‹ Souvenirs de la Haute-AlbanieChapitre 23 sur 57 · OROSCH · texte numérisé non relu

OROSCH

cile, dans les environs duquel on ne rencontre aucun vestige d'habitation? ils y vivaient dans la confian.ce en Dieu, entourés de pins aux sombres aiguilles et dont la hauteur atteint parfois 120 et 140 pieds. Quelle pieuse mission avaient-ils? à quelle tâche s'employaient-ils dans cet ascétère, au milieu de cette admirable solitude et devant ces grands horizons, questions que je me posais sans que mes guides, si aimables et si instruits des choses de cette contrée, aient pu jeter quelque lumière dans cette énigmatique obscurité.

Nous serions restés longtemps peut-être songeurs devant ce vide, où tout n'était plus que ruines, espérant en vain y voir flotter des fantômes, si notre attention n'avait été détournée par le spectacle du soleil disparaissant derrière les montagnes d'Antivari ; les ombres se forment peu à peu, les pierres de la cénobie où vécurent les Pères prennent des teintes plus indécises et plus tristes, on sent qu'elles vont disparaître, l'apparition que nous espérions n'aura pas lieu, au contraire l'obscurité s'épaissira, il faut y renoncer. La nuit va venir rapidement, surtout pour ceux qui descendent dans la vallée, quelques troupeaux de chèvres regagnent avec leurs conducteurs le plateau où ils passeront la nuit sous la garde des chiens, il paraît que depuis quelques nuits un ours rôde dans les environs.

Il faut songer au retour, la descente ne se peut faire qu'à pied, peu à peu nous nous enfonçons dans l'obscurité, on hâte le pas ; grâce à nos guides, nous arrivons à bon port, il est huit heures et demie, et c'est avec un réel plaisir qu'on retrouve table et lumière, et qu'il m'est possible de causer encore des Mîrdites et de leurs coutumes avec l'hôte aimable que je quitterai le lendemain.

L'église de Saint-Alexandre possède deux fort intéres*

tu SOUVENIRS DE LA HAUTE- AL BANIK.

sautes croix processionnelles du xv* siècle, faites de plaques d'argent repoussé.

L'une représente le Christ en croix, à droite et à gauche les bustes de la Vierge et de Marie-Magdeleine, au-dessus

Croix processionnelle de l'église de Saint-Alexandre à OrosrJi,

lagneau pascal, en bas une tète de mort sur un coussin ; l'autre face montre le Christ, la main droite levée pour bénir, le livre des Évangiles dans la gauche, à l'entour les symboles des quatre Évangélistes ; les nimbes du Christ et des symboles étaient ornés d'émaux bleus, sous les pieds du Christ, l'inscription suivante en dialecte vénitien :

OKOSCH. 145

1447. a. di. 7 Agosto questa crost

fecie fare Polo Dtikagin in

tempo di Pr. Sigeii Piro Ducha c

mi Adamovkï feci

1447. Le septième jour d'août le Seigneur Paul Dukagin , fait faire cette croix pendant le temps du porteur du

Épée byzantine Irouvée en Mirdilje.

sceau Pierre Ducha et moi Nicolas Adamovici l'ai travaillée.

Paolo Dukagin' était prince du territoire appelé Dukagin. 11 régna de 1444 à 1458. Bien que maltraitée par le temps, cette croix est un fort joli spécimen de l'art à cette époque'.

L'autre croix n'est pas moins curieuse, les deux sujets principaux sont le Christ en croix et la Vierge, la Panaghia byzantine assise et tenant son Divin Fils sur ses genoux, les autres types sont h peu près les mêmes, le travail est moins soigné mais elle semble plus ancienne que la précédente.

2. En 1896 un incendie se déclarait pendant la nuit dans l'églisi Saint-Alexandre etdêtruisaiL cet intéressant objet d'&rt, un reliquaire ei gent et d'autres précieux objets.

Il faut songer au retour, je ne prends pas sans regret congé de Mgr. Don Primo Dochi, son accueil a été de ceux qui ne s'oublient pas, Texcellent et si sympathique Don Domenico nous accompagne jusqu'à Mnéla et, au moment où je le quitte, me donne en souvenir une épée fort intéressante, d'jBtpparence byzantine, trouvée par lui il y a une vingtaine d'années dans un village de la Mirditie dont il était le curé.

LES MTRDITES.

(Mœurs et coutumes des montagnes.)

Il est bon qu'un homme laisse un fils qui le venge (Nestor à Télémaque, Odyssée, Rhapsodie lll).

Par leurs vêtements et leur aspect, les Mirdites diffèrent complètement des autres montagnards qu'on rencontre dans la Guégarie. Qui sont-ils "^ d'où viennent-ils ? Toutes les tribus ont des légendes, parfois une tradition pour expliquer leur nom ; l'origine de celui que portent ces anciens protégés de la France a été et sera probablement encore l'objet de plus d'une discussion. La plupart des écrivains en font une corruption d'un mot persan « Mardaïté » qui signifierait « Brave ». D'autre part « Mir daï » veut dire en albanais « Bien courageux ».

Selon les Mirdites, alors que les armées turque et serbe avaient pris le contact dans la plaine d'Amsel, les soldats musulmans, persuadés qu'un combat livré le vendredi leur serait néfaste, avaient demandé et allaient obtenir que l'attaque fût remise au jour suivant, quand le chef des Albanais qui faisait partie du conseil* protesta en s'écriant :

1. Suivant Hammer, liv. I., p. 283, un Georges Gastriota assistait au conseil de guerre tenu du côté des Serbes avant la bataille de Gossowo le

i48 SOUVENIRS DE LA HAUTE-ALBANIE.

<( Le jour est bon (en albanais Mir-dita) combattons. » Son opinion ayant prévalu, les Musulmans attaquèrent les Serbes et remportèrent une brillante mais douloureuse victoire, car la mort tragique du Sultan Amurat montra combien étaient fondées les appréhensions de ses soldats ; la guerre terminée, ces auxiliaires reçurent en souvenir de leur belle conduite le surnom de Mirdites, qui devint leur nom.

La bataille de Cossowo à laquelle font allusion les Mirdites, ayant eu lieu prés d'un siècle avant la conquête de FAlbanie par les musulmans, plusieurs écrivains ont cru devoir rejeter cette légende ; néanmoins, il a très bien pu arriver qu'un certain nombre de montagnards albanais, entraînés par l'esprit aventureux qui les a toujours distingués, aient pris du service dans les armées du Grand Seigneur en qualité de mercenaires, et que, revenus dans leur montagne, ils aient conservé ce surnom qui peu à peu s'est étendu à tout le clan. Rien n'indique, du reste, que les Mirdites aient été à cette époque cantonnés dans les montagnes qu'ils occupent actuellement dans la Haute-Albanie. A l'appui de cette opinion, je pourrais invoquer ce fait, que leur nom n'est pas mentionné dans l'histoire de Scanderbeg par Barletius qui donne la nomenclature des peuplades albanaises qui combattaient sous les ordres du héros; ils ne sont pas davantage désignés dans Franciscus Blancus qui écrivait en 1501, ni enfin dans Bolizza qui, en 1612, envoyait à Venise un rapport sur la Guégarie ; d'après les recherches que j'ai faites, ils semblent être venus postérieurement, provenant de la

H juin 1339. Sa présence dans les rangs des Serbes semble confirmer ce que Hopf dit de Torigine serbe de cette famille ; comment se fait-il que dans la généalogie de cette maison il ne fasse pas mention de ce Georges Castriota?

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