CHAPITRE V
M. Ncclcer et MM. Thclusson.— >M. Bouzard.— Lettre du Comte de Lauraguais à M. Ncckcr. — Rancune et vengeance de ce
dernier. — Exil de M. de Lauraguais. — M'ne ^iecker Son
portrait, sa pruderie, ses logomachies ridicules, etc. — i L'hôtel Thélusson. — L'hospicf.lNecker. .— M^^e Necker à l'Académie française. — La famille Neeker à Phôpital des fous. — Mme Trudaine. — Histoire d'une victime de Varhi- ^raire.— M.deGuitry. — Désappointement philanthropique.— Le Barou^de Peyrusse. — Désappointement amoureux..— Plusieurs anecdotes sur la famille Nccker.^ — Épitre de Voltaire à Mme Necker. — M«»e de Staël. — Epigramme du Comte de Sesmaisons.—. Benjamin Constant. — Reproche que lui fait M^^ de Stacl. — Ses hahiluJes inhospitalières, et son. amour de l'économie. — MM. de Narbonne et de Montmorency. — Mme de Staël à l'hôtel de Breteuil. — Sa visite au château de Conflans. — Son enthousiasme pour un portrait, pour une epigramme et pour un madrigal. — L'Abbé Maury et Mnne de Staël. — Accusalion grave. — Citation de Delphine^ etc.
Les premières paroles que l'on ait ouï dire à Paris sur INI. Necker ont été des incriminations et des récriminations qui ne mMmportaient guère, attendu qu'il était question de son aptitude à certains profils illicites et de son ingratitude envers MM. Thélusson, dont il avait été le commis (4). Jusque-là personne
(I) Jacques Necker, né en i7o'2. Son pcre était garçon de caisse et son oncle était charcutier à Bdle en Suisse* Ceci n'a pas
f- HUM
Hr -ESSE-»- n: ••rrr* ^ ? "**-??*
«fiiiQikî. I «1111 -:: ^pnu-r^ni«r : ^i» -^iit»* un JOIi!
* naiIUIw fw !>*•■■*■; — '-y
'. . «^vcr r*^j>r*«v
-* t fc*.
a ce Genevois , je me décide pour l'historique de ses démêlés fiscaux avec M. de Lauraguais.
Le Duc deBrancas, son triste père, avait trouvé bonde composer avec le contrôleur-général au sujet d'une action de retrait que felui*ci prétendait exercer au nom de S. M. sur le comté de Lauraguais , engagé pour une misérable somme de deux cent mille livres , et nonobstant les clauses de substitution où ce domaine se trouvait assujetti. C'était un acte de fiscalité judaïque ; mais, pour en déguiser râpreté,M.Neckeravaitimaginéd'enécrireauComte de Lauraguais ; et voici la copie de sa lettre, qui n'est guère moins ridicule que son épître à M. Bouzard.
« Monsieur le Comte,
(( Je crois devoir vous prévenir que rint^ulion du « Roi est de rentrer en possession du domaine de Laua raguais, engagé par contrat du 2-1 octobre ^1726 « pour la somme de 195,600 liv.
« La conservation des droiis du domaine de la cou- (( ronne , contestes pour la plupart a M. le Duc de Brana cas , les procès qu'il a soutenus à cet égard, et les « difficultés qu'éprouve au parlement de Toulouse Ten- « registrement des lettres -patentes relatives au droit i des Lciidcs , sont la base des motifs qui ont déterminé 0 cette résolution.
a J'aurai soin que les droits de la substitution qui
d vous concerne soient conservés, et que remploi des
« deniers qui en sont l'objet soit fait d'une manèire
i convenable.
i J'ai Tbonneur d*étre , etc.
i Negkeb. »
M. de Lauraguais prit sa plume (qui n'était pas
• Ji lit "TiTE m 3. "» "Os ifîl
I !iiflir lanuenr. m: *s Ptae^ ae "*«. "**■■ iTPsiâir* vnr >îî;*rT**krr lùa «-r» «-i p*""*!»
Vît ma misL aie- ^ ^ins a«^
:;itiuii 1. aiineîlr e- bu niwbî-.
il me luon^f^ tvrf>flBA/i; 'ffl&int «c
Âf!ï « lll!2D^ HT T>£rp- PCKOnSHOaCK
hsrussr /a ii«ii*^ ' -taorp^KOeet q»
fnufflu^ aix«m •ii» ^ ' a a i ..
Humimursi '•'& j»r^i!f*£. ^-^ «rxic '^fMcsmDrni inmnifemmcat ok- v- :il^ .at '• mw* bnsAiwr ^ 'im aisscr nmoiflr x éa ûiBUiiua iïmit -rtjrr -. ona j^v- ii*!ni bftms i-^nieoiifisir . < 'Mir ae- jhbt âiii lins eain» -â i^ai vtit. J'-ti ol
ea£r3çp5ia-âniiiP'0ii& «s jrr!u*ic#iifle-L.i et j'ii tnp nu lir* % i»iii « awt rsi-snv^i.'.'' - fque vous a< fi'ri^z -¥& X nif-nai^ -ju m. oot C:tiii^ ministncûm oonr le tss. aînrr-iiieniSftr r<<rxuv '•«
qui T>?ic DLea » nâff Îiïs iifurps m. ti7!
fiis &7.:ir L'iimneiir i'arx* t ïl. « '.uisu^ j^ .faarepu . et .e ~iis )r inaner i Sun «r.vsa la -mi^tf i^ s'oç^iser . ïocaiu pie i«Msib(e i ••AUf: m aarnu»!; de biMitii ttiHiE T.jos T.miez n ii"^ij«i!r
M. Necker alla se plaindre au Roi comme si on lui eût enlevé M^'® sa fille. Il annonça qu'il allait se retirer des affaires et s'en aller dans son pays s^il n'obtenait vengeance et satisfaction ; enfin M. de Lauraguais fut exilé de Paris à cause de cette réponse; et je ne sache pas que, dans cette occasion-ci , les encyclopédistes et les Necker aient déblatéré contre les lettres de cachet.
I^me Decker était la fille d'un prédicant de Genève , de Berne ou du pays de Yaud , ce qui n'importe guère. Elle avait été bonne d'enfans , gouvernante, ou je ne sais quoi d'approchant. Elle ayait affecté pendant long-temps le puritanisme et la bigoterie calvinistes les plus austères ; mais elle avait fini par aller s'établir et se reposer dans un scepticisme absolu, ce qui lui fit beaucoup d'amis parmi les encyclopédistes.
Mademoiselle Churchod, devenue femme de M. Necker, avait grand'peine à supporter les Thélosson , auxquels elle ne pouvait pardonner ni le tort qu'ils faisaient à son mari dont ils se plaignaient , ni surtout la connaissance qu'ils avaient de ses aniëcédens. Tout le monde connaît cette maison bâtie dans la rue Neuve-d'Artois pour la veuve de M. Thélusson, le banquier de Genève, à qui M. Necker avait dû sa fortune (i). II est à savoir
(t) Getbôtel, oiivra{j[e de N. Ledoux, élait composé d^une immense arcade bcinisphérique , au travers de laquelle on apercevait ime belle colonnade en rotonde , élevée sur des mammelons de rocbe abrupte enlreniêlrs d^arbrisseaux. Il était situé précisément en face de la rue d'Artois, rue de Provence, et l'effet de cette construction pilloresquc était ce (|u*oji peut imaginer de plus (jran-
m: 1a K^klÈffCSL
M"^ €i M. ^Boœr iiiiaînii*T*n: ooif.
pîêK à ia iEu*i- Qt mrr jugiLaicnr qk i'
iairr éif«er m. osm- muaïKiiKTt: œsim-. vmt a
gyqm. et ds Mnreci •». : oi wman ^i ZTMivcr ce c'fAait fmacHonm: sir m. lemn on.
■iif ifiiiinif fs J'flnpnaîiK i» ofiwaiiusff: € fim ^jme iimt it WÊfmm *r ivria r ^e awt i ihoÊit I i'aHni. m. arrHai: uanrpelftiBSKr ir à n frcfiifliiiirf e: ik li. ^kîIp canf^ i
àt SCO; nffir. KiniK ^ur ?x^ifi: ot ma C«ai: K ccmiiuB au i. ^sar i»f acutsj*. Feiir «'■bms ^-nm*» il vmieaxturffmt u* i»
Bâns terrains . on. r»^a':ml anx^^-^sann ^ ma^.
dififli et ^ lÂî raiifi C <nar m^^ «c BWâiiiii'wr « ms m-
trional d'une rue qui porte le nom de M. de Chantereine.
Cependant, ces bons et charitables Necker ayaient long-temps et souvent parlé de leur projet de fondation pour un établissement de bienfaisance. Tous les brochuriers de leurs amis et tous les habitués de leur coterie avaient y comme a l'ordinaire , été leurs porte-voix auprès du public , et tous les journaux philosophiques en avaient retenti. — Gomment donc faire? — 11 a fallu s'exécuter pour ne pas donner gain de cause à tous les ennemis personnels de M. Necker, aux détracteurs de son épouse, aux adversaires de sa fille et aux antagonistes de son comple-rendu. Sa femme a fini par se décider à fonder l'HospicE DE Madame Negkee , appellation d'une modestie prodigieuse I Mais, comme il ne leur a pas été possible de l'établir dans le voisinage de ^me xhélusson , il est à remarquer que les teigneux n'y sont pas admis et que les galeux en sont exclus à perpétuité.
On aimait à contrôler dans la famille Necker, et, tandis que le mari contrôlait si désastreusement nos finances , la femme contrôlait pédantesquement tontes nos coutumes et jusqu'à nos façons de parler.
£lle avait imaginé que rien n'était si distingué que de se découvrir excessivement la poitrine ; c'était à ses yeux le comble du bel air et la marque assurée d'une grande élévation dans les habitudes aristocratiques. Voilà du moins ce que disaient les personnes qui cherchaient à l'en excuser; mais, comme c'était une mode qui n'était plus suivie par les femmes de (Qualité, tout donne à penser que ce^ éxhibi-
DE LA MARQUISE DE GBËQIJT. l«s
tions pectorales de M"* Necker avaient encore mi
autre motif.
£ile se recherchait prodigiensement en fait d^eipressions élégantes et pudibondes, en Tonlant toujours raffiner sur les délicatesses du langage , el de telle sorte qu'elle disait un enseveUstemaU ao lien d'un eiUerrement^ une jambe de perdrix poor une cuisse y le porte-feuille d'un artichaut, unemilredm volaille au lieu d'un croupion de dinde , etc. Il est bon d'observer que c était en étalant toole aa gorge au vent qu'elle affichait une si belle pruderie sar lea bienséances.
Elle disait un jour à M"'* de Meulan : — Je ne m'explique pas comment vous pouvez aller en voi* ture coupée? et j'aimerais mille fois mieux paiMr ma vie dans un fiacre que d'aller dans toute aotre chose qu'une berline. — Dites-moi donc poorqooiy répondit Tautre. — C'est qu'on est plus loin dea chevaux et qu'on ne les voit ni ne les entend faire.. • • — Et quoi faire? — Des ordures et des braifs ré» voltans , répliqua M*"^ Necker avec un air de dégoût et d'indignation sans égale.
M"*' Necker, née Churchod , ce qu'elle faisait mettre attentivement sur ses cartes de visite, avait été si bien élevée qu'elle ne se mouchait jamais qu'à l'envers de son mouchoir, ce qu'elle regardait chaque fois à l'ourlet avec une attention scrupuleuse; petite manœuvre dont elle avait toujours la mine de von* loir tirer quelque satisfaction de vanité puérile et honnête en faveur de son éducation parfaite et de ses antécédens distingués.
Elle avait perdu ses tablettes en se promenant
106 SOUVEmRS
dans le jardin de TbAtel de Soubise, et Ton y tronra ce qui suit :
Faire dire à M. Mercier que cest moi qui ai décidé l'obtention du mandat des 500 livres.
Revenir sur le système des idées innées en conversant avec M, de Lakarpe.
Retourner voir M. Thomas avant sa guérison; lui reparler de son dernier poème afin de le louer davantage.
C'était une grande femme apprêtée, corsée, busquée, toujours endimanchée, tirée, comme dit le peuple, à quatre, épingles, et ficelée comme une carotte de tabac. Laharpe assurait Tautre jour que payais dit autrefois que M"»® Necker était taillée comme une caisse d'épargnes, qu'elle avait la physionomie d'un registre en partie double et que c'était la ville de Genève en fourreau de soie coquelicot : je ne m'en souvenais pas, et je ne m'en dédirai point; mais ce qu'elle avait de plus excentrique et de plus exotique, c'était de se mouvoir ainsi que par une manivelle à ressorts, et de parler comme une machine à galimatias double , avec des ronflemens évangéliques en style réfugié, des modulations flûtées pôr le philanthropisme , et puis des tons de sévérité pédagogique à n'y pas tenir. On ne disait pas que ce fût (tout-à-fait) une honnête personne; mais c'était, dans tous les cas, une insoutenable pédante! Quand le Duc de Lauzun se mettait sur son beau dire (après le dessert), il se répandait contre elle en torrens d'exécration, et disait toujours qu'il ne mourrait jamais satisfait s'il n'avait pas eu le plaisir de la souffleter. Je n'ai jamais vu sentiment d'animadversion comparable à celui
qu'il avait pour cette ennuyeuse, et ce qu*il y a de curieux , c'est qu'il ne la connaissait pas autrement que par l'impatience qu'il en avait prise en la regardant s'écouter par|pr; car il n'aurait eu garde de s'approcher d'elle", et il s'enfuyait à toutes jambes aussitôt qu'elle arrivait dans un salon. Enfin c'était une exagération d'horreur et d'aversion tout-à-fait inconcevable de la part de ce pauvre Lauzun, qui était la bienveillance et l'indulgence même, excepté pour les Necker. On dirait aujourd'hui que c'était par un pressentiment du sort qui l'attendait pendant la révolution que cette malencontreuse famille allait organiser dans notre pays.
Nous ne nous sommes jamais rien dit, M"*® Necker et moi, si ce n'est un jour a l'Académie française. J'étais à la poursuite d'une place qui m'était gardée par la Duchesse de Narbonne auprès de Mesdames de France, et je passais devant M"^ Necker à qui je ne songeais pas, lorsqu'elle me dit avec un air de condescendance et de protection : ^— Madame, vous êtes la maîtresse de prendre cette placd que j'avais gardée pour l'Ambassadrice de Suèda qui vient de me faire dire qu'elle ne pourrait venir. — Puisque j'en suis la maitressey et que vous voulez bien m'en laisser la liberté, madame, lui répondisje avec un air de simplicité modeste, j'irai m'asseoir à côté de Mesdames, tantes du Roi.
Chamfort disait qu'il se disputait continuellement avec elle, et qu'il en était toujours tancé pour la familiarité de son langage. — Enterré I s'écriait M"'^ Necker... Pour peu qu'on ait pris l'heureuse habitude de vivre à Genève, il est difficile de s'accii-
106 SOUVEmRS
dans le jardin de Vhàtei de Soubise, et Ton y tronra ce qui suit :
Faire dire à M, Mercier que c'est moi qui ai décidé l'obtention du mandat des 500 livres.
Revenir sur le système des idées innées en conversant avec M. de Lakarpe.
Retourner voir M. Thomas avant sa guérison; lui reparler de son dernier poème afin de le louer davantage.
C'était une grande femme apprêtée, corsée, busquée, toujours endimanchée, tirée, comme dit le peuple, à quatre, épingles, et ficelée comme une carotte de tabac. Laharpe assurait l'autre jour que payais dit autrefois que M"^^ Necker était taillée comme une caisse d'épargnes, qu'elle avait la physionomie d'un registre en partie double et que c'était la ville de Genève en fourreau de soie coquelicot : je ne m'en souvenais pas, et je ne m'en dédirai point; mais ce qu'elle avait de plus excentrique ei de plus exotique^ c'était de se mouvoir ainsi que par une manivelle à ressorts, et de parler comme une machine à galimatias double , avec des ronflemens évangéliques en style réfugié, des modulations flûtées par le philanthropisme , et puis des tons de sévérité pédagogique à n'y pas tenir. On ne disait pas que ce fût (tout-a-fait) une honnête personne; mais c'était, dans tous les cas, une insoutenable pédante! Quand le Duc de Lauzun se mettait sur son beau dire (après le dessert), il se répandait contre elle en torrens d'exécration, et disait toujours qu'il ne mourrait jamais satisfait s'il n'avait pas eu le plaisir de la souffleter. Je n'ai jamais vu sentiment d'animadversion comparable à celui
108 SOITVTÎNIRS
mater à des locutions semblables! Souvenez-vous donc, monsieur de Chamfort, qu'il ne doit être loisible de se servir d'une pareille expression que pour des animaux tels que les chiens, j'oserai Vous dire, et jamais pour dc8 humains I — Eli bien, Madame, je dirai dorénavant encroUé quand il s'agira d'un chien, mais votre' mot pharisien d^ ensevelissement ne signifie pas du tout l'action de mettre en terre Alors
c'étaient des discussions interminables où M. Necker avait la sagesse et la dignité de n'intervenir jamais autrement que par un sourire important ou par quelque mot oraculeux ; tout cela pour réformer la langue française d'après le vocabulaire des Gene- Tois.
Un jour que M*"® Necker était malade, et qu'elle ne s'en était pas moins engainée dans un de ses foureaux de satin nacarat, elle dit à Chamfort en lui montrant son corsage échancré : — Comment voulez-vous que l'on puisse être en bonne santé quand on est l'épouse d'un Ministre, et que l'on est condamnée a se sacrifier continuellement ainsi pour la convenance officielle et les exigences de la repréfientation ?...,.
Chamfort se mit à lui chanter impertinemment èette vieille chanson de Bussy-Rabulin :
Eglé , voas vous moquez tout bas
Du feu qui nous consume , ¥À vous vous croyez des appas ;
— C'est ce qui vous enrhume !
]y(me Decker avait, ainsi que son mari et madame Intr fille, la fureur des relations aristocratiques, la
• ^rîTîr
no SOUVENIRS
rance , et pour se délivrer de ses persécutions forcenées, la vertueuse épouse de M. Necker se détermina à donner une audience à cet amant téméraire!... Mais pour la décence et pour la sécurité de M. Necker , pour le bon exemple et pour Tédification de leurs intimes , il fut décidé qu'un appelé M. Bonstetten et le jeune M. Thélusson assisteraient invisiblement à la conférence , étant placés dans une embrasure de fenêtre et cachés sous un rideau. I^me Decker avait mis sa plus belle robe rouge et s^était fait crêper les cheveux tant qu'elle ayait pu ; elle avait fait provision de préceptes moraux et d'argumens irrésistibles ; elle ayait fait des versions d'éloquence admirable avec des préparatifs de délicatesse exquise et de moralité superbe! Enfin la porte s'ouvre^ et M. le Baron de Peyrusse est annoncé {\).
C'était un petit bonhomme de soixante-cinq à soixante-dix, qui avait l'œil égaré, et dont le regard allait parfaitement d'accord avec la cervelle. — Madame, lui dit-il avec la précipitation d'un aliéné qu'il était , j'ai une déclaration à vous faire et j'ai voulu vous prévenir d'une chose que vous ne savez pas et dont il me paraît nécessaire que vous soyez
instruite! J'ai vu pendant ma vie qui a déjà
été assez longue , car je ne suis plus un enfant; je suis entré au service avec M. de Rasilly, qui jouait si bien au piquet Vous avez certainement oui
(^ ) Louis-Marie tic Peyrusse des Princes de Garency, Baron de Fraucastre et de Mirande- Il était de la mémo famille qae MM. d'Escars qui l'avaient hiiinterdire. {NotedeVÀuteur,)
DE LA MARQUISE DE CRÉQUY. m
parler de M. de Rasilly qui jouait si bien ati piquet? Mais quel âge me donneriez-yous, Madame? voyons cela, quel dge me donnericz-vous? — M. le Baron, je n'ai point à me prononcer. — Comme il vous plaira, ma chère dame, comme il vous plaira, mais
toujours e8t-il que je suis allé bien souvent ma
foi ! quarante ou cinquante fois peut-éire î Ali !
oui , je crois bien que je suis allé aux eaux minérales environ quarante ou cinquante fois —
Mais, Monsieur — Madame, ayez la bonté de
ne pas m 'interrompre, parce que je ne viens ici que pour vous rendre service! J'y ai donc vu des mourons, des malades et des con?alescens, et ce qu'ils appellent des valétudinaires. Ah! mon Dieu, les étranges figures que ces valétudinaires , et les singulières toilettes qu'on volt aux eaux ! C'est à n'y pas croire, et si je vous disais que j'ai vu M. de Monfontaine et M'"^ de Mazarin en chapeaux de paille avec des couronnes de fleurs , et couchés tous les
deux sur le même lit? — Monsieur, vous
oubliez — Lalsscz-moi donc continuer, Madame , et ne faites pas la mijaurée , s'il vous plaît... Je vous disais donc que ces baigneurs et ces baigneuses ont souvent des coiffures et des accoutremens inconcevables, — Mais, Monsieur, quel intérêt voulez-vous que je prenne? — Madame , si vous m'interrompez toujours Tenez ^
vous me croirez si vous voulez, mais je vous donne ma parole que je n'ai jamais vu figure de femme aussi singulièrement , et , permettez-moi de vous le dire , aussi mal ajustée que vous l'êtes. — Allez, Monsieur, vous êtes un fou. — Pas du tout, Ma-
dame, et je viens ici pour vous conseiller de ne plus vous habiller ni vous coiffer de celle manière-là. Toute la dépense que vous faites pour votre toilette est de l'argent perdu! M"** Necker étouffait de colère , et ses préparatifs de sermon la suffoquaient. Cet extravagant lui dit ensuite que la taille et la figure de M''® sa fille étaient trop massives et trop communes pour qu'elle pût avoir aucune prétention raisonnable à l'élégance ou la distinction, et que ce serait charité que de Ten avertir (M'^ Nancy Necker). Elle eut toules les peines du monde à se débarrasser de cet amoureux supposé qui voulait absolument la décoiffer. La frayeur avait fini par la prendre; les deux confidens intervinrent , et le petit M. Tltélusson trouva la chose tellement comique , qu'il ne put s'empêcher de la raconter a ses amis.
Une autre fois, c'étaient M. Necker et M"« Necker, assistés de M""® ïrudaine, autre philosophe éclairée, qui promenaient leur philanthropie dans la cuisine et les cabanons , les corridors et les cours de l'hôpital des fous ; c'était pour inspecter le régime alimentaire, hygiénique et curatif de ces détenus, et c'était aussi pour y contrôler cette partie de Fadministraiion du Ministre de la maison du Roi, M. de Brcteuil.
jyime Nceier faisait toujours semblant d'être convaincue que les condamnés étaient des innocens et que la plupart des pendus n'avaient pas mérité de l'âtre ; mais elle était réellement persuadée que les trois quarts des gens renfermés aux Pelites-Maisons n'étaient pas des insensés : c'étaient des infortunés
liziiic -.^-: ••■/-:-.•- .-— - - '■•■■ a .-; : . " "^ ... -^ - - .•
IIiL:i.— 'ir : :- '.'•" -:".■• - -'■;.;-■ *
1 *i ri:. 4* Irt " '•? r'J' -■ ,^
nieiû Li«.i.-- "^rt II. !•- : :.- . .-: "
limes , on en conviendra sans difficulté 1 La grosse Trudaine en pleurait d'attendrissement. — Excel*lente amie , disait-elle. — 0 couple unique ! ^ Précieux êtres , à qui Ton devrait élever des autels dans le temple de THumanité 1 1 1
La scène avait lieu dans la grande cour de Bicétre, auprès de la grille, et tandis que M'"^ Necker inscrivait sur ses tablettes, avec un crayon, les noms et prénoms du prisonnier, avec certaines dates, et sous sa dictée, M. de Guitry lui dit à l'oreille avec un ton mystérieux : — Savez-vous ce que je fais dan$ ce momenl'ci?.., — Comment cela , Monsieur? — Je pisse sur vous , poursuivit-il avec un petit air goguenard et malicieusement familier.... £Ile s'encourt, et le voilà qui la poursuit jusqu'à sa voiture, où M. Neckcr était déjà monté sur le marchepied.... — // m* est impossible d'y résister I s'écria cette yictime de l'arbitraire en donnant au sensible M. Necker un grand coup de pied qui le fit tomber sur nez en travers de sa berline ; — on n'a pas deux fois une occasion pareille à celle-ci, je nai jamais vu postérieur aussi prodigieusement large I, . .
M"'^ Necker aura dû penser que tout cela n'était pas des plus raisonnables.
M. Necker était véritablement d'une obésité difforme ; Maréchal de Bièvre aurait dit que M"*® Necker n'était pas des agréables : chacun disait que M*^® Necker était des plus laides , et je vous dirai surabondamment qu'ils faisaient très-maigre chère : ife avaient prié mon fils à dîner (à cause de sa charge), et c'était un vendredi de carême. — Ah (;a ! lui disait le Comte de Guichen , fameux gour-
DE LA MABQQSE K ŒÎ^iCi. lis
mand , j'espère bies qa^oa se totb a«n serri an contrôle-^nêrai qae des orafe de faisaii . des prîmeurs de senv-cbaiide et des BKmtrtî marin»? ]MoD fils répondit qa^il y arah de» mocçtref tuvjor de la table» et q«e c'était des anspLIi-^.
!!■« Nccker est la première p»ers:.xi2H: t eu: Kih Tenoe rheareusc idée d*? L^fjjter i** iii!rduii*t a Teffigie de M. de Voltaire et d er:?.er de* ^tiitiH» e« 9GD bonoeor ; nuis ce oe fut pas i:«t-fr-4«ii a Mi dépens : elle en fat ^aitle ptrar s£ d?«tef ifoiif mi rdaisail eo léie de la §<msaiftAz*L di«Dt M. \vîtEt ëWêii rédigé le praspecms avec t-nciei ic» fimnriv de préeautioiis qa*il asrait awinees t la '.imieamm
d'an acte de cmaus^rfr. On deiniii jmr a tsutm en attendant l'aot^iisatic*!! et innrt mmmmÊft : M** Necier t fit ci&xitrilfBer lMii4 «» MWMmiiiWiCw
ponrTÎngl-qBfetre M.>m : l'içhi^ h-iittu «m iiicin«rt Voltaire aigoÎM m f^liuiit ûl Cit njiiMi»:; irin^wtm^ Uement à la galkslerk àt M"^ B^^t^w . «: «i»i& i fi^ pitre de ce TÎeai pcriid!: :
Du:» v.cr* «ijn: n^. . '^sigtii' - A mm . ài!^ . Bii» suiiu* '
L'a^f Jinir'Jhr^ii* i ô^r:b»* Qof '/«-t t le. çi'*;!*» »'4ir. ou»
lêm r«B:«f?l est «- IL {TV
G^est Toas que je ilgareraî, Lorsqu^à Paphos je reviendrai Et que j^aurai la maia plus sûre.
Ah I si jamais de ma façon , De vos attraits on voit Timagc ?...
On sait comment Pygmalion Traitait autrefois son ouvrage?....
Il me reste à vous parler de Mademoiselle Necker, dont rheureuse enfance et l'adolescence avaient'étë si parfaitement bien dirigées du côté de la pudeur, qu'elle ne voulait pas faire sa toilette devant le petit chien de sa mère; mais pour la chienne de son papa y c'était différent : elle s'habillait en sa présence, à raison du genre et sans la moindre difficulté (c'était Madame Necker qui contait cela).
Le premier jour où le Baron de Staél ait paru dans leur salon, l'innocente fille était à regarder des images de la Bible. — Eh! comment voulez-vous , disait-elle aux petites demoiselles Pictet, que je puisse vous faire distinguer la figure d'Eve de celle d'Adam? Il est impossible de les reconnaître puisqu'ils ne sont pas habillés... Représentez-vous donc cette grosse pouponne de dix-neuf ans qui avait des appas comme une fermière, et voyez un peu le joli disparate entre l'ignorance qu'elle affectait sur les choses humaines et son bel esprit d'observation sur les chiens.
La fille de M*"® Necker avait donc commencé par Mniter sa mère en affectant la pruderie la plus renchérie, et c'est au printemps de sa vie qu'il faut rapporter ces vers du Comte de Sesmaisons :
t AnoiBÉC f «an* ovni l'iMrmréi' la Botrr '
• ATnunét t msî t(tiji> àw■e^ «t «s apM»
« £lft mm: i«ï TÙiienr.- 'lu-^ loniniiHtdi- us&nx
H-rr ^«ïicr oi IC"* lit S'A-ê *i« riiîfwwmeri jalousie Df Si itt^n ^. T>aTuruiwrea>€n . "«îïn: du pG?iir dt ÎÛ ^«S5^ ni -flifr ?: disnnitïsr e" Tcmiaiem «ainieiis! ot man i-r: : ft ntfin* fr u»— hosm 1 . l£ niffrf e iz nkf TTraien' « ma -s- Mitik- . on «llfi^ iia^saRir a& nioir -amPT' scb-
perài « nicK r^«: liiniMli^ *!•? «• otïl tksst « feBDàrament . «lit a i sar os aniKnsiniiB- nitr—
ccr?» it M* 5t-3e2T f-ï» ifc ' -«ir-i ir- nn nu* BB crti'i ifKisi û» ■:•.«-'■ an*=. ni u:^ tutcwist
d«Î2niia it douer, •ft ' ^n lir nip * ^t s fii»s» i
O frt u ILssu» Ifiire-iatDinrtte ; nu -.nt i pensée A» lilm «wiiFcr M* ^ T^t^r-ser >n J.mn -^ SCaél. Amtuâad«iit!iir «s îiieie t Pir? — £l!e «st bien hîde et c'^z m bel lovnmp tisAit -.**ie ?rTii* cesse : il est fins-o.ia.'^T». nais ^le *k n-*-rfae. ^.
lotl^il fOKS r '.J:rt •■•1/1. •* -' ■^■•W •*.:■• -T-ifVïir
tlNIjlV 1 vu ^^ynr f|,-riiM..!i'-» f i >r* 7i^ •■■ V» .»*^:;i-
comme ils sont protestans tous les deux, c'est un mariage qui ne sera pas des plus mal assortis. M*'^ Neeker et sa famille n'auraient eu garde de refuser une alliance qui devait lui procurer le titre d'Ambassadrice; aussi la chose fut-elle arrangée sans difficulté; mais l'Ambassadeur avait toujours
l'air embarrassé de sa femme
Comme leurs appartemens,
au contrôle général, étaient séparés par une grande cour, on disait qu'ils ne se voyaient que par la fenêtre, et l'on ajoutait que M. de Staél ne s'y mettait pas souvent
Aussitôt qu'elle eut à songer à l'éducation de ses cyTans, dont elle ne s'occupait pas beaucoup plus que de sa mère et de son mari, elle se mit a faire des recherches pour leur trouver un précepteur et une gouvernante^ et c'était avec l'ostentation la plus ridicule. Vous pensez bien qu'il ne fallait pas moins qu'un Phénix de protecteur et une Merveille de gouvernante pour suppléer M*"*^ de Slaël dans les soins qu'elle ne ])0uvail prendre, absorbée comme elle
DE LA MÂReCiaB DB CBËQCY. 111
ëteft dftns ses ôoeepations phikMiioplii^aes ri paG* tiques. La prioeipale chose qu'elle exigeait pour fai gouferoaute et le précepteur de ses enfans, c'est qu'ils eussent ammm l'omaur et qu'ils ne le phiSj ce qui o'ét^it pas facile è constater.
On disait aussi que sa fille avait une ressemblance parfaire avec M. de Constant, ce qui me rappelle une plaisante réplique du petit de C..., à qui je ne sais quelle amie de M"'^ de Staël avait dénié U diose, en disant que Benjamin Constant lui paraissait d'une laideur ignoble, tandis que M"^ de Staél était belle comme un ange ! — Prenes-la par le bras, répondit-il^ easses-lui les dents, arracbei-lui lés chef eux et tralnes-la dans le ruisseau pendant trente ans, tous Terrez qu'ils se ressembleront comme deux goutte d'eau . ,
C'est depuis la mort de son mari que M°>* de Staêl s'est avisée d'ajouter à son nom celui de Holsnm, ce que les trois branches do la maison royale de Bolstein n'ont jamais pu s'expliquer, et ce que
j20 SOUVENIRS
son mari, sujet d'un Prince de Holstein ^ n'aurait sûrement pas autorisé par son exemple.
Ayec son goût pour l'emphase et ses préoccupations héréditaires en fait d^aristocratie, M"** de Staël- Holstein n'a pas le moindre goût pour la magniflcence. Il parait qu'elle est restée boui^eoise de Genèye et fille de banquier pour tout ce qui tient à l'argent. Ses ennemis l'accusent de ladrerie, et ses amis sont obligés d'avouer qu'on meurt de faim chez elle. On a beaucoup parlé d'une scène ai^ec son ami Benjamin Constant, devant sept ou huit personnes, à propos de yingt-deux mille francs qu'il ne pouvait ou ne voulait pas lui payer. — Vous avez les plus beaux yeux possibles et des mains superbes ! lui disait-il pour l'apaiser. — C'est vrai, lui répondit-elle à moitié vaincue, mais j'ai eu le plaisir de m'entendre dire ces choses là pour rien.
Je n'ai jamais rencontré M""^ de Staêl que deux fois dans ma vie, et c'était, premièrement, à l'hAfel de Boufflers, où j'arrive un soir au milieu d'une belle conservation de Mademoiselle Necker avec M. Bailly. Elle avait commencé par dire qu'elle ne pouvait estimer ni supporter l'immense majorité, la généralité, la presque totalité des hommes, attendu qu'ils étaient sans ressort, sans enthousiasme de l'humanité, sans énergie dans les affinités électives ; enfin, parce qu'ils n'avaient pas de cœur, qu'ils n'avaient rien du tout dans la région du cœur, à moins que ce ne fût une pierre silexile, un caillou roulé, un pavé fangeux I.... Ensuite elle se mit à parler à Bailly de son livre sur l'Atlantide , et puis du nouveau traité sur le Monde Primitif, et de l'Histoire
im Ses œard et Karm e m ^««ébk ir W. »
pas es Fur As iRiuft* pBPK i ivn satine ce «piî 11» .*€nn«ss vs le sp
Q«'eB penaes-vvB * — fe ism
têrirar la Aiiiy & aiinraïu^gan ut m ^ fK fecffBT é( rinmiKr — ¥^ alors a £r bk «IkerHiisr ^miitaïui ou
et ^ rut m 3«ae e i ^
cUe Ànt 4ti«HË. JÊ^ tt ^fs^ ^ •. ^sar » ''mmS de Bteiflâl . a f «gmve ui <lf» Maaic 0( -^ttmufr
ao ^o^pfe frwK^WÊÊ. «.^iflKUit MVïi sHIsm «sui
Tnges de pcr «i^j: 4£ t'twhÇïUHu^Jt «^^fUsiii^ Be 9&Qt preséfoe ^kiuus ^.toiiii ftir tu ^«mf mmU^ de nÎM« K.'«Hû cr.ouBK js» i^at cf «ui uu u» ««Jir pas io^Mn ir-.iwBfnai inr a» r;^ •'»ft>»- «uiif &'.fu* à rh6Éel de Bmevtk if»M ^;r% IC'^ t* l^velçts^* et wêm bfAe-ISJe. Hrhtut liuut •ni*^iflm#!» ^V9^ TeiplosioB d'aae fcrK: i ii;i . -- Vi^ ar /wc ' ij^tfi««if
1110 poursuit de ses plainteil..., Ahl la Franœ, h France! je ferai ma destinée de son bonheur I
Mon Dieu, quelle est cette patriote emphatique? nie dit M*"^ votre mère. La Marquise d'Esclignac ne la connaissait pas plus que moi , mais nous déeidâmes que ce ne pouyait être que la fille de M. Neeker, et d'autant mieux qu'elle élait en colloque 6? eo le Duc d'Aiguillon', à qui personne ne parlaîl jamais , et de plus , avec cette M*^ de Lameth, qd'on appelait Dondon Picot. M'"®d'£soligna«r8eleTa pour s'en aller souper chez elle avec ses dattes de Srayme^ et voila M°>® de Staël assise à sa place y à côté es nous f et au-dessus de moi f c'est-à-dire au plnsprèil de M"**^ de Matignon , qui faisait les bonneura de le maison de son père , et cela , sans autre cérémonie de la part de cette ambassadrice, et sans m'en adresser un mot d'excuses I Vous voyez comme elle avait bien pris les habitudes du grand monde avee MM. Loois de Narbonne et Mathieu de Montmorency.
— Madame de Créquy, me dit-elle avec ene familiarité charmante , je suis enchantée de faire con-^ naissance avec vous. Il y a long-temps que j'en dé-* sirais Toccasion , et je vous avouerai que j'ai poar votre famille une prédilection singulière, un colle de latrie ! Elle me dit alors qu'elle était allée la Teille au chiltcau de GonOans , pour y visiter cette maison pendant l'absence de l'Archevêque de Paris, et qu'elle y avait vu un superbe portrait du Duc de Créquy- Lesdiguières , dont elle ne pouvait parler qu'avec une sorte d'admiration frénétique. — Ah I je com-^ prends parfaitement , depuis que j'ai vu son portrait, qu'il ait fuit tourner toutes les têtes, et qu'il ait été
*^'"« »WM»»t *«n« ^iJiii
TOUS pas aussi que ce jeune Duc de Lesdiguières était "véritablement le fiis de l'Archevôque de Paris, M. de Harlay? Car, sans cela , comment son portrait serait-il au château de Conflans , et dans un panneau d'attache, encore? Je suis persuadé que ce bel Archevêque était son père !
M™« voire mère était bien jeune encore , et je vis qu'elle était sur le point d'éclater de rire. J'étais bien aise de donner un exemple de savoir-vivre à ma belle-fille, et je ne fus pas autrement fdchée d'avoir occasion de manifester à cette ambassadrice parvenue, que le sans-gêne et les sans-façons, d'elle à moi , n'étaient pas du mon goût. Je la regardai sérieusement d'abord , et puis je lui répondis avec un demi-sourire, que si j'avais cru la chose dont elle me faisait l'honneur de me parler, je n'aurais pas épousé M. de Créquy. Je vous assure qu'elle en demeura tout-à-fait décontenancée. Elle s'en allabientôt dans une autre chambre, où l'on nous dit qu'elle s'était mise à disputer avec TAbbé Maury qui lui fit entendre les vérités les plus dures au sujet de M. Necker et de son compte-rendu. Cet Abbé lui dit notamment qu'il n'y avait en France que trois ceiU trente mille protestans (au lieu de 2 millions), sur
moins c^est la tradition de votre famille. Votre grand-père disait toujours qu^il était Lien heureux pour mon repos et celui de votre mcre , que Ninon ne fût plus de ce monde, attendu quelle avait eu pour amans tout autant de Créquy qu^elle en avait pu trouver. Le Grand-Prieur de Froulay m'a dit avoir connu 65 personnages qui avaient été dans les meilleures grâces de M^'c de Lenclos , et qui étaient restés ses Irè» affectionnés serviteurs. ( Jo compte bien qu'on ne vous laissera lire ceci qu'en âge de raison ! )
(Note de V Auteur.)
irmte nUUions sepi cenê mille ha bilans régnicoles (aa lieu de 24 millions) ; ce qui faisait Toir asseï dairement que M. Necker avait altéré la vérité , acieiiH ment, et à dessein de faire croire que chaque tête de sujet français payait au Roi vingt-quatre francs d'impôt , tandis qu'on n^en payait en réalité que dix-sept. C'était donc pour en arriver à cette misérable combinaison d'un homme de comptoir, que M. Necker avait fait un faux rapport à Louis XVf , en y réduisant la population du royaume à vingt'' quatre millions d'individus.
Un des principaux méfaits politiques de M*^ de Staël, est d'avoir été l'agent et le mobile de la première effusion du sang humain qui ait eu lieu pendant la révolution française. M. Foulon d'Escoltiers avait adressé au Roi un mémoire dont il était l'auteur, et dans lequel il conseillait et proposait à S. M. de faire arrêter les principaux députés révolutionnaires. Ce malheureux Comte Louis de Narbonne en eut connaissance, et commit l'indiscrétion de le confier à M™« de Staël , qui eut l'indignité de le faire dire à Mirabeau. Le meurtre de M. Foulon fut résolu , ainsi que celui de M. Bertier de Sauvigny, son gendre. M*"^ de Staël aura beau se retrancher dans son intention patriotique, on aura toujours à lui reprocher d'avoir été la cause de ces deux assassinats.
On a dit de cette fille de M. Necker, qu'elle avait plus d'esprit qu'une femme ne peut en conduire, mais je ne sache pas que les frégates soient en péril de sombrer plutôt que les gros vaisseaux , par un gros temps. La bonne conduite et le salut du navire ne
126 SOUVErflRS DE LA MARQUISE DE GRËQUY.
dépendeiit ({oe de la voilure qo'il ne faut pas etifle^ et déployer avec témérité. Je dirai plutôt de M""* de Staël qu'elle a plus de poisions qu'une fimme né dmt en produire (4).
{\ ) Mme de Staël vient de publier encore un livrooù l'on (ronve un éloge de M. de Necker, un éloge de la révolution française, tin éloge deM<n<^Necker, un éloge de Tadullère et unélogedusvioideé G^est un ouvrage en style iroquois , où Fauteur avance une foule de singularités surprenantes. On y voit notamment que les femmes n'ont d'existence que par Vamour^ et que l'histoire de leur vie commence et finit avec l'amour, ce qui n'est certainement pas vrai pour les femmes honnêtes on raisoncables. On est allé lui dire que je m^étais moquée de oette proposition-là. — Votre Madame de Gréquy n'est plus unefemme| a-t-elle répondu. (Elle croit apparemment qu'en vieillissant les femmes deviennent des licornes.) Dû reste , il parait que Mme de 8taël avait commencé par interroger la vie qui passait sans lui répondre, et qu'ensuite elle a éprouvé la vie qui lui a tout dit, ce qui ne Ta pas empêchée d'avoir manqué la vie, 11 parait aussi qu'après s'être livrée à des émotions sans bornes, elle est une âme exilée de l'amour ^ qui a fermé tout espoir sur elle! Pauvre petite exilée de l'amour , à 49 ans f...
{NotedePAuMir.)
^ '- rrsiL-i*. — - J-»'
-^fl ■El'iai*-. -3 TPfT — ii £ BE5 I . If?— Jl
!:S-i«lUrtIlci:: iiSuuri'^J.Trr . *
il rt n*TiiiiniL-i iviiti^ v.n i:.-i7« «i^rrni]i::>iiuiie nu rr.jc«iE -i ai:u..'*rpfSfftsi » «vv»
Jt ^.liiiiiue itf Li<'a Hf lii xmoi^ -i i» -«>q
Lésa:": — 1"^: n^-Laiir .. 1, .:.:r««^ î.; J^rrr;
i flii: 11 uâii .vti-îSei^ -.î-nuirîtP -t i f^.'îrtiw-
te. — «d an je .^r irn <ftn» '«ii^ntinî tti
Vicomte), et je m'écrie : — Chez moi I Mon
cocher ne manqua pas de couper cette voiture où se trouvait la Maréchale que je ne saluai point, a qui je n'ai reparlé de ma vie, et a laquelle on m'a plusieurs fois reproché de n'avoir pas rendu ses révérences. Le Maréchal de Beauvau son frère , et la Maréchale, sa belle-sœur, ne la traitaient pas différemment. Elle était devenue pour sa famille et dans notre société comme une brebis galeuse ; mais elle allait s'en consoler avec le Passe-dix et le Macao du Roi. Pauvre joueuse ! A présent que notre irritation s'est apaisée , nous disons souvent , en parlant de M"™® de Mirepoix , son frère et moi : — Quel dommage I Et c'était le refrain général de son temps; car on ne pouvait s'empêcher de l'aimer, tout en la blâmant avec amertume ; elle avait été pendant quarante ans mon amie la plus intime, et c'est précisément par cette raison là que je lui montrai plus de sévérité.
M"*® du Barry me sembla belle à la façon d'une image, ou plutôt des figures de cire, avec des yeux fixes et des paupières mal garnies. Sa toilette était en dehors de la mode , avec la prétention de la diriger ou de la devancer^ ce qui est toujours une enseigne de mauvais goût. Nous la retrouverons vingtquatre ans plus tard à Sainte-Pélagie, la malheureuse , et vous verrez que ses toilettes de prison n'étaient guère moins recherchées que ses toilettes de cour.
Cet imbécille de Vicomte, à qui tout le monde jetait la pierre , avait une étrange manière de se disculper de son obséquiosité. Il racontait que son
bE LA MARQUISE DE CRE^n. tYï
père l*aTait fait guetter à son arriva d'Allemagfir « pour le faire préTeoir qu*il aoraîC à lui parler d*oiM chose importante , ayant d'a?QÎr tu personne i Paris, et le plus tôt possible ! Il accourut en grand* hàteà l'hMtcl de Laval , rue Nolre-Dame-des Champs, et Toici comment lui parla M. son père <il avait la réputation d*une rigidité sans égale, et du re:4<*. il avait été comblé de fjveurs et de bienfiit» f^r Louis XV :) — Vous avez connu. m*a-t-on dît , une jeune personne appelée Mademoiselle Laa^... et pourquoi ne me répondez-^ xis p^ ? — Mi» . mon — père. . . Eh bien dont:? — C'est qat. . . — Mik quoi ? — C'est quec'^t une perionDe. . . — Mai^ l'ot une personne dont il e^t bon de cnhi^fT Is oonnai^ sance. Elle a épousé M. le Cc^niie dt* BafT^. qui ot un gentilhomme de ireç bc^sDe (■ri^nut* irlandake « et qui s'est tn^u^e parent deç Lordt- liarn . CnniteF de Barrymore : il a «-te reL*onnu par eui Lt» jiiun: derniers , de s<(»rie qu'on h preMenit- Ki"^ ï» Comtewe du Barrv à Ven»aiUe{> ou le IWii lu truite ovec une bonté parliculière : elle u tuut It crédit qu un peut avoir, ainn ce manquez pu^ dulier lui faire votre cour assiduesL^ent et uxmi respeciueuMniieut qt:*il «8t possible. Je la tj^n^ bits cotaiiieuieii! pour une fort honnête perK'UDe : maif . t-omni^ i' ttt irtiurrait qu'autrefois vc^q^ e3»i«Eerieiidu dire queiqu^ eîioMr de miUènTA tt dir^utr-eai b'jn ^rard ; u \ouil' ^tnir avertir de Sk pr»«:î.: u ij:iui**lit «î cie lu»» iiiieuiioii^ pour que vous i>e di«i*2 rieu eu; wit: à*: ii«iiunr « a désobliger. Tai v<»uiu t^u* firr^cni* ««mî qt'i «i question decmr def Hir^i'Àiuvt Ut 1 ruwjf'.'dtiit TOUS voyeiriaiértt^% •^pvM v^vjs t ^uur luftiquir
cette façon d'agir. Il a été conrena que votre frère , le Marquis , prendrait parti contre cette dame y ce dont il 86 tire le mieux du monde et très naturellement : c'est une chose arrangée , parce qu'il est bon de songer à M. le Dauphin ; vous ayez moins de consistance que votre frère , parce que vous êtes le plus jeune et que vous passez pour étourdi , ce qui me semble un motif de sécurité pour vous , n'importe ce qu'il en arrive. J'aurais eu le désir et l'in* tention de rester dans une sorte de neutralité qui convient à mon âge ainsi qu'aux habitudes régulières de toute ma vie ; mais nous sommes bien embarrassés, votre mère et moi, parce que le Roi nous a fait l'honneur de nous désigner pour un souper dans ses cabinets , où nous avons l'inquiétude de nous trouver avec M*"** du Barry. Vous ne sauriez imaginer le chagrin que cela fait à votre mère : elle en est malade et n'a fait autre que d'en pleurer depuis deux jours et deux nuits ; mais j'ai beau me creuser le cerveau , je n'y trouve aucun remède ; il faudra que votre pauvre mère y vienne , et c'est une grande affliction pour nous.
Ce qui résulta du souper dans les cabinets, c'est que la mère du Vicomte y fit si triste mine à M""* du Barry, qu'on s'empressa de la rayer de la liste des petits apparlemens : mais ceci n'empêcha pas le mari d'obtenir un bâton de Maréchal de France. Ce dernier personnage était à peu près aussi recommandable et aussi considérable que peut l'être un homme qui manque absolument d'esprit ; on n'en parla que pour le disculper en disant bonnement : -'- C'est qu'il est si bête ! exclamation qui suffit
loijum à h ■tKgaitf LiMmc même : tm aCiîbai «et — îfnf iam% nuidieà ii éimi^mr <t la imim» àtioxL nul il tft à rasarfBfir qmt «- ia k seiùt qui TôB cnt â reprocher ilk f-amu mck Ât*
M. Lahaqw avait fut Koer ^ être admu à faire vm kicuire ex prewsbfit Ât If "* ii Gomtesie. M. de Briâuif airu^ asat pwatàt taire, et Lakarpe arrira cha «fe. âne dm à b maÎB : c'e<aii im Berm^iaèdm B^njeommençà par » «ner ôcs ia |i — jUi! qoe c^eirt bfiaa ! tmmn^ itsa ittata fat c dooe beao ! ! ! M aâ» avaAt ia £r ôc mmasa elle se mît à kaiiicr ccmcut imcr uuiSVL £i interrompit b kitnire en âisax.: oc «l«t Mnui aise de revoir quelque ùhuut hor i^ c:ttiuer — Eâm y jeta les yeux . tooK^or» eo iiaiiiam : — Ay4S k complaisaiire de me tire MoileaM-tl k»
scènes, dit-elle a M. Lakarpe ec lui rendum manuscrit avec un aimiâbk MHirire .
TOUS rhumiliation de et Tatiieca (•erfconnajte et h colère de ce poète irascible !
Ceci me rapfielle uce autr»: kciure qu^ ir^ait pensé brouiller Voltaire i^et M"* dt: Si-Juliieu. laquelle était beaucoup plu? wiMy^ dii buuper qu'elle devait nous doncer que de 1* iragtdi*: de Tancuii. Un valet de chaiLbre *5Ui;i arr a*, bur ia pointe du pied pour attiwr le l^-t. ei peiiûiiU! «ju il était baissé anprcs de sa mailrebbe. ou ei.Leiidiii)t eU lui disait à Toreille : — A-t-on pu be |irucuf«r d^ oreilles de sanglier? — Ab! tant auàttix, j eii bUis
bien aise ! Ensuite elle le rappela de l'autre bout de la chambre, en criant: — Botard ! BotardL.. Mais Botard était déjà trop loin pour l'entendre, et le RTarquis de la Tour-du-Pin s'élança pour le ramener auprès de sa tante. — Dites donc qu'on les serve en menus'droits, et qu*on n'oublie pas d'y faire une
sauce avec de la moutarde au vin doux Voltaire,
ayez la bonté de continuer. — Ayez donc la bonté de
continuer. — Ah! Madame... de la moutarde!
lui répondit ce philosophe outragé, qui roula son manuscrit et s'en alla sans vouloir achever sa lecture, et sans vouloir attendre sa voiture, malgré toutes les excuses et les coquetteries de M*"® de St.- Jullien. Ce fut une brouillerie sérieuse, et M™® de Mauconseil, assistée de M. de la Tour-du-Pin, son gendre, eut bien de la peine à réconcilier Voltaire avec son papillon philosophe (i).
Voici la copie d'une lettre adressée par ce grand homme à M"''' du Barry; et, comme la mortjde Louis XV arriva peu de temps après, je ne fus pas étonnée d'apprendre que Voltaire était désespéré de l'avoir écrite.
« Madame,
0 Monsieur do la Borde, qui est assez hcureus pour avoir riionneur et le bonheur de vous faire souvent sa cour, m'a, j'oserai vous l'assurer, comblé de joie! car
(4) Cette anecdole est rapportée dans les Mémoires de Jf. de PougcnSj à qui Mn^e de Gréquy Favait racontée. Cet ouvrage , nouvellement publié , contient plusieurs détails intéressans sur la persoune et la famille de Mme de Gréquy. ( Note de VÉdit.)
DE L.\ MARQCl^ ^^ CRÉ#.^. n.i
il ma dît que vous lai ariez ordonné de m'embraper de YOtre part^ et des deax c6tés.
Quoi ! deoi baisers sur U fin de ma tk; Quel passeport tous dai>^ez m'enT^yer !
Deux ! c'ea est trop . adorable Egérie ; Je serais mort de plaisir ao premier !
« Il m*a montré votre portrait; ne toos ofjeosez pas, Madame la Comtesse: car j'ai pris la liberté de loi rendre les deux baisers avec no Iraosporl de posçîon que mon profond respect avait grand* peine ii tempérer.
Vous ne pooTei empérfaer cet faomnug» .
Faible tribut de quiconque a des y^ni : C*est aui mortels d'adorer Totre ima^:
LWiginal était fait pous les Diem......
^ M. de la Borde m'a fait entendre (4u^urs morceaux de Pandore : ils m'ont para dignes de la proUo tion dont vous bonorrz le com|.ositeor. Là faveur aat»*' dée par vous . Madarue , aux véritables talent est la seule chose qui puisse augmenter ïtkhi dont vo i« brillez. Daignez , Madame , a^rréer l'boujiijoiie et le tf ibat d'admiration d'un vieux solitaire, dont le corur n'a presque plus d'autre sentiment que celui de la reconnais- :sance9 etc.
« VOLTAIBE- »
L'Évéque de Senez, dont je vous ai parlé, avait prêché devant le Roi sur un texte rigoureux, car c'était a Malheur à celui par qui le scandale arrive! * et Ton remarqua que ces paroles sévères avaient fait beaucoup d'impression ««ir l'e«prit de S. M.
13i SOUMÎNIRS
Le Maréchal (I^Vrmenlières et M. de Ghaayelin avaient été frappés de mort subite en présence da Iloi, dans son cabinet (-1), et Ton découvrît qne ce prince en avait conçu les pressentimens les plas sinistres.
M"*^ du lîarry s'occupa de lui procurer des distractions bien dignes d'elle et bien indignes de lui, comme on peut croire II alla s'enfermer a Trianon pendant quelques jours, et Ton apprit avec effroi qu'on venait de le transporter à Versailles parce qu'il avait gagné la petite-vérole, La première chose que fit S. M. quand elle fut établie dans son appartement, ce fut d'ordonner qu'on n'y laissât pas entrer IVI. le Dauphin ni sa famille ; ensuite elle dit à M. de Duras : — Je vous prie d'envoyer prévenir la Duchesse d'Aiguillon qu'elle me ferait plaisir d'emmener la Comtesse du IJarry hors du château : je craindrais qu'elle n'y fût insultée, ce qai serait fort injuste, attendu qu'elle n'a jamais fait de mal à personne. J'ai peur qu'on ne la rende malheureuse, et je la recommande à votre attachement pour moi.
Jamais le Roi ne s'était exprimé de la sorte; on
(I) Louis (1c Conflans-Hrirnnc des Kmppreurs d^Orient, Marquis d'Armentièrcs , Maréchal cl Vice-Amiral de France, Chevalier des Ordres , etc. , né en 1 711 , mort en 477''«.
Claude-Fran<;ois Cljauvelin , Scijrnour du Manjuisat de Groi- I>ois , ancien Ambassadeur de France à Gènts, etc. La republique de (jènes i^avail fait inscrire au livre d^or de sa noblesse eu -IT^o, ce qui fil t:int de peine au vieux Prince do Monaco, Noble génois , qu^il en mourut d^apoplexic on apprenant ceUe fdcheuse nouvelle* (}îQtQ de V Auteur,]
DE LA MABQllSE DE CBÉOCT. tU
«ogara que œ poa? ait être on ficlieax trnyrtif, an signe de mort prochaine, et M. de Dam CBiof a dire an Grand-Aomônier c& qa'il en peofait. Le même Doc de Doras sortit ensaite de la diambre da Roiy dont il avait fait laisser la porte ouverte et s'ayança josqo'ao milieo de la salle do conaeil où se tenaient les Princes et les coorlisans, aoiqocl» il fit une salutation profonde, en disant à très baole Toix et de manière a pouvoir être entendo de S. M« : — Messeigneurs et Messieurs, je tous prends a témoin que le Roi demande à voir M. TAbbé Mandoux. Confesseur ordinaire de Sa Majesté.
Après une séance d'une demî-lieore avec cet ecclésiastique a qui Mesdames, filles de France, avaient fait dire â TaTanoe de ne pas s'éloigner du château, Louis XV eut une conférence particulière avec le Cardinal Grand'Aum/j>oier, à U Miile de laquelle Son Eminence ordonna d'aller citerciier Je Saint-Sacrement et de préparer ce qu'il faibit pour donner rextréme- onction. Avant d'admi* nistrer le viatique à S. M. , le Cardinal de la B/icfae- Aymon vint chercher toules les personnes qui se trouvaient dans la première salle, et quand elles furent entrées dans la chambre du Roi, il tte prit a dire en fondant en larmes : — « îleséeigneurs et c Messieurs, quoique le Roi ne doive compte de ses • actions qu'à Dieu seul, il n'en est pas moins (icbé « d'avoir causé du scandale à ses sujeU; il me « charge de vous déclarer qu'il en éprouve une c contrition douloureuse, un repentir sincère; il c m'ordonne de vous protester en ion nom que, û ■ Dieu lui laiî^se U vif. il ne «eut phi? vivre diiot-
« mais que pour le bonheur et l'édification de son (( peuple, pour la manifestation de la foi chré- (( tienne et pour ia gloire de notre sainte religion. (( Unissons nos prières à celles du Roi pour demander (( à Dieu le pardon de ses péchés , le bienfait de la pé- (( nitenceetla prolongation des jours de Sa Majesté. »
La chasse de Sainte Geneviève avait été descendue, et le peuple affluait dans toutes lés églises, et principalement celle de Notre-l)ame , pendant les prières des quarante heures qui ne purent sauver la vie de ce malheureux prince , dont les tristes jours étaient comptés. On a dit que TÉvêque de Senez s^était réveillé brusquement au milieu de la nuit, et quMl avait sonné son valet de chambre en lui disant de rester auprès de son lit jusqu'au point du jour. Quand ses amis cherchaient à le questionner, il en éprouvait une contrariété visible et détournait toujours la conversation ; mais ce que j'ai su par M"*® de Gisors, c'est qu'il avait cru entendre proférer à son oreille avec un accent lamentable : — Malheur à celui par qui le scandale arrive ! et qu'il avait dit à son valet ; — Le Roi vient de mourir; prions pour le repos de son âme.
Le pr(»mier acte que le Roi Louis XVI ait fait de son autorité royale, ce fut d'exiler M"® du Barry au monastère de Pont en Brie, et le même jour il écrivit en ces termes à M. de Maurepas, qui avait passé les deux tiers de sa longue vie dans l'exil (\) :
(I) Jean-Frpd^rick Phélippcaax , Comte de Maarepas et Yveline et de Pontcharirain , né en 1751 , mort en 4781 .
Si cette copie de la lettre du Roi diffère essentiellement de
« Mons le Comte deMaarepas, dans la doolevr^itf « m'accable et que je partage avec foat le roytiniie, j'â « de grands devoirs à remplir : je suis Roi , et ee mot « dit assez quelles sont mes obligations. Mais je n'ai que « vingt ans, hélas! je n*ai pas les lomières et Texpé- « rience qui me seraient nécessaires , et de plos , je ne « puis communiquer avec aucun des ministres , parce « qu'ils ont tous va le fen Roi pendant sa dernière c maladie. La certitude que j'ai de votre probité , de « votre connaissance des affaires et de votre prodeaoe , « m'engage à vous dire de venir m aider de vos con-
• seils. Revenez donc le plus lot qa'il vous sera pos- « sible à la Muette où je voos attends , priant Dieu ,
• mons le Comte de Maurepas, qn'il voos ait en sa sainte
• garde.
« Lacis. •
celle de certains annalistes , ce n^est pas la faute de nu Ter^ sion , car je la tiens directement de la Comtesse de Manrepas , Marie Pbélippeaux de Saint-Florentin , laquelle est morte en 479\ , âgée de 89 ans. (Note de V Auteur.)