figurent dans aucun des ouvrages que je possède sur cette matière *. Deux ou trois journées de travail permettraient peut-être démettre à jour quelques documents probants ; il ne faut pas hélas y songer : les autorités impériales ne le permettent pas. Malheur à qui est soupçonné d'avoir voulu fouiller le sol ou même d'avoir ramassé ce que la terre moins jalouse, met parfois à sa portée; mis en prison comme un voleur et parfois exilé quand on l'apprend, il est ruiné de toute façon; aussi ce qu'il trouve est mystérieusement porté chez les bijoutiers si c'est un objet d'or ou d'argent, eux-mêmes se hâtent de le passer au creuset. Si l'objet est difficile à dissimuler, il est détruit ou enterré à nouveau. Ainsi l'ombre se fait plus épaisse.

Masreco

A deux heures de Scutari, perdus au milieu d'une puissante végétation, se trouvent les restes d'une tour et à quelques mètres sur la déclivité de la montagne une petite chapelle en ruines. Cette tour carrée est de grande dimension, le liston qui l'entoure rappelle l'époque de celui que j'avais vu sur le campanile de l'abbaye de Rasci (S. Jean des Fougères) ; de nombreux fragments de sculptures témoignent de la richesse de l'établissement qui, très vraisemblablement, devait être l'abbaye des Bénédictins dont il est parlé par quelques anciens écrivains religieux sous le nom d'abbaye

1. Téle de Jupiter à gauche, au revers massue et parfaitement lisible la légende KAAAIINOS. Autre type, pièce plus petite, même tète à droite, au revers navire, dans le champ KAAAHN...

La ruine de Masreco.

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de Santa Sophia, mentionnée comme peu distante de Scutari. Impossible de rien apprendre de plus dans le pays ; celte ruine, connue sous le nom de ruine de Masreco ou ruine deNeuSati, n'a aucune légende, elle reste ignorée . Rien, diton, n'a été trouvé dans les environs ou lesdécombres, aucune inscription importante ou probante. A-t-on sérieusement cherché à lui demander son secret, j'en doute, peut-être estil préférable qu'il en soit ainsi : ce qui reste enseveli n'est pas irrévocablement perdu, le fanatisme musulman ne le détruira pas, ainsi qu'il le fait pour tout ce qui se trouve à sa portée. Je recopie, avant de quitter la ruine, une inscription tronquée et les sculptures de quelques pierres relevées au hasard dans les débris qui couvrent le sol; peut-être un jour ces croquis hâtivement faits pourront-ils être utilisés par celui qui étudiera la sculpture religieuse en Albanie vers le x' siècle .

Vadeîis Dagnum

Deux heures de cheval suffisent pour atteindre ce village habité surtout par des musulmans ; sur sa gauche, au pied de la montagne, dont elle n'est distante que de quelques mètres, se trouve la chapelle de la madone de Dagno. Ce petit édifice, neuf mètres sur sept, est intéressant par son aspect et le souvenir qui s'y rattache. Il aurait été élevé par Iskender Bey ou Scanderbeg, à la suite d'une victoire remportée par lui sur les armées vénitiennes.

Construit en pierres blanches et rouges bien taillées, avec la décoration extérieure de ses murs, sa rosace du fronton, ses fenêtres aux montants sculptés et son abside, dans un étroit cimetière, noyé dans l'ombre des arbres dont le feuillage laisse a peine apercevoir le fond gris bleu des

pierres de la montagne, ce petit sanctuaire produit une impression profonde ; quelque grossières et maladroites qu'aient été les réparations, il fautêtre reconnaissant à ceux

Chapelle de la Madone de Dagno.

qui ont eu l'heureuse et tardive pensée d'empêcher sa destruction totale ; trop tard hélas, ils les ont entreprises, car ils ont laissé le temps aux ennemis des images d'accomplir leur triste besogne.

Combien il est délabré l'intérieur, qui était entièrement, voftteet murailles, recouvert de peintures ; les débris qui en restent augmentent mes regrets. Pas une figure, pas une main, qui n'aient été martelées avec un stupide acharnement. D'un saint Georges qui combattait à gauche, on ne voit plus qu'un torse cuirassé sur un fougueux cheval à la queue curieusement tressée, aux caparaçons rutilants ; c'est la meilleure pièce ; des autres saints personnages il ne reste que des lambeaux de vêtements, des tronçons de nimbes et, de loin en loin dans le champ, quelques-unes des lettres qui composaient leurs noms ; il en est de même des si curieux dessins qui formaient les encadrements et dont les fragments sont trop peu importants pour donner une idée de l'ensemble de l'ornementation où dominaient le jaune pâle, le noir, le brun rouge et le bleu. On y célèbre de temps à autre la messe pour les quelques catholiques qui résident dans cet endroit.

Pas une inscription à relever, rien : l'oubli profond, absolu, accablant, dans ce cimetière ; seule une pierre qu'il faut fouler pour pénétrer dans la chapelle indique que son desservant, qui cependant habitait un village de l'autre côté de cette plaine où le nombre des catholiques est plus important, est resté fidèle à l'antique sanctuaire ; comme ceux qui, avec la plus touchante humilité, demandaient autrefois à être ensevelis devant Thuis de TEglise, afin d être conculqués de tous les entrants, il attend Theure du suprême appel, au milieu des quelques paroissiens dont il avait été le pasteur.

A quelques pas en arrière de la chapelle, j'aperçois une sorte de caveau voûté recouvrant une tombe. Dans cet endroit, dit la chronique, un prince albanais a passé pendant

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plusieurs années ses nuits en prières, il se réfugiait durant ie jour dans une grotte située non loin de là, sur le flanc de la montagne. Une fois par an, à la Saint-Nicolas,on y célèbre la messe.

Ilfautquitler ce lieu plein d'ombre pour escalader les rochers qui hérissent le Malu Markut (la montagne de Marc)

Forteresse de Dagnc

et gagner le sommet où je dois trouver l'ancienne Dagnum aujourd'hui Dagno. La ville occupait tout le plateau, elle était peu importante à en juger par ie tracé des murailles qui sont à fleur de terre, il reste encore une citerne en partie comblée parlesgardiensdesclièvres qui viennentpaître sur la montagne ; après la recherche infructueusede quelque souvenir concernant cette ville dont Skanderbegne put s'emparer

et don t le dernier évêque f utun compatriote* , nous allons jeter un regard sur la chapelle de Saint-Marc située au-dessous de l'ancienne ville, sur ce plateau rocheux, reconstruite en pierres grossières, badigeonnée à la chaux, au milieu des décombres de la citadelle et des quartiers de roches, loin de toute habitation, elle n'offrirait aucun intérêt si l'on n'était ému de la foi robuste qui y amène les fidèles une fois pajr an, le 25 avril, pour y prier et de la persistance avec laquelle ils continuent à y apporter leurs morts, au prix d'une pénible ascension. Le peu de terre qu'on trouve dans les intervalles qui séparent les blocs de rochers est envahi par eux autour de la chapelle; bercés par le sifflement du vent, ils dorment leur dernier sommeil en plein ciel, aucun des bruits de la terre ne monte jusqu'à eux ; de temps à autre seulement et silencieuse comme une caresse qui craint de les réveiller, l'ombre d'un vautour glisse bleutée sur leur tombe ; ils ne seront troublés que le jour de la fête du patron de la grande république maritime, quand on célèbre le service divin. Le lieu de leur dernier repos ressemble bien peu au petit cimetière clos de murs et ombreux que nous avions auparavant visité ; il a cependant plus de grandeur et sa sauvagerie plaît.

Sarcla.

Sur la rive orientale du Drin, non loin de l'endroit où il débouche dans la grande plaine de la Zadrima, qui conduit un de ses bras à la mer, sur la croupe d'une haute colline qui s'avance en presqu'île dans le fleuve, se trouvent les débris

J. Guillaume Agiéton, mort en 1520; appartenait à Tordre des Dominicains, il avait été évêque en Angleterre avant de venir à Dagnum.

de l'antique Sarda, mentionnée par Etienne de Byzance '■Sïpàoî :to).:i; li^upta;" et d'autres géographes anciens'.

Peu à peu sa triple enceinte de murailles, quelques restes de tours et les diverses églises dont on voit les ruines, disparaîtront sous les véroniques, les grenadiers sauvages et

les arbustes de diverses essences qui se ruent à l'assaut. L'attaque est si vive, les rangs des assaillants si serrés que nous avons peine à nous frayer un chemin ; tout est solitude et désert, abandon absolu, aucune trace de vie: les habitants ont-ils été autrefois tous massacrés par tes Turcs quand ils s'emparèrent de la ville, avaient-ils disparu avant l'arrivée des envahisseurs? Les circonstances du désastre restent

1. Ptolémée Liv. Il en désigne I os habitants sous le nom de» Sardioto;» Strabon liv. VII, .1 Sardîaci », Pline, liv. III, Sanlialce.

ignorées. 11 semblerait que personne n'ait pu s'échapper pour venir après la tempête reconstituer une famille dans le voisinage de l'ancien foyer. C'est en vain que je cherche à apercevoir, dans cette intéressante et charmante vallée du Drin, quelque habitation, quelque trace de vie et cependant durant trois siècles la ville eut des évoques désignés sous le nom d'évêquesde Sarda et Zappa. Avec les pierres des ruines on a, il y aquelques années, élevé une longuebâtissesur l'emplacement de l'ancienne cathédrale qui était consacrée à la Nativitéde la Vierge* ; sur un fragment de pierre encastré au-dessus delà porte, quelques lettres en partie effacées, la date 1410 et des inscriptions indéchiffrables. L'édifice mesure une vingtaine de mètres en longueur: il n'a pas de fenêtres, une porte latérale et quelques trous dans les murs y laissent pénétrer des rayons de lumière qui donnent ça et là Tillusion d'étoiles ; l'autel est en pierres grossières, une croix faite de deux roseaux, une cloche détachée du collier d'un bœuf, rien de plus pour y célébrer la sainte messe, le service divin des humbles, celui des premiers temps du christianisme, alors que le calice était de bois et le prêtre d'or; probablement le desservant qui vient une fois par an apporte le reste avec lui ;pas de plafond, une charpente grossièrement équarrie supporte les tuiles du toit.

Partout le sol nu est jonché de tombes, plusieurs assez récentes; la mort en a pris possesion. Si on y prie une fois l'an on y vient toute l'année demander le repos, c'est le grand rendez-vous des douleurs. Sur chacune de ces tombes suivant l'usage montagnard, sont placées les branches qui ont servi à former le brancard sur lequel on a porté le mort;

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