‹ Souvenirs de la marquise de Créquy, de 1710 à 1803 (volume 2)Chapitre 24 sur 42 · VI · texte numérisé non relu

VI

jtù ou se anuriait pas de ie» mr clux tai, parra ifui la Duchesse de l'InriinUdu lie les reciivaii jtuuii, ci ^rlout parce (ju'ils alhicnl trop wiuvcdI diei Icï ^'llolbuuli el la demoiselle liespiaosse. IIm alluiail Aussi diez Daleœbert, ut rucevaîenl Djilnrnl; c» qui ■haït la plus insiiTnîse rampimniu possible pmir tie EfpagttoU, ut l'u qui puruissuil efriantéiuoiit pbiliiiÇOphiquc,

AussîtAl que M. d'Aranda fui nownié PrwideiK \Aii conseil do Cuslîlle, il iil revenir «on ami d'OU- «jdeii en Ei^pagni.-, aHii do lui couHer h direulim l'une colonie qui s'appelail la Garlotltt, et qu'o» igioulait étubiir dims In Sieira-IUorcao. Ou âppril, guttliinet) années upri^, qu'il uvuil élé pnurvu ilt t'Jntcndance de Sévillo : mission de oonlîuui».', cl Inertie qui siandulisa benucoup le!> vicui Caatilluu»! ^ reste, M. il'Ârundii profèrsit soutunt un apopti- ^legnte qui sulfirnit pour mettre ù l'abpî , daoï. cuf is ilo noujiniilinn, la lesponaabilitti moraiii du Âoi CiiuFlcs III. — El si, ci no suou dd miuûtn, 'dûajt-il ; El coma y cl (/uauili), del o/teiat; ta «uu .,» il pi^, de la Hadon: La peaiig tu linla. dd %, ,i{4 oui uu le iioii viennent du ministre; Uiquiiidtil tje comniont, du conunis; lu pupitre et In papier, de 'b nation ; le Roi n'y met du sien que U plume et Kte. le me souviens d'avnir entendu dira qu'en ittvanl le po^juet qui devait contenir sa nomino-

luraqne ; >' Ul émr« au ni» »

: l'ciuecMc Ulanvbi- , ta QUu tai iiat-I.oaii.

[Solw i, l'JuUw.)

DE LA MARÛin$E DE CRÉQUY. 76

4io|i i\e preoiier ministre (c'était à ^ossjgoy ç^ez jQfi belle-fiUe, au milieu de la nuit), il çomm^figa f^ t^aiser avec un air de profond rejspeqt, le sce^u rpyal des £spagnes et des ludes, jet puis il ^p mit 9 dire, en déposant la dépêche auprès de son Ijt^ ^an^ la déca^cheter : — Lo wismo diran mçignas^a : EUe dira la même chose demain matin. Il ayait ^e l'esprit à merveille, et ceci n'a pu l'empêcher de faire des sojttises en quantité, par la raison qu'il était devenu philosophe économiste. Mais retournons à la pourr Sicile intentée par Flnquisition contre le pro^^gé de M. d'Ai'^nda.

On avait procédé pendant six oiqis à J'Lnstructioo de spn procès, et le seul rapport de son affaire joe dura pas moins de quatorze séances. Les principaux griefs étaient au nombre de 240, et furent appuyés sur les déclarations et l'affirmation de 78 témoin^.

Ayant été convaincu (par l'Inquisition) d'béré^e blasphématoire et de profanation sacrilège, il fut condamné (par l'Oydor et son tribunal ^éculiiar) à huit années de réclusion dans un couvent. Il fut prescrit de l'y faire jeûner, pendant la première anqée, tous les vendredis de chaque semaine, à moins qu'il ne pût en souffrir sous le rapport de la santé, £6 qui serait soumis à la décision d'un médecin, nommé par le Majordome de S. M. Catholique et payé par la couronne deCastille, ainsi qu'un directeur expérimenté qui serait désigné par le Patriarche des Indes, et qui ne perdrait pas de vue le condamné Pablo Soarez-Olavidez , en ayant soin de l'entretenir dans un sentiment de résipiscence et de contrition. Le même tribunal ordonnait à ce direc-*

ic. sWTVÊWW '

leur inconnu, i)a forliBer Hin pénïlont par le bon oiicniplc,^t de riDïlfuircuttonlivemmit )<ur tous lea points <le religion qu'il aurait ignoras ou pu m^ooiw iinltro. Il enjoignait aussi de lui faire réciter sa priiTL'H quolidionncs avec une régula ri lé BcniimIcfBf, cl (il! lui faire lirQ le Guide dm pécheuru du Riivéread Piiro I.uÎK de Gruuadc. Il devait réciter à genoiiit, loua les dimunclice, un credo: vaiU pour t^ prc»-

^iplions judicïaîrea, et voici pmir le rasia ilc sa pu-

Ition .

Il fut d^dnré dédiu de «es privilâgeti de noblesse, inoa|iablo de posséder aucun emploi de lu couronne on cliur^e publique, privé de sau litre mnjonil e( cnHiilhn de Comte Olavidcz , ainsi que de lu croit de l'ordre de Sant-Ia|;o. Défcnseà lui d'uHCr dort^vtiut et jusqu'il la Qn de sa vie , quaiid il aurait Ûm Hua huit années de clôture , d'iiucuu habit en koi>, relnui's, ou tis.'jUB d'or et d'argent; <;nDime ausi de {jalons , broderies , pierreries et bijoux de métal. Défense o lut de porter des arnicK non plus (|nc dm arnioirieB ; de voyager à cheval, et d'approcher à la iTiJâtauce de moins de 50 millea de toutfs les marsons royales eu Espagne, ainsi que de la Wté d« Sévîllo et (le celle de Lima, où il avait rcçit le grade de Docteur «.'a-lois. Ses biens furent soisû el eoiiiisquû» , nu proljl Au Roi , (x qui vu sons dire , «1 va (pli dénote a^scE l'origine de rcKe péualiti

tcalc.

Après avoir entendu hidile «enlenre ù (jenoui ,

inaut à deuK mains une tonhc en cire verle , el

:]aans Gon coKtunie habituel, sans la chasuble à croix

Saint-Andrc', ni le san-benilo, ce qui ii 'était plu«

d^usage et de costume pénilenciel, à ce qu'il parait, on le reconduisit au palais du Saint-OfGce, où les docteurs de l'Inquisition reçurent son abjuration solennelle , avec sa profession doctrinale et catholique, en 28 articles, sur lesquels avaient porté son interrogatoire et sa condamnation.

En conséquence de cet acte de soumission religieuse, il fut absous de l'excommunication qu'il aurait encourue s'il avait persisté dans ses erreurs dogmatiques, et sa réconciliation fut opérée suivant toules les formalités suivies dans la primitive Eglise, ainsi qu'elles sont ordonnées dans les saints canons. On a soutenu philosophiquement qu'il avait été battu de verges , mais ceci consista seulement dans l'application de la vindictaj baguette blanche, dont quatre assistans lui donnèrent cérémonialeraent et légèrement de petits coups sur les épaules pendant qu'on psalmodiait le Miserere met, Domine!

En entendant prononcer cette partie de l'arrêt qui le dépouillait de son titre de Castille, il eut une syncope et tomba de dessus la sellette ; on le releva baigné de larmes, on lui fit boire du vin d'Alicante mêlé de jaunes d'œufs et de poussière de sucre candi (cordial de tradition pour le Saint-Office), et d'après l'amertume de ses gémissemens , on dut augurer favorablement de son repentir. Ses erreurs étaient nombreuses et des plus extravagantes ; il ne voulait pas croire à la nécessité de pratiquer le vi*^ précepte du Décalogue , non plus qu'à l'existence d'un mauvais principe et d'une éternité malheureuse. On avait saisi le Dictionnaire pliilosophigtie de Voltaire, adressé par la poste, sous son couvert,

18 sotivEMira

et lu violence ilu fCs rffefiortemens conlro te i-ldq>é r(^i;ulier ot Hmitlcr de rAinJuIflusiti, nriiritait Mrl«îiirmcnt la piiniiion la plusexemptaïr)!. Voîcî la \htt lies |)i'inc'i[iniu pcr»onAi]{;c!i qui rnrenl toiMoqués cl réuni» soleimelleiiient pour aHSiflei' an (irbciS c( signer la sentence du Saiiit-f>rHci>. Le Cifilînal Palrîitrcliu des liiifes et Granft tm)UtHileitf ; clAiizijiP(jeH Je l'ordre i!e Snînt-Doaiîniquci lîomc Otie~ leurs <lo rniiircreil^ de Snl.iiiinn(]ue, dssbiam th« DomtniCtiin»; le Duc de Grenade, promet Har^biif de h siiiiile Inquisition pour h foi ; If t)uc d'AIIW , Porte-l)(inni(Te du Saint-Office ; les Ducs tie Frïiit , de Ilijar ef d'Ahruntb, Grnnda d'EsfiâQnc M fanijlier» do l'In<]UÎ3ition ; le Mnrqilî» d'Afi« , \e Comte de Mora et le Comte de fa Corognc, titrt's lld Caalille ; sept Conseillers de;; deux conseils )ii)|ir&mes et deux Conseillers des ordres royaux ; le I*reinici^Of- %ial du la guerre ; l'Alibû régulier de Sainl-Murlili et celui de Saint-Dasile , assisHéa de quatre reli(fioiix de leurs congrégations ; le Prieur de l'Escitrial ; ilens Trinilaires ; deux PÈres do (a Mercy ; le SupérîsWf- Gcnéral de l'ordre des Capucins; qiiinxe rliannioe» gradués en lliËologic, el fiualemenl tiitq Chevaliers de Tordre royal du l'Iaiuiaculoe Conception, dit de Charles III, On Toit que tout cela n'êtail pas 6ts guii» sans consistance, ol tout donne ji penser qu'ils irétajcnl pas non plus dépourvus il'IionniiUr cl d'&quité.

CetlQ victime de l'inlolcruncc el de l'ignocanco a . trouvé moyeu de se libérer de la prescription (Itl jrftuc pour la vendredi, ainsi (|ue de l'oblinalion du r/ei/i/jiouc le diuianthe, tur on fennii U'ayeun lUr îa

fuite et son embarquement auprès de Gibraltar, A la sollicitation du Cardinal de Brienne, autre philosophe , Olavidez a flni par obtenir la restitution de ses biens conGsqués , ainsi que la permission de séjourner en France, et du reste il avait eu la précaution de s'y constituer, longtemps avant son procès, une rente de quarante-cinq mille écus, en viager , et la moitié réversible sur la tête de son Ouraque. Celle-ci n'avait pas été jugée condamnable*, et n'en resta pas moins lu Comtesse d'Olavidez et Brandariz , avec des reliques de sa patronne dans (es médaillons de son collier et de ses bracelets. Elle s'arrêtait et s'interrompait quelquefois subitement au milieu de sa conversation pour baiser ces petits reliquaires en faisant le signe de la croix et marmottant des patenôtres. Ils étaient d'un pays où tes choses et les gens vont toujours à l'extrême. — J'ai trouvé , disait mon oncle de Tessé, qu'il y avait deux sortes de gens en Espagne, tous ceux qui ne sont pas athées font excommunier les guêpes et les chenilles de leur jardin.

CnAPITRE IV.

Adiionno doNoaillos, Comtesse de Tessô. — Son f^enrc cl*e8|»rit. — Iiironvonicns de son cnraclèrc. — Marie de Brancas , Goiiitcsse de Uorhoroi't et depuis Duchesse àe Nivernais. — Son «éloquence nnlureile. — Son parallèle avec Mme de Tcssé , par M. de Vaines. — Le soufflet de M">»' de Forcaliiuier. — Le chevalier de Poufrens. — Son ori{rinc présumée. — Engouement c|iidémique. — KlynioIo(jies curieuses. — Dif^ression lur les bâtards. — Privilèges des I»âtard8 issns des Princws. — Des économislcs politi(]ues. — M. Turjjot. — Noblesse de so naissance el simplicité de sesbabiiudts. — Lettre do M. de Maurepas el réponse de M. Tur{;ol. — Le Vicomte de Ghoi^rul. — Lettre pseudonyme écrite par lui. — Le fils do Pautc-urCfet mis à la B.istille. — lilxil du Vicomte de Choiscul.

Il y a long-temps que je voudrais vous parler de ]\]nic jy Xc'ssc ( Adrieinie de Noaillos) , mais je nie sens toujours arrêtée par les choses qu^il faudrait en dire. Elle est ComlesFe de Tessé, femme du chef de ma famille, et puis j'aime les Noailles, et voilà deux raisons |;our me retenir. Klle n'a jamais eu d'enfaiis, la philosophe qu'elle est !.... La maison de IVoulay \a s éteindre, el si elle n'était pas la fille de 8on père et la (enime de mon neveu, il me semble que je la houspillerais joliment ! Ce n'est pas qu'elle ne soit digne d'estime sous un certain rapport que les héritiers de son mari doivent considérer comme le

plus essentiel : ne vous y trompez point ; mais c'est qu'elle a toujours été follement déraisonnable par esprit de système, et qu'elle est devenue sceptique sur toute espèce de choses , exceptée rinfaillibilité de son jugement. Pendant tous ses débats avec la Duchesse deTlnfantado, relativement à M"'' de Toit (ce qui serait ennuyeux à vous raconter) (t), je lui disais toujours qu'elle avait eu nécessairement, dans tout cela , des torts dont elle ne parlait pas, et que j'aimais mieux croire à rinfaillibilité de la Sainte Église Romaine qu'à la sienne. Elle a de la pénétration, du trait, de la finesse d'esprit, mais c'est dans une agitation sans mesure et sans grâce. Sa conversation va toujours en sautillant et bondissant par soubressauts d'impatience ou d'irritation ; et j'avais pris la liberté de faire observer que sa disposition d'esprit était une fièvre nerveuse; elle se trémousse et démène incessamment avec une vivacité d'écureuil , et votre père disait aussi que son agitation ressemblait à celle que produisent les

puces.

Je pense que son défaut de jugement tient principalement à son manque de religion , ce qui toujours est une grande infirmité pour l'intelligence humaine, attendu qu'une personne d'esprit se trouve alors embarrassée dans un chaos d'idées qu'elle ne saurait éclaircir ni s'expliquer raisonnablement. Aveuglé qu'on est sur les motifs qui peuvent diriger

{i) Voyez les Mémoires de M. de Pougens^ qui ont paru peu de temps après la première puLlicalioa des .Souvenirs de M"'^' d'i Créqiiy.

R2 SOUVEiNIRS

les porsonncs et les actions religieusies , on y cherche toujours iHi intérêt, une cause, un mobile étranger à In piéfé; on y suppose le plus souvent des intentions tout-à-fait contraires à celles des personnes dont on veut juger lu conduite; et Voilé qui fausse indignement Fesprit !

Il est un point de vue plus élevé que ce monde (Toù Ton doit regarder les choses de la terre oGn de les pouvoir comprendre; mais on a besoin que la révélation divine et la religion vous tendent la main pour vous faire monter jusque-là.

Il y avait trois choses de notre temps qiie M^* de Tessé ne pouvait jamais s'expliquer, c'était la profession religieuse de Madame Louise de France, la conversion du Prince de Wurtemberg et les austérités de la Comtesse de Gisors....

— Ne vous en tourmentez donc pas, — lui disaîsje, et résignez-vous à n'y rien comprendre. Quand on est dans les conditions d'incrédulité philosophique où vous vous trouvez , il faut absolument que Tintelligence et la judiciaire en souffrent, il y a plus de la moitié des choses de ce monde dont vous ne sauriez vous rendre compte, et ce que vous pouvez faire de mieux pour agir conséqucmmcnt & votre système^ est de supposer que tous les dévots sont des ignorans ou des fourbes ; c'est une absurdité, j'en conviens, mais grâce à la philosophie qui vous éclaire et vous conduit, vous n'avez aucune autre ressource : j'en suis fâchée pour vous, mais prenez-en votre parti.

Gomme elle avait été bien élevée, c'est-à-dire relîgicuseracnt, elle en conservera toujours et forcément

uilesorie d'indécision qui la retiendra dans la démérité de ses jiigemens philosophiques; mais voyèi^ceqôe doit être la judiciaire d'un roturier et di'ude bourgeoise de ce temps-ci, qui n'ontjamais Vil rien de religieux chez leurs parens et qui n'ont jatnais rien (u sur la religion que dans les pamphlets de Yoltdre I Ah , . pour le coup , la suffisance est prodigieuse! ei c'est alors qu'il faut entendre parler des catholiques et des prêtres comme s'ils ne pouvaient être que des imbéciles ou des imposteurs. Ces deux aceiiéations-là ne répondent à rien et n'ont rien expliqué depuis 4795 ans; mais l'ignorance des choses de Dieii entraine toujours l'ignorance des choses du monde , et de certaines choses importantes à bieii savoir et fort essentielles à bien observer pourtant; car j'ai remarqué que lorsque les impies interTiêbnent dans les choses dm gouvernement et qu'ils ont à se joaéler des arfaires religieuses , il en survient toujours fine perturbation grave , quelquefois une subteririon totale et tout au moins de grands embarras dans les affaires politiques. Il me semble que la constitution civile du clergé , précédée par les empiëtemens des parlemens sur Pautorité des Ëvêques et suivie de lu convention nationale , est plus qu'il n'en faut pour appuyer cette proposition.

M. de Vaines, observateur ingénieux, mais dont l'esprit manquait de justesse, attendu que c'était de Tesprit philosophique, avait fait un long parallèle entre la Comtesse de Rochefort et M'"'' de Tessé; mais c'était à l'avantage dé celle-ci, ce qui n'était juste sous aucun rapport. M""' de Rochefort était belle et grande ; M™« de Tessé n'a jamais été qu'un

laidron cliétif : clic a toujours été noire et maigre, tandis que l'autre était blanche et blonde. La preniière était incrédule et troublée, M*"^ doRochefort était religieuse et calme ; elle avait plus d'esprit que de loquacité, ce qui nY'lait pas le cas de notre parente ; il est vrai que M'"*' de Tessé , malgré Fexiguité de sa personne, avait des Façons très nobles avec le plus grand air; c^était la seule chose qu'elle tint des Noailles, et c'était le seul point sur lequel on pût établir quelque similitude entre elle et la Conatesse de Rochefort (I).

Je vous dirai que M^ de Rochefort était ane intéressante et curieuse personne , et c'est curieuse à bien observer que je veux dire. Elle avait toujours aimé le Marquis de Mancini , aujourd'hui Duc de Nivernais, et c'était un sentiment réciproque entre ces deux enfans qu'on avait mariés chacun de leur côté, sans que la Marquise de Céreste et le Duc de Nevcrs (mère de l'une et père de l'autre) en voulussent prendre le moindre souci. Le petit de Mancini , qui était joli comme un ange , épousa nialgrA qu'il en eût, la sœur du Comte de Maurepas, riche héritière ; et M^'^' de Brancas , qui était belle comme

(\ ) Maric-Julic-Thércsc de nrancas-Cércstc ,' veave de Jean- Anne - Julien do Larchan de Kcroadio du LiscoCt , Comte de Roi'hofort en Pcnthièvro vi de Lyniac. Elle a épouse en secondes noces Louis-Jules-Mancini Mazariiii , Duc de Ncvers et de Nivernais , Trincc do Verjja^jne et de i^Empire , Patrice romain j Pair de France, Grand d'E8pa{rne cl Noble vénititien (l^un des Quarante de rAcadéniie française). Il était veuf d4Iélène-Angëlique Pliélippcaux de Ponlchartr.iiu , mère de Mmcs de Gisors et de Brissao. ( Note de l'Auteur,)

un astre, épousa le plus tristement du monde un Seigneur bas-breton qui ne disait pas quatre paroles en quarante-huit heures. On prétendait qu'il ne savait parler qu'en celle cambrique et en latin, mais toujours est-il que je ne lui ai jamais entendu dire autre chose en français que : — Non , Monsieur ; et — Oui , Madame.

Tandis que son mari vivait, M"^® de Rochefort n'allait jamais à l'hôtel de Nevers , et jamais elle n'a voulu recevoir M. de Nivernais du vivant de sa femme. C'est quand ils se sont retrouvés l'un et l'autre en liberté de s'épouser , qu'elle a fléchi dans sa règle de conduite et peut-être aussi dans son dépit amoureux, car elle avait gardé rancune à M. de Nivernais pendant \A ans. Je crois bien que de toutes les personnes que j'ai connues ou rencontrées, M"^® de Rochefort était la plus proche de la perfection? Toujours douce et modeste, bienveillante et soigneusement polie , elle était habituellement silencieuse ; mais pour peu qu'elle fût émue de parler avec effusion, ce qui ne manquait pas d'arriver sur toutes les choses de cœur et de générosité , c'était alors un Démosthènes en paniers, un Cicéron femelle, et la chair de poule en avait pris au fameux Gerbier ! C'était, disait-il, un jour qu'elle avait été le consulter et lui parler pour la Comtesse de Forcalquier, à qui M. son mari venait d'appliquer un soufflet qui fit grand bruit. Depuis la tragédie de Pierre Corneille et la vengeance du Cid , aucun soufflet n'avait eu autant de retentissement que celui de M'"*^ de Forcalquier, qui, comme on sait, voulut absolument le rendre à son mari parce que les avocate

se rcFusdient à sa poursuite , el qu'elle ne savait ^'en faire. Elle m'écrivait un jour (M*"® de Rocfaefort » alors de Nivernais) , à propos de la mort de ma fille:

ff Les nœuds du sang et de rainitié nous ont n unies depuis l'enfance et la douleur que vous « éprouvez a redouble ma tendresse pour tous ; si (( TOUS n'êtes pas la sœur de mon corps, vous êtes « la sœur de mon cœur, de mon choix et de ma ft volonté! »

Quand elle écrivait ou parlait dans Féûioiion d'un sentiment de piété, de compassion charitable ou d'affection, qui chez elle était toujours noble, pure et vraie, elle en disait continueltement de cette force-là, et c'était, dès l'âge de quinze ans, la même chose. On n'a jamais rien vu de si merveilleusement beau que cette belle jeune femme (elle est morte a 54 ans), qui vous subjuguait en vous éblouissant d'un regard magnétique, et qui yous entraînait victorieusement dans la conviction par un torrent d'argumentations solides et de métaphores imprévues, hardies, toujours naturelles et quelquefois naïves à surprendre : et puis c'étaient des images attendrissantes, avec des paroles inouies et des mots brillans et bien enchâssés qu'on voyait étinceler sur le fond du sujet comme un rubis dans l'or de la bague. Cet honnête Gerbier n'en pouvait parler sans admiration , et je vous assure que la chaire et le barreau de mon temps n'ont rien montré d'égal à l'éloquence de cette Comtesse de Rochefort. M. de Nivernais disait qu'il avait trouvé le quatrain suivant dans un vieux livre do sa biblio-

thëque , mais je pense qu'il avait bien pu le composer lui-môme , à Thonneuf et gloire de Marie- Julie de Brancas.

« Plus que parfuicte en toute cbose, « La grâce, en sa parole , est joiocto h la vigueur, « Et 1 éloquence èsclot de ses lesvres de rose , (t Gomme sort un bon fruiet d^une agréable fleur, n

Voici que le parallèle de M. de Vaines nous a conduits bien loin de M"® de Tessé, dont (^éloquence avait toujours le caractère d'un transport au cerveau, avec son paroxisme nerveux dans la fégion du cœub et de festomac. Ses accès d'enthousiasme donnaient la fièvre d'impatience , à ce que disait le t)uc de Penthièvre, et son engouement avait toujours quelque chose de si peu naturel et de si laborieux qu'il me faisait suffoquer.

de fut chez elle et par elle que je fis connaissance avec le Chevalier de Pougens , autre enthousiaste (sans fièvre), lequel était fort à la mode à Thôtel de Tessé, ce qui ne dura pas long-temps. M. de Pougens ne manquait ni d'esprit ui d'instruction ; mais il était naturellement débonnaire, et quand H voulait faire de la malice^ il était niais. Il a toujours été fort imbu des idées philosophiques, et s'il est aveugle des yeux du corps, il ne l'est pas moins des yeux de Tesprit. Sa bienveillance est universelle, et soii besoin d'approbation générale est presque toujours si mal appliqué que cela dégénère en infirmité de

Jugement. On le verra confondre et mélanger, dans a banalité de son enthousiasme hétérogène et de

SCS arfoctions disparates, Monsieur, Comte de Provence et les d'Orléans; le Figaro Beaumarchais, côte à côte avec son ennemie jnrée, Mademoiselle d*Eon ; M. de Lafayelte et TAbbcMaury ; Cagliostro, i'Archevôqne d'Alby, TAbbé Grégoire et le Duc de Penthièvre avec le peintre David et deux héros vendéens. Ajontcz à tout ce monde-la le général Buonnparte et le Duc d'Engbyen , Montgolfier, le pasteur Marron , M""® du Boccage et M"« Tallien , Madame Pipelet et votre grand'nière ; enGn , la sous- Prieure.de Saint-Cyr, qui est une fille d*esprit, et le général Kociusko , qui est une sorte d'inibécille. H en est des scntiniens d'estime et d'affection, comme des objets de capacité matérielle, qui perdent toujours en intensité ce qu'ils acquièrent en superficie. La sensibilité du Chevalier couvrait trop d'espace, et se répandait sur trop de gens pour lui laisser la faculté d'éprouver un sentiment d'amitié profonde et d'honorable préférence. Il avait, comme ditle peuple, un cœur d'hôpilal où tout le mondeétait admis ; aussi , ii'étais-je pas infiniment sensible à la haute considération qu'il montrait pourmoi. Il esta noter aussi que, dans cette société de Thôtel de Tessé où presque tout le monde avait le cœur vide et la tôte creuse , ce bon M . de Pougens était devenu la matière et l'objet d'une espèce de maladie contagieuse en fait d'engouement. M®''» de ïott ovait commencé par s'engouer de cet intéressant et malheureux infirme, à elle toute seule. Son engouement fermente, éclate, et se communique a M'"*^ de Tessé, qui le fait partager a sa nièce, M"™** de la Fayette, hu|uelle y fait {Kuticiper son cher époux, qui l'ino-

Cille d M"^- de S ii.iinf. fl iN»lli»-fi |r n prirli- . /.-. frt're aine, i AblM» tli» Dnii.J*^ . tjiii nr :M.iiii|tii- ;..: d'en fjire p«irl .1 I Ahlw^ «ir \lniih'<«iiiiiiHi 'i'»ni»l est, coiiinie «jh ''ait. iih» iinini<o 1 imimit»' • •»! de prôneri»* : di» mh"!i» iiih» .mii .•m • .m»,..- . Siiint-Iloiïor*' <|iii »^ irniix»' »» ! • . . • piiiir le <ih«:viii«'r «li' i* ««n.- :• • 1 (• lU'iit 111:0 df» ••f*-; ••îiuli-:-...' I.i ri\i«Tfr. ''t rii.i ;)i-. •-'!!. :.

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