CHAPITRE X
Quatre suicides et quatre mci^allianccs en 1784. — L'auteur y voit tin mauvais présage. — Les Jansénistes parlemeatairet. — Leurs poursuites contre rArchevéque de Paris. -— Une enquf^to au couvent des Capucins. — Interrogation de l'auteur à M. de Talleyrand. — Mort du Garde-des-Sceaux , M. de Lamoignon. — Réflexion sur les familles de magistratare qni quittent la robe pour IVpée. — Geneviève Galliol et le Priooe de Lamballe. — M"ie la Ducbosso douairière d'Orléans. — Un portrait de femme. — Une confidence. — Un mariage secret.
Parmi les symptômes de dissolution qui menaçaient l'ordre social, on était principalement effrayé de la fréquence des suicides et de Teffronterie des mésalliances. Dans une période de moins de dix-huit mois, il y eut à Paris quatre exemples de suicide, avérés et constatés.
Un neveu du Président Le Rebours s'était brûlé la cervelle; Facte criminel et les circonstances du crime étaient manifestes, mais la famille était parlementaire et janséniste ; aussi, le Procureur-Général de Fleury ne poursuivit point, ce qui parut un déni de justice abominablement scandaleux! Le peuple voulut empocher Tadmission du cercueil dans l'église paroissiale de St.-Séverin , et le curé, qui avait fait
hiiBifiirT fn -»i#rfTifî» '^ * -r«i-
It 1 mur âjVritn Tr'iîl^^^u r-rt»**^» * •-
fia-; 'i>-i*»#t «in-*--- ?-'';' '- ■'*:- i. ?:»*?►*. r» -• * i«ff»«w
* Tli' ■•f^i*rj' !•;
; «np'
qc: fu: ui-t -ii ^^ i. : i!i ■:î: c
Ôtîn^îft'" e^i! ^ h" ij.<' r: :.-
gieuses à Fusiirpation tyrannique et à FaDiinosilé des jansénistes parlementaires.
Si le jansénisme et le protestantisinei le déisme et le matérialisme, sont quatre choses distinctes^ elles ne s'en tiennent pas de moins proche; elles sont adhérentes, elles se croisent pour se forliBer; elles se précèdent pour se succéder inévitablement, on peu plus tard, un peu plus tôt, suivant les degrés de perversité dans Tintelligence et les volontés du cœur. Ce sont les anneaux d'une chaîne dont l'athéisme est le dernier. On ne saurait nier que la révolution française ait été préparée, produite et soutenue par les jansénistes. La constitution civile du clergé, de M. de Talleyrand, était du protestantisme tout pur. Je voudrais bien que l'Abbé Grégoire et l'Abbé de Talleyrand, l'oratorien Fouché de Nantes et le franciscain Chabot, nous disent à quel anneau de la chaîne ils se sont arrêtés? Si je revoyais jamais le citoyen Talleyrand (lequel est aujourd'hui ministre de la république française), je le prierais de me le dire en son âme et conscience! il me répondrait sans doute qu'il a commis un suicide moral, en immolant à son ambition son honneur et sa conscience. Il me dirait peut-être aussi qu^il est
devenu tout-à-fait Allons, pas de jugemens
téméraires ! il n'est question pour aujourd'hui que des suicides matériels, tristes avant-coureurs de la révolution de 81) et de la séance du jeu-depaume !
M. de Lamoignon (l'ancien Gardc-des-Sceaux) avait été passer quelques jours ù sa terre de Basville. On le vit sortir du château, habillé comme
DE LA MABOnSK WÊ, OfigCT.
VD diaseor, co Teste de nlwe verte, avet chapeio gris , des gnétics de peia tiare et k da costonie i TaTenaat; ce qn défait fire joli pour un Tice-Cbaaeelier ! Il avait Si faH allait se promeoer dans son parc afin d*y f lîie de Teiercice et d\ chasser sons bois. On l'iUfadit in»-
tilement pour dîner; on passa toole la Mnt à le chercher arec des flambeam, ci Ton tnma qrnU étail mort d*on coup de Cm dans la poiinne. fusil n'était plus chargé, les traces dn conp traient asseï qn^il avait été tiré de bas es haal: et Ton en condot judiciensciDcat qjtîû avait péri par un accident involontaire. Voib im^Bcs bica qae le Parlement de Paris ne s*ingéra pas d*ca informer. Un ancien ministre de la justice! et ce qui raissait bien antre chose en Parleacnt, m gnon ! . . . Je ne manquerai pas d'ajooler qw c'était un magistrat philosophe, à qui Texemple de sott cousin H. de Malesheîrbes avait fausK b judiciaire, et ce dénouement de la vie d*un ambitieux n^attgea personne, esceplé la vcuf e et les enfuis de ce a»gistrat.
Le dernier événement qui me reste à vo«s raconter fut bien autrement douloureux pour moi que la fin prématurée de œ Garde-des-Sccanx. H nes^agissait pourtant que d'une jeune orpheline, une simple paysanne ; mais avant d'en arriver à Gene> viève Galliot, il faut que je vous parie de Loois-Stanislas de Bourbon, fils unique et malheureux héri* tier de M. le Duc de Penthièvre.
Le jeime Prince de Lamball« avait do jugement, de rinstruction, de b méffnm.» >f ^ v^s^t, '"■^•«^
c'était une sorte d'esprit sérieux dont on disait quMI aurait pu se passer, ce qui m'avait para sottement dit. Il était naturellement bienveillant et bieUfaisant; il avait tous les agrémens et les inconvéniens d'an homme déterminé , ce qui me parait terrible et ce qui m'effraie toujours dans Tâge de Tineipérience. Il était régulièrement bien fait, grand et robuste ; sa figure était Texpression de son coeur agité, onéreux, passionné, sincère. Ses deux yeux n'étaient pas de la même couleur, ce qui donnait à sa physionomie quelque chose d'incompréhensible, et du reste . il était aussi beau qu'il est possible de rétre avec des cheveux roux.
Le Prince de Lamballe avait conservé dé son éducation parHiite et de son instruction solide, un profond respect pour la religion , tout aussi bien que l'amour et l'habitude de la bienséance , ce qui dit assez l'horreur du scandale ; mais par-dessus toute chose, il a toujours gardé pour son père un sentiment de vénération tendre et craintif.
— Je ne lui montre pas toute la tendresse qu'il y a pour lui dans mon cœur, me disait M. de Penthièvre : il a besoin de me craindre ; s'il pouvait imaginer à quel excès je l'aime, et les combats que j'éprouve, et toutes les violences que je me fais polir lui dissimuler quelquefois mon attendrissement , il m'en aimerait encore mieux, je le pense bien ; taais il en perdrait la fnycur de me mécontenter, et c'eSt un frein salutaire. Il en prendrait trop de conGanèe. A son âge, avec son ardeur et sa véhémence, il outragerait la Providence ; il offenserait le pruchatfi ; il se corromprait , peut-Ctre?.,. ah! ma ebèra
amie, si tous saviez tout ce que j'en souffre, et combien cette contrainte journalière a?ec un fils qui
m'est si cher est un rude effort pour moi ! l'ai
besoin de me dii'e souvent que c'est pour son plus grand bien que je me torture (il en pleurait cet ad« mirable homme!); et si je ne l'aimais pas aulaul, je n'en aurais jamais le courage l Si je ne mettais pas, comme dit l'apôtre, une sentinelle à mes lèvres qui s'ouvrent si naturellemeni pour lui dire avec effusion des paroles d'amour et de jubilation paternelle, et si la prudence ne venait pas raidir mes brat qui s'ouvrent pour l'embrasser et le presser sd!r mon cœur, il serait bien étonné de la faiblesse et de l'affection passionnée que j'ai pour lui!
M. le Duc de Penthièvre avait consenti, non sans répugnance et sans appréhension, je vous l'assure ! à donner la main de sa fille unique à ce Duc de Chartres, qu'on a vu successivement Duc d'Orléans, anglomane et patriote, démocrate et terroriste. Le père de cette malheureuse Princesse a souvent eu l'occasion de se reprocher la déférence qu'il avait montrée, dans cette occasion-ci, pour la volonté du Roi ; car il n'est sorte de bienfaits dont cette indigne et perverse famille d'Orléans n'ait été comblée par les petits-fils de Louis XIV I
Le Duc de Penthièvre ne voulait pas fomenter l'aversion que M. de Lamballe avait naturellement pour son futur beau-frère ; mais quand on osait parler équitablement de son gendre en présence de son^fils , onjvoyait qu'il en éprouvait une espèce de sécurité pénible et d'approbation douloureuse.
Sœur afdigée, épouse outragée^ mère de dotileoril
j'aurai souvent à parler de vous tristement et les larmes aux yeux, Princesse inconsolable! digne et vertueuse fille de M. de Pentliièvre, vous que j'appelais quelquefois ma fille et qui m'appeliez toujours ma mère, avec une voix si douce et si confiante, avec cet accent d'affection pour moi que vous tenez de votre père, et que vous avez, tout comme lui, si touchant, si naturel et si vrai !
M. de Tessé protégeait beaucoup le peintre Greuze, et me l'avait envoyé pour me montrer de ses tableaux {\). Ceux qu'il apporta chez moi consistaient dans une scène champêtre qui lui fut achetée cinq cents louis par M. de Penthièvre, et dans plusieurs portraits, de fantaisie, supposai-je, au nombre desquels il y avait une tête de jeune fille que je trouvai d'une beauté si noblement et si religieusement naïve , que j'en voulus faire acquisition pour la mettre dans mon oratoire, en guise d'image ascétique; mais — c'était un portrait il n'appartenait pas au peintre et Greuze avait l'air
contrarié de ce que celte peinture attirait à ce pointlà mon attention. Il y avait quelque chose de mystérieux dans l'embarras de ses réponses, — il ne savait pas trop — il ne pouvait pas dire et
l'idée que je ne reverrais jamais celte charmante
fl ) Jean-Baptiste Greuze , né en 1 726 , mort en i 805. Greuxe a dû principalement sa célébiiié à son intelligence du naturel et son amour du vrai. 11 est à remarquer que le caractère de set conceptions marque toujours une intention morale. On ne connaît de lui aucune composition licencieuse, et l'on pemt dire de tous ses tableaut qu'ils réveillent la sensibilité en inspirant Tamour de U vertu. ( Note de VÉdilcur. )
figoreétail od Téritabie chagrin pour «m J^ab Tais une espèce d''alleDdriBBeoieiit jniUe , qn^one jeiuie fille mélancotique on nnniiiieiiqiie qai Terrait an admirable garçon poor la preoiière «t k dernière fois de sa Tie , sans saToir aoo nom ? aToir en seulement la consolation d'en aToir été
marquée! On vint m^annonccr H. le iHic de
Penthièrre : il acheta le grand lablean sans en demander le prix (Grenae était pemiadé^ Iwen JMitB ment, qu'il n^aorailqu^ à s'en féliciter); maisë. A. 6. le pria de lui faire une copie de ce tableau que j^aimais , et ce fat de si bonne graoe , avec tant de perôstanoe et de oonrloisie ^ que ee même tableao m'anÎTa tout joslemenl pour la Teille de ma fêle , c^est-à-dire an bout de quinae jours, ie remeretai Tanonyme cdiiigeant qui me faisait une galanterie de cette image archangétiqoe , et je la fis d'abord exposer à Fadoration de mes fidèles, é e6té de moi, dans mon second salon.
Deux ou trois jours après, j'écrÎTais le matin dane mon oratoire , on Tient m'annonoer une TÎaile , et j^en tends que c'était M. de Pombal (4). ie réponds qu'on ait a le prier de m'attendre , et j'arrtTe au bout d'un quart d'heure, sans aToir sonué pour qu'on Tint m'ouvrir les portes , attendu que je n'a- Tais que ma chambre é traverser, i'ai toujours été de eette forœ-la ! (La Reine m'a conté que M ''^ de
(t) I>oa Pedro-Jean-SébastieD âe $ika-TaTora , |I«oé»pa et Castro , Marqua de Pombal et d^Oro^ua. Il avait éié aoorédiU'; comme amhmadeur exlraordinaire à Paru |i«r k Koi de Portogily DanlotefkdefiracaB(Qe,ea472i9.
Maurepas lui disait un jour. — La douairière de Créquy, Madame! elle est courageuse et résolue comme un dragon ! si les sonnelles itaknt dérangées chez elle^ elle eut capable de m' ouvrir les deux battons de ses portes à elle totUe seule, et je suis sûre que les ampoules ne lui seraient de rien?) J'étais donc arrivée dans mon salon dont la porte était ouverte, et c'étail sans aucun bruit par la raison que vous savez, puisque je ne fais jamais ôter mes tapis. J'aperçois M. le Prince de Lauiballe, et non pas le Marquis de Pombal, Ambassadeur portugais , qui regardait fixement celte figure de femme avec une expression tellement étrange
— Chère maman !.. qui vous a donné ce portrait? conmient se trouve-t-il ici?
— Mais, Monseigneur, c'est Monsieur le Duc de Ponlliièvre, qui me Ta donné!
— Mon père?.... c'est mon père!.... Et le yoili qui tombe comme un foudroyé , sans avoir eu le temps de chanceler ni de pah'r.
. Mon premier soin fut d'envoyer défendre ma porte, et je ne voulus le faire soigner que par notre fidèle Dupont, sa femme et leur neveu, parce que ce sont des gens à l'épreuve , et que je craîgnars qu'il ne parlât plus qu'il ne le voudrait.
Son évanouissement se termina par une hémorragie tellement violente, que tous ses vétemens , et surtout sa veste et sa cravate, ctaient couvertes de sang, au point qu'on fut oblige d'envoyer à l'hôtel de Toulouse afin d'en rapporter d'autres habits.
J'aurais voulu pouvoir le consoler et le rassurer.
ce pauvre jeune prince, je l'aimais comme s'il avait été votre frère ! II voulut rester avec DK)i toute la |ournée ; je ne reçus personne au monde , et voici la confidence qu'il me fit.
a Vous savez que dans mon enfance et pendant « me^ promenades avec mon gouverneur, je m'é- « chappais souvent dans la campagne. Quand je me « sentais en liberté, mon cœur en tressaillait de j.oie ! tt J'allais me cacher dans nos belles forêts du Vexin « français (4); j'allais m'asseoir au bord d'un ruis- H sçau pour j rêver ; j'entrais dans une chaumièi;e <c pour y manger du pain bis avec du lait ; ye m'ar- « rétais à causer avec une vieille paysanne > ou bien « je suivais le convoi d'un pauvre manouvi^leje, dei:n rière les parens du défunt, jusqu'au cimetière de (( leur village. Aussitôt qu'on me regardait avec un « air étonné, je m'enfuyais.
(( J'entendis que mon père disait un jour à l'Abbé a de Florian : — Laissez-le donc tranquille; si nous « le tourmentons, il s'en ira peut-être si loin, que « nous aurons peine à le retrouver? Il est agité par <( un esprit de mouvement et de liberté dont il ne (( sait que faire et dont il ne Tait pourtant pas mau- (( vais usage; et par exemple, hier, savez-vousce « qu'il est allé faire en s'échappant comme un che- « vreuil à travers les bois et les rochers , jusqu'à H deux lieues d'ici ? il est allé dire ses prières du soir « avec l'ermite de la Chesnaye. Surveillez-lo bien ,
(1) Le Prince de Lamballe avait passé sou enfance et sa première jeunesse au château d^Annet, dont son pcre était possesseur à titre de Prince d'AxuiÊt et Comte de Vcxin. [Note de VAuU)
a mais ne le punissez pas ; je voas le défends, mon M cher Abbé.
(( ii me semble que j'avais alors de douze à treize u «'ins; mais ces paroles de mon père , prononcées tt avec cette voix du cœur que vous lai connaissez, u firent beaucoup d'impression sur le mien. Mes « évasions devinrent moins fréquentes ; je craignais a d'inquiéter mon père et d'abuser de son extrême « bonté pour moi ; je n'obéissais pas toujours à cette « bonne disposition , mais lorsque j'avais cédé à moa it premier mouvement d'indépendance et d'împé- « liiosité, j'en éprouvais du regret, du trouble, et ff j'en rest:iis malheureux, ce qui ne m'arrivait pas « autrefois, et c'était une sorte d'amélioration.
H En m'en revenant, par un beau soir d'été, a d'une de ces excursions, je m'étais arrêté sur les (( rochers de la Thymerale, auprès de notre château « d'Annet. C'était, je crois bien, pour regarder /e « coucher du soleil , mais je vis passer à cAtë de 0 moi une charmante petite fille, qui condaUaît « une chèvre, et comme la pauvre enfant n'avait « pas la force de faire obéir cette bêle rétive et <( quinleuse, et qu'elle ne voulait pas Idcher la « corde qui l'attachait^ elle fut entraînée parmi des
u quartiers de roche où je la vis tomber Je m'é-
« tais élancé près d'elle , et je vis qu'elle avait une
« blessure au front J'essuyais son joli visage
« avec mon mouchoir , et c'était ses larmes qui « servirent de vulnéraire. Elle me souriait tout en (f pleurant ; je n'oublierai jamais son adorable sou- « rire, et je crois encore l'entendre dire avec nne a voix argentine y avec un accent de bonheur et de
ifltf '.. .. Jk vraris jmmintc? « Tioinorï s :»pnôen susbil yt ie «■oariL à* a ^cœ m
f£ fiaziBLittf ^ dbf^KT^ €x XTiiniijitif HEsm <9.
fdcf & 5&X Kvss. jstifL 7*frf on ziLan teir me jmiDCCdàf . {£ àiiu: u «niiî ^siii: iumôr^siHL « 9.
hàtitaogsDZ es snnusmsir î^ an. é ^mc « JiËor fgrt iirâiiniiï ai: in. «sniUuumiift a. m. ^mt ]B'j£SBiiiii|ia[niBr . — ^ ut ^m» pranàsm. fut^ jilcaH' &nji»nré'iiiL nr*-i. vl mt «fpuniini V àt F^neios TBiar mmn aie \mB . k ' a ^t i>t^
ymst ^ {!rw i#exai: on. f 4Sigin «nijin^n^ ik * ^<j;i^ Itk- é imt jau^-rt ^cuvf: aIks. œcn fit* ' Lii peint nlit r ^T^an paf tMt ir aifurveuer fk sent gu'fiUe L'«DHSîijâii thïl ot «!: que âiaâi: iiml ptre.
» La mère dt Geiie^kfVf: Galifu: ^iai: fualiifk fit: h pcutrioe : |iaiiiTf: jeinit fennut tl«* «titit
vcu^^ d'au garent dt ciiamit uu terrai: uai* notre fcnue 6t lii Vjciiniier#t . *i: uu: a^aii ek- if«r par iLD tuiiFeau. C «luh . âi^n-irf: cUtm i«r )^%4 tiii houDéle jeunt faunnot? et k }>lu^ i^^iit {^iHi$(ii' de la prÎDcâpaulê. La i^euwe de l^my Oaliiu*. sm: poBBÉduh pcior toul liîefi çot i^nif ^auun'ài^ ïTet ai) pelh jardiii planié d an*i*t J^-uiûwfc . qoelgo» rudbe^ et dt plut iïl ii-f#eir d*: i«&rw: CMemenoé d'411^ ou de Msi{fk. LIU 4iuti«iî gji{»i«^ la TÎf de Ba fiUe «t la HUisuut »s^, bi i^ufisuimiiÊt V. ^1
<i mais sa maladie rempôchait de filer Ex-
(( cuscz tous ces détails que je vous donne sur la fa-
<( mille de Geneviève, et ne vous en étonnez pas
(( Je dis à ]>audesson , .noire {jenlilbomme , que (( je me sentais fatigué, que je le priais d'aller me « chercher mon carrosse et que j'irais le rejoindre (( à rentrée du sentier qui conduisait au Fresnoy ; « c'était le nom de ce petit hameau. Je n'avais à « ma disposition qu'un louis d'or, et je dis A la a mère de Geneviève , avec embarras et par je ne « sais quel instinct de sentiment confus et d^affec- (( tion délicate à l'égard de sa fille, que c'était ma (( mère, à moi , qui lui envoyait cette pièce d'or, (( et qu'elle ne la laisserait manquer derieu.Elle (( commença par nous combler de bénédictions et
(( puis elle me demanda qui était ma mère?
« Je vous avouerai que je fus profondément Irou- (t blé par cette question qui était pourtant si nafu- (( relie et si facile à prévoir; il me sembla que ma « réponse allait peut-être élever une muraille ou « creuser un j)réc'ipicc entre celle pauvre famille et « moi. Je lui dis en balbutiant et baissant les yeux, « que le nom de famille de ma mère était ifodinc, (( et la malade reprit d'une voix languissante en re- « gardant sa fille : — Ihj a tant de bourgeois par « ici que nous ne connaissons point! — Nous de- (( meurons tant loin du bourg! ajouta la jeune c fille avec une expression de reconnaissance et « d'amitié dont mon cœur était dilaté.
« Gene\iève Galliot ne manqua pas de revenir « sur les rochers de la Thymcrale avec sa chèvre^ a et j« ne manquai pas de m'y trouver le leade^
ff main^ ies jours suivans, et jusqu'à la fin de Tau- <f tomne. Je n'avais qu'une petite porte du parc à « franchir. J'arrivais presque toujours le premier; « j'apportais de l'herbe pour la chèvre, qui s'en re- « tournait les mamelles remplies. Nous faisions des « chapelles et des cabanes avec des branchages, et ff nous faisions des bouquets et des guirlandes avec « des fleurs des champs. Je lui disais : Geneviève, « voilà de l'argent pour ta mère, et je te donnerai tf pour tes étrennes une belle croix d'or... — Avec « un cœur d'argent, disait-elle en éclatant de joie. « — Avec un cœur d'or comme la croix! — je « t'aime tant , ma Geneviève, je t'aime tant, je « voudrais pouvoir te donner tout ce que je pos- « sède et tout ce que j'aurai jamais ! — ^ Ohl moi u aussi, monsieur Louis !... Mais c'est que je n'ai « rien pour vous, reprenait-elle avec un air de « tristesse et de résignation douce et confiante.
« Je me souviens qu'un jour elle me fit présent « d'un bouquet de primevères des bois, des prime- « vères d'un jaune pâle, qu'elle avait cueillies pour « moi. Je l'ai toujours gardé, ce bouquet; il est « dans une cassette où j'ai serré tout ce que j'ai « de plus précieux : une prière écrite par saint « Louis, une relique de la vraie Croix, une lettre « de notre aïeul Henri IV, un bracelet de perles « avec un portrait de ma mère, enfin des cheveux (( de ma sœur, et les primevères de ma pauvre « petite amie, ma première amie, ma douce Gene- « viève!
<f Un jour, à la fin d'octobre, elle ne vint pas u à nos rochers ou je l\ittendis jusqu'au «oir. Je
(( rentrai au chntcau à la nuit close et dans un état « d'agitation fiévreuse; je laissai procéder à mon « coucher comme à l'ordinaire, et je me relevai (( tout aussitôt que mes deux valets de garderobe (( se furent éloignés. Il était tout au plus dix heures « du soir, mais comme mes parens se trouvaient à a Rambouillet avec leur cour, il n'y avait dans le « château que les personnes de la conciergerie avec (( les gens nécessaires à mon service, et je me pro- « mettais bien de sortir de mon appartement avec « assez de précaution pour ne pas leur donner u l'éveil. Il me semble, au reste, que personne (( n'aurait eu assez l'autorité de me retenir. On ne (( me voyait jamais faire aucun acte de puérilité a dangereuse ou déraisonnable; tous les domes- (( tiques de la maison de mon père m'affection- (( naient beaucoup et me craignaient un peu ; enfin, « mon Gouverneur était à jouer au trictrac avec « l'Abbé de Florian, dans mon grand cabinet, ce (( qui les empêcha de m'entendre ouvrir la fenêtre « de ma chambre. Je descendis en me crampon- (( nant avec les mains, les pieds et les dents, a « tous les reliefs et les ornemens sculptés sur (( les murs de ma tourelle; j'atteignis bientôt la « petite porte qui s'ouvre sur la Thymerale et je (( m'élançai hors du parc, en bondissant comme H un duini !
<( Je ne sais comment je ne fus pas surpris d'a- « percevoir de la lumière dans cette petite maison (( où Geneviève et sa mère auraient dû se trouver a endormies dans l'obscurité, au village, i l'heure (( qu'il était et pendant Thyver?... Mais, du reste,
« il m'aurait semblé que rien ne pouvait et ne de- (( vait se trouver dans Tordre naturel des choses, « parce que Genevièye n'était pas venue sur la « Thymerale; et quand on a le cœur troublé, on u ne songe qu'à soi.
(( Je restai plus d'un quart d'heure à contem- « pler, par dessus la haie du petit jardin, la porte « de cette chaumière; je n'osais pas en approcher, H mais dussé-je attendre jusqu'au lendemain ma- « tin , j'étais sûr de la voir : elle me dirait la cause « de son absence; elle était là, j'étais ici, tout au- « près d'elle, et les mouvemens douloureux et (t désordonnés de mon cœur étaient apaisés. 11 en ff avait besoin : j'avais senti battre le cœur d'un K homme dans la poitrine d'un enfant, et j'aurais
« cru qu'il allait se briser contre mes côtes!
i( Il me semblait donc que je n'avais pins rien a (( désirer, rien à craindre, et qu'il me suffisait, « pour éprouver un bonheur parfait, de me tenir « tranquille, à l'endroit où j'étais, jusqu'au point (( du jour.
(( Cependant, je vis ouvrir la porte de la mai- <( son ; il en sortit une petite vieille femme avec it une lampe allumée qu'elle avait grand' peine à « préserver du vent ; je la vis arriver auprès de la « haie qui nous séparait, pour y couper une bran-
a che d'arbuste Je ne sais quelle idée sombre
(( traversa mon ame, et j'entrai dans la chaumière à
« la suile de cette vielle femme Geneviève, car
« je ne m'occupai d'abord que d'elle, et je ne vis « qu'elle ; Geneviève était à genoux auprès du lit de « sa mère à qui le vieux curé de Rouvres atfpiîbistrait
« l*cxiréme-onction. Je vins m'agenouiller k côté cr (rdlc ; Diais Geneviève ne jeta sur moi qu'un « regard fugitif et distrait ^ presque indifférent. (( Ses yeux étaient fixes sur la pâle figure de sa « mère, en conlemplation douloureuse, en préoc- (( cupation lugubre, en désolation de ce qui lui « survenait sans avoir été prévu ni présumé par a celte pauvre enfant. Le bon vieux prêtre se mit
« ensuite à réciter les prières des agonisons
c( Mon Dieu! que c'est beau , les prières des ago- « nisans! — Les avez-vous jamais entendues, ma « bonne mère?
€ — Monr Enfant, continuez-moi votre récit, « lui répondis-je, et ne venez pas me distraire de « vos peines par le souvenir de mes propres af« H flictions.
(( J'étais absorbé, reprit M. de Lamballc, dans a celte grande vision de la mort, qui m'apparais- « sait pour la première fois, et certes la plusadmî- « rabie chose de la terre est une mort chrétienne 1 « Le lieu de la scène était une cabane isolée, où (( Ton entendait mugir Taquilon qui tourmentait « et venait raffaler jusque dans les flammes de Tâtre, « tandis qu'il agitait Thuis rustique et le petit vi- « trail à compartimens dans sa résille de plomb; « il y avait là-dedans une pauvre villageoise qui se fl mourait sur un lit de serge verte, deux enfans, un u prêtre de cain|)agne et une paysanne qui tenait «' un rameau de buis; mais lorsque la malade ne (( respira plus, et quand Tlionnue de Dieu se leva « pour dire avec une expression d'autorité surhu- « maine : - le vnus a!)soti>. au nom du Père et
DE LA MARQUISE DE CRËQUY. Ut
M do Fils et du Saint-Esprit; — partez, Ame chré- « tienne, et allez rejoindre votre créateur; il me « sembla que les cieux venaient de s'ouvrir, et je « m'écriai d'une voix forte : — Ainsi soit-il ! Le « curé qui ne m'avait pas encore aperçu, retourna « la tète en me disant : — C'est vous, Monsei-
« gncur? — Oui, mon bon Monsieur, c'est
« moi, répondis -je en lui serrant les mains, ft prenez soin de Geneviève ; prenez-la chez vous , « Monsieur le Curé ; je vous en prie ! je vous « paierai la pension de Geneviève; vous Femme- « nerez chez vous, vous allez l'emmener chez vous c pour qu'elle necouchc pas toute seule ici, n'est-ce ft pas?
tf Cet ancien Curé de Rouvres , qui est anjour- « d'bui Prieur d'Annet, a toujours été le plus sini- « plement charitable et le meilleur des hommes. — « J'accepte volontiers , me dit- il , et sans rétribu- « tion d'argent, la charge d'élever cette pauvre or- « pheline. L'idée ne m'en serait peut-être pas « venue ; mais la Providence a ses intentions qui « dirigent nos opérations, comme dit saint Tho- « mas, et je pense que c'est le bon Dieu qui vous « a fait venir ici tout juste pour me recommander u Geneviève au moment de la mort de sa mère , à « côté des reliques de cette sainte femme ; car son « âme est devant le bon Dieu , Monseigneur, et H c'était un ange de vertu !
« Geneviève me sourit encore une fois à travers « un déluge de larmes; elle ne s'étonna point et ir ne se réjouit pas du tout de savoir qui j'étais; <( elle avait toujours su que j'étais un boui^cois,
« et la qualité de Prince ne lui paraissait rien de (( plus*
« Elle aurait voulu rester auprès du corps de (( sa mère, mais je la fis conduire par cette bonne (( yieille au presbytère de Rouvres aussitôt que le (( Curé fut parti ; car il avait été mandé pour un (( autre malade à Tautre bout de cette paroisse. Ce « ne fut pas sans difficulté qu^on put la faire sortir u de cette chaumière, où son berceau se trouvait « encore auprès du lit de la veuve. (Imaginez que « c'était précisément dans ce berceau qu'elle avait <v pris l'habitude d'entasser et d'arranger tous les « petits présens que je lui faisais. Pardonnez-moi (( la puérilité de cette observation ; vous savez corn- (( bien les moindres détails deviennent précieux, (( quand ils se rapportent à ceux qu'on aime par- (( faitement).
(( J'avais dit que je le voulais avec une gravité si (( ferme, que la vieille femme avait pris le parti de (t m'obéir, et que la jeune fille en était restée saisie. u C'est qu'il était survenu dans mon âme une ré- (( volution complète ; je me trouvais chargé de 6e- « neviève, j'étais devenu subitement un homme, <i un être puissant par la volonté , et je vous puis a assurer qu'à partir de ce moment-là , je n'ai paa (( eu, depuis l'âge de quatorze ans, une seule pensée « d'enfance.
(( Lorsque je me trouvai seul et face à face avec « le corps de Suzanne, il me fut d'abord impos- (c sible de prier ; il nie semblait que j'avais à remu plir, avant toute chose, une autre sorte d'obliga- « tion plus urgente et plus obligatoire. — Oh ï
DE LA MAHQUISË DE CREQUY. 2iâ
« fus-je dire à cette chair inanimée, à cette figure « morte, à ce cœur inerte et ces entrailles muettes j « — Oh ! soyez en paix ! j'aime Tofre fille, je l'aime, « votre enfant ! je la respecterai, je l'aimerai comme « on aime les anges du ciel, avec qui vous allez
« veiller sur elle! — Je l'épouserai. (lui
« dis-je avec l'accent d'une voix si profonde et si' « mâle, que j'en fus surpris moi-même et que ma « propre voix me fit tressaillir, comme si j'avais « entendu parler un autre que moi?) — J'épouserai « Geneviève, Geneviève Galliot, votre fille I je le H jure sur la sainte image du Christ que je fais tou^ (( cher à vos lèvres.... Et puis je me sentis le cœur « inondé d'attendrissement et dominé par un sen- <( timent de respect ; je m'agenouillai sur le bord « de la couche mortuaire, je découvris discrète- « ment le corps de la défunte et je pris sa main « rurale et gercée, sur laquelle j'appliquai religieu- « sèment un baiser filial.
« Pauvre Suzanne Faure, veuve Galliot, je vous (( ai tenu parole, et le nom du mari de votre fille « est Louis de Bourbon, Prince de Lamballe et de « Corentin. — Vous ne me connaissez pas, Mar- « quise de Créquy ; vous connaissez la modestie « de mon père, mais vous ne savez pas combien « mon cœur a de simplicilé? c'est à me faire (( douter quelquefois que je sois né du sang « royal m
Je lui répondis de ne pas tomber dans les déclamations philosophiques et les amplifications d'écolier. Il me raconta les funérailles de Suzanne et la bonne éducation de Geneviève, et l'histoire de leurs
214 SOUN'ENIRS
amours , et comment leur mariage secret avait été béni par un chapelain du Palais-Royal.... Vous sentez combien les conGdences d^un jeune amoureux furent prolixes; les détails en seraient interminables^ et je n^H pas besoin de vous les répéter, car cette partie du récit de M. de Lamballe avait justement la même physionomie que ce qui se trouve dans tous les romans.
H avait donc épouse cette paysanne à l'iosu de M. le Duc de Pcnthièvre, ce qui va sans dire, et moyennant l'assistance du Duc d'Orléans, qui n'avait pas manqué de calculer que les enfans provenus d'un mariage secret ne pourraient jamais être considérés comme apanagistes et comme héritiers' de Timmense fortune de M. de Lamballe dont il devait épouser la sœur, laquelle Duchesse d'Orléans deviendrait nécessairement l'unique héritière de M. de Penthièvre en conséquence d'un pareil mariage. Sordide et crapuleux personnage! Vous verrez bientôt jusqu'où pouvait aller sa bassesse et sa corruption dans la cupidité!
— Regardez le portrait de Geneviève, et ditesmoi comment vous la trouvez?
— Je ne répondrai pas à cela, Monseigneur ; je ne saurais vous approuver et je trouve inutile de vous adrt*si^er des paroles de bldme. Vous savez qu'on doit coni|)lcr sur ma discrétion dans tous les cas, et surtout quand on a ma parole; mais votre père!.... ayez pitié de la douleur d'un père!.... la
douleur d'un prince! et si le Duc d'Orléans
vous allait tniiiir'* et '^i lo Roi, le clirf de
DE LA MARQi:iSE DE CKKOl^Y 215
jeune feninie que vous m^avcz fart aimer , sang la connaître, parce que je vous connais pour un homme véridique et loyal , un véritable prince
français
— « Je l'aime, rcpliqua-t-il en battant la cam- « pagne Amoureuse et la plaine de Tendre; — je « l'aime et je Taimerai toujours de toutes les puis- « sances de mon cœur et de toutes les facultés de a mon ame! J'aime toute chose en clic, et jusqu^à « rinfériorité de sa naissance. En pensant à la disu tance qui devrait nous séparer, je l'en aime plus « tendrement encore et plus fortement! Tout ce qui « touche à sa famille est devenu pour moi cher et ii sensible, et presque vénérable. Si je vous disais a que j'ai fait exhuuier son père et sa mère, et qu'ils î( sont ensevelisdans l'église de Dreux , entre le « mausolée de la Duchesse Diane et le cénotaphe
« d'Henri 11 Je vous avouerai pourtant que, si
« les parens de Geneviève n'avaient pas été des a gens respectables et honorés dans leur pays, c'est « une chose qui m'aurait arrêté peut-être, et qui, « du moins, m'aurait torturé! Car j'ai peine à H croire, encore aujourd'hui, que j'eusse pu sup-
« porter cette sorte de chagrin ! JNlais, grdce à
a Dieu! le mépris public ne saurait atteindre la « fille de la vertueuse Suzanne et de ce brave Remy « Galliot que tout le monde regrette. Je vous as- (( sure que si Ton osait s'attaquer à la femme de « mon choix, à celle que je veux , que je dois dé- « fendre, je saurais bien me roidir contre les obsta- « des du rang et du sang! mais le Roi n'est pas « un tyran, Madame! Le Duc de Chartres est un
« Idche ! — C'est vrai, Monseigneur, mais c'est un « traître.... — Et du reste, poursuivit-il avec it énergie, je connais mon père et je vous connais ; (( si la persécution nous atteignait, c'est à vous que (( j'irais confier ma femme, et vous seriez la prec( mière à plaider pour nous ! »
as^