‹ Souvenirs de la Haute-AlbanieChapitre 34 sur 57 · Chef de la communauté religieuse · texte numérisé non relu

Chef de la communauté religieuse

TIRANA. 195

ennemis qui alors ne manquaient pas ; des vainqueurs seuls et

des vainqueurs puissants pouvaient y créer une installation ; les musulmans y ont d'autant moins manqué, que, comme je

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le disais, le lieu offrait tout ce qui charme la vie de TOriental ; la ville est peu éloignée de la célèbre voie Egnatienne, qui mettait les Romains en communication avec Salonique par Elbassan (Albanopolis) et Ochrida. Ces plaines ont dû être traversées par Pompée fuyant devant César qui le poussait vers la Thessalie. Quand un enfant n'est pas sage, on lui dit à Tirana pour l'effrayer « Tais-toi ou j'appellerai Popé Roma ». Quanta l'histoire et l'origine de ce croquemitaine, je n'ai rien pu savoir de précis; d'aucuns veulent y voir la corruption de « Pompée le Romain ». De celui qui fit tant de bruit dans ces parages, se peut-il qu'il ne reste qu'un nom estropié, épouvantail posthume pour des enfants musulmans ?

Peut-être pourrait-on assez facilement retrouver des traces plus intéressantes du passage des Romains dans cette plaine où se heurtèrent les deux armées de ces ambitieux qui aspiraient à l'empire du monde; dans une de mes prpmenades entre Tirana et Croïa on me fit voir, dans une berge ravinée du Lum, des débris de longues et épaisses tuilfes

sous lesquelles on avait trouvé un squelette dont les osse-

ments tombèrent en poussière au bout de quelques heures. En suivant les rives, je rencontrai un peu plus loin une as^ez

longue couche de ces tuiles mêlées h des cendres et des ossements; il serait facile de faire des recherches dans cette nécropole. A quelque distance de cet endroit, vers Croïa, se trouvent deux fort beaux tumulus.

La famille Toptan.

Après avoir parcouru les très rares livres écrits sur TAlbanie, je m'étais souvent demandé si de ces grandes et puissantes familles catholiques qui avaient successivement gouverné ces contrées et dont la plupart avaient joué un rôle glorieux dans l'épopée de celui qu'on n'appelle que le Lion Albanais, il ne restait dans le pays aucun de leurs descendants, si leur souvenir seul surnageait dans ce naufrage et si de ces guerriers il ne restait que des noms errant comme des ombres dans l'histoire de cette époque ; j'avais et j'ai encore peine à le croire. Il est plus que probable que leurs traces ont été perdues dans la nuit qui s'est faite sur eux et que la crainte de passer pour des prétendants leur faisait désirer n'en pas sortir.

Seuls les chefs de la Mirditie prétendent descendre de la famille des Dukagini, sans en fournir cependant la preuve*.

Pendant mon séjour à Tirana j'avais été frappé de la grande situation de mon hôte et de safamille, de l'influence qu'ils avaient, du respect qu'on leur portait, des titres enfin

i. Révérend H. Fanshaw., page 288, les dit également, mais sans le prouver, descendants de Scanderbeg.

qu'ils se donnaient en se spécifiant descendants des Toptan et des Kaplan. Pour quels motifs leur donnait-on ces qualifications? étaient-ils les descendants de ces anciens spahis, auxquels les sultans étaient dans l'usage d'accorder quelques fiefs en récompense de leurs services et pour consolider leurs conquêtes ; quelle était l'origine de leur grande fortune territoriale?

Ils m'avaient fait un si charmant accueil que je ne crus pas devoir dissimuler ma curiosité et le plaisir que j'aurais éprouvé à connaître l'histoire de leur famille qui devait être celle de cette intéressante contrée ; ils s'empressèrent de me satisfaire. Le récit qui suit est la tradition de leur famille, je le donne tel qu'il m'a élé fait tout en signalant les points qui étaient en contradiction avec les très rares documents que je possédais et dont aucun, hélas ! ne concorde.

Les Toptan sont-ils réellement et incontestablement descendants des Thopia ? J'aurais été heureux d'en pouvoir fournir la preuve irréfutable, je pense même que le firman dont ils parlent, et que je n'ai pu voir, ne déciderait pas définitivement la question. Si cette famille n'a pas la noble origine à laquelle elle prétend, elle n'en est pas moins une ancienne maison. Quant au récit de la fondation de Tirana, si la légende ne correspond pas à celle donnée par mon prédécesseur*, je la crois plus près de la vérité.

Récit.

Quand Mohammed II, au mépris de sa parole, accorda à ses farouches soldats le pillage de la ville de Croïa

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