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Ou Présa, ancienne capitale des Parthéniens

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est, croit-oh, placée sur remplacement de l'ancienne Euri-r bœa*, fut, dit-on, fondée par Charles Thopia*^, noble napolitain, dont les descendants, du temps de Scanderbeg, commandaient le territoire compris entre Tirana et Durazzo.

Un décret du sénat de Venise en fit don, en 1343, à Marco Barbarigo et à son épouse; je n'ai pu retrouver comment et à quelle époque, elle passa dans la famille des Castrioti dont Constantino s'intitulait, en 1395, seigneur de Croïa^.

Comme construction, la vieille citadelle est semblable à toutes les citadelles vénitiennes, dont le pays est couvert ; une partie des murs crénelés de l'enceinte a, dit-on, été reconstruite par le gouverneur Ismaïl Pacha. Le côté Est- Nord-Est a été fortement endommagé par les fourneaux de mine qu'y avait fait pratiquer le sultan Mourad ; malgré tout, elle conserve encore une belle allure du côté de l'Orient, où elle surplombe la vallée qui la sépare de la haute montagne. Elle est actuellement en partie inhabitée : une caserne pour la petite garnison, une mosquée élevée sur l'emplacement d'une ancienne église, le sérail ou palais du gouvernement, grand bâtiment orné de peintures et qu'on dit être l'ancienne demeure des Castrioti, où sont installés les services admi-

1. Biemmi, page 237, la croit fondée par Carlo Thopia, sur remplacement

de Partino (?), qui aurait été détruite par César. Dans aucun des anciens

géographes, ni dans les commentaires de César, qui cependant mentionne

les villes voisines de l'endroit où il livra bataille à Pompée, il n'est question

de Croïa.

2. L'excellente situation de Croïa permet de croire que de tout temps il y eut une ville qui devait être la Croas que mentionne dans sa chronique de Tempire, Acropolis, grand logothète de l'empereur Théodore Lascaris ; cet écrivain, né à Constantinople en 1220, mourut à l'âge de soixante-deux ans.

3. Chroniques gréco-romanes inédites ou peu connues publiées avec notes et tables généalogiques par Charles Ilopff. (Berlin, librairie Weidmann, 1873).

nistratifs, y mettent durant le jour un peu de vie ; le reste n'est que ruines et désolation ; épaves de son passé si guerrier, de longs canons de bronze portant les toughras (chiffres) de divers sultans, sont étendus dans l'herbe et la belle patine dont le temps les a recouverts, ne leur enlève pas leur triste aspect d'objets abandonnés.

Par une embrasure '. je vois une longue ligne bleue

Vue de la ciladelle de Crola. cAtê Est.

dans le fond, l'Adriatique, la grande république maritime, môme quand elle s'enfonçait dans l'intérieur des terres, semblait ne quitter qu'avec regret sa belle compagne. A Scutari, Alessio, Hrivasto, partout elle parait avoir cherché à ne pas perdre de vue celle dont elle attendait tout ; elle est, du reste, infiniment séduisante, elle ne gémit pas comme notre Océan, pas de plaintes

1. Lu citadelle est à 1 500 pieds au-dessus du niveau de la mer.

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aigres ou sévères, c'est un sourire, et dans ses mauvais moments une colère aflblée de jolie femme jalouse, son azur se fond dans celui du ciel, ils s'abîment Tun dans l'autre.

D'une tour carrée s'envole nerveusement d'une cloche une sonnerie saccadée, rageuse, qui surprend ; je demande à visiter cette tour éventrée, convertie par les Turcs en horloge : impossible de trouver une échelle pour me hisser jusqu'à cette cloche sur laquelle j'aperçois des inscriptions ; dans un coin j'en avise une autre, fêlée, qui porte deux monogrammes et la date MCCCCLXII, cinq années avant la mort de Scanderbeg ! Elle gît là, rebutée, cette cloche qui avait dû annoncer plus d'un Te Deum au temps du héros, sonner plus d'un tocsin d'alarme ; elle gît hors d'usage sur un plancher pourri et qui, dans sa chute, l'entraînera au fond de cette tour où l'on ne retrouvera plus que ses débris ; une autre cloche aété, me dit-on, expédiée à Praisa pour l'horloge de ce village, toutes trois proviennent des églises qui existaient dans Croïa quand Mohammed 11 s'en empara.

Croïa était considérée comme la clef de l'Albanie supérieure, à une époque où il n'était pas prudent de laisser une place forte derrière soi et où l'accès par mer était si difficile, aussi subit-elle plusieurs sièges *. Au commencement de l'année 1450, Muradll, àlatôte de 160 000 hommes, essaya vainement de s'en emparer en l'attaquant par la plaine ; il dut se retirer après avoir perdu beaucoup de

1. A la mort de Jean Castrioti vers i443, Croïa fut occupée parles Turcs. Le premier acte de Scanderbeg, quand il eut déserté le service du Sultan» fut de s'en emparer par une trahison excusable, surtout à celte époque et dans cette circonstance.

monde, une partie du camp fut pillée *. Mohammed II ne fut pas plus heureux avec une armée de 200 000 hommes, il se retira laissant le soin de continuer le blocus à son. lieutenant, TAlbanais Balaban Pacha qui fut tué dans une sortie^. Eh 1466, une nouvelle tentative de Mohammed II échoua aussi misérablement. Ce n'est que onze années plus tard, après que Dagno et Drivasto eurent été prises et que depuis dix années Scanderbeg était mort, que Mohammed II se présenta pour la troisième fois devant la ville ; ayant perdu toute espérance d'être secouru, épuisé par un. blocus qui durait depuis treize mois, le gouverneur vénitien Victurio demandai se rendre (14 juin 1478), sous promesse de la vie sauve pour la garnison et les habitants. Malgré cet engagement, presque tout ce qui restait dans la ville fut massacré à l'exception d'un petit nombre des habitants qui firent leur soumission et embrassèrent l'islamisme.

Il n'y a plus un seul chrétien dans cette ville qui, durant quatre siècles, de 1246 h 1694, eut une suite non interrompue d'évéques ; elle ne compte guère aujourd'hui plus de 10 000 habitants, dont les demeures sont éparses sur les flancs de la montagne qui s'élève derrière la citadelle ; la végétation est fort belle, l'air excellent, les eaux justement renommées. Le costume des hommes est à peu près semblable à celui des montagnards; les femmes dans les rues sont vêtues comme les musulmanes de Scutari, mais

i. J*ai eu la bonne fortune de trouver, dans une maison de la ville, un superbe pommeau de tente en bronze doré, ne mesurant pas moins de m. 60 de hauteur, pièce fort rare provenant peut-être de la tente de quelque grand dignitaire de cette époque, si ce n'est de celle du Sultan.

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