‹ Souvenirs de la Haute-AlbanieChapitre 31 sur 57 · ALESSIO. - DURAZZO · texte numérisé non relu

ALESSIO. - DURAZZO

et chercher à sortir son nom de la poussière dans laquelle il est entré, après une vie probablement bien agitée?

'Durazzo.

« Je suis arrivé à Dyrrachium, ville libre, agréable et voisine de ritalie » ; c'est en ces termes que, chassé de Rome par la loi Claudia, Cicéron annonçait à ses amis son arrivée dans sa nouvelle résidence.

La riche cité, par laquelle passaient les armées romaines qui se rendaient dans le Danube, qui au v° siècle était la métropole de TlUyrie avec vingt évoques suiTragants, d'où s'enfuit sans combattre le roi serbe Bodin, où Constantin Ducas trouva la mort en combattant contre Robert Guiscard suivi de sa courageuse compagne Sigelgaïte*, où vint naufrager Hugues le Grand, père de Philippe V\ roi de France, ne possède plus aujourd'hui que 4000 habitants; les tremblements de terre, des luttes incessantes pour la possession de cette porte de l'Orient ont détruit les temples et les beaux édifices de la patrie d'Anastasius I"; leurs débris ont été tour à tour employés par les Vénitiens et les Turcs à reconstruire les remparts, puis des maisons. Il fallait se hâter de se fortifier, on réparait les brèches avec ce qu'on avait sous la main. Que d'intéressants fragments de sculptures en marbre de différents styles et d'époques diverses on peut encore voir en suivant les murs de l'ancienne enceinte! Dans les rues, les murs des maisons, partout enfin, on retrouve des preuves de l'opulence et du degré de civilisation artistique de cette intéressante cité. Malheureuse-

1. C'est également à Dyrrachium qu'eut lieu le couronnement de Nicéphore de Brienne, en l^n 1077.

ment, aucune précaution n'a élé prise pour en empêcher la destruction ; des diverses inscriptions, plus ou moins mutilées, que j'ai relevées, une seule, d'assez bonne époque et à moitié enferrée était en bon état.

Non loin de là, dans la muraille, sur la partie exiérieure sont encastrés deux blocs de pierre grise de grandes dimen-

Bas-relief d&ns les remparts de Durazïo.

sions, provenant probablement de quelque arc de triomphe et surlesquels sontsculptés deux guerriers se combattant; les mouvements sont bons et certaines parties bien dessinées.

Ayant appris —car tout se sait au bout de quelques heures dans une petite ville d'Orient — que je m'intéressais aux antiquités qui pouvaient avoir été trouvées, plus d'un habitant est venu me prier de visiter sa maison. Je n'ai vu que des

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tèles de statues assez ordinaires et dont on s'exagérait la valeur ; le seul objet curieux consistait en un énorme bloc de beau marbre blanc mesurant i'',S(i en hauteur sur 60centimèlresde large et 50 d'épaisseur et représentant un homme allant à gauche et se retournant à droite, une coiffure conique sur la tête, soutenant des deux bras un bâton placé sur son épaule et sur lequel semble suspendu un énorme serpent ; devant lui, allant h gauche bondit un chien, dans le champ, entre les jambes les mots « ET T1B[ » qui me semblent d'une époque postérieure à la sculpture.

Rien de bien intéressant en fait de

monnaies, à l'exception de pièces d'argent do fabrication assez barbare frappées par les Balsa', qui pendant un siècle

{. Descendanls d'une de nos ancienne» familles provençales ; la maison de Baux, dont un membre venu à Naples au xii' siècle avec les Normands, s'y élablrt formant une souche napolitaine ; en <3JG, un BalsA vint en

Marbre trouvé à Durazzo.

environ ont joué un rôle important dans cette contrée comme [princes de la Zetta et ducs de Durazzo. Le type est uniforme : à Tavers saint Laurent, richement vêtu, la tête nimbée, tenant un encensoir dans la droite et dans la gauche le livre des Évangiles avec la légende « S. LAU- RENCIUS. M. » dans un double grènetis; au revers, un casque avec la couronne ducale surmontée d'une tête de loup lampée à gauche ; en dessous, la même tête dans un écu « D. GORGI. BALSA* ».

La moisson est insignifiante et cependant peu de villes dans cette contrée seraient aussi riches en monuments anti* ques que Durazzo ; il suffit d'en creuser à peine le sol pour planter ou construire et on trouve presque infailliblement des débris de ces temps disparus ; il s'en trouve parfois d'intéressants, d'après ce qui m'a été dit; mais leurs inventeurs, de crainte d'être inquiétés par les autorités, n'ont en général rien de plus pressé que de les détruire ou de les recouvrir quand leurs dimensions ne leur permettent pas de les cacher; avec un peu plus de tolérance et même quelques encouragements, il eût été facile au gouvernement impérial de constituer un intéressant musée dans quelques- Albanie qui faisait encore parlie de Tempire serbe et s'empara du pays appelé Zetta et ensuite de Scutari. Après le démembrement de Tempire slave, ils prirent le ti Ire de Princes qu'ils conservèrent jusqu'en 1421, époque à laquelle, comprenant qu'ils ne pouvaient résister à l'invasion musulmane, ils cédèrent leurs Etats à Venise; les possessions des Balsa étaient situées entre Alessio et Croïa. Le village de Balsa (Balisium) était à 12 milles de Scodra (.Scutari), 5 de Drivasto et 15 de Dagnum. Il existe en Roumanie une famille Balsh^Ralsu) dont les ancêtres, venus de Constanlinople, avaient occupé de très hauts emplois dans l'administration moldovalaque, à l'époque de la vassalité du nouveau royaume. Selon toute probabilité, ils proviennent de l'ancienne famille albanaise, dont le dernier prince avait été en rapports avec les Turcs (voir annexes).

1. D'après Ducange, les Baux portaient de gueules à l'étoile d*or.

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unes des salles de Timmense conak qu'il a construit avec les pierres prises dans les anciennes murailles, donnant l'exemple de la destruction, et dont plus d'une sans doute porte des sculptures ou des inscriptions sous l'horrible badigeon jaune dont elles sont recouvertes.

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TIRANA

En huit heures un bon cheval vous porte assez facilement de Durazzo à Tirana, si le terrain n'est pas détrempé; laissant sur la droite l'ancienne Petra où se réfugia le Sénat romain lors du conflit avec César^ le voyage s'effectue tout le temps en plaine, de temps à autre un petit bois. La contrée est très fertile, les récoltes ont bon air, les gens travaillent aux cliamps sans fusils, leur aspect est moins farouche ; j'aurais aimé voir leurs maisons, malheureusement je ne les ai pas rencontrées sur ma route. Cette belle plaine est peu peuplée, d'immenses terrains sans culture, pas de bras et surtout pas de routes [pour acheminer le riz et les autres céréales vers Durazzo, le port d'embarquement.

L'entrée de Tirana est charmante, les maisons des faubourgs et les beaux arbres des vastes jardins produisent la plus agréable impression ; on débouche sur une grande place où se trouvent la tour de l'horloge et la mosquée d'Hadji Ethem Bey.

Les mosquées de Tirana sont toutes recouvertes d'ornements et de peintures à la détrempe dont les vives couleurs produisent un heureux effet, quand le soleil les éclaire. Aucune des villes que j'ai vues en Albanie ne présente un

caractère aussi intéressant. Fondée par uq musulman*, elle est restée à peu de chose près ce qu'elle était il y a trois ou quatre siècles; on n'y sent pas comme dans les autres villes les transformations ou les adaptations; c'est la ville dans laquelle un musulman trouve ce qu'il recherche

toujours: l'eau, les fleurs, agriïable, où la vîi' peut importantct curieux, avec

les beaux fruits, un climat être facile. Son liazar est

ses maisons et ses galeries

Mosquée d'Hadji Ethem 6ey à Tirana.

en bois, ses caravansérails énormes, ses rues continuellement arrosées par des ruisseaux d'eau courante. On évalue à 25 000 âmes le chiffre de sa population.

A peine étais-je descendu dans le caravansérail où je comptais m'installer que M. Petrovici*, le directeur de la

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