CHAPITRE VIII
LMle St. -Louis — L'ancien bôtel de Mesmes, aujourd'hui l'h6lel Lambert. — La Présidente de Mesmes. — M"® de ïboa et Mra« Brisson. La Famille le Boulanger. — Origine de ce sarnom. — MM. de Nicolal. — L'abbé de Pomponne. — La Société du Parlement et la Société du Gbfltelet. — Ridicule de cette dernière coterie. — M. Lenoir et Mm« Leblanc. — La famille Daine. — Le régiment des gardes avec un Monsieur du Ghâtelet, en coq-è-l'âne. — Les financiers ridicules. — Beaujon, Bouret, Paris , etc. — Sentiment de l'auteur surMn>ede la Poupeliniëre et Mme d'Epînay. — M<ne de la Reynière. — Son portrait par Mme de Genlis. — Anecdotes.
Il faut, mon Enfant, que je vous conduise dans nn quartier de Paris que tous ne connaissez pas encore. Allez faire attacher votre écharpe ; nous allons remonter les quais jusqu'au couvent des Miramiones, et nous allons entrer chez la#veuve d'un de mes amis, à l'heure de ses visites. Voyez la belle maison pour être à la pointe de Tile Saint Louis; la première porte-cochère en face de soi quand on arrive d'Au\erre(par le coche.) Un large escalier tout en marbre de Languedoc, et dont la coupole est peinte en cainayeux par le célèbre Devitt. Une enfilade de quatre grands salons, sans compter la
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galerie y la vaste bibliothèque et la belle chapelle (4). Voyez les plafonds de Lebrun et les tableaux de Lesueur^ avec les portraits de JVlignard et les curieuses tapisseries à grands personnages; voyez donc ces immenses rideaux et ces hautes portières en velours amaranthe, avec leurs rebrasses en forme d'épitoges et de larges bordures d'hermine, en place de crépines et autres superfluations (style de palais), car il faut vous dire que les étoffes brochées et les franges d'or ne seraient pas de costume ici. Yohs êtes chez un magistrat de l'ancien temps , dans un logis noblement austère , et la vieille Dame auprès de qui je vous amène , est la veuve du Premier Président de Mesmes, Elizabeth de Harlay. Elle est bien et duement Comtesse douairière d'Avaux et de Beaumont-le-Roger, Marquise de St-Etienne-en- Forez et Vicomtesse de Neufchâtel-en-Vexin ; mais il en est céans pour les titres féodaux comme pour les tissus brillans et les franges d'or; on les possède en nature et sans affiche ; on garde les uns dans ses archives , et la valeur des autres est dans le coffrefort. Remarquez bien cette vieille cousine de la Présidente, dont l'air est si bienséant et si digne, c'est Mademoiselle de Thou , la dernière de cette illustre famille. Cette jolie personne a Tair dévot et modeste , s'appelle Madame Brisson , c'est un nom vénérablement historique, et pour qui j'éprouve
(-1) Ce magnifique hôtel avait ^té bâti poar le célèbre Gl'uiile Ae Mesmes , Comte d'Avaux , négociateur de la paii géuérHle An Westphalie, en ^642. 11 a élé dévolu par héritage à la famille Lambert d^Herbigny, dout il a pris le nom d^bôtel Lambeit qu'il porte aujoiirdMiui. [Note de l'Auteur, )
DE LA MARQUISE DE GRÉQUY. ib9
une telle considération, que j'adresse toujours quel** ques mots d*excuse à cette jeune femme avant de me laisser placer au dessus d'elle (>l). Voici M. le Président le Boulanger, lequel est beaucoup plus fier de ce surnom populaire que de son vieux nom seigneurial de Montigny (2). Voila M. Potier de Novion , de la même famille que les Ducs de Gèvres, et simple conseiller à la cour des aides. Ce petit jeune homme à l'air si chétif et la mine si grave, est M. de Nicolaî, Premier Président de la chambre des comptes; il a déjà quatorze enfans, et ce qui ne TOUS surprendra pas moins , c'est que le frère cadet de son père est Maréchal de France! Quant à ce grand Abbé si sec et si droit , à qui vous voyez
{i) Voltaire avait omis de parler, dans la Henriade, de ces vertueux magistrats qui furent suppliciés en -1594 , et notant* ment de Barnabe firisson ; ce qui tenait fort à cœar an viem H'-tron de Breteuîl « dont ce Premier Président élait rancéire maternel. M«« du GbAtrlet, fille de M. de Breteuîl, en parla vraisemblablement dans les niéiiies termes, et Voltaire introduisit dans son poème les quatre vers suivants :
« Vous n^étes point flétris par ce bonteux trépas ,
a Mânes trop généreux ! vous n'en rougissez pas ;
« Vos noms toujours fameux vivront dans la mémoire,
« Et qui meurt pour sou roi, meurt toujours avec gloire ! •
(2) Il €êi assez connu que Raoul de Montigny , Seigneur dMlacqueville et capitaine des gardes du Roi Gbailes Vil, avait nourri les malheureux Parisiens pendant Phiver et la famine de 4459; il avait engagé toutes ses terres afin dVnvoycr arhfli r des grains en Flandre. Le Roi IVn récompensa par la dignité d«« Grand-Pannetier de France , et le peuple de Paris par l« surnom du Boulanger, que Patné de la famille de Montigny a t%Nijour8 p» rie depnis ce temps là. ( Note de VAuteur. )
Tordre du Saint-Esprit qu'il tieiU de Louis XIV, savez-vous bien que votre grande-mère de Sévigné parle de lui? Il est âgé de quatre-vingt-dix-huit ans, c'est le dernier de la famille Arnauld, et (out janséniste qu'il est, regardez-le avec une sorte de considération; c'est le fils du Marquis de Pomponne. Je vous présente à la Comtesse de Féneloti qui se tient dans l'Ile Saint-Louis parce qu'elle est habituée de celte paroisse, et qu'elle est née Lefèvre d'Ormesson (de la famille de St. -François de Pauie); c'est la seule personne de ce quartier-ci que vous puissiez rencontrer au château de Versailles (1).
Je vous dirai présentement qu^il y a dans ce même quartier, ou plutôt cette petite ville , deux so« ciétés assez disparates et iout-à-fait distinctes : Tune est celle du Parlement^ composée de quelques familles indigènes et glorieusement insulaires , qui n'ont pas encore voulu céder à la folle exigence et la tyrannie de la mode, en allant s'établir dans le Marais, tandis que l'autre coterie dite du Ckôielety est une agrégation de citadins exotiques et fraîchement im« planiés sur ce fortuné rivage à l'orient de Paris. Quelle orgueilleuse ambition !
Il paraît que le défaut d'usage du monde et la prétention magistrale des petits procéduriers du
(t I Marie Frnnçoise-de-Paule Lffêvre d'Ormesson d^Âmboile , vouve lie Gabriel-Henry, Marquise de Saligoac, Gumie de la Motlc-Féiielon, Chevalier des Ordres du Boi, Lieuleiianl-Gônérul des arinéfs, son ancien Ambassadeur auprès de LL. IIH. IT. , ri Conseiller d^Elat dVpée , lequel était mort fn 4746, élaiit veut en première noces de Louise Lrpellelier de Morfonluine.
( Note de l Auteur.)
uf: la marquis de ckêquy. let
Châtelet les re»d însupportables à ces hauts-jusiiciers du Parlement, qui ne les reçoivent jamais chez eux et qui ne manquent jamais de les tenir à dislance. Il en résulte que je ne pourrai vous parler de la société du Châtelet que sur la foi d'autrui.
C'est la charmante et opulente madame Leblanc qui est la merveilleuse de cette coterie. — Elle se fait coiffer par Léonard. — Imaginez qu'elle a fait faire un pouf par mademoiselle Bertin ! On assure qu'elle (hange de souliers deux fois par jour?.... On parle sans relâche et l'on parlera long-temps dans Pile St. -Louis de l'élégance et de la prodigalité de madame Leblanc (i)!
C'est M. Lenoir, Procureur du Roi en son Châtelet de Paris , qui est la coqueluche de toutes les dames du Châtelet, et particulièrement de madame Leblanc. On pourra vous dire, assez méchamment, qu'ils ont été soupçonnés d'être allés ensemble au bal de l'Opéra,... mais on ne manquera pas d'a-
(^) Mathurine-Afflaë Bouterone, tnnriée en •1764^ Denys- Jorques Leblanc , Ecuyer , Seigneur do Porcheron et de ia Maison-Rirhe des Porrberous-Iez>Paris, Conseiller au Cbâlelet, et depuis Greffier de la Coup des monnayes. C'est cette même fiimille des Leblanc qui avait été annoblie cinq fois depuis le rogne de Pbilippe - Auguste , et toujours par Pécbevinage de Paris; mais à Pexemple des Quatremère et de tant d'autres, ils out ioujours refusé d'uccepter leurs lettres de noblesse jusqu^à ce qu'ils aient eu k* moyen de quitter leur commerce pour viyre noblement. M"^ Leblanc était prisonnière au Luxembourg en 4795, et son acte dVcrou disait que c'était pour avoir complutté de faire assassiner Danton , de connivence avec M. le Comte dWrtois. Elle ne mangeait autre chose que des raisins secs, et ne buvait que de Peau sucrée. (Note de l'Auteur,}
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jouter finement et de vous répéter, p<v]r la ceut-niillième fois, que ce ne peut être un sujet de scandale, attendu que monsieur Lenoir et madme Leblanc ne sauraient faire que des œuvres fde$.
Il y a grand nombre de noms plébéiens qui peu* vcnt prêter au ridicule, et s^ils ne paraissent que dans la bourgeoisie, c'est que la nouvelle noblesse y met bon ordre ; témoin de cette curieuse manœuvre de MM. de Coigny , pour opérer la transformation de leur nom de Guillot en celui de Franquetot; ce qui fut un joli tour de force ! Je me souviendrai toujours d'un bon maître des requêtes appelé M. Daine (intendant de la généralité de Tours, en >I777), lequel avait pour frères un gros chanoine de la Sainte- Chapelle qui se nommait nécessairement TAbbé Daine, avec un génovefain jovial et bon compagnon, qu'il était impossible de ne pas appeler Doni Daine.
Il y avait déjà deux ou trois mots que le Duc du Chatelet, mon neveu, était colonel des gardes françaises, lorsque le bruit se répandit dans la société de madame Leblanc que le Roi venait d'appeler au commandement de son régiment des gardes, un monsieur du Chatelet. — Grande surprise ! — On se demande quel peut être ce magistrat si favorisé ? — On suppose, on discute, on calcule, on fait observer on croit se rappeler effectivement
Knfin, on finit par décider (à l'unanimité), que ce monsieur du Chatelet ne pouvait être que M. Lenoir, le Procureur du Roi (1).
(I) Honry-Gfrmflin Lenoir, Chryalier, Soignrur do Bacque»
DE LA Marquise de cuéquy. j63
En quittant le quartier de ces honnêtes gens, nous allons traverser eelui des gens de finance au pas de course, à raison du mauvais air, et pour ne pas nous arrêter en mauvaise compagnie. Je ne voudrais p;is Taire monter mon petit-fils chez M"**' la Poupelinière, et je n'oserais pas non plus vous faire entrer chez M'^*' Lalive d'Épinay. Le vieux Beaujon, qui vient d'acheter l'hôtel de Pompadour, est audessous d'une épigramme ; il est si ras-terre ot si platement benêt, que personne n'a le courage de s'en moquer; ce serait grêler sur le persil. Les frères Bouret n'ont pas non plus assez d'importance
TÎlIe , ete II ne faut pas le eonfondre avec son cousin le LientCDant-Gftocral de police ( Jeaa-Gharles-Pierre Lenoir ), i qui la ville de Paris à tant de grâces k rendre pour une administration qui lui mérita Taffection générale ainsi qu'une réputation europérenne. J*ai su quMl repoussait toujours les réyélations des domestiques , en disant que ce serait chose contraire à la probité. Il apprenait sans corrompre et ne parlait jamais de rien , sinon pour avertir les chefs de famille ou pour admonester les délinquans. Je vous puis dire quMl a préservé Thonneur et sauvé la fortune de bien des familles. C^est k lui qu'on doit rétablissement de la Halle au Blé, le pavage et Téclairage des faubourgs, rinstitution du Mont-de-Piélé , la suppression des vaisseaux de cuivre pour les laitières, et la destruction du cimetière des Innocens qui se trouvait au milieu de Paris. Il était l'ami de la noblesse et le père du peuple; enfin c'était le magistrat par eicellence , et pourtant les jacobins Tout épargné : sitôt qu'il y avait de Pémotion dans Paris , les sans-culottes de son district envoyaient une sauve -garde k la porte de sa maison, rue de Vendôme, au Maraia. {Note de l'Auteur,)
M. Lenoir était né en 4752. 11 est mort en 4807, le même jour que le Baron de Bretenil, lequel était précisément du iiiëme âge que lai. ( Note de VEdilêur» )
ou de répatation pour qu'on leur fasse la grâce de s'occuper d'eux et l'honneur de les citer pour le ridicule. EnBn, le dernier des Paris, Thonnôte et généreux Duverney, n'est plus de ce monde, et c'était ie seul fermier-général qui ne me parût pas déplacé (ians un salon. Reste donc la maison de M*"*^ de la Ueyniëre, où je ne Tas jamais^ quoiqu'elle m'ait luit assurer que la famille de son père était alliée de la mienne. Au reste, il est è considérer queM'"*" de ia Reynière est un personnage à part dans la finance : et si l'on en croit son oncle M. l'Évèque (l'Orléans, c*est un phénomène et comme une perle dans un las d'huîtres. La Comtesse de Genlis en a fait un portrait si fidèle et si naturellement vrai, qu'au lieu d'y trouver un encouragement d'émulation, j'en perdrais courage; elle en avait retranché quelques-uns des traits les plus saillans en le faisant insérer dans un de ses premiers ouvrages ; mais voici ce portrait de M"*' de la Reynière, ainsi qu'il avait été composé du premier jet, en -1769, et eomme je le tiens de M'"*» de Genlis (aujourd'hui Marquise de Sillery).
i Olympe est une grande personne sans beauté , sans grftce et sans agrément d'aucun genre. Elle a tout juste assez de bonté pour ne pas être appelée méchante , et assez de jugement pour ne pas faire de sottises irréparables. La fortune immense qu'elle possède n*a pu la consoler encore du chagrin de n'être que la femme d'un financier ; n'ayant point assez d'esprit et de dignité dans le caractère pour surmonter une pari ille faiblesse , elle en souffre d'autant plus qu'elle
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« ne voit absolumeDt que dt s gens de la couF; dont la « conversalioD lui rappelle assiduemont ce grand mal- « heur dont elle gémit en secret. On ne parle jamais du « Roi, de la Reine , de Mesdames , d'une présentation <i ë Versailles et d'un grand-habit, qu'elle n'en éprouve « des angoisses intérieures si violentes , qu'elle ne peut « souvent les dissimuler qu'en changeant de conver- « saiion. Elle a, d'ailleurs, pour dédommagement, toute « la consistance ou la considération que peuvent donner « beaucoup de faste, une superbe maison, un eicelient i souper, de brillaos équipages et des loges à tous les i spectacles. Au reste, elle n'aime rien, s'ennuie de c tout, nejugejamais que d'après l'opinion d'un autre : « et joint h tous ces travers de grandes prétentions à « Fesprit, beaucoup d'humeur et de caprices, et néan- « moins uneextréme insipidité. Quoique fort orgueilleuse c d'être une fille de condition, et quoiqu'elle ait fini par « se persuader qu'elle était fille de qualité , elle ne mon- « tre pas les moindres égards pour son père, parce qull « a quitté le service et le monde, et qu'elle n'en attend • plus rien. Elle aime infiniment celui de ses oncles qui « remplit un ministère de confiance a Versailles , où la a feuille des bénéfices se trouve confiée à lu sagesse de ce i prélat, ce qu'on aurait de la peine à s'expliquer raii sonnablement. Elle ne s'occupe jamais et n'aime pas « du tout Mn"« de Senneville sa sœur, qu'elle ne regarde « que comme une provinciale. Allez donc lui rappeler « qu'elle h une sœur religieuse et que vous êtes chargé < de lui demander un entretien à ce sujet-là. Olympe « vous fera dire qu'elle çst chez elle tous les matins; on « vous fera traverser une longue et superbe enfilade de « pièces dorées, au bout de laquelle est un charmant « petit cabinet; vous y trouverez Olympe nonchalammen t « assise sur un canapé, et lisant plus nonchalamment « encore une brochure nouvelle qu'elle ne prend, j ima-
« gine, qne lorsqu'elle entend un carosse entrer dans «^a i cour. Elle avancera vers vous avec un air de bienvtil - (T lance exagérée : vous connaissez ce sourire forcé oi m cette fausse douceur que la politesse imprime sur i quelques visages. Au seul nom de sa sœur, Olympe « quittera subitement cette expression factice, et la « froideur avec l'embarras auront obscurci sa physio- « nomie d'une manière aussi prompte que marquée. Ce t que vous avez à lui demander, c'est qu'elle donne asile « a cette bonne religieuse dont le monastère est interdît « par suite de quelque dissension théologique entre la « Supérieure et son Évêque. Olympe vous répondra « qu'elle connaissait bien peu ses deux sœurs, qu'elle M en a été fort négligée; mais qu'elle n'en conserve pas « moins le désir de pouvoir leur être utile ; cependant « qu'il lui parait infiniment difficile de garder chez ' « elle une religieuse , et que, d'ailleurs , elle n'imagine « pas ou elle pourrait la loger... Si vous prenez lali- « berté de lui faire observer que sa maison paraît assez « grande pour y pouvoir placer une personne qui , de- « puis dix ans , se contente d'une cellule , Olympe vous « répondra sèchement : — Madame, je dois loger ma t sœur convenablement, ou ne point la loger du tout. « Elle aura pensé que cette réponse était si noble et si « spirituelle, qu'elle en prendra, n'en doutez pas, un « air de satisfaction capable de vous ôter le peu d'estime c et de patience qui aurait pu vous rester. »
^t vous ai déjà parlé de M. Grimod de la Reynière à propos de sa gourmandise et du bon exemple qu'il donnait à M. son fils; il me reste é vous dire un mot sur la frayeur quUl avait du tonnerre. Aussitôt que le ciel annonçait un orage , il allait s'enfermer dans une grande et belle caye
qu'il avait fait construire sous la terrasse de son hôtel {i)f et dont il avait fait revêtir en damas le plus épais, toutes les parois, la voûte et les pavés; c'était pour s'isoler de Télectricité , supposait ce brave homme, car c'était un préjugé dont la mort de M. de Quintin qui fut pulvérisé dans son lit de soie, n'avait pu guérir certaines gens. Ce lieu de refuge n'avait qu'une seule ouverture sur les Champs- Elysées ; mais, pour en détourner la foudre , on la fermait hermétiquement au moyen d'un matelas d'étoupe imbibée d'huile; M. de la Reynière s'y faisait toujours accompagner par trois ou quatre vigoureux garçons qui se relayaient pour battre du tambour ; j'ajouterai qu'il y buvait de l'eau d'orge,^ et tout sera dit. Je n'ai pas le courage de vous reparler de son fils (2).
(-1 ) Cette belle maison de M. de la Reyniëre est k Tangle de la rue des Champs-Elysées et de la place Louis XV, et la grande salle Toûtée dont parle l'auteur, est un café souterrainqui s'ouyre *8UT les Champs-Elysées , à droite du pavillon Perronet.
(2) M. de la Reynière , à qui Tauteur ne rend pas justice et à qui Téditeur de cet ouvrage a Thonneur d'offrir l'assurance de sa considération , existe encore en disposition de grand appétit , et grâce k Tusage de la médecine du Dr Leroy, en état de santé parfaite. Il a publié , depuis la mort de M(»« de Créquy, son Àlmanach des Gourmands et ses LégitimaUons gastronomiques , opërt culinaire eu trois actes. {Note de VÉdUeur.)