CHAPITRE VI
Le commandant Sébaftiani. — Histoire de ton be^n coup àe Mbre. — Histoire de sa balle (de plomb). — ^Histoire des «ums du Consul, et réponse que loi £ûtM»e Récamifr. — M»' de Slaêl ans Toileries. — Sa réception par Buonaparte. •— La pie Toleose et la pie séditieuse. — Le Gommandcar de Dolomieu. — Mot de Buonaparte à son sujet. — Los salons du quartier d^Antin. — Politesse d'un fournisseur. — Les meubles ï la romaine et les prénoms recherches. — L'ennui de l'antique et prérision du gothique. — Pascal et Molière. —Les Defises.— -Emblèmes figurés. — Allégories des anciens. — - Derises héraldiques. ^ Devises personnelles , anciennes et modernes.
Vous pouvez penser que je yis bien loin de ce qu'on peut appeler le monde, et que je m'en tiens le plus loin possible. Ce qui m'avertit surtout que le temps va me manquer, ou plutôt que je vais manquer au temps, car ce n'est pas lui qui m'aura fait défaut ; ce qui doit m'annoncer que je m'en vas (pour vous parler en gros mots et vous écrire en grosses lettres) , c'est que je ne suis presque plus choquée du ridicule. La susceptibilité de mon esprit, qu'on trouvait si poinliileusement inrisive, est toul-à-fait émoussée. Il me semble que je n'ai plus le bon goût? il ne me reste plus que le bon sens , c'est-à-dire un sentiment d'horreur pour le vice et d'attrait pour la
SOUVENIRS DE LA MARQUISE DE GRÉQUY. Ji/S Terlu. Enfin je ne suis presque pi as sensible à f ien , si ce n'est au sentiment du malheur des autres ou de leur affection pour moi , car sous ce rapport-là , je ne me décrépiterai point, grâce à Dieu! Je n'ai point abusé de ma faculté d'aimer; le ciel est juste! mon bon cœur ne faillira pas , et je mourrai toute en vie, de ce côté-là.
Je ne suis presque pas choquée de tout ce qu'on répète sur la femme du général Lefè?re , et je tous assure qu'à l'exception de ce que les jeunes gens nous rapportent d'un officier corse appelé Sébastian!, je n'entends plus rien citer qui soit yéritablement divertissant. H a , disent-ils , la prétention d'être le parent des Buonapartéqui le renient , et quand onenparle à la mère Buonaparté comme de leur cousin , sa gorge en enfle de colère. — Il est fils d'un paysan qui fa* briquait et vendait des cuveaux , des souricières et des balais, dit-elle, alla Poiia-d'AmjmgnanoIlI et vous conviendrez qu'il faut être bien abandonné de son bon ange et du bon Dieu pour en être réduit a se raccrocher à la famille Buonaparté. Il est toujours, A l'égard de son prétendu cousin le fki montre y dans un état d'adoration perpétuelle : c'est le thuriféraire du consulat; mais il parait qu'il existe encore assez de gens d'esprit pour se moquer de lui?
Onm'a rapporté qu'en entrant dans le salon d'une aimable et charmante personne appelée M™« Récamier, ledit officier s'était mis à crier avec un ton fanatique : — Le premier eonseula des mains seuparbesl — Ah ! Commandant , lui dit la maltresse de la maison , ne parlons pas politique ! Vous savez quelles sont nos convention!»?
.On dit qu^il a raconté dans le même salon qu'a je ne sais quelle bataille , il avait reçu dans le bras droit un coup de lance si rudement appliqué, que son sabre en était tombé de sa main !
— Ceci n'était rien , comme vous devez bien penser? a-t-il ajouté d'un air d'héroïsme, mais ce qui m'a le plus choqué , c'est que l'impertinent qui s'attaquait à moi , s'en vint tout aussitôt me tirer au milieu de la figure un coup de pistolet à bout-portant ! Après avoir jeté les yeux autour de lui,
le commandant eut la précaution d'ajouter : — Heureusement pour moi qu'il avaii oublié d'y mettre des balles
— J'espère bien , mon ami , lui dit je ne sais quel autre officier qui se trouvait là, que c'esl la première et la dernière impertinence dont tu ne te sois pas vengé?
•— Qu'appelez- vous dont je ne me sois pas vengé? répUqua-t-il en jetant des regards terribles, sur toutes les femmes de la compagnie, — je ki ai passé mon
sabre au travers du corps l — Il ne faut pas vous
imaginer, continua M. Sébastiani, que parce que l'on a réçeu une brillante éducation conforme à aa naissance , et parce que l'on a des élégantes manières , on soit une muscadin et voilà toute! Ailes >, colonel , allez écouter tou6 les officiers et les soldats de mon régiment , ils disent toujours entre eux : -— Le commandant Sébastiani est une bien joli garçoOi, c'est vrai; mais il est si braâvel. ......
Cette maison de M<"® Récamier est l'hôtel de Luxembourg ou l'hôtel de Créquy de ce temps-d. On dit que cette élégante jeune femme est d'«
DE LA MARQUISE DE GAËQUY. 10& politesse parfaite et de la société la plus sûre ; mais il paratt qu'elle a beau faire et qu'elle ne~ saurait arrêter les aTalancfaes et les torrens de moqueries qui «e précipitent continuellement sur le commandant Sébastian!. On prétend qu'elle en gémit, en disant: — Mon Dieu, que je yous remercie de ne pas être moqueuse ! Comment peut-on trouveir du plaisir à dénigrer Je vous assure que M. Sébastian! n'est pas si ridicule! — Et puis c'est
qu'il est si braâye! lui répondent les auditeurs , sur lesquels on ne peut rien gagner au profit de ce commandant.
Je n'entends parler depuis deux mois que du commandant Sébastiani^ dont je ne saurais me re* fuser à vous dire encore une histoire. Celle-ci me parait la plus belle , mais ce sera la dernière , et je vous en réponds , car on n'en finirait pas.
Tandis que Buonaparté faisait la guerre en Italie, son noble et ▼aleureux cousin s'y trouvait dans une bonne maison par billet de logement. 11 paratt qu'il avait été blessé dans la dernière campagne , ou pour mieux dire, il n'y paraissait pas, mais on n'en fut pas moins ébloui par le récit de tout ce qu'il avait fait d'éclatant , et Ton n'en fut pas moins touché de tout ce qu'il avait dû souffrir par suite de sa blessure. Vous pouvez imaginer quelle était l'émotion de certaines femmes sensibles , lorsqu'il leur faisait voir et palper la balle dont il avait été blessé et qu'il portait continuellement dans la poche de son gilet. C'est une cérémonie qui se renouvelait régulièrement tous les matins dans cette maison où logeait le commandant , et la même eérémonie se reproduisait IX. 7