‹ Souvenirs de la marquise de Créquy, de 1710 à 1803 (volume 2)Chapitre 23 sur 42 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Histoire du pliilosophe Paul Olavidcz. — Roman de sa vie par C-i[;[liostro. — Les négocians espagnols. — Singalier pmrèi ontrc deux maisons de coinmerce. — LMnfante Ourai|ue de Caslillc. — Le Comte d^Aranda. — Maiime de ce diplomate. (jénérosité d^un slatliouder. — La vérité sur Tinquiaition. — Ses poursuites contre le Comte d'Olavides. — Sentenee da oa trihunaL < — Condamnation |>ar le Saint- Office et liale de wi familiers. — Le Cardinal de Urienne. — Les rfliques en bracelet à la mode d^Espagne.

Toute l'Europe, et surtout la France philosophique, était fort occupée de la punition du philosophe Soarez-Olavidez qui venait d'être condamné par le tribunal du Saint-Office. C'est le dernier ju- {{cment qui ait été porté solennellement par l'Inquisition d'Espagne, et Ton verra qu'il ne fui ni meurtrier ni sanguinaire. Dans ces sortes de procès pour hérésie, fausse doctrine ou sacrilège, le rôle des juges ecclésiasti(|ues a qui les lois de l'Église ont toujours interdit de participer à l'effusion du sang humain , s'est toujours borné, quoiqu'on ail pu dire , à vérifier un délit sous les rapports de la doctrine ou de la profanation des choses saintes; les inquisiteurs proprement dits , instruisaient le procès dogmatique, interrogeaient Taccusé, constataient son innocence ou le déclaraient coupable , et s'en tenaient là. S'il avait été condamné par l'Inquisition^ c'était

SOUVENmS DE LA MARQUISK DE CRÉQUV. (îi

raatoritésécalîèreqiii venait s'emparer du coupable, •aCn de le poursuivre au nom des lois civiles ; et si l'application des pénalités légales était par trop sévère, c'était, comme on voit, la faute du législateur •et non pas celle de Flnquisition , qui n'a jamais ni condamné ni pu condamner personne à mort , ù moins de vouloir encourir la peine d'excommunication majeure, ipso facto ^ dans son président, ses «asistans et leurs familiers, aux termes de la Décréiale Missus à Deo; qui a réglé celte matière.

Il est vrai que dans les angoisses et les sombres lourmens où l'on était sur les effets du calvinisme, iie Roi Philippe II et son successeur avaient établi «canére les hérésiarques, un Code de procédure infijDia»nt rigoureux, avec des pénalités qu'on pourrait appeler cruelles ; mais c'étaient des lois civiles appliquées par des laïcs, et non pas des lois religieuses ÎDVoqtiées par des ecclésiastiques : il en estdel'InquisiticMi comme de l'exécution politique de la Saint- BartbâleiLiy, où la religion n'a fourni qu'un préi4exte; etddu reste, il est à remarquer qu'à l'époque -^ù nos |Aûlosophes se sont mis à déclamer contre le Saint-Office et les inquisiteurs d'Espagne , il y avait déjà long-htemps qu'on avait adouci la sévérité deces lois castillaiies ; on mettait les hérétiques et les écrivains sacrilèges en prison , ce qui me paraît la moindre chose, mais vous pouvez être assuré que depuis longues aiu>ées on ne les brûlait plus.

Pablo Soarez-Olavidez était le fils d'un riche négociant péruvien , qui recevait des mauvais livres en contrebande et qui s'avisa d'envoyer son héritier auprès de son père (aieui de Pablo) , qui tenait à VI. 4

(ladiK un des comptoirs les mieux réputés de TEurope marchande. 11 eut occasion de faire un voyage

à Âladrid Mais j'aime mieux vous laisser cooter

la première partie de son histoire par M. le Comte de Cagliostro qui , disait-il , en avait écrit le récit sous sa dictée. Vous savez à quelle intention lo Prince Ferdinand de Rohan m'avait fait confier la plus grande partie des manuscrits dudit Cagliostro, dont j'avais traduit les mémoires pour les faire connaître au Roi Louis XVl ; enfin voici la traduction de ce morceau biographique dont j'avais fait l'extrait pour mon propre compte , et parce que j'y voyais la peinture d'un caractère intéressant par son originalité, parmi nous autres Français du moins ; car j'avais toujours entendu remarquer que l'ancien type de rhonorable commerçant ne se trouvait plus qu'en Espagne oà l'on n'entend jamais parler d'une banqueroute indigène. C'est Cagliostro qui va faire parler Pabb Soarcz, lequel est devenu Comte d'Olavidès et Titré de Castille.

<( Je suis né d'une ancienne famille de commeros « originaire de Valence, à Potosi delà Plata,en « 4725, mais je ne restai pas long-temps dans notre « comptoir d'Amérique, succursale de notre corap- « toir de Cadix. Mon père avait su que je m'était « emparé d'un livre français que je m'essayais i « déchiffrer ; il se trouva que c'était un Traité pbî- (( losophiquc sur l'existence de VAme des femmes, (( et l'auteur était d'avis que les femmes étaient « animées par une sorte d'esprit analogue è celui A du démon. Ce volume était arrivé chez nous, en u pacotille; et l'auteur de cet ouvrage avait nomto

0 Révérend Père Bougeant, Ma mère avait déjà

« rendu son âme, à Dieu j'espère, et la conscience

« de son mari s'alarma tellement des mauvaises

« dispositions qu'il me supposait, qu'il prit le parti

H de m'envoyer en Europe auprès de son père , ;i

¥ lai, lequel était, comme vous savez, un des plus

« riches négocians de Cadix. J'étais âgé pour lors

a de 17 à 'l 8 ans.

« Mon grand-père Soarez a toujours été d'huit meur défiante et ri^jide, il exigeait que je ne fusse If occupe que de ses affaires^ et ne permettait pas « que je prisse la moindre part aux divertissemens « de mon âge; ainsi je n'allais jamais au spectacle, « et le dimanche, je n'étais jamais pour rien dans « ces agréables parties champêtres ou maritimes, « qui sont toujours si goûtées dans nos villes de « commerce, et qui dédommagent un peu les molu heureux négocians de la fatigue et des ennuyeux « travaux du reste de la semaine.

« Cependant, comme l'esprit a naturellement «t besoin de variété, je cherchai mon délassement « dans la lecture, et pour celto fois, ce ne fut pas « dans celle des livres philosophiques, mais dans « les romans nationaux. Le goût que j'y pris me « donna la plus grande disposition pour la tenir dresse; mais comme je sortais fort peu^ et que « Je ne voyais jamais d'autres femmes que ma u grand'mère et sa duègne (à moins que ce ne fût « dans les églises et dans les rues), je n'avais pu « trouver aucune occasion pour disposer de mon u tendre cœur, et je n'étais encore amoureux que (c de Tamour.

(( Il arriva que mon grand-père eut quelques ré- « clamations à poursuivre aupr^ du Conseil su- « prême des Indes, et c'é(ait une bonne occasion <( pour me foire connaître à nos correspondans de u Âladrid. Il m'annonça son intention de m'ex- (( pédier en Castille, et je fus enchanté d^aller res- (( pirer le grand air, en dehors des grillagea de no- « tre con)ptoir et de la poussière de nos magasins.

u Lorsqu'on eut disposé toutes les écritures et (( les (locumcns indispensables pour mon voyage, u mon grand-père nie fit entrer dans son cabinet « et me tint ce discours :

« — Je vous aidéjà dit que je vous regardais comme « mon principal héritier, et qui plus est, comme (c si vous étiez mon associé! Vous saurez que Ma- « drid est une place de commerce où les négocians (( ne sont pas comme ici les premiers de la ville ; (( j'ajouterai qu'ils ont besoin d'une conduite pru- (i dente et bien réglée pour ne pas y compromettre (( la dignité d'une profession qui contribue si u puissamment à la gloire et la prospérité de leur « pays.

« Voici trois préceptes que vous observerez (( fidèlement , sous peine d'encourir mon indi- « gnation.

« Premièrement, je vous ordonne d'éviter la (( compagnie des Nobles. Ils croient nous faire « beaucoup d'honneur lorsqu'ils nous font la ré- (t vérence et nous adressent quelques mots de (( politesse; il ne faut pas les entretenir dans cette <( illusion-là. Vous pensez bien que notre crédit, ti ou, si vous voulez, notre mérite, est tout-à-fait

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u quelles il ne voulût se prêter; mais l'offense était « faite : Domingo Soarez rompit toute espèce do « commerce avec les Ferraz, et en mourant, il re- « commanda à son fils de ne jamais entretenir au- « cune relation avec eux.

« Luiz Soarez, mon père, obéit pendant long- «c temps à la volonté du sien ; mais le malheur des « temps et les nombreuses banqueroutes occasiontr nées par les guerres de la Succession, qui dimi- « nucrent inopincinent le nombre des maisons de « commerce, le forcèrent, en quelque sorte (il ne « m'appartient pas de le juger rigoureusement), à « correspondre avec celte première maison de Ma- « drid; il ne tarda pas à s'en repentir, ainsi que « vous en conviendrez bientôt.

« Je vous ai déjà dit que nous avions part à « l'exploitation des mines du Pérou, et celte cir- « constance mettant entre nos deux ctablissemens « force lingots, nous avions pris l'habitude de les « employer à nos paiemens, qui, moyennant cela, « n'éprouvaient jamais les variations du change. A « cet effet, nous avions fait confectionner des caisses « en bois de cèdre qui contenaient chacune cent « livres d'argent; ce qui, comme vous savez, repré- K sente à peu près deux mille sept cent cinquantetc sept piastres fortes et six réaux. Vous avez pu voir « encore et vous avez di\ remarquer quelques-unes « de ces vieilles caisses au magasin n** 77. Vous c( aurez vu qu'elles étaient solidement garnies en ce fer, et j'ajouterai qu'elles étaient munies de cac( chets plombés à la marque de notre comptoir, (f Dans ce temps-là, chacun se moquait, dans tous

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« nos griefs contre eux; et voilà pourquoi je veux, « en peu de njols, vous faire l'histoire de notre « maison.

(( L'auteur de notre fortune fut Domingo Soarez, « qui, après avoir passé sa jeunesse à courir les u mers, prit une part considérable dans Tnpalte (( des mines du Pérou, dont nous conservons la « seizième, (elle est manipulée par votre père avec (( inlelligencc,) ensuite de quoi Domingo vint s'é- (( tablir à Cadix et fonda sur ladite place une maice son de commerce sous la raison Soarez et com- « pagnie.

u En consé([uence de son entreprise, il rechercha ti l'amitié des principaux négoeians de l'Espagne; « les Ferraz jouaient déjà dans ce temps-là un assez « beau rôle, et mon aïeul Domingo ne manqua ce pas de les informer de son intention pour entrer « aveceux dans une suite de relations et d'opérations ce lucralives; ils lui répondirent de la manière la ce plus bienséante, et pour entrer en affaires^ il fit (( des fonds sur Anvers en tirant sur la maison « Ferraz.

c( Jugez quelles furent la surprise et l'indignation « de mon grand-père lorsque sa traite lui fut ren- « voyée avec protêt! H est vrai que, par la poste « suivante, il rerut une lettre remplie d'excuses. (( Iluiz Forrnz lui mandait qu'il s'était trouvé à (( ^aint-lldefonse auprès du ministre, et que la Ictc( tre d'avis ayant été retardée de quatre jours, son « premier connnis n'avait pas cru devoir s'écarter i( de la règle invariable du comptoir. Ruiz Ferraz ce ajrxitait iju'il ii\ a\:>ii «ortc de réparations aux-

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u quelles il ne voulût se prôler ; mais l'offense était ce faite : Domingo Soarez rompit toute espèce de « commerce avec les Ferraz, et en mourant, il rc- « commanda à son fils de ne jamais entretenir au- « cune relation avec eux.

M Luiz Soarez, mon père, obéit pendant long- « temps a la volonté du sien ; mais le malheur des « temps et les nombreuses banqueroutes occasion- « nées par les guerres de la Succession, qui dimi- « nuèrent inopincaient le nombre des maisons de « commerce, le forcèrent, en quelque sorte (il ne « m'appartient pas de le juger rigoureusement), à tf correspondre avec cette première maison de Ma- « drid; il ne tarda pas à s'en repentir, ainsi que « TOUS en conviendrez bientôt.

<i Je vous ai déjà dit que nous avions part à «c l'exploitation des mines du Pérou, et celte cir* « constance mettant enlre nos deux établissemens « force lingots, nous avions pris l'habitude de les « employer à nos paicmcns, qui, moyennant cela, « n'éprouvaient jamais les variations du change. A « cet effet, nous avions fait confectionner des caisses « en bois de cèdre qui contenaient chacune cent « livres d'argent; ce qui, comme vous savez, reprécc sente à peu près deux mille sept cent cinquante- « sept piastres fortes et six réaux. Vous avez pu voir « encore et vous avez dû remarquer quelques-unes w de ces vieilles caisses au magasin n^ 77. Vous c( aurez vu qu'elles étaient solidement garnies en ce fer, et j'ajouterai qu'elles étaient munies de ca- « chets plombés à la marque de notre comptoir. « Dans ce temps- là, chacun se moquait, dans tous

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(( les pnys, de certains banquiers et négocians ance glais, qui se donnaient les airs d'avoir des ar- « moirlcs. Enfin, chacune de ces caisses avait son « numéro général de série et son numéro d'ordre « particulier; elles venaient en Europe et retource naient aux Indes, ou s'en allaient en Orient, sans c( que personne eût jamais songé à les faire ouvrir (( pour en vérifier le contenu ; ce qui témoigne asseï c( qu'on les recevait dans tous les pays du monde ce avec une confiance parfaite, et ce qui prouve aussi ce qu'elles devaient être assez connues par lesn^oc( cians de Madrid.

ce Cependant il arriva qu'un Vice-Roi du Mexice que ayant à faire un remboursement à la ce maison Ferraz , y fit déposer quatre de nos ce caisses , et que le principal caissier les fit nonce seulement ouvrir, mais qu'il en fit essayer Parce gent

ce Lorsque la nouvelle de cet outrageant procédé <f parvint à la bourse de Cadix, mon père en resce sentit la plus vive indignation ! A la vérité, par ce la poste suivante, il reçut une lettre d'Antonio ce Ferraz, fils de Ruiz, lequel alléguait, pour s'excc cuser, qu'il avait été mandé à Valladolid où se a trouvait la cour, et qu'à son retour à Madrid, il ce avait sévèrement blâmé la conduite de son prece mier caissier, lequel, étant Français, neconnais- (c sait pas encore les coutumes d'Espagne à l'égard ce de la maison Soarez et compagnie.

ce Mon père ne se contenta pas de ces excuses, cf il roni|)it tout commerce avec les Ferraz, et en « mourant, il nio recommanda par-dessus toute

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€ chose de n'avoir avec eux aucunes relations de m commerce.

■ ce Pendant longues années, j'obéis a Tordre de «c mon père et je m'en trouvai bien, mais par une « circonstance imprévue, je me trouvai dans un « rapport indirect avec les Ferraz et vous verrez ce « qu'il en résulta.

« Quelques affaires m'avaient obligé d'aller à ff Barcelone où je fis connaissance avec un certain t Livardez , négociant retiré des affaires et vivant « de ses capitaux, qui du reste étaient considérables. « Ce vieux homme avait dans le caraclèrc quelque « chose de rangé, d'exact et de préoccupé, qui « convenait au mien. Notre liaison était déjà for- » mée lorsque j'appris que Livardez était l'oncle « maternel de Sancho Ferraz , alors chef de cette ic maison. J'aurais dû la rompre, mais je ne le fis « point, hélas! et je crois devoir vous confesser « que je n'en tins compte, en disant, à part moi, « qu'il n'était pas de cette famille.

« Par un beau soir, en nous promenant sur le ff port de Barcelone , après avoir causé sur les ff chances à courir et les bénéGces à présumer dans ff les armemens pour les Antilles, Lavardez me « dit que , sachant avec quelle intelligence je fai- « sais le commerce des IMiilippines, il y voulait « mettre un million de piastres à titre de com^ ff maudite.

« Je lui représentai qu'étant l'oncle des Ferraz, « il devrait avoir eu l'idée de leur confier ses fonds ff plutôt qu'à moi.

« — Je ne me soucie pas , répondit-il , de fa

(f des affaires avec mes parens et surtout ayec les (( Fcrraz à qui je compte laisser toute ma fortune. (( Ce serait m'exposer à des embarras pour la ren- (t trce de mes valeurs, avec des retards ou des « procédés ruineux et des délicatesses qui me seraient a insupportai)le.s. Il me parla si raisonnebleoient <( qu'il sut me persuader, et d'autant mieux que, u par-là , je n'entrais véritablement dans aucune (( relation d'affaires avec les Ferraz. Enfla de {{ retour à Cadix , au moyen du million de ce bon Il Livardez , j'ajoutai un navire aux deux autres u que j'envoyais aux Philippines, après quoi je n'y a pensai plus.

(( L'année suivante, il arriva que le pauvre Litf vardez mourut, et Sancho Ferraz m'écrivit (I qu'ayant trouvé sur les registres de son oncle « qu'il avait placé un million chez moi , il me <i priait de le passer à son ordre. J'aurais pu Tinsu truire de nos conditions à l'égard de la commanr( dite, mais je ne voulais rien avoir à démôler « avec les Ferraz , et je renvoyai le million purent ment et simplement.

a Mes vaisseaux revinrent des Philippines ou H bout de 27 mois et mon capital avait triplé ; il « devait donc revenir encore deux millions au dé<- « funt Livardez ou ses ayans-cause; il me fallut (f entrer forcément en correspondance avec ces cn- « nemis héréditaires, et je leur écrivis qu'ils avaient « à tirer sur moi pour deux millions.

« Voilà que ces gavachcs me font répondre que « le capital réclamé par eux comme héritage de « leur oncle étant cncaisbé depuis deux ans, il en

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a résultait que c'était une affaire finie ci qu'il ne « voulait plus en en tendre parler. . . .

« Vous pensez bien que je dus considérer ce refus c des Ferraz comme une sorte d'insulte ou tout au « moins comme une impertinence ; car c'était abso- R lument comme s'ils avaient voulu me faire un don n gratuit de ces deux millions. J'en parlai d'abord n à quelques négocians de Cadix , mais ils préten- < dirent que les Ferraz avaient raison, et qu'ils ff étaient en droit de refus, par la raison qu'on ne R doit jamais participer au bénéfice d'un capital « eiM^aissé. Moi je soutenais et je m'offrais à prouft ver que le capital de Livardez était réellement « deiDeuré sur mes vaisseaux , et que s'ils avaient « péri , corps et biens , j'aurais eu droit à me faire « rendre le million que j'avais remboursé préala- « blement ; mais je vis bien que le nom des Ferraz « en imposait , et que si je demandais une junte «[ de négocians , leur parère me serait défavorable.

« J'allai consulter plusieurs avocats. Ils me di- « rent:

u ^^ Que les frères Ferraz ayant retiré ce capi- « tal, au mépris de la condition commanditaire , « et contrairement à la volonté de leur oncle défi funt , et que moi, son associé pour la comman- « dite, ayant employé le million suivant l'intention « dudit oncle , le dit capital était légalement , posi- « tivemeut et incontestablement resté sur mes c( navires.

« 2o Que le million encaissé par les Ferraz était u. un million qui différait absolument d'origine y « attendu qu'il était provenu de ma caisse, et que

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a ledit millioii ne potivoit être considéré judiciaî- « rement comme ayant aucun rapport avec celui « Livardez. Mon premier avocat me conseilla for- « tement de faire assigner les Ferraz à l'audience « de Séville , et je n'y manquai pas. J'ai plaidé « contre eux pendant six ans; il m'en a coûté « soixante mille piastres fortes; enCn j'ai perdu « mon procès devant le conseil suprême deCastille « et les deux millions me sont restés.

« J'ai d'abord eu l'idée d'en faire quelque fon- « dation charitable, mais j'ai eu peur que le mérite « ne s'en trouvât réparti sur ces maudits Ferraz. « En attendant, quand je fais mon bilan général, « à la (in de chaque année , je mets toujours ces « deux millions do moins dans mon actif.

<( Vous voyez, mon fils , si j'ai de bonnes raisons % pour vous interdire toute espèce de rapports avec « une maison par qui la nôtre a souffert des con- « trariétfts si nombreuses et si mortiGantes! n

A présent, moi, soussignée Victoire de Froulay, douairière de Créquy, je vous dirai que M. d'Aranda m'a certifié que ce débat judiciaire. entre les pointilleux Soarez et les honorables Ferraz était la cliose du monde la plus véritable, et sur tous les points du rapport ci-dessus qui fut publié dans plusieurs journaux du temps, et notamment dans la Gazette de Leyde, au mois de février 4747. Ce fut là un bon exemple à mettre sous les yeux des Hollandais , ajoutait le Comte d'Aninda qui avait été plénipoientîaire d'Espagne en Hollande, où leStathouder Guillaume avait fait vendre la vache et la couchette d'une pauvre femme qui lui devait quatre-

DE LA MARynsF. DK CHIiyrN. : \

florins, c'est-à-dire, environ sept livros ri m'ursouH de notre monnaie. — Noble Princo d'OiMn;;»»» \\^\ norable et généreuse faniille !

Je ne suivrai pas le charlalan paloinni^nn A.\\\^ le reste de la biographie du S(»|;nor n«Mt r.t|v),\ Soarez y Olavidez y I^nindarix, doni lo pi\«' n \\\ obtenu par le crédit du i\Iar(|uis dr TliMid \ U\ us \ ce qu'on appelle en Kspa{|[ii(> un iiiio d.« i ndl. Cngliostro supposait qu^Mi dôpii do* in)onini^\\> \U^ son aïeul, il était devenu passionnôiuoiu u\\.«uu^ki\ delà elle aînée de Sanrlio IVrr.i/, ri «|\io li^^ (\vM\'^ de cette jeune personne avaienl ohiio)iir< di' K' Tuio battre en duel, étant per.sundé.H tpi il u\«*;i»^.ui Mwai que par esprit de ven|;(*.'ni<'it t*l pont diVou^idoivr leur maison de coniniercc. l/érmliiion do M. d'Aranda n'allait pas jusi^rA la lin do ctt lonian , et je nesais ce qu'il en laul croiro; niai.s, quoi qu'il en fût de M. d'Olavidt*/ <'l do son nu^pris pour la malédiction de son bisaïonl l)(>niin{;o Soarez qui ayait pris une part dans Tapalto des mines , après avoir parcouru Ion mers, toujours est-il vrai qu'il était venu s'établir à Paris avec sa femme, la Comtesse Ouracpie Dardarada-Los-Uios, qui ressemblait à une grande épingle noire (I). On les

(I) On trouve dans Irs liistoritMis ospagnols nnc rbose assez curieuse au sujet de ce nom d'^Ouraquej qui est celui d'aune sainte wisigothc. C^cst que le Uoi de Gaslille Alphonse le Nohîe, avait une lillc de ce nom-là qu^il aurait voulu faire épouser h notre Roi Louis VIII , surnommé Cccur-de-Lion. Cette Infante de Gastille était Painée de ses trois sœurs ; mais Philippo-Augustu ne voulut pas que la femme de soa fils portdt ce vilain prénom

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