‹ Souvenirs de la marquise de Créquy de 1710 à 1803Chapitre 2 sur 95 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Qoelqnes mots sur la Vendée. — Prédilection de Pauteur pour Charette et pour Gathelineau. — Conquête de Noirmoutier par le général Charette.— Termes de la capitulatioo de cette forteresse. — Lettre du Comité de salut public au représentant Guesno. — Protestation des Vendéens. — Déclaration de guerre à la république. — Révélation sur Lonis XVII. -— Désastre de Quiberon. — Lettre de Louis XVIU au Duc d^Harconrt , son plénipotentiaire à Londres.

Voos ne sauriez imaginer , mon cher petit-fils , combien je regrette et combien je m'afflige de ne pouToir vous parler comme je le voudrais sur notre chère et glorieuse Vendée ; mais je craindrais d'employer des matériaux révolutionnaires^ et les documens que j'ai fait demander à M^^ de Charette arriveront trop tard. Il faudrait plus de temps, il faudrait plus de force et plus de voix qu'il ne m'en restera, pour oser parler des la Rochejaquelein, des Bonchamps, des Lescure et surtout du Chevalier de Charette , car je vous confie que Charette et Cathelineau sont mes deux héros de prédilection. Ce gentilhomme intrépide et cet humble paysan me rappellent toujours le grand Dunois et la sainte bergère de Domremy. Depuis les guerres de Charles Vil , on n^a rien vu de si beau dans Thistoiré de France ; et c'est au point qu'il est presque suffisant

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se rapportent aux négoeiattons ouvertes entre le Chevalier de Charette et le gouvernement révolutionnaire , car il a traité de puissance à puissance avec la république , et vous allez voir de que) côté se trouvaient l'honneur et la loyauté.

Les pièces suivantes n'ont janaais été imprimées, vous pourrez juger de leur importance, et je vous réponds de leur authenticité : il ne faut pas que je néglige de vous faire observer que cette note confidentielle du comité de salut public était postérieure au traité de Lajaunais. Ainsi que dans la pièce sui* vante, il y est fait mention d'une promesse relative au Roi Louis XVil ; mais la Convention l'avait si bien dissimulée , que c'est uniquement dans cette protestation des chefs de nos armées royales, qu'on peut en retrouver quelque vestige. En attendant ces renseignemens qui vous parviendront lorsque je n'y serai plus, j'ai pensé que cette admirable déclaration des Vendéens pourrait vous donner, si ce n^est une idée complète, au moins une idée positive et précise de la Vendée.

Note confidentielle de plusieurs membres du comité de salut public au citoyen Guesno, repràentant du peu^ plCy en mission à Aennes.

« Il est impossible y cher collègue, que la répa- • blique puisse se maintenir si la Vendée n'est pas « entièrement réduite sous le joug de la loi.

« Nous ne pouvons nous-* mêmes compter sur « notre propre sûreté, que lorsque les brigands qui

« infestent les départements de TOuest depuis deux m années aurant été mis dans Timpuissance de cou- « trarter nos résolutions, cW-à-dire lorsqu'ils auff ront été enterminés.

« C'est déjà un sacrifice humiliant que d'avoir « été réduits à traiter de la paix a?ec des rebelles , c ou plutôt avec des scélérats dont la majorité méff rite l'échafaud.

<( Soyons convaincus que si nous ne lesdétrui- « sons pas, ils finiront par nous détruire.

« Ils n'ont pas mis plus de bonne foi dans le a traité que nous n^y avions mis de confiance en ce eux, et il ne doit leur inspirer aucune sécurité sur » les intentions du gouvernement. Les deux parce tis ont transigé sachant qu'ils se trompaient.

« C'est d'après l'impossibilité où nous sommes Cl d'espérer que nous pourrons contenir plus longci temps les Vendéens, impossibilité également iléc( montrée à tous les membres des trois comités, ce qu'il faut chercher les moyens de prévenir ces « hommes audacieux, qui osent lutter avec la recr présentation nationale.

ce II ne faut pas s'endormir parce que le vent n'acc gite pas encore les grosses branches, car il est « près de souffler avec violence. Le moment ap- <r proche, où, d'après l'article n du traité secret, « il favJt leur présenter un fatUàme de monarchie d <c Uur montrer ce bambin pour lequd ils se boitent; • comme il serait trop dangereux de faire un tel « pas qui nous perdrait sans retour, les comités « n'ont trouvé qu'un moyen d'éviter cette difficulté^ c( vraiment extrême; le voici :

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« La principale force des brigands est dans le « fanatisme que leurs chefs leur inspirent. II faut tt les arrêter et dissoudre ainsi d'un seul coup cette « association monarchique, qui nous perdra, si « 'nous ne nous bâtons pas de la préyenir.

<x Mais il ne faut pas perdre de vue, cher collè- « gue, que Topinion nous devient chaque jour plus « contraire et plus nécessaire que la force. Il faut « supposer que les chefs insurgés ont voulu rom- « pre le traité ; qu'ils ont voulu se faire princes des « départemens qu'ils occupent ; que les chefs agis- « sent d'intelligence avec les Anglais; qu'ils veulent « leur ouvrir la côte, piller la ville de Nantes et « s'embarquer avec le fruit de leurs rapines. Il faut fl faire intercepter des courriers porteurs de sem- « blables choses, crier à la perfidie, et mettre dans a ce premier moment une grande apparence de (c modération, afin que le peuple voie clairement « que la justice et la bonne foi sont de notre côté.

« Nous te le répétons^ cher collègue, la Vendée « détruira la Convention, si la Convention ne défi truit pas la Vendée. Si tu peux avoir les onze « chefs, le troupeau se dispersera. Concerte-toi sur « le champ avec les administrateurs d'Ille-et*Vi- « laine. Communique la présente, dès la réception, « aui quatre représentans de l'arrondissement.

« 11 faudra profiter de Tétonnement et du dé- « couragement que doit produire Tabsence des « chefs pour désarmer leurs conjurés. Il faudra « qu'ils se soumettent au régime de la république, « ou qu'ils périssent; point de milieu, point de « demi-mesures, elles gâtent tout en révolution.

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« Il faut, s'il est nécessaire, employer le fer et le feu, mais il faut que ce soit en rendant les Vendéens coupables aux yeui de ta nation de tout le malqu'ila souffriront. Saisis^ nous te le répétons, cher collègue, les premières apparences favorables qui vont se présenter, pour frapper ce grand coup^ car les événemens pressent de toute part.

« Tu peux, avoir toute confiance dans le citoyeu Guilbert, il est jeune, mais sensé : il nous est d'ailleurs entièrement dévoué.

« Nous avions pensé à te mander à Paris, mais nous avons ensuite jugé qu'il valait mieux, pour ménager les apparences, que tu ne te déplaçasses pas sur-le-champ de l'arrivée de Guilbert. Quoique nous ne supposions pas possible qu'il soit iniereepté, nous le faisons passer par Alençon; il y verra Arthaud. il te suffira de nous dire : J'ai reçu la proclamation relative aux subnslances. L'Iiypocondre voulait demander ton rappel, il craignait, disait-il, que tu ne misses pas assez d'activité et de prudence : nous Tavons rassuré. Prends garde aux menées de Louvet, il est vendu aux restes orléanîques et la guenon d'ambassadrice (j|f">« de Staël) en dispose a plein. Nous le surveillons, mais il intrigue activement dans la Mayenne et dans la Loire-Inférieure. Boissy adopte toutes les mesures ; il en sent l'urgence. Fais-nous part de ce que tu peux faire snr-lechamp, afin que cela concorde avec les mesures que nous allons prendre ici. Le mot de «tfftmtanee sera pour les chefs; celui de troupeaiu^ pour

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• les armées; emploie le mot tranquillité pour celui « d'arrestation. Lagare te tiendra dans une position « respectable. Il aura tous les moyens nécessaires. « Il a reçu nos ordres pour obéir aux tiens; adieu, « cher collègue. Salut et fraternité.

« Tallien , Treillabd , Stétes, « DouLCET, Rabaud, Makgé, « Cambacébès. »

Paris , 48 prairial an m.

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