‹ Souvenirs de la marquise de Créquy, de 1710 à 1803 (volume 2)Chapitre 13 sur 42 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Le Prince de Lambalte et Geneviève Galiiot. {Suite). — Inquiétudes de M. de Penihiëvre. — On souper chez le Duc d'Orléans ( Philippe Égalité ). — Suite d'une mésalliance. — M»ne de Saint- Paër. — Encore un suicide. — Bonté de M. de Penlhièvre. — Les caveaux de l'église de Dreux. — La Princesse de Lamballe. — Son mariage et sa mort.

M. de Lamballe avait espéré le bonheur et ne l'avait pas trouvé. Les exigences de son rang, la difficulté de se soustraire à Tatlention, si ce n'est à la curiosité d*un nombreux domestique , la crainte qu'il avait d'alarmer et d'affliger son père , sa frayeur de provoquer la surveillance ou la malignité d'une foule d'oisifs, sans compter la certitude d'attirer tous les regards sur Geneviève en la laissant se montrer à Paris, ne fût-ce que dans les églises! enfin la difficulté de la soustraire à tous les yeux , en l'y retenant comme prisonnière, et peut-être aussi le sentiment d'inquiétude et d'exclusion qui suit toujours un amour excessif , tout cela, dis-je, avait déterminé ce jeune prince à l'établir modestement dans une petite maison de campagne qu'il avait achetée de M. Bouret de Valroche, à Clamart-sous-Meudon; ce qui faisait que M. de Lamballe allait le plus souvent possible au château de son père à Sceaux-Penthièvre.

Madame de Saint-Paër (c'est le nom d*un Gef de la principauté de Lamballe , et c'est ainsi qu'on ap* pelait Geneviève), M™°de Saint-Paér avait commencé par se croire heureuse , et si Tamour le plus vrai pouvait procurer le bonheur parfait , elle en aurait pleinement joui; mais comme toutes les choses de ce monde ont été disposées suivant un système d'ordre et à*arrangemetit général , on pour* rail dire, il est dans la nature des choses qu^on n'en saurait intervertir Tordre providentiel sans en éprouver et i'aire éprouver du malaise et des chagrins. Les arrangcmens de M. le Duc de Penthièvre, la prudence du Prince de Lamballe , et les devoirs de sa position exigeaient souvent qu'il fût à Paris et à Versailles pendant sept ou huit jours , sans pouveir venir à Clamart , ou qu'il n'y restât quelquefois que dix minutes. M "^* de Saint-Paôr écrivait tous les matins et souvent deux fois par jour à son mari, qui n'avait nul autre embarras que de recevoir ses lettres, attendu qu'elles arrivaient par la petite poste; mais pour envoyer une lettre de M. le Prince de Lamballe à sa femme ^ il y avait tant de précautions a prendre et de mesures à garder, qu'il en résultait un embarras prodigieux. Une lettre mise à la poste de Paris n'arrivait alors dans la banlieue que le troisième jour. 11 n'y avait dans toute la livrée de l'hôtel de Penthièvre qu'un seul domestique en qui M. de Lamballe eût assez de confiance pour oser l'envoyer à Clamart. Le frère de cet homme était valet de chambre de M*^^' de Saint-Paêr, et pour éviter de leur part un jugement défavorable à l'honneur de cette jcuno femme^ M. de JLamballe a?ait

cru devoir leur conCer le secret de sa position. Si c^était une imprudence , elle attestera du moins sa moralité charitable et la délicatesse de son noble cœur.

La douce Geneviève, devenue M"'^ de Saint-Paér, se trouva donc obligée de passer des journées interminables , ainsi que la plupart de ses nuits, dans la solitude. Vous direz que son état n'avait que l'apparence de l'abandon ; mais qu'il Stait triste ! L'inquiétude ne manqua pas de succéder à l'ennui —

Un beau jeune homme, un prince ! — Un père

irrité^ une famille omnipotente, et peut-être vindicative? — Des séductions pour lui, des rigueurs

pour elle , et puis l'abandon, l'oubli, sans doute!— Enfin la malheureuse enfant gémissait et pleurait sans relâche et sans terme. Pendant l'absence de son mari , c'était parce qu'il n'était pas là; quand il était arrivé, c'était parce qu'il allait repartir; et quand elle ne recevait pas de lettres de lui , c'était assurément parce qu'il était prisonnier, parce qu'il

était malade, ou parce qu'il ne l'aimait plus!

Le prince en était désolé pour elle et pour lui.

— Souffrez et patientez, lui disais-je, on ne manque jamais impunément aux obligations de soa état; voilà pour vous, Monseigneur! et quant à Geneviève, innocente et faible créature que vous n'auriez pas manqué d'éloigner et d'éviter avec soin, si vous l'aviez aimée parfaitement, au lieu de lui faire le malheureux présent de votre coeur et de votre main! sachez donc, mon pauvre enfant, que lorsqu'on est déplacé dans sa position sociale, on n'est jamais sans inquiétude et sans trouble ! Il en est des

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êtres sociaux comme des individus matériels, il ne leur est pas bon de sortir de leur élément. Joigoez-y donc les alarmes! et les frayeurs! et les angoisses

mortelles! Vous n'avez pensé qu'à vous , mon

Prince; vous avez cru faire un généreux trait de véritable amour en épousant une campagnarde, et vous n'avez fait qu'un acte d'égoïsme ! Au demeurant, vous êtes un. homme, un véritable homme, et qui phis cbt, un amoureux des mieux conditiounés; vous n'avez songé qu'à vous, mon cher ami, c'est la coulunie , et ce serait encore une preuve que vous éles de sang royal.

lM. de Penthièvro me dit un jour que son fils avait eu la faiblesse et le malheur de se réconcilier avec son beau-rrère, qu'il avait su que M. de Lambalie était allé souper au jardin de Mousseaux , et que ce devait être en fort mauvaise compagnie, car il y avait là cinq ou six hommes de la société de M. le duc de Chartres, avec autant de personnes de la société de M"*' Dulhé. Je n'en voulais rien croire; mais le père du jeune Prince ajouta tristement qu'on l'avait ramené chez lui dans un état si déplorable, qu'il en avait gardé le lit pendant 48 heures, et qu'il en était resté dans un état de santé qui semblait fâcheux ]\]. de Pcnthicvre ajouta que le

prince était d'une tristesse mortelle, et qu'il ne voulait pas sortir de son appartement. Les facteurs de la p()i)te apportaient continuellement pour lui des lettres on des billots au timbre de Sceaux, et la maladie d'un de ses gens, nommé Champagne, avait Pair de l'affecter péniblement... Ce jeune domestique était son inspecteur du manège, son filleul ot son

DE LA MARQUISE DE CRÊQIY. 22l

favori , son homme de conGance , et M. de Penthiè- Tre ajoutait que son fils envoyait demander de ses nouvelles au moins dix fois par jour.

Je souffrais (par obligation de ne pouvoir répondre a la confiance de M. de Penthièvre) les mêmes tourmens qu'il éprouvait lorsqu'il aurait voulu correspondre ouvertement à la tendresse de son fils; mais j'avais promis de garder le secret : je Iremblais qu'il ne finit par m'cchapper; j'avais scrupule de le retenir avec un si bon père, et l'obsession que je ressentais devint tellement visible, qu'il médit avec un air de surprise et d'effroi : — Comment! vous paraissez contrainte avec votre meilleur ami ! Vous

me cachez quelque chose ! — Cesl vrai , lui dis-

je en pleurant , ne m'en demandez pas davantage et dites à votre fils que j'irai le voir demain mntin.

Ce qui me reste à vous faire connaître eut ao^sî déplorablement calamiteux que difficile h raconler. J'essaierai pourtant de le faire avec une rf*signation pénible, sans fiel, aut;jnt qu'il me «era possible, et sans paroles d'à nimad version contre le I)iic d'Orléans. On l'a traité suivant ses œuvre». Quand il a rendu l'âme, il était ivre... il a paru devant son dernier juge ; il a satisfait a la justice divine : Hélas! c'est plus qu'il n'en faudrait pour apaiser et pour assouvir sur lui toutes les haines et les passions vindicatives de l'enfer !

Après avoir encouragé son benu-frère a contracter un mariage illicite , cet homme avait calculé que le Duc de Penthièvre allait devenir vieux , et que son héritier, le Prince de Lamballe, était préciîiémentdu même âge quclui , Ducd'Orléans (ils étaient

nés fous les dciu en >I747, à quatre ou cinq mois (l'inlervalle). Le Chancelier du Palais-Royal avait dit effrontément, devant M. de Fourcy, que le Prince de Lamballe était coulé, mais qu^il était de force à vivre long-temps , ce qui serait grand dommage, attendu que M. le Duc d'Orléans ne pouyait manquer de se trouver, par la mort de M. de Lamballe, en pleine hérédité pour toute la fortune du Duc de Penlhièvre qui ne se portait pas trop bien. M. de Fourcy, conseiller d^état, ainsi que M. deMonthion, Chancelier de IVIonsieua, et beau-frère de M. de Fourcy , pourront vous certifier la réalité de ce mauvais propos. Comme ce familier du Duc d^Orléans ne s'était pas expliqué assez nettement pour donner ridée d'un mariage illégal et secret , on en avait supposé toute autre chose , et toujours fut-il ayëré que ce méchant homme ne voyait dans la personne et la vie du Prince que le seul obstacle qui pouvait se trouver désormais entre la convoitise de son maître et rimmense fortune de son parent.

Le Duc d'Orléans , qui se délectait dans la dépravation , avait souvent dirigé lui-même et fait diriger contre son futur beau-frère et son cousin toutes les tentatives de corruption les plus perYer* sives ; mais le Prince de Lambs^He en avait été préservé par un sentiment d'amour passionné , solide et pur; parle dégoût peut-être; et certainement par le mépris et l'aversion qu'il avait conçus pour le mari de sa pauvre sœur et pour les affidés de cet indigne prince.

Ils avaient été complètement brouillés pendant pluHÎyiirH onnî:c.> ; 1<: Duc d'OrlviUL»» s'en inquiétait;

nen-seuletnent à raison des propos du monde, mais à cause de Tatiention du Roi, et sur toute chose, à raison de ce que M. le Duc de Penthièyre avait refusé d'employer sa médiation pour ménager entre son (lis et son gendre un raccommodement qu'il ne désirait en aucune manière , et qu'il aurait tout ou plus toléré sans l'approuver. M™« la Duchesse d^Orléans m'a dit souvent qu'elle n'avait jamais pu triompher de la résistance de son père, et qu'elle avait eu l'innocente bonté de s'en affliger immodérément.

Le Duc d'Orléans ou plutôt le Duc de Chartres , alors, faisait toujours, et pour toutes choses, emploi de l'espionnage, mais c'était prénotablcment contre l'hôtel de Penlhièvre et les deux Princes de cette maison. Il avait fini par être informé de cette passion du Duc de Rambouillet (comme on appelait dans ce temps-là M. de Lamballe ) pour la fille d'un paysan; il ne manqua pas d'en solliciter la confidence et d'applanir avec hypocrisie tous les sentiers détournés qui pouvaient aboutir à leur mariage; car il a fait consacrer chez lui le mariage de son beau-frère, par l'Abbé Maguire, aumônier de sa chapelle, et le Duc d'Orléans avait voulu être un des témoins de ce grand acte d'exhérédation I

Quelque temps après, ses espions ne manquèrent pas de lui rapporter que le nouveau marié n'allait pas souvent à Clamart , et que M™^ de Saint-Paër en éprouvait une jalousie continuelle. Il en conclut (lui qui ne ménageait rien) que M. de Lamballe était déjà fatigué de sa femme, qu'il ne manquerait pas de l'abandonner , que la chose allait arriver in-

22 i SOUVENIRS

cessammcnt , sans aucun doute, et que lui. Duc d'Orléans, allait se trouver à la merci d'une indiscrétion du mari de Geneviève , en but à l'irritation de M. de Pentliièvre, à la colère des autres Princes du sang, à la défaveur de LL. MM. devant lesquelles il ne paraissait jamais alors que sous le masque du sujet le plus exactement fidèle et du courtisan le plus soumis ; on pourrait dire le plus obséquieux.

Il est inutile de vous parler des séductions qui furent employées pour attirer le Prince de Lamballe a Mousseaux, et j'y répugnerais !....

Il parait qu'on avait mélangé quelque drogue cyprine ou quelques mélanges de spiritueux dans la boisson que le Duc d'Orléans fit servir à son beaufrère , lequel avait l'habitude de boire et manger chez les autres, ainsi que chez lui, précipitamment et sans prendre garde à ce qu'il faisait (4) ; mais il avait conservé le souvenir avec le regret de certaines choses

{Il se trouve ici deux pages soigneusement

raturées el complètement illisibles)

{\) A 1.1 Fuite (runc maladie sérieuse, et n^ayant pas moins (le 20 mis alors, son pcre l'avait Tnit dispenser du maigre , et le jTais.iii placer h tahlc à côté de lui pour sunreiller son n'gime oliiiu'iitiirc et lui faire prendre les eaux de Forges. M. de Lamballe étail Ih-dessiis d'une insensibilité si parfaite , oud^anedistraclion telleuiitnt exemplaire , qu^il ne sVtait pas aperçu qu^il avait bu des eaux minérales et mangé de la viande pendant tout le cardnic. ( Note de VAuteur. )

également la basse

indignité d'une pareille conduite envers cet honnête Champagne qu'on avait fait enivrer et auprès duquel on avait envoyé manœuvrer la même personne aGn que le domesti,que ne fût pas moins invalide que son maître. On a su depuis que c'était dans l'intention d'empêcher les relations directes et d'entraver les communications épistolaires de M. de Lamballe avec M"* de Saint-Paér. Il était possible que le Duc d'Orléans fût effectivement amoureux de Geneviève, et c'était Topinion de M™® de Tessé qui s'y connaissait assez bien ; mais je ne sais qu'en penser pour mon compte, et je croirais plutôt qu'il avait agi par animadversion contre M. de Lamballe, que par un sentiment de prédilection criminelle et désordonnée pour M'"® de Saint-Paér.

Si coupable et si déréglée que puisse être une ardeur amoureuse, je crois que Philippe Égalité n'était pas capable d'éprouver un autre sentiment que celui de la haine excitée par l'avarice et l'envie. Il n'était susceptible d'aucun attachement : il n'a jamais eu d'autre maîtresse que M"^^ Agnès de Buffon, et l'on a toujours remarqué que sa liaison avec cette méchante femme n'avait aucun des caractères de l'affection , ni aucune apparence de galanterie

. . . . pour M. de Lamballe, et vous pouvez juger quelle aurait été la désolation de son père et l'affliction désespérée de M™** de Saint-Paér, s'il avait fait Connaîlre à ce uiôt^hant Doideu la nature et la [jia-

226 SOn'ENlRS

YÎté de sa maladie. Pour s'affranchir du blême, il aurait eu le bon moven d'en faire connaître la cause : niais il pensait que In personne et la famille de son beau-frùre en seraient diffamées à tout jamais, et du reste il n'aurait pas voulu faire une telle révélation sans en avoir obtenu l'autorisation du Roi. On se ménageait alors entre Princes du sang, et M. de Lamballe a toujours dit : — Je ne le verrai plus, mais je n'en parlerai point : je ne veux pas déshonorer les enfiins de ma sœur.

U étnit donc renfermé dans son appartement de riiôlel de Penthièvre, où je le trouvai consumé du plus sombre chagrin. Il n'osait aller à Clamart, où les tristes nécessités de sa situation n'auraient pu manquer d'exciter de la surprise , et puis des alarmes,

et puis des tonrmens jaloux (Je ne sais si vous

me comprenez?) 11 avait reçu de M"' de Saint-Paôr une letlre délirante et déchirante. Ils ne s'étaient pas vus depuis quinze jours , elle allait arriver à l'hôtel de Penthièvre!.... Il avait pris le parti de lui répondre avec sévérité. — Je vous le défends, Madame ; il y va de l'honneur d'un 'prince !... — Eh ! Qu'avez-vous fait là ? m'écriai-je ; vous la donnez belle à M""' de Saint-Paêr, avec l'honneur de ce

prince que vous voulez ménager à ses dépens et

quelle interprétation effrayante et lamentable ne va-t-elle pas tirer de cette ambiguïté!... M*"® la Duchesse de Bourbon vint nous intrerrompre , et nous dit que son frère était vialade, à ce qu'elle croyait, la chère princesse, mais ce qui n'était nullement vrai, il avait fait dire la môme chose à M. de Lamballe, apparenîmcnî dan.^ l'intimrioii de faire

supposer qu'il avait été plus étourdi que méchant et plus imprudent que criminel. Il avait môme eu la four))erie d'écrire à son beau-frère une longue lettre que celui-ci ne voulut pas ouvrir et qui lui fut renvoyée sans daigner y joindre un mot de reproche ou d'eiplicatjon. J'entrai chez M. de Penihièvre où |6 trouvai la Douairière de Conty. On y parla de cette maladie de M. le Duc d'Orléans qui ne l'cmpéchait pas de donner dans son appartement de joyeux soupers de quinze à vingt personnes , avec lesquelles il passait le reste des nuits autour d'une table de creps. Cette Princessse ne pouvait cacher l'irritation qu'elle éprouvait de sa conduite. Il avait gagné, trois jours auparavant, seize mille louis pontre son petit-fils, le Comte de la Marche. On avait eu soin de l'enivrer ; on avait fait venir des courtisanes... enfin, la grand'mère et le beau-père du Duc d'Orléans en étaient dans la consternation.

Je les écoutai silencieusement, de peur d'en trop dire, et je m'en retournai chez moi, la mort dans l'ame, avec un pressentiment funeste et l'appréhençion de quelque grand malheur.

Pans la matinée du surlendemain , M. de Pcnthièvre m'écrivit qu'il ne viendrait pas chez moi , parce qu'il ne voulait pas s'éloigner de son fils dont la maladie paraissait avoir changé de caractère. Il me disait que, pendant toute la journée de la veille, il avait eu le transport au cerveau ; que pendant la nuit dernière, il était tombé dans un assoupissement léthargique : Bordeu s'en inquiétait, il avait déjà fait appeler en consultation Poissonnier , Lassuse et Bitaume ; il était question d'envoyer chercher

vilé de sa maladie. Pour s'affranchir du blâme, il anmit eu le bon moyen d^en faire connaître la canse; mais il pensait que la personne et la famille de son beau-frère en seraient diffamées à tout jamais, et du reste il n^aurait pas voulu faire une telle réfélation sans en avoir obtenu Tautorisation du Roi. On se ménageait alors entre Princes du sang, et M. de Lamballe a toujours dit: — Je ne le verrai plus, mais je nVn parlerai point : je ne veux pas déshonorer les enfans de ma sœur.

Il était donc renfermé dans son appartement de riiôlel de Penlhièvre, où je le trouvai consumé du pbis sombre chagrin. Il n'osait aller à Clamart, où les tristes nécessités de sa situation n'auraient pu manquer d'exciter delà surprise, et puis des alarmes,

et puis des tourinens jaloux (Je ne sais si vous

me comprenez?) il avait reçu de M"' de Saint-Pafir une letlre délirante et déchirante. Ils ne s'étaient pas vus depuis quinze jours , elle allait arriver A l'hôtel de Penthièvre!.... Il avait pris le parti de lui répondre avec sévérité. — Je vous le défends. Madame ; il y va de l'honneur d'un prince !... — Eh ! Qu'avez-vous fait là ? m'écriai-je ; vous la donnez belle à M"^* de Saint-Paer, avec l'honneur de ce

prince que vous voulez ménager à ses dépens et

quelle interprétation elTrayante et lamentable ne va-t-elle pas tirer de celle ambiguïté!... M'"® la Duchesse de JJourbon vint nous intrerrompre , et nous dit que son frère était vialailc, à ce qu'elle crovait, la chère princesse, mais ce qui n'éUiit nullement vrai. Il avait (,iit dire la meute chose à M. de liambaile, ap|>aioi»Hucn; «jan. rinlvi^rion de fairo

DE LA XARQCfôC M mtJfi'W >,•

«apposer qu'il aTait été plm éfmirrtr /put m^h;»Tit 0^ plus imprudent que rrimioei. Il «f ^it t)(if>m^ ^i (1» fourberie d'écrire à nfffï bear»-fr«^« i^r.^ knq;it«t.«^ff^ que celui-ci ne tooIuC p^^ oa^r^r «^t <(a* lai f'U {««^ii^ ¥oyée sans daigner f joindra rir» i»''^ 4^ f^fU'U^ <\m d'eiplication. J'entrai #^b^ M. 4#^ F^!iwÀ;4«:9r^. «UW je trouvai la Douairière de OpuU. hu 7 ^f^ ^ cette maladie de M. le Imk 4 OrVb^r^ ^vi ^u^ K amm' péchait pas de donner d>ni ^^a» ^fi^iUiwi^t 4^ joyeux soupers de quinze m uhjjji pt^i/^^M^ , VMie: lesquelles il paMtai t le re*le 4^ nn^^ ^^^.fm 4 m^ table de creps . CeUe Vnmta^i^^ m; y/^^^ ¥.4 '4«<l^ l'irritation qu elle épr^mt^h 4«; <« ^^id^^ wVr. Ii 4'«4mI gagné y trois jo«n ^ai^^trê'^^tjî ^ t^x^ m^^tk >^m 000 tre son petit-fik, ii^ ijm^tc 4^, U H'^KiM^,^ Ou avait eu soin de Teonner ; 'yn n^^Mt 1«^( i«^ii <U» courtisanes... enfin ^ Ly i^t^uà u}^^ ^ k ht^\À-^t$^é$ du Duc d^OrUiJiUh en é'itieut d«n^ 1« ^;^>«it4i<:^iiiiiû/i^.

Je les écoutai silencieuteoienl^ de fieui d eii ti^yf^ dire, et je m'en retournai diez laoi^ la mm/H d^fi^i^ l'ame, a\ec un pressentiment funette et ra|>pf'4^n' sion de quelque grand malheur.

Dans la matinée du surlendemain , 31. de Peuthièvre m'écrivit qu'il ne viendrait pas chez moi , parce qu'il ne voulait pas s'éloigner de son fils dont la maladie paraissait avoir changé de caractère. Il me disait que, pendant toute la journée de la veille, il avait eu le transport au cerveau ; que pendant la nuit dernière, il était tombé dans un assoupissement léthargique : Bordeu s'en inquiétait, il avait déjà fait appeler en consultation Poissonnier , Lassuse et Bitaume ; il était question d'envoyer chercher

Bouvard ; enfin Bordeu craignait une fièvre capitale et pernicieuse. M. de Penthièyre avait ia bonté d'ajouter que sa porte ne serait ouverte que pour sa fille et pour moi.

Dix minutes après, je vois entrer Dupont qui me dit, avec un air étrange et d'une voix troublée, qu'il y a dans Tantichambre un frère aine du jeune Champagne , de Champagne qui est à M s** le Prince de Lamballe, et que cet homme me conjure de vouloir bien le faire entrer, parce que c'est une afTaire de vie ou de mort ! . . . .

C'était le valet de chambre de M™** de Saini-Paér, qui fond en larmes et qui me dit que sa maltresse est empoisonnée. Il arrivait de l'hôtel de Penthièvre (\)f mais il n'avait eu garde de parvenir jusqu'au IVince a cause de sa maladie. Son frère était a Tinfirmerie du Refuge ; enfin connaissant la nature du lien qui subsistait entre le Prince et Madame de Saint-Paër, et connaissant l'intimité de mes relations avec le Duc de Penthièvre auquel il n'osait s'adresser directement , cet homme avait eu l'idée de venir chez moi.... u Vous avez bien fait, lui disje : » et mon parti fut bientôt pris ; j'envoie chercher Baudret, mon chirurgien, qu'on trouva chez lui ; on me l'amené , et moins d'une heure après nous étions à Clamart auprès du lit de Geneviève.

(I) Ou de Toulouse. CVst aujourd'hui Phôtel delà Banque de France, et reinplacemont de celte grande habitation couvre toul le terrain qui se trouve compris entre la place des Victoirei et les trois rues de la VrilliÎTe , des lîons-lùifans et Croix-des- Petits-Cbamps. ( Note de l'Éditeur.)

Sa femme de chambre avait perdu la lète; elle avait appelé tout le village au secours de sa maltresse, et la chambre se trouvait remplie d'une foule de curieux à qui mon arrivée n'en imposa pas médiocrement. J'en profitai pour tâcher de faire maison nette en les envoyant chercher un prêtre; mais le tabellion me fit observer que M. le curé n'y consentirait peut-être pas, attendu que celte^ pauvre dame était la propre cause de sa mort. Je leur dis de me laisser seule avec M"*® de Saint-Paêr, et lorsque mes gens s'en mêlèrent en leur disant fièrement et solennellement que j'étais M">^ la M"® de Gréquy, dont ils n'avaient jamais ouï parler, ils se retirèrent avec soumission.

— Ah ! madame ! . . . quel excès de bonté ! • . . C'est vous, madame?... Ah! Madame!... Et voilà tout ce que pouvait me dire cette belle et douce Geneviève, dont j'aurais voulu prolonger les jours aux dépens

des miens Hélas! il était trop tard, le poison

qu'elle avait pris et qu'elle avait trouvé moyen de se procurer je ne sais comment, avait déjà brûlé ses entrailles; elle ne pouvait pas vivre plus de sept a huit heures, etBaudret m'avait prédit que la torpeur allait succéder à l'état convulsif

Elle implorait l'assistance de son confesseur, à grands cris, mais c'était le vicaire de Sceaux qui n'arrivait pas — Votre mari, lui dis-je, a beaucoup de confîaace dans un des prèlres de cette paroisse...— Mon mari! s'écria-t-elle avec un égarement terrible Vous savez qu'il est mon mari !

il vous a dit — Ah! pardonnez-moi, grand

Dieu! pardonnez-moi mon crime!... — H avait dit

à Madame de Créquy, à l'amie de son père —

Il avait dit que j'étais — Et comment n'ai-je

pas su qu'il ayait dit — Ah I Dieu de miséricorde I et j'avais pu douter de votre bonté I pardonnez-moi mon défaut de lumière! pardonneimoi mon ignorance et mon aveuglement, mon défaut de couQance en vous ! — Mais voilà tout le monde qui sait à présent que je me suis empoisonnée llélâs^ Madame ! ayez la bonté de me faire

guérir, ou du moins, faites en sorte que mon pauvre corps ne soit enfoui sous la potence et traîné sur la

claie ! — Malheureuse enfant, lui dis-Je alors,

meticz-y de Thumilité, du courage et de la résignation! je ne saurais vous promettre de Temp^er et peut-être ne le voudrai-je point, si notre créateur ne vous permet pas de vous reconcilier avec

lui Failcs-en le sacriGce a Dieu, au prochain,

pour le bon exemple; je ne saurais en consdence entraver la justice du Roi, quand elle agit en vue de la justice de Dieu. Repentez -vous de ce grand péché, de ce crime affreux que vous avez commis...

— Et Monseigneur? — Il est aussi malade que

vous... — Ahl tant mieux! tant mieux! Nous allons nous rejoindre! — Voyez ces papiers,

me dit-elle en m'indiquant deux lettres dont je reconnaîtrais les écritures entre deux cent mille, et dont je ne me rnppelloroi jamais le contenu sans éprouver un scnlimcnt d'horreur et de terreur.

La première en date était un billet insidieux et mesuré dans ses termes, où l'on représentait les précautions, la prudence et toute la conduite d'un jeune prince fine l'on h osait pas nommer à l'adorable

DE LÀ MARQUISE «C GRËQUW m

H^ d$ St.'Paé'r, soos un jour perfide, comme éUBt le symptôme assuré d'un naturel inconsUnt, d un cœur Tolage et d*une rupture inévitable à laquelle il était nécessaire et prudent de se préparer...

Dans la seconde lettre, à deux jourt» de distajioe, on parlait insolemment des amours du Friiiœ de Lamballe arec Madame Victoire de France, et Dieu sait quels affreux mensonger à Tappui de cette foile calomnie! On ajoutait sur une liste de mailnsfitas

imaginaires

( Uaiure de deux lignes )

en témoignage de ses infidélités, el puis arrivait le récit du souper de Mousseaux, qui bc trouvait buivi d^un résultat si honteux pour M. de Lamballe, qu'il était obligé de ne pas sortir de son appartement ,

ce qui pouvait durer pendant ^în mois Toute

cette lettre était libellée d un style impudent el cynique ; mais on y voyait â Tair familier dans Toutrage et à la connaissance de certailli^ détails de localité, que fauteur anonune devait être un des conrives de Mousseaux; le pitd lourciiu s'y montrait.

Etonnez- vous donc que le sieur de I^aclos, secrétaire intime et confidentiel de M. le l>uc d'Orléans, ait pu faire un ouvrujje tel que les Liuisons Danyereu$e$if On accusera peut-être c;e roman d^invraisemblanceet d'exagération, et pourtafit i-'eM un tableau très fidèle, en admettant qu'on ait \otjlu peindre les mœurs de la société d'Orléans, et qu'on en restreigne le cadre à celui du Palaib-Royal.

Le Vicaire de S^«nfiï noi**< ;irrî'-'«» — \o m'a-

bandonnez pas, s'écrie M"" de St.-Paër en apercevant que j'allais sortir. — Restez, Madame, ah! restez auprès de mon lit, auprès de moi ! que je ne meure pas comme une pauvre abandonnée! je vais mourir toute seule! — Ah! restez, restez^ vous pouvez entendre ma confession !...

— Il faut, lui dis-je en fondant en larmes, il faut que je m'en retourne à Paris ; mais vous me reverrez, je vous l'assure; et j'espère que je ne reviendrai pas seule

— Geneviève! Geneviève! entendez-vous et reconnaissez-vous ma voix? (C'était au bout d'une heure et demie d'absence, et la malade était tombée dans l'affaissement narcotique immédiatement après avoir reçu l'absolution.)

— Voici M. le Duc de Penthièvre; il m'a dit en sanglottant : — Gomment? la femme de mon fils, de mon unique et cher enfant, mon fils bienaimé !... — Allons à Clamart ; je veux la voir et la bénir, sa femme I

— Sa femme articula-t-elle avec les lèvres et

sans aucun accent de la voix ; mais comme j'étais assurée qu'elle n'était pas encore privée de connaissance^ et qu'elle ne serait pas insensible à ces paroles de consolation : — C'est le Duc de Penthièvre, lui dis-je encore, il est auprès de vous!...

Elle ouvrit les yeux ; elle regarda sans voir, d'abord ; ensuite elle suivit, en soulevant péniblement

ses paupières, un rayon de soleil qui faisait scintiller la plaque de diamans que portait M. de Penthièvre... — Elle se mit à sourire avec une douceur

ineffable, en disant : — Comment ai-je pu

mériter?... — Pardonnez-nous, Monseigneur!... — Votre fils!.. C'est tout ce que put dire Geneviève expirante.

— Mon fils vous avait élue pour sa compagne en présence de Dieu ! puisque FÉglise a consacré votre union , vous avez reçu la bénédiction du Père universel , de notre père qui est aux cieux ; je vous pardonne et vous bénis autant qu'il est en moi ; je vous bénis ! je vais prier avec vous et pour vous, ma fille !

Elle avait rendu l'âme avant qu'il eût cessé de prier, et d'après la beauté, la candeur et la sérénité de sa figure, on aurait dit que c'était de joie qu'elle était morte.

Geneviève Galliot, dont j'espère que vous conserverez le portrait, est inhumée dans les caveaux de Téglise collégiale de Dreux, à côté de la mère de M. le Prince de Lamballe, Marie-Tliérèse-Félicie d'Est de Modène.

Toutes les fois que je vais à Monlflaux , je no manque jamais de m'arrêter à Dreux, pour aller faire ma prière à son intention dans l'église de St.'Étienne.

La maladie de M. de Lamballe fut longue et pénible, mais la convalescence de ce malheureux Prince fut plus longue et plus pénible encore; il en sortit comme l'or du creuset , épuré , solide , et sa résignation fut égale à sa douleur. Par déférence pour les désirs de son père, à la sollicitation de sa

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sœur et par condescendance à mes avis , peut-être ^ il se résolut , deux ans plus tard , à épouser Mademoiselle de Carignan. Funeste alliance et sinistres fôtes I Je verrai toujours dans la chapelle de cet hôtel de Toulouse, qu'on avait décorée superbement avec des milliers de lustres , des fleurs et de riches tentures brochées ; je verrai toujours cette belle figure du Prince de Lamballe, avec des larmes dans les yeux; et ces deux familles consternées, et cette jeune flile qui pleurait en voyant la tristesse de son fiancé. Il n'était ni plus paie , ni plus défait ^ comme dit le peuple, après sa mort, laquelle ne manqua pas d'arriver peu de temps après son mariage. Je ne vous rapporterai rien des bruits publics , à ce triste sujet, je n'ai rien su d'indubitable, et je nie suis promis de ne jamais parler sur le Duc d'Orléans avec témérité. Madame de Lamballe était la beauté , la bienveillance et la vertu mêmes. Vous verrez que sa douceur et sa bonté n'ont pu fléchir les tigres qui l'ont déchirée sur l'autel de l'Égalité (4).

(I) Maric-Louise-Tb(^rcse de Savoie-Cnrignan, Princesse douairière de Lamballe ci Surintendante de la maison de la Reine. Elle sVtait réfu(;iée dans les Ktats de Savoie au commencement de la réTolution j mais quand elle apprit les malheurs dont la famille royale était accahlce, elle se bâla du revenir à Paris pour y demander la faveur de partager sa captivité. KUe a été massacrée dans la cour de sa prison eu 4792. On luicoapa les seins d^abord , et puis la tiUe dont on fit crêper et poudrer les beaux cheveux blonds par un perruquierde la rue St.-Antoine ; on la mit ensuite au haut d^ine pique , avec un horrible trophée, car on avait ouvert son corps profané pour en arracher le cocdr et les rntf ailles . . ■ se i rudit fous h ï fcuOtri*» de la Tmir^du-Tempk*/

HE LA XAlQnSC 16 ClÉtjJirr. tSi>

préseotcr aux Qcciamaikms ém ^m^ fr»çmr> J^f^insnAi owai récit dans ooe gaofttfe à la lime d'Orïéu». M '« ^ LamMUr n'aTatt jamais (ait dass toafr sa TÎe «ae spvir «clâna ^«i |>M exciter la haioe eu prapie : cfte était la l»clW mim 4e fldlifye Egalité ; elle arait no dosaifv 4e 5€^ mille Kircf 4e resle , «t c^ctt , en Térité, la seule raison ^nou paiiM trovrer ^sarcififtqoer l'assassina t de cette princesse au contmencrmotf 4e la réi^^ lution. ( Kote de VAyUeur. j

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