‹ Souvenirs de la marquise de Créquy, de 1710 à 1803 (volume 2)Chapitre 11 sur 42 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Littérature du temps. — Le connétable de Bourbon, tragédie de ^). de Guibert. — Jugement d>3 Tauteur sur cette pièce. — Le Duc d^Aumont et Mi^^de Villeroy, sa fille. — Séance de TAcadémie française. — Election de TÉvéque de Sentis. — Sa réception. — Note sur M. TAbbé de Pradt. — Citation de PAbbé de Voisenon. — Discours de Gondorcet. — Un opéra de Marmontel. — Un drame de Labarpe. — Saisie d'un ouvrage après sa publication. — Protection du Gomte de Provence en faveur du poète. — Citation d^un passage retrancbé dans Mélanie. — La tragédie de Manco-Gapac. — Citations d^Helvétius , de Mercier , de Diderot , etc. — Prévision du Daupbin Louis IX. — Passage d'un sermon de TAbbé de Boismout. — Un possédé. — L^exorcisme.

Je ne vous parle pas souvent de littérature, parce que je n'aimais guère m'occuper de celle de ce temps-là, qui m'ennuyait ou me déplaisait mortellement. Il me fallut assister au château de Versailles a la représentation d'une tragédie qui me fit éprouver l'un et l'autre, et c'était la trahison du Connétable de Bourbon qui se trouvait en scène. Les répétitions de cette pièce venaient d'être applaudies au théâtre de la Comédie française avec un enthousiasme, et l'on pourrait dire un sentiment d'hostilité sans pareil. Elle était annoncée comme un effort

de geuifi. tu voici mon opmuiL sui ce vêtt^ Le plan mal conçu mal combine, mai -ex^cuit:, sembla diffuruii e: d une obscnnie iaUtrante. ïa sificdliou df eetiff pieee nif^ fiami piale «t baniare. Le stvlf de M. l^uinflto^ îe bouri;oulIk «erail ci mou avk. nidiiif iiicorrec: eî uioiur i^jobk* que ceiui de M. de Guibert. ei celui du Tieui Lréitiliou hVmi certainement paf piu^ rocailleux. Ajoutou^ que cette pièce était d'une longueui* asi^ommaDte , car ^ikt ut dura pai* moin{^ de trois beunsb et demie ; lutië TeDDui que j'en épronvai^ était domine parTm^atience ei J 'irritation de Toir retracer sur le ibéitre de Veriîailleg, en présence de not Princeb. et deraiit les Ambasfiadeurfe étrangers (ci ]*occai»ion d'un éfénement auguste) , un épiisode aussi lâdieux de notre histoire ; c'est-à-dire une suite de failt injurieux au nom del*ourbon^ par le spectacle continuel don traître, et par un encbainement de circonstances ou les bons Françai^ étaient représentés comme ayant été vaincus, humiliés et dégradés^ suivant l'expression de Tauteur.

Le Roi s^aperçut trop tard de l'inconvenance et de rinconvénient qu'il y aurai! à laisser jouer cette mauvaise pièce. Il annonça hautement qu'il avait été trompé par le rapport du premier gentilhomme de sa chambre, et qu'il ne souiïrirait pas que cette tragédie reparût sur aucun théâtre. Ce premier gentilhomme était le Duc d'Aumont, qui n'était guère en état de juger d'une tragédie , et qui se laissait diriger en ceci par la Duchesse de Villeroy, sa fille écervelée. Vingt ans avant la même époque, il aurait eu grand soin de soumettre une pièce qu'il était V. 10

i:o SOUVENIRS

question d'adnieltrc au répertoire de Versailles , à la lecture d'un comité de gens de lettres et d'un censeur prudent; on n'aurait pas risqué pareille inconvenance au temps du Cardinal de Flcury^ ni même sous le ministère du Duc de Choiseul; et ceci vous prouvera combien les liens de la sujétion respectueuse étaient déjà relâchés.

Il ne m'était pas possible non plus d^aller aux séances de TAcadémie française, où Ton proférait des panégyriques en faveur de Julien l'apostat, et où M. Dalembert faisait des homélies pour engager les Evéques à la résidence. 91. l'Archevêque de Paris s'en fâchait tout rouge, et MM. du Parlement le poursuivaient sur appel- comme- d' abus. M. de Malesherbes n'entendait pas s'opposer à l'inondation des mauvais livres, et les mauvais livres infestaient l'esprit public en dénaturant le caractère français. M. de Mauropas ricanait et ne savait faire autre chose que d'exalter M. Necker : il était persuadé que l'opinion publique est toujours soumise à l'état des finances, et que la moralité d'un peuple est inutile à la prospérité d'un gouvernement.

Je vous disais qu'il ne nous était plus possible d'assister aux séances de TAcadémie française , et voici pourquoi. Celte malheureuse compagnie se trouvait dominée par la coterie des philosophes encyclopédistes, et c'était M. Dalembert et surtout M*'^^ Lespinasse, qui s'étaient emparés de sa direction : Dalembert , en sa qualité de secrétaire perpétuel de l'Académie , et sa demoiselle , à titre de présidente en chef des prôneurs philosophiques. On aurait bien pu les déjouer en les affrontant, mais

m. Lâ HARgUigE K CBEQITV. 17 !

pirmi ke ^nê en crédit , penanne ne Tonlait s'^d donner la peine , à l'exception dn Uarécbal de Ei- (dielieu, quelquefois, et comme il y parut eji VHA à lelectioD de M. de Roquelaure, E\eque de Senlig. Le Maréchal avait iaiBsé tranquiliement Je parti piiiloBophiqne intriguer et quêter det^ voix pour k sieur Gaillard ; mait la veille de rélecliou , le Maréciial alla faire sa tournée de visites eu grand équipage , et ceci détermina 1 admission de M. de Senlis , aaiifi aucun antre embarras de négoeiaiion .

Od n eoiendra jamais rien d'aussi ridicule que ie discours dicté par Salenibert en réponse à oelui de facadémicien récipieudaire. On lui donnait des louanges comme Éveqlt , parce qu'il était lion ebrétien; comme Coitbtisak ^ parce qu'il était Aumùnier de la cour ; comme Màgistkat , parce que tous les Evêqnes de France ont le titre de Conseillera du Roi, et surtout parce qu'il avait bien voulu siéger parmi les Conseillers-clercs au Parlement Maupeou ; et puis des complimens comme Orateur, parce qu'il avait fait une Oraison funèbre de Madame Henriette de France ; comme I^TIllE aiu de feu M. le Daupbin , parce qu'il avait porté son cœur à Saint-Denis sur un carreau de velours; enfin comme un bomuie qui se trouvait appelé à soutenir, représenter et remplacer dignement toutes les gloires uttéraires de notre pays, parce qu'il était désigné pour précber dans Tégiise des Carmélites à Saint-Denis, le jour de la profession de Madame Louise de France [4).

(t ) Jean-ArmaDd de Dossnejoiils de Rcquelaurc , né eo -ITSt , sacré ôv6quc et ScoUs cii fT5^ pieiiiirr ouuii'iiitr tlu Kui

Une autre fois c'était M. de Condorcet que le Maréchal de Richelieu laissait parvenir au fauteuil académique , ou c'était le Prince de Beauvean qu'il y faisait arriver. L'abbé de Voisenon complimentait M. de Beauveau sur les honneurs qui lui étaient dus, en ajoutant que son extrême exactitude ne le reîidait imposant guen le rendant irréprochable , ce qui pouvait élre joli , mais ce qui n'était pas compréhensible. Ensuite on entendait M. de Condorcet , emphatique et misérable orateur , méthaphysicien ténébreux et philosophe athée, qui vous disait d'un air maussade , avec une voix creuse et fausse : u Nous sommes témoins des derniers efforts de « l'ignorance et de l'erreur ! nous voyons la raison rc sortir victorieuse de cette lutte si longue et si (( pénible. La vérité a vaincu ! le genre humain est

Commandeur de FOrdre royal du St.-Esprit ^ Gonseillfir du Roi en tous ses conseils, et Tuii des ^^0 de l^Acadëmie française, mort Archevêque de Malinescn 4808. Il n^estpas mal à propos de noter ici que ]M. rancicn évêquc de Poiliers , qui s*est fait écrivain politique, et qui s^appelle AI. de Pradt , se trouve citô dans plusieurs biographies comme ayant été le successeur de M. de Roquelaure; mais la di(^nité dont il se parc ne doit imposer à ses lecteurs aucune espèce de soumission. Il peut avoir été proposé par Buonapartc pour obtenir l'archevché de Malines , mais il nVn a jamais occupé le siéf^e ; il n^a jamais pu triompher de la résistance du chapitre et des grands vicaires do cette métropole , qui lui ont toujours demandé IWiginal de ses bulles et les preuves de sa juridiction qu^il ne pouvait leur montrer parce qu^il ne les avait pas. M. de Pradt n^a jamais eu la satisfaction de se voir assis sur un trône archi-cpiscopal ; il avait pris le titre d'Archevêque avec empressement, il le porte avec obstination ; voilà toute sa biographie pontificale.

(NotedeVÉdiieur.)

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«^■ee itfT iiL ^B i. annu: i wnliBnem ut -fj!.

vest ^u^i^ î i^ Aftit r iA0> «0 m*^ ^ slif: i<r^a« i?f» ffiA Ttf^itifr' A«fr«yw ^^»i/fi^ v «^ »s.

174 SOUVE^nRS

s^en effrayer cl sVn occuper sans re1«4c1ie, on se mo-^ qnnit de nous.

Le désordre moral et pplitiquc était fomenté, nonseulement par les gros livres encyclopédiques et les romans orduriers , par les brochures impies et les tragédies en cinq actes, mais jusque par les almanachs des muscs et les petits opéras -comiques. Marmontel avait fait une comédie mêlée d^arietles â ritaliennC; dont le but et la moralité consistaient A prouver qu^il était bon d'épouser sa servante et qu'il fallait laisser braconner ses paysans. Cet opéra, nommé le Sylvain, contenait mille déclamations folles contre l'inégalité parmi les humains et les préjugés de la naissance. C'était une œuvre de parti , et toute la corporation des encyclopédistes avait voulu contribuer à la confection de ce beau drame, où le manque de naturel et les entorses à la vérité se trouvaient à profusion.

Pour nous donner l'idée d'un brave et bon seigneur , on lui fait permettre la chasse à tous les paysans de ses terres; mais c'est un moyen qui n'est pas bien imaginé, Messieurs les philosophes! Un bon seigneur qui a du bon sens et qui veut faire le bien de ses vassaux, craindrait en leur ao^ cordant pleine liberté pour la chasse , de les détourner des soins qu'exige l'agriculture, et de leur faire perdre l'estime et le goAt de leur métier. Il ne voudrait pas les exposer à laisser leurs femmes et leurs enfans dans un dénuement continuel , et pardessus toute autre chose, il aurait la crainte de les faire devenir des vagabonds et de mauvais sujets.

Lu bon seigneur se contente de faire tuer par

ri: i«F i»ii?i»? î "••?« MTP- a." i#?5 eap

on 13 K'^în*?". ^ irnit * o!» '!:aii?i « Rsil*^ -m. tknta&i»-. I ©îïnf ht: im »*titr ««

É narft ai i^nr^-ï c Bas» iic -e ï ir humuwls-. m ar kL môv-nnr im- onirp- «est rff«r s M^ tf s îirii wsfliaTi an i èk^xg t ir i>su£*" «ifr- ts^ ^sr âvi tiMim f* «ff«». 1 «Kou^ tu»- '^«-t»- i

Cky.. ^ft» ^♦«v^ r:^ilili»#?i i?;TM Oïi«ïrï'ij ^ «••

fis fQiiiuffi» TU» isr"'i«<-nr o-m«f**/ij>*.**c *r v* 4fc»« v^fluij- dt nifUK tu i i*e r:? ytifîi9 i^ ^•^ rt^

M. Laharpe avait fait un drame intitulé la Vestale, et les comédiens n'osaient pas l'accepter à cause des déclamations contre la vie monastique et d'autres allusions plus impertinentes encore. M. Laharpe en change le titre, il place le lieu de la scène dans un couvent de Paris; de ses personnages de Tancienne Rome, il fait une novice amoureuse, un curé philanthrope , un père avare et cruel , un

amant en délire Enfin, M. Saurin censure la

pièce et ne trouve rien dans tout ceci çtttpvwf^ffi empêcher l'impression. M. de Malesherbes en autorise le débit : — Ne choquons pas l'esprit philosophique, et tout ira le mieux du monde!'

La première édition de ce drame en cinq actes n'en fut pas moins arrêtée, saisie, et mise au pilon, par ordre du Roi, directement, et si M. Saurin n'en perdit pas son emploi de censeur, il ne dut cette grâce-là qu'à la sollicitation de Monsieur^ frère du Roi, pour qui ce genre de publication n'avait jamais rien dMmpardonnable. On fit une histoire intéressante en faveur de M. Saurin qui avait eu la ferme intention de supprimer un passage qu'il avait omis de rayer à l'encre rouge, en conséquence d'une migraine, etc. Tout s'arrangea pour le mieux dans la deuxième édition de Mélaniey moyennant la suppression de la tirade suivante. Je vous la rapporterai, non pas à cause de la beauté des vers et parce qu'elle manque dans les œuvres de M. Laharpe, mais à raison de ce qu'elle avait appelé rattenlion du Roi Louis XVI et la désapprobation de ce prince. {C'est la novice amoureuse qui parle au curé philosophe.)

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En dppraunt f«e JL lyArvi 2*w iitir

tire contre Vinsecte usurpateur du nom de majesté , et qu'il y prescrivait philosophiquement d^àrangler te dernier prêtre avec les boyaux du dernier roi, je vous avouerai que ceci fut trouvé trop dégoûtant pour être dangereux, plus insolent que de coutume, à la vérité , mais trop ridiculemeut fou pour être jugé criminel et punissable.

Les sophistes étrangers ne me paraissent pas aussi déraisonnables que les Français. Les Anglais Hume et Gibbon, par exemple, ne manquaient pas dNme certaine franchise historique et d'une sorte de probité dans la discussion. L'Abbé Galiani me disait à propos de Franklin, qu'ils se trouvaient un jour ensemble chez M™^ Necker, et que Dalembert s'était mis à crier avec sa voix d'eunuque abyssin , que le règne du christianisme était fini 1 Franklin lui répondit que la révolution qui menaçait le monde , était an contraire l'application du christianisme primitif, auquel on arriverait infailliblement après un demi-siede d'impiété. Cet Américain disait que le retour à des institutions primitives aurait des résultats déplorables, et qu'il avait grand peur des anabaptistes! Qui vivra verra?

Quant à ce M. Franklin qui avait arraché la foudre aux Dieux et le sceptre aux Tyrans, disait le Mercure, en ajoutant que les Dieux étaient les Tyrans de rOlympe , et que les Tyrans étaient les Dieux de la Terre ; je vous dirai que je n'ai jamais eu l'honneur de le rencontrer qu'une seule fois. C'était à souper chez Madame deTessé qui ne m'en avait rien fait dire , el qui m'avait joué le tour de le faire plutei j'i ti»blc à rùlé de ui<m Je leur fis lu

DE L\ MARQUISE DE CRÉqUY. 479

malice de ne pas lui adresser une seule parole , et du reste, il me semblait que je n'aurais su que dire à cet imprimeur-libraire? Il avait de longs cheyeux comme un diocésain de Quimper ; il avait uo habit brun, veste brune et culotte du même drap avec les mains de pareille couleur; il avait une cravate rayée de rouge ; et ce que j'ai vu de plus remarquable en lui, c'était sa manière d'arranger les œufs frais. Ceci consistait à les vider dans son gobelet en y mettant du beurre avec du sel et du poivre et de la moutarde ; il en employait cinq ou six à confectionner ce joli ragoût philadelphique, dont il se nourrissait a petites cuillerées {i). Il est bon de vous dire aussi qu'il ne détachait pas avec une cuillère et qu'il coupait avec un couteau les morc^ux de melon qu'il voulait manger ; item, il mordait dans les a»pei^es au lieu d'en trancher la pointe avec son couteau sur son assiette , et de la manger proprement à la fourchette ; vous voyez que c'était une manière de sauvage ; mais au demeurant, mon ami, comme chaque peuple a ses institutions , son climat, ses alimens , ses habitudes et ses coutumes à lui propres, chaque nation doit avoir ses délicatesses morales et ses grossièretés physiques , avec des recherches de politesse qui lui sont particulières, et des négligences habituelles qu'une autre n'a pas. Ce qui me Ot prendre garde aux faits et gestes de ce philosophe américain, c'était l'ennui d'en entendre par-

(1) Oq voit dans le noayel ouvrage de Mistriss Trollopeqaé cette étrange manière de manger des œufs frais est encore usitée généralement dans toiu le? États-Unis. ( Sote de V Éditeur. )

1er comme d'an parangon social et d*une merveille de civilisation cosmopolite. — Qu'il a d'esprit ! le voilà qui vient de dire la chose la glus délicieuse, à propos de M. Goesman ! il a dit qu'il est plus facile à un âne de nicr^ qu'à un philosophe de prouver ! ! ! — Plus negaret asmm quam probarel philosophns, répondis-je à M"'® de Coigny. — Voici tantôt mille ans qu'on a dit cela pour la première fois ; vous n'en avez pas eu l'étrenne.

Le clergé français ne s'était pourtant pas endormi dans un lâche silence. Le corps épiscopal n'avait cessé de combattre, et il n'a reculé devant aucun effort du zèle, aucun labeur de la charité. D'abord, les évoques s'adressèrent collectivement au Roi frèschrétien ; ensuite ils parlèrent aux peuples confiés à leur sollicilude, aux ignorans séduits par cesphilosophistes ennemis de Dieu, ennemis du Roi; et sur tous les points du royaume, on entendit éclater cette grande voix de l'Église gallicane. Je vous prie, mon Enfant, de vous procurer les lettres pastorales des Archevêques de Lyon, de Paris et de Gambray; vous conviendrez avec moi que ce sont des chefsd'œuvre de raison , de pathétique et de véritable éloquence.

Ecoutez ce fragment d'un sermon qui s'adresse a ces prétendus philosophes, et qui fut proche par l'Abbé de Boismont dans la chapelle royale du Refuge, en ^1782. Vous allez voir si M. Dalembcrt et M"*° Neckcr ont eu raison de reprocher à ce Vicaire-Général du diocèse de Paris son défaut de logUjue et son manque de modéralion charilaHe.

DE LA MARQUISE DE CBÉQUY. ifti

• Termiiums celte guerre scandaleuse ; assignez k Jésos-Christ son partage : voas lai a?ez ravi au milieu de nous une portion de son héritage ccle&te, souffres qu'il règne au moins sur les générations futures, laissez-leur nos fêtes, nos promesses et nos consolations; gardez pour vous Fespérance du néant ; nous ne tous troublerons point dans cette poussière étemelle ou vous vous promettez de descendre; mais 8*il est uo Dieu rémunérateur, sll est une félicité sans mesure attachée à des vertus produites et consacrées par une foi soumise et généreuse, ne nous l'entiez pas. Le champ des sciences naturelles et des arts est assez vaste! portez-y vos talens et vos lumières; étendez les découvertes profitables, dirigez le commerce et l'industrie ; mais laissez-nous , abandonnez à nous le monde invisible que vous ne connaissez pas ; ma» ee peuple îgDorant, pauvre et languissant, qui souffre et qui gémit, pourqioi vous obstinez vous à lui disputer un Dieu pauvre et souffrant comme lui? Erreur pour erreur (vous me forcez à cette sorte de blasphème que ma foi désavoue , niais l'horreur de cette suppo* si t ion impie ne laissera du moins aucune ressource à votre fausse doctrine) ; erreur pour erreur, celle que nous professons et que nous avons mission d'annoncer ne pénètre- l-elle pas dans les âmes avec plus de douceur et d'efficacité que toutes les vaines déi.'lamations que l'esprit d'indépendance accumule ? Nos secours, nos remèdes , ne sont-ils pas plus populaires , plus actifs, plus universels?

« Ahl que les heureux du siècle se permettent de ne

rien croire , je puis me rendre compte de ce délire ;

mais où sont-ils, les heureux? Quelle horrible collec-

lioQ de misères que ce monde! Daus les couilitions bril-

(( lantes, que de joies fausses, que de désirs rongeurs,

(( que de plaies saig les et désespérées! Si rœil d*un

« philosophe perçait tous les replis de tous ces cœurs dont

« la surface est si calme, il eu frémirait et voudrait peut-

a ôtrc y replacer lui-même la pensée de Dieu qu'eu s*çf-

0 force aujourdUiui d'eu arracher. Dans les çondîtîojis

c obscures , surtout parmi celte foule d'indigens pour

« qui la Providence semble n'avoir balance le malheur de

« naître que par le bonheur de mourir, si vous détruisez

« la pensée do Dieu , quel adoucissement restera-t-il k

• des privations douloureuses , a des peines cuisantes ? « Est-ce donc un si grand bienfait que d'ajouté^ au tour-

• ment de vivre pour souffrir, la certitude de n'avoir a rien a espérer après la mort?

« C'est pour cette portion d'hommes que nous invoquons 0 votre pitié ; laissez-nous les malheureux ; vops n*avez « d'autre présent a leur faire que le triste problème de je A ne sais quel sombre avenir. Quelle attente pour de pan- (( vres caplirs, accablés sous le poids de leurs cludnes! « NouS; du moins, nous soulevons ces chaînes et nous en « partageons le poids, nous le supportons avec eux; voilk 0 notre plus grand avantage sur vous , et c'est k ce titre (( que je ne crains point de réclamer ici; je ne dirai pas 0 seulement votre justice, mais votre compassion, volce (( humanité , votre pitié miséricordieuse ! »

On a dit et souvent répété, que les dévots aTaient laissé le poète Gilbert mourir de faim, tandis que le lloi, les Princes et les ministres n'accorcLiient jamais aucune espèce de récompense ou d'encouragement aux écrivains qui militaient contre le piiiiosophisme. C'est encore une injustice, et je connais plusieurs de ces écrivains qui manquent de mémoire ou de véracité (I). Le prétendu scandale occasionné

(I) ISiculas Gilbert , luort à Vm» ; eu 1780, âgé de 29 ans*

par la mort de Gilbert e&i une invention philosophique. Il est vrai qu'il avait commencé par être malheureux, ce qui n'a rien de contraire à Tordre naturel des choses, attendu qu'il était né très pauvre, et qu'un jeune poète ne gjignerien, quand il est inconnu ; mais à Tépôque de sa mort, il était en pleine jouissance, et ceci depuis deux ou trois ans déjà, d'une pension de huit cents livres sur la cassette du Roi, d'une pension de cent écus sur le Mercure de France et d'une autre pension de cinq cents livres sur la caisse épiscopale des économats. Il recevait en outre, au nom de Mesdames, tantes du Roi, un mandat de six cents livres, que ces bonnes princesses lui faisaient adresser régulièrement pour étrennes. Aussitôt qu'on eut appris qu'il était malade et qu'il avait fait des dettes, on lui Gi allouer par le ministère de la maison du Roi, une gratification de cinquante louis dont il est resté plus de la moitié dans son secrétaire. On y trouva même un papier qu'il avait écrit trois jours avant sa mort, et par lequel il avait fait un legs de dix louis à un jeune soldat aux gardes françaises, appelé Berna rdote('l). Vous pouvez être assuré qu'il est mort dans les senlimens de piété les plus édifians ; qu'il ne chercha pas à s'étrangler avec la clé d'une cassette; qu'il n'est jamais entré comme malade à l'Elôtel- Dieu de Paris ; qu'il est mort dans sa chambre, rue de la Jussienne,et non pas à l'hôpital ; enfin, qu'il avait à l'époque de son décès un revenu bien assuré de deux mille deux cents livres tournois,

(I) On dit qu'li est devenu général de la Republique.

18'i SOUVENIRS

Je m'étais beaucoup mêlée des affaires de Gilbert ; je Favais fait de grand cœur, et voici la copie d'une lettre que Madame Louise de France (Bile de Louis XV) avait eu la bonté de m'écrire en 477S(4).

J.-M. ce 15 septembre , au couvent de Saint-Denys.

« Je vous prie , Madame , de vouloir bien accorder « votre piolcctiou au sieur Gilbert, en le recommaa- « dnnt a Monsieur votre cousin , pour qu'il puisse obtc- « nir la première pension qui viendrait à vaquer sur la « Gazette de France , ou sur toute autre qui soit appli- « cable aux gens de lettres, dans son département. On « m'assure que c'est un jeune homme qui , ayant les c plus grands talens pour la poésie , les a entièrement « consacrés k la défense de la religion , mais qu*il n*a « pas de pain, et que non-seulement il en trouverait « dans le parti opposé, mais qu'il pourrait encore', « comme tant d'autres qu'on m'a cités et qui ne le va- « lent pas^ y faire une fortune brillante. C'est une ten- « tation dont il faut le préserver. Vous n'avez bfr « soin, Madame, pour vous y engager, que do votre « propre attachement pour la religion et pour le bien « de 1 État j mais j'ai été bien aise de prendre part, aa- « tant qu il m'est possible , a une aubsi bonne œuvre , « en vous priant d'y contribuer, en vous disant que je (1 vous en aurais une obligation véritable, et vous as- (I suraut, Madame, qne je suis humblement votre ata fcctionnée, Sœuii Tuérèse de Saint-Augustin , R. « C. I. » (Initiales qui sif^miicui Religieuse camiéliit indigne, l

(1) LV'dilciir est en possession du la lettre autographe do cette princesse.

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biei. eiL»Eiit i. *ri >tr"iii i.ffu.-rrir- -j*..»'! . ...'ui-riu- CL: ^^ lit î»*: É'tiUMeii; idUidJ: U*. V- 'j- . -: U.-.j

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qu*. '. »iTii»iir-ï rL'uiîtmuv ,.-i- ... .!■..■

M. de Ttcanvnu racontait qu^A rAcadémie française, il avait entendu M. de Talleyrand s'extasier sur la beauté de je ne sais quelle phrase qui venait d'être citée par le discoureur académique. C'est un mot charmant! se prit-il à dire; et d'où cela vient -il? Le Maréchal de Beauvau lui répondit que c'était de M. TÉvôque d'Autun, et le Comte de Sennecterre (qui était aveugle, et qui ne connaissait pas la voix de M. de Talleyrand) répondit au Maréchal : — lloià , Prince, holà, vous manquez de justice ; vous deviez dire que la phrase est de M. Chamfort.

Etant plus jeune, il avait eu l'envie, M. de Ts/leyrand, de s'attribuer la composition d'un conte nouvellement publié sans nom d'auteur, et qui s'appelait Aline, Reine de Golconde. 11 avait été s'en vanter à la M'=**^ de Coigny qui savait très bien à quoi s'en tenir, et qui lui fit la malice d'aller dénoncer la chose au Prince de Graon. Celui-ci fut dire à M. de Talleyrand : — Mon Dieu, Monsieur, je viens d'apprendre que vous êtes l'auteur d'Aline, et je vous promets que je vais joliment tancer mou neveu de Boulders, qui nous avait dit tout autre chose (I) !

dMprelc virulcnlo. Voyez mes pièces justiflcalives au treizième numéro de ces cahiers. ( Note de l'Auteur.

{i ) Stanislas de Boufflcrs, né en l7o7, d'abord alibé cominsn'dataire de N.-D.-eii-Iîarreil , ensuite Gliev<<Iicr de Malle et Capitaine des îjardes du Roi de Pologne, Duc de Lorraine et de Bar. Il est dcTenu Marquis de Humiencourt par succession du chef de sa branche , et cVst rn <''mi};ration qu'il a ôpousc la Tenve du Marquis de ?abr.m. fr Marquis dr IiouffltTS r»l mort h

DE LX XABQTISC DE C2i;

Quelque (emps après le TéritîbJ» ni'-err ^ aV.ii* et son compétîtenrçe renconlrêrect s !V!4k 4* ditiV

seul. — Monnear de P^îç^-j^i. Iisi crlt M. ^

BoufDers, et de l'aulre ctjlè da œr:!'?: tt f-er.diLt ua moment de profond silence. — «r^siifHï-Tou* le»

œuvirearde RabclaU? — Apparemai^nt, r^iH

dît Tautre a^ec sécheresse et non pa? S3n§ aianne.

— Apparemment pas (rop! dit le Cfaeralier.

— Oserais-je vous demander pourquoi?... — Mon* sieur l'Abbé, lui répliqua Tauleur d'Aline en s^inclinant, je tous ai demandé si tous connaissiez les œuyres de Rabelais, parce que je Toulais tous dire que c'est moi qui les ai faites.

L'Abbé de Talleyrand ne trouva pas un root â répondre; il a toujours été facile â interloquer, pour peu qu'on lui montre de la franchise et de la résolution. Je vous ai déjà dit qu'il n'avait pas la faculté de bien écrire en français, et du reste, il n'a jamais eu celle de pouvoir écrire ou parler (de son cm), pendant plus de quatre à cinq minutes. On a prétendu qu'il devait composer et publier les mémoires de sa vie, ce qui serait chose édifiante pour nous, et ce qui serait une ressource pour lui, dans la misère où il est retombé ; mais sans argent pour payer un rédacteur de ses Mémoires, je vous réponds qu'il est incapable d'en écrire autre chose que des sommaires de chapitre et la table des matières.

Pour se venger d'une exécution pareille, autant que possible, il allait disant partout que le Chevalier de Boufflers était d'une laideur intolérable, et c'est une chose dont je ne pouvais convenir. M. de Boufflers n^a pas dans la figure un seul mouvement qui

ne soit digne et noble, intelligent on spirhuel : c'est tout ce qu'on peut demander à la figure d'un hoaiine, et même c'est tout ce qu'on peut exiger de la figure humaine.

M. de Craon me disait une fois : — Mais Boaf- Ilers a la physionomie d'un honnôte homme et d'un bon vivant; qu'est-ce qu*il a donc à parler toujours de la figure de mon neveu, cet abbé périgourdin qui a Tair d'un remords injecté?

il faut que je vous rapporte un autre épisode de la vie de M. de Talleyrand , qui est beaucoup plus extraordinaire, et qui n'est pas moins difficile i bien expliquer phitosophiguemetU.

C'était dans les premiers jours d'août 1790, et M. de Talleyrand se trouvait dans sa ville épiscopale, ce qui n'était guère son habitude. On entendit une rumeur épouvantable sur la place de TÉvèché ; on vint dire au prélat d'Autun que la populace assiégeait la porte de son palais , et M. de Talleyrand commença par aller s'enfermer et se barricader dans une soupente avec M. l'abbé Goutte, son secrétaire {{). Il avait grand'peine à s'expliquer un mon* vement populaire et d'hostilité contre un évèque aussi constitutionnel que lui , et comme il était resté sans Grands-Vicaires et sans conseil épiscopal, il aurait été bien empêché de trouver un autre parlennentaire ecclésiastique que M. Goutte, qui ne voulait

(^) Le citoyen Jean-Louis Goutte fui institué par Tassemblëe constituante et fut sacre Evéque constitutionnel de SoAne^t^ Loire, par M. de Talleyrand^ le 5aTriH79l , afin de le remplacer sur le fiirçe d'Aotun. * ( Note de l'Éditeur.)

pas du tout sortir de leur cachette. Il est à savoir que cet éféque du Champ -de-Mars inspirait si peu de confiance et avait conservé si peu de crédit sur la conduite politique et les opinions religieuses de ses diocésains, que sa cathédrale était restée, depuis la cérémonie fédéralive et tricolore du 44 juillet, absolument sans clergé , sans chanoines et sans lutrin , sans enfans de chœur, sans organiste et même sans donnenx d*eau bénite. Ou n'en avait pu trouver dans le pays.

Cependant le tumulle augmentait de la manière la plus effrayante; il était question de briser les grilles, et les valets vinrent dire à leur maître (au travers de la porte) que tout le peuple de la ville et les paysans d'alentour, car c'était un jour de marché, étaient dans la ferme résolution de parler à Monseigneur, à qui, du reste;, ils ne voulaient faire aucun mal, car c'était pour lui demander, à défaut d'autre officiant, puisque toutes les églises de la ville étaient devenues veuves, le secours de son ministère pour exorciser un possédé du diable , un meneux d' loups du Morvan (sorte de vampire). Il était à redouter que ces Bourguignons ne se portassent aux dernières extrémités contre le prétendu raaléficier et contre les domestiques de rÉ\6ché, qu'ils accusaient injustement de ne pas faire parvenir leur requête a Monseigneur. Les bourgeois et les villageois de l'ancien Augustodunum ont toujours eu beaucoup de rapports avec cette peuplade de la Béotie, dont la moitié de la population se croyait sorcière , et dont l'autre moitié se crovait ensorcelée. L'Abbé Goutte alla regarder j»ar une lucurnc, et vit au milieu de

la foule un malhenrcux homme avec les cherem hérissés, les yeux hagards et les mains attachées derrière le dos, qu'on accablait de malédictions atroces et qu'on assommait d'horribles coups; il revint auprès de son maitre, et son rapport était alarmant. Les deux constitutionnels se concertèrent ; le pillage pouvait être la suite de la violence, et M. de Talieyrand finit par se décider à Tadministration de Texorcisme. Il ne savait comment s'y prendre, mais rinexpéricnce ne le fit pas tomber dans l'impré- Toyance, et il ordonna de conduire le sorcier dans son cabinet. — Dans la chapelle de l'évèché ! s'ëcria le peuple. — Dans la chapelle I Dans la chapeile ! Ceci n'arrangeait pas du tout le pontife de jmUet, parce que de la chapelle il avait fait faire no gardemeubles, et qu'elle était encombrée par des bois de lit, des trnnsparcns nationaux, des morceaux de guirlandes civiques, des matelas, des drapeaux tricolores et des tables de nuit. Il envoya Tabbé Goutte en négociation, mais le peuple lui députa douze ou quinze représentans qui triomphèrent de sa résistance ; on leur ouvrit la ci-devant chapelle, et l'on convint réciproquement que la cérémonie ne pourrait avoir lieu que sur le perron de l'évôché. M. de Talleyrand se traîna sur le pavé du grand vestibule appuyé sur sa crosse ( on aurait dit un de ces diables affublés d'ornemensépistopaux , comme on en voit dans les vieilles images anabaptistes); on fait avancer le sorcier, et le patriarche des inlrus commence par marmolter du latin de rencontre. — Le bénitier? où est le bénitier? dit-il à l'abbé Goutte. Hélas? mon Dieu, il ne fut pas possible de trouver un bénitier

DE LA MABQnSB BB CBEQCT. tH

daJM les «f^artemais de ces ëen crdéniMi^tg., d rÉTêqee envoya chercher cet osteo^ile iDdispeasiiUe poor eiordser, dans la sacrifUe de Fcglue de Siiiil- Laxare. On en rapporta le bénitier des asper^îoiiB dominicales avec son gonpilloo, mais il ne ee troora pas nne seule goutte d>au bénite dans h cathédrale d'AuluD — Chez M« d*À!bon, porte St. -André ! — Chei M*"' d^Albon ! cria-t-on dans la foule, allés loi demander de son ean bénite ; elle en aura de la meilleure , M*"^' d'Albon ï c'est la mère des pauvres ; ce n'est pas une dame comme ça qui resterait sans eau bénite et sans bénitier, non plus!...

On va chez la Gomtesse d'Albon , qui ne voului pjM donner de son ean bénite, en disant qa^elle en avait fait venir de Lyon (parce quelle ne voulait pas de celle d'un intrus). Si M. de Talleyrand n'avait pas d'eau bénite constitutionnelle, il pouvait en faire!

Une femme du peuple en apporta , qu'elle avait pieusement et précieusement conservée depuis Tintronisalion de M. de Marbœuf , prédécesseur de M. de Talleyrand ; c'est une dévotion du pays. Celui-ci commença par verser de cette eau dans le bénitier de sa cathédrale ; il y trempa le goupillon pour en asperger le sorcier qu'on avait lait mettre à genoux et qu'on maintenait agenouillé devant cet étrange exorciste. Comme on était obligé de le soutenir pour Tempécker de tomber à la renverse^ cet homme avait le regard inanimé , terne et G\e , ne proférait pas une parole et n'avait pas fait entendre une seule plainte, un seul cri, malgré les brutalités,

les outrages et les coups affreux dout on l'accablait. On ne sait pas de quelle sorte d'émotion M. de Talleyrand se sentit troublé; mais il s'évanouit dans les bras de son valet de chambre, en laissant tomber l'eau bénite avec le bénitier sur la tête de ce mal* heureux, qui fit entendre un gémissement lugubre et qui rendit l'ame.

Soit à raison des mauvais traitemens qa'il avait subis, soit par un saisissement de frayeur naturelle^ ou par un effet occulte et sacramentel de l'aspersion ; toujours est-il que ce pauvre diable était tombé raide mort et que son corps avait roulé sur les marches du péristyle épiscopal , *avec la mitre, le bénitier et la crosse de M. de Talleyrand qui se démantibula sur le pavé. Ce fut le dernier acte de son ministère ecclésiastique.

Presque tous les prêtres constitutionnels se marièrent l'année suivante. On a vu dans tous les jour^ naux du temps que l'Abbé Goutte avait épousé h citoyenne Aspasie Samson, nièce du bourreau de Paris, et qu'il eut un procès avec la citoyenne Iphigénie Martin, à laquelle il avait fait une promesse de mariage. On y voit aussi que le ci-devant Évêque de Saône-et-Loire fut condamné à faire des réparations civiques et à payer une indemnité de cinq francs, en assignats, à la citoyenne Paméla Ducroc, parce qu'il avait osé la traiter d^ Aristocrate et de Gourgandine, Heureusement que M. de Talleyrand eut la délicatesse de ne pas se marier : pour couronner ses œuvres, il ne lui manquait plus que d'épouser une gourgandine, mais il a eu trop d'es-

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