‹ Souvenirs de la marquise de Créquy de 1710 à 1803Chapitre 12 sur 95 · IM SOUVENIRS · texte numérisé non relu

IM SOUVENIRS

tous les soirs dans celui des salons où la noblesse du pays tenait ses assemblées à tour de rôle. La balle de M. Sébastian! faisait le tour du cercle, et comme de juste y elle finissait toujours par revenir au brave commandant qui la remettait bravement dans la poche de son gilet jusqu'au lendemain matin.

Ces choses-là s'exécutèrent avec une complaisance et une régularité réciproques pendant une quinzaine de jours ; mais il survint un malencontreux officier français qui s'avisa d'arrêter, comme on dit, la balle au bond , et au lieu de la faire passer à sa voisine qui ne l'avait peut-être pas vue plus de sept à huit fois , il eut la malicieuse fantaisie de la laisser tomber et de la garder dans le fond de son chapeau.

— Voilà , dit-il à l'oreille de sa voisine, une balle qui devait commencer a vous ennuyer, mais je veuK mourir si vous la revoyez jamais I. . .

Jugez quelle fut la surprise de la compagnie en voyant le lendemain ressortir du gilet et reparaître dans la main du commandant Sébastian! une balle de pareil calibre ! On imagina d'abord qu'il avait eu connaissance de Tespièglerie de la veille, et qu'il avait exigé la restitution de sa balle, afin de pou* voir continuer ses démonstrations héroïques avec l'assistance et le témoignage de ce formidable projectile; mais comme la même expérience a fini par être renouvelée jusqu'à trois fois , vous en conclurez ce qui vous plaira? Je ne m'en mêlerai point.

Je dois conclure de tout ce que j'entends, car je ne vois presque plus rien hors de mon enclos , que les coutumes et les habitudes de la vie sociale sont toutes changées. On dine à quatre heures, et Ton

DB LA UaRQUISS DECKËQLY. to7

boit du thé par iA^dessus. Les femmes ne s'embrassen t plus y elles ne se lèvent pour saluer personne et ne se reconduisent pas. On dit que M"""" de Luynes a reçu le citoyen Talleyrand chez elle, et que M"^^ d*A(bert s'est mise à le reconduire pendant que sa beilesŒur était à sa table de jeu. H a bien vu la malice et n'a rien dit de peur de s'attirer quelque momei^ yneur et quelque déclaration sur la convenance et l'usage d'accompagner un évéque jusqu'à la première porte. — Vous nous quittez bien vite , avait-il dit la veille à M®* du Bourg-Crômot : — Comme il faut faire son salut , je vais au salut. — Vous dites que vous allez au salut? — Oui, Monseigneur !

Les temps sont tellement changés que si j'avais le plaisir et Vavtmtage d'aller faire une visite à Hlme inguerlot , son mari ne me reconduirait certainement pas jusqu'à mon carosse. Quand la vieille femme du procureur Moreau venait me quêter pour son œuvre des en fans-trouvés , M. de Créquy l'accompagnait toujours, chapeau bas , jusqu'à sa voiture de louage, et votre grand-père était un homme d'une antre étoffe qu'un fournisseur. Si je vous ai parlé de cet Inguerlot, c'est parce qu'en recevant dans son cabinet la Duchesse de Choiseul et la Princesse d'Hénin (qui avaient à lui parler d'affaires) , il ne s'était seulement pas soulevé de son siège !

Vous pouvez bien supposer que, dans un temps pareil à celui-ci, M'"^ de Staél ne saurait manquer à ^ faire de fête. La première chose qu'elle a faite après l'ascension de Buonaparte au consulat, c^est de lui avoir fait dire que le peuple français redevail douze cent mille livres à la jfamille Necker, et que

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s'il Youlail lui faire payer celte petite somme a?ee les intérêts depuis -1794, elle était toute prête à lui consacrer sa voix, sa plume éloquente et toutes les facultés de son génie.

Il parait que le consul Buonaparté n'a pas jugé que les avantages de cette proposition fussent de son côté; il a refusé de souscrire à cet engagement réciproque, et M">^ de Staél a touIu s'en expliquer directement avec le premier consul, qui lui a fait la malice de la recevoir en grande compagnie dans le salon de sa femme.

— Madame de Siaèïy lui a-t-il dit avec un ton de familiarité sérieuse et perfide : je mis bien aise que vous ayez désiré me cotmaUre.

Vous êies encore plus beik ei fhts gracteuse que je ne croyais.

Combien avez-vous d'enfam ?

Lis avez-vous nourris ?

Avez-vous des vignes à Coppeé?

Avez-vous été voir la pie voleuse F

On dit que nous av^ns à Paris la pie séditieuse* . .

Ht du reste, pas un mot de politique ou d'accom*modement financier. M°** de Staël e^^t dans une ir* ritation formidable, et je ne sais pas à qui va rester la victoire entre ces deux puissances de la révolution? Dans tous les cas je ne fais aucun vœu pour M"*® de Staël : nous avons joui de ses premières œuvres et je connais déjà son savoir-faire ! — Cou* vmezy M'"® ta Baronne, convenez avec moi, qu'en fait de tentatives de réforme sociale et de felicHé publique, lui disait M. Bergasse avec son ton discret et aïodéréy vous na/vez pa» la main heureuis!,...

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Une des personnes que Buonaparte abhorré le plus (el le mieoX) à mon avjB.; c est le Commandeur de Dolomieu', cet infâme savant, qui lui a livré Tlle de Malle. Buonaparlé disait l'autre jour à M. de Narboone que, s'il n'y ayan eu personne dans la ville el la citadelle de Malte pour lui en faire ouvrir les portes^: il n'aurait jamais pu trouver moyen d'y pénétrer. lie minéralogiste Dolomieu n'en a eu pour sa récompense et sa trahison qu'une pension de mille franeSi II avait autrefois la prétention d'èlre votre pareni; mais feu M. de Créquy disait à cela que le seul rapport qu'il y eût entre vous autres et ces Baaphinoisy dont le nom de famille est Gratet, c'est qu'ils avaient été ennoblis par le Connétable de Lesdiguières. (En vert» de ses grandes-patentes). Il parait que les Dolomieu se sont fait reconnaltrB comme parenspar Messieurs de Gratet du Bouchage, et c'est une sorte de complaisance que je ne saurais approuver.

On nous parle aussi d'un AbbédeBrogtie qui s'était fait présenter à Buonaparte, et qui vient d'encourir sa disgrâce a propos d'une peHie église dont il aurait voulu que le gouvernement français le reconnût pour direeteur. On dit que Buonaiparte lui a répondu : CUogm, je ne neotmaii en France en faU de dtrMens, fÊt de$ eaJUioHquef et^ des pro^estans. J? n'y a pas aeeez de rdigiùn dans câ paye^paur en faire une tromème.

Je crofe vdus avoir dit que tes Broglio ou Debroglio, ce qui veut dire Duênûidiny en patois du comté de Nice, étaient venus chercher fortune en France, ofr'ils ontMBni parse trouver dans une situation bien ditTérente de ceMeoè la maison de Savoie les aurait

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laissés dans leur pays. Il est à remnrquer qiriis «e sont transmis et qu'ils ont conservé sans aucune altération le caractère niçard , avec toutes ses subtillités et sa gaucherie , ses prétentions au savoir-faire , l'amour du parlage et celui des manœuvres embrouillées. M"*® de Goislin disait toujours qu'aussitôt qu'un Broglie intervient dans une affaire, il en résulte infailliblement des imbroglio qui finiront par un embrouillamini désastreux.

Ce sont les gens du monde les plus difficiles à satisfaire, les plus suffisans, les plus didactiques , les plusoutra[jettsement péduntesques et les plus ennuyeux surtout ! Il est singulier qu'ils n'aient jamais pu prendre le caractère français, et ce qu'il y a d'inexplicable dans cette famille piémontaise , c'est que toutes les femmes et les filles y ont un caractère et des habitudes absolument opposés à celui de leurs parens masculins , qui sont restés de véritables pro* vençaux-niçards.

Quant aux salons du quartier d'Antin , où les jacobins défroqués et les nouveaux enrichis se donnent des bals qui doivent sentir encore une odeur de carnage et de boucherie, il parait que ce sont des chambres tendues en drap rouge avec de$ brodures noires^ ornées de caryatides et de statues bronzées (sans feuilles devigneji, et garnies de meu* blés romains en bois d'acajou du plus lourdement sévère et du plus triste dessin. Toutcela n'est éclairé que par des ïarnpes, au lieu de bougies, ce qui peut être fort économique et ce qui doit être fort malsain. Toutes les femmes y sont coiffées à la grecque avec des repMiri et des tire-bouchons qui découlent

A^kiuile aiUiqui. Elles ont presque toutes des coHiers rcuges, ce qui dénote encore aujourd'hui des opinions ou des prétentions à la victime j et ce qui devrait donner un ressouvenir affreux... Elles ont des robes à la grecque et des tuniques à la grecque ; les bas de robe brodé en noir sur fond rouge, les tuniques brodées en rouge sur fond blanc, et plus souvent en laine qu^en soie. On dirait que le Musée des antiques aurait été formé pour Tinstruction des couturières et des coiffeurs? Je vous ai déjà dit que les femmes avaient repris l'usage des sacs a ouvrage, que les antiquaires appellent réticules, attendu que ceux des dames romaines étaient formés en filet de réseau ; mais les bourgeoises qui les portent disent toujours des ridicules y et ceci me fait rire (a part-moi s'entend, car on ne me surpendra guère à pédantiser).

Je vous dirai pourtant que les décorateurs à l'antique emploient continuellement la p<Uère, et que les tapissiers les appellent des pâier ; enfin les méan^ dres s'appellent des grecques, et tous les petits des* sins noir et blanc (comme en pourrait faire Adèle Égalité) s'appellent des camées, sans distinction. Lorsque j'étudiais Vitruve à l'âbbaye de Montvilliers, et que j'y lisais le père Montfaucon, je ne m'attendais guère à m'en escrimer contre les bourgeoises et les boutiquiers de Paris, au bout de 88 ans.

Dans Tordre matériel , ainsi que dans l'ordre politique, la république a démoli beaucoup de belles choses, et n'a rien édifié qui ne soit misérable; on me dira sûrement que sa mission se bornait à détruire , mais il est à remarquer combien toutes les

tn âODvnms

constructions de cette tanitease républicpie oui Vm

mesquin (>l).

Il but sans doute, et sous peine de barbarie^ re»* ter soumis aux prescriptions de l'archttectare anti-* que I pour le calcut des masses et des lignes , les profils de règle et toute la partie des ornemens qui marquent r ardre; mais pour le reste, il devrait être permis d*étre comporile en architecture , el suivant la remarque de Politien , l'affectation d'atticisme est plutôt la preuve de la stérilité que de la sévérité du goût. En effet, que peuvent signifier sur des monumens français la couronne Vallaire oa rObsidionale ; le bouclier Perse et VÀ^ergiUinm, surtout ! Est-ce qu'un pareil ustensile est en rapport avec la croyance ou les coutumes de notre pays? Si les artistes grecs ont employé des objets de latrie comme ornemens , c'était parce qu?ils en voyaient faire un usage habituel , et que la partie la plus vulgaire du peuple en connaissait l'emploi : en outre , ils avaient le bon goût d'accorder la décoration des murs avec la destination des lieux , et je ne sache pas qu'un sculpteur antique ait jamais placé des Prœferumli ni des Liiui sur la fsçade de sa petite maison.

Quand la révolution sera finie , car il est visible qu'elle tourne à la mort, ne pourrait-on pas, avec les attributs du christianisme , avec les marques dé la dignité royale , avec toutes celles de nos dUstinc-

(t) Il ne reste plus d^autres constructions de cette cpo<|ae que la petite rue des Coionnes aupi-ès de Ifr place de la Bonne.

( iVotod» VÉdîUur,\

tions modernes enfin , remplacer avec intelligence et suivant les lieux , les pipeaux , les hiboux et Fine-' fitable patère des frises grecques? Il me semble que le Ciboire et TOstensoir de nos tabernacles , que l'Oriflamme et la Couronne royale , la Mitre> la Croix latine, leCasque etTEcu français n'ont pas un proGI moins noble et moins gracieux que les bucrânes, les chouettes et les pieds de chevreau des entablemens doriques ? Mais les architectes français ne veulent jamais sortir d'une imitation servile, et toutes les décorations qu'ils appliquent à nos édifices ne sont pas mieux d'accord avec la religion de leur pays qu'avec les habitudes de leur temps et les nécessités de notre climat.

Je vous dirai qu'au temps de la renaissance, et du temps de Louis Xlil encore, en savait tirer bon parti des insignes nobiliaires pour tout ce qui s'appelle if^cort* On y composait très-bien et tout sim- I^ement (conune vous le verrez au château de Canaple9), un dessus de porte, par exemple, avec la plaque du St-Esprit, riobement ciselée, bien appliquée, sur un fond de velours vert, en rappel du manteau de l'ordre, et noblement encadrée dans son imposte garni de fleurs-de-lis d'or. Il me semble que rien ne saurait être plus convenable et d'un meilleur effist pour une chambre du dais, ou dans toute autre salte d'apparat.

Si j'entreprenais de vous détailler tout le parti que j'ai vu tirer des armoiries pour la décoration, j'en serais plus fatiguée que vous n'en séries ennuyé, ce me semble; et quand vovs serei en paisible possession de vos beaux châteaux, c'est un article de mes

souyenirs et de mes enseigoemens que je recommande a votre méditation. Quand une famille est en sécurité dans sa dignité, ces ornemens-là produisent plus d'effet et font une meilleure impression que TOUS ne le croiriez sur les personnes que Ton reçoit et sur les enfans qu'on élève.

« 0 vous y qui gouvernez notre triste patrie,

« Qu^il ne soit plus parlé des Grecs , je vous supplie 1

M Ils ne sauraient prétendre k de nouveaux succès.

« Vous serait-il égal de nous parler français? m

H me semble qu'on est déjà rassasié des charmes de l'antique; le moyen âge a Tair de nous arriver à pas de loup, comme il a déjà fait une fois au temps de la décadence et du règne de Constantin. J'ai déjà TU des panneaux de voiture et des empreintes de cachet avec des lettres gothiques J'ai le pressentiment du gothique, et je crois que nous allons retomber dans le naïf et le Jean-Baif ; mais comme le penchant de la mode est toujours glissant, comme le besoin du changement sera la maladie des temps futurs, vous passerez par la renaissance avant d'en revenir au temps du grand Roi pour les costumes; car je ne doute pas que votre femme ne se fasse coif-* fera la Mancini ; j'espère bien que vous en arriverez ensuite aux modes de ma jeunesse ; j'ai la satisfaction de penser que vous vivrez dans mon jeune temps; et je vous attends là !

Faites-moi le plaisir de vous moquer alors de ces pauvres gens du consulat qui n'avaient sous la main que des morceaux de bois d'acajou (dont j'ai l'hor*

reorl ) et qui ne s'asseyaient que sur des meubles incommodes^ parce qu'ils étaient à la mode.

Cette propension yers le gothique est assez natu<relle après la satiété des Pubiicola Cfaaussard , des Iphigénie Martin, des chaises curules et des bonnets phrygiens, surtout ; car, en vérité, la persistance à se coiffer du bonnet rouge aurait excédé la patience humaine I

Le temps des Céphyse et des Anligone est donc passé. On dirait quMI est déjà loin de nous (pour la mode), et Ton peut juger combien les esprits sont en voie rétrograde , en observant les prénoms qu'on donne aux enfans. Ecoutez ce petit dialogue de votre grand'mëre avec M""® Caristie, 6a locataire de la rue de Meslay

— Ah ! mon Dieu, oui ! Madame , et je ne veux pas lui donner un nom païen. J'ai déjà ma fille aînée qui s'appelle Amalthée , parce que c'est le nom de la chèvre qui avait nourri Jupiter, à ce que disait son parrain, M. Dacier! Jugez le beau plaisir pour nous que cette chèvre-là soit la patrone de notre chère petite? Aussi mon mari m'a dit , mon Dieu ! si Madame la Marquise, qui est si bonne pour nous et qui a tant d'esprit , voulait bien être sa marraine , je suis bien sûr qu'elle lui donnerait un nom si distingué, que tout le monde en aurait jalousie, de ce nom-là!

— Madame Caristie , je ne peux pas tenir votre enfant, je suis trop âgée pour le soigner dans son éducation religieuse, ainsi que j'en prendrais l'engagement sur les fonts de baptême. C'est une obligation que j'ai toujours remplie avec une fidélité

ne SOUVENIRS

consciencieuse ; aussi vous dirai-je , en rendant grâce à Dieu , que le ciel m^en a bénie , car il n'est pas un de mes fiUots qui n'ait bien tourné.

T- Mais, c'est une raison de plus, Madame, et je fOus en supplie !

— C'est une chose impossible — * Et puis la

loi de 94- au sujet des marraines et des parrains n'est pas rapportée : elle est encore en pleine yiguenr ; et si j'allais vivre jusqu'à cent vingt ans , peut-être qu'on viendrait me remettre en prison parce que mon filleul aurait déserté?

— Ahl Madame , ce que tout le monde désire , c'est que vous parveniez Jusque là; mais si c'est une fille, dont J'accouche?

— Eh bien , si c'est une fille , avez-vous quelque dévotion de préférence? Avez-vou6 un nom de prédilection pour elle?

— Oh oui l j'en ai deux ou trois qui ne me sortent pas de la tète; mais avant d'en parler à M. Ga« ristie..^.» — Je suis persuadée que si je loi disais : Madame de Créquy les approuve, il les trouverait charmans! J'avais pensé, par exemple, à Blanche? *^ Blanche

— Oh I je vous entends bien , mais c'est qu'il y a déjà Blanche de Castille , Blanche d'Aquitaine et Blanche de Navarre ; c'est un nom de Princesse qui pourrait vous donner un faux air de prétention vaniteuse ou d'ambition

— D'ailleurs M. Caristie n'a pas voulu entendre parler de Blanche , en disant qu'elle serait peut-être noire comme une taupe?

— Voilà ce qui pourrait bien arriver : puisque

toutes les Rose sont vertes comme des , feuilles de chou; les Désirée font horreur; les Bonne égratignent et mordent tout le monde; les Félicité périssent sur un échafaud ; les Perpétue meurent de la coqueluche ; les Céleste sont des créatures infernales ;

les Angélique font des pactes arec le diable et

les Modeste donc ? Ah, les Modeste ! n^en parlons pas !

— Madame, à présent je penserais, si vous mv

permettiez de vous le dire , à Urgelle , a Yseult

ou à Urgande..... Et j'aimerais assez pour mon ûb Enguerrand, Tancrède ou Raoul.

— Allons donc, la fée Urgelle qui n'est brin belh Tseutt-aux-blanches-mains , et Urgande^ta^déconnut On vous en ferait des ravauderies à n'en pas finir. Enguerrand Caristie , si vous voulez ; il aurait le désagrément d'avoir Enguerrand de Marigny pour homonyme... Mais je trouve que Tancrède est un nom de chevalerie bien étincejant et bien empanaché! Ne songez donc pas à Raoul deCréquy; laissez-le dormir en paix dans son église d'Ay relies , avec son lion sous les pieds. Pourquoi voulez-vous braconner sur les terres de Messieurs de Créquy ?...

— Ah! je vous assure bien que je ne prétendais pas

— Mais, je vous assure bien que cela revient au même. Quand on n'a pas eu dans sa famille un nom de baptême attitré , je n'aime pas qu'on aille en chercher dans les traditions ou les généalogies des autres. Si vous n'êtes pas en droit de vous faire appeler Lothaire ou Lancelot , et si vous voulez des noms euphoniques , il v en a tant d'autres ; et pour-

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