MORTE A VITEÏ PRÈS PARIS, EN
// est bon quelgnefois d'écrire des faussetés et des indignités ; elles peuvent donner lien à mettre dans leur jour des faits que la vérité et la sagesse n auraient pas éclaircis, sans être provoquées par la sottise. On veut parler ici de l'histoire d'une dame française à laquelle on ne saurait nier que de grands personnages noient témoigné les plus grands égards; mais comme ce libelle est un tissu d'assertions calomnieuses, une main auguste na pas dédaigné de faire les remarques suivantes sur ce conte, à qui il arrive, par cette réfutation, plus d' honneur qu'il ne mérite,
« -1° L'épouse du fils de Pierre-le-Grand n'était « point du tout belle, mais bonne et honnête; elle « était extrêmement marquée de la petite vérole, « grande et fort maigre. Quoique son époux fût « d'un caractère bizarre, il ne poussa jamais ses « cmportemens jusqu'à des brutalités et des atroci- « tes pareilles à celles dont on Taccuse.
i6 SOUVENIRS
(( 2^ De ce mariag[e naquit Pierre II et une « Princesse nommée Nalalie, morte à dix-sept ans (c pendant le règne de son frère.
(( o"" L'épouse du Césaréwitz, après ses se- (( condes couches, mourut d'une maladie de poi- « trine à St.-Pélersbourg, en présence de TEmpe- (( rcur, qui ne la quitta presque pas pendant « les derniers jours de sa maladie. Il assista « môme à Touverture de son corps; elle fut émet baumée et enterrée à visage découvert, exposée (( très longtemps dans une salle de son palais, d'où « elle fut transportée dans Téglise de la forteresse « de cette ville, tombeau des souverains, et où « Pierre-le- Grand est inhumé lui-même. Voilà donc i( qui constate que M*^^' d'Aubans, si elle s'est dile (c être cette Princesse, n'était qu'une aventurière, « ou bien son historien a joué d'imagination.
<( 4° Cette princesse avait mené avec elle sa cou- « sine la Princesse d'Ostfrise, qui s'en retourna, a après avoir reçu ses derniers soupirs, en Allc- « magne, où elle épousa un prince de Nassau.
(C 5' La Comtesse de Konigsmarck, mère du « Maréchal de Saxe, n'a jamais été en Russie, et le « Maréchal n'y est venu que longtemps après la » mort de l'épouse du Césaréwilz.
« G* La Princesse était née, élevée et mourut « dans la religion luthérienne, et M°*® d'Aubans « était si bonne catholique, selon son historien, « qu'elle se mit ou voulut se mettre dans un coûte vent. Au moins aurait-il dû nous dire le lieu do « sa conversion, ce qu'on n'a pas fait et ce qu'on « n'avait garde de faire, u
Vous voyez que la souveraine et la chancellerie de Pétersbourg ne s'étaient pas mis en grands frais de logique , et voici comme on répondit à la Cxarine, en la suivant pas à pas dans ses démentis.
« -1 ° On n'a jamais dit que M"® d'Aubans avait « été belle , et toutes les personnes qui l'ont vue « n'ont pas manqué d'observer qu'elle était, non (( pas extrêmement mais un peu marquée de la c< petite vérole ; si l'on osait demander à S. M. » l'Impératrice de Russie s'il est vrai que son mari « la maltraitait j elle n'en conviendrait peut«étre (( pas
u S<> On n'avait rien à dire et nul besoin de ff parler des deux enfans que M°*^ d'Aubans aurait « eus du Czarowifz , et non pas CisaréwUz, car (I Czar et Cœsar sont deux choses distinctes y et voilà n la seule observation que mérite ce deuxième « article.
u 5^ S'il était question de la mort du Cxar a Pierre III, mari de S. M. présentement régnante, it on pourrait nous affirmer qu'il est mort d'apou plexie ; qu'il a été exposé et enterré publique- « ment ; qu'il est inhumé dans le caveau de l'église u de la Forteresse , où Pierre*Ie-Grand se trouva « enseveli , parce que c'est la sépulture de sa face mille ; mais qu'est-ce que cela prouve?
« 4-^ H est vrai que la Princesse Charlotte-Louise- « Christine-Sophie de Brunswick était arrivée en « Russie accompagnée d'une Comtesse et non pas u Princesse d'Ostfrise ; mais cette jeune personne ne « resta que 48 mois à Pétersbourg, et son mariage
48 SOUVEiNIHS
a avec un Prince de Nassau n'ajoute aucune force (( à la réplique négative.
« 5° Ou n'a pas dit que la Comtesse de Kœnîgs- (( mark, mère du Maréchal de Saxe, ait jamais été « en Russie ; on a dit que c'était la Comtesse de « Warbeck, née Kœnigsmark, laquelle était grande-t< maîtresse de la Princesse Charlotte et tante du « Maréchal de Saxe, ainsi qu'il est aisé de le véri- « fier dans tous les almanachs du temps ; et , du n reste, on ne saurait douter que le Comte de Saxe (< n'ait passé les premiers six mois de l'année 4745 « à la cour de Moscovie.
(( G"" Venons à l'article de la religion de cette « Princesse, qu'on nous dit avoir été élevée et être « morte dans la religion luthérienne, quoiqu'elle (c fût née calviniste et qu'elle eût embrassé la re- (( ligion grecque en arrivant en Russie. Quant à « sa dernière abjuration pour rentrer dans l'unité « cadiolique, il est suffisant d'en référer a cette « lettre de M. de Montmorency-Laval, Évéque de a Québec, à M. le Comte de Maurepas, ministre de (( la marine en 4759, etc. »
Le mémoire est terminé par la lettre du saint missionnaire, avec un grand nombre de pièces à l'appui du système affirmatif. 11 y a de bons esprits qui sont convaincus de l'identité ; il y a d'habiles gens qui n'y sauraient croire , et je vous dirai , quant a moi , que je ne sais qu'en penser, non plus que de la disparition de la Comtesse de Saulx. M"™*^ d'Egmont ne doutait pas que M"*^ d'Aubans ne fût la bru du Czar Pierre, et sa persuasion devait être appuyée sur l'opi-