‹ Souvenirs de la marquise de Créquy de 1710 à 1803Chapitre 3 sur 95 · CHEFS ET SOLDATS DES ARMEES CATHOLIQUES ET ROYALES · texte numérisé non relu

CHEFS ET SOLDATS DES ARMEES CATHOLIQUES ET ROYALES

suivie

DE LA PbOCLAHATION DU GÉNÉBAUSSIMB ET DES iUTBES CHEFS DESDITES ARMÉES ,

AU ifOM DE Louis XVIII ,

Roi DE France et de Navarbe ;

Aux ûdèles habitans du Poitou , de 1 Anjou, du Maine, de la Bretagne et de la Normandie.

« Nous devons à tous les Français et à FEurope « entière, la justiBcation^ ou pour mieux dire l'ex*

posé de notre conduite. Nous allons le tracer avec cette loyauté, avec ce sentiment d^honneur et d'amour de la patrie qui a constamment dirigé notre conduite et animé nos efforts. Nous prenons le Dieu yivant à témoin de la vérité de nos paroles. Dieu très haut, très puissant^ très miséricordieux, mais très juste ! les fidèles et religieux Vendéens vous rendent de profondes actions de grâces pqur les succès dont vous avez couronné leurs efforts. Ils remercient votre bonté de les avoir soustraits à la férocité de la Convention qui se dit nationale. Les fidèles et religieux habitans de la Vendée bénissent votre providence infinie qui leur a donné assez de prudence pour éviter les pièges de leurs assassins , assez de force pour repousser leurs soldats. Dieu des armées, protecteur des empires, soutien de la justice et du bon droit, les Vendéens placent en vous leur espérance, et prosternés en toute humilité aux pieds du trône céleste, ils vous supplient, pour prix de leurs souffrances , ô notre Dieu ! d'accorder à tous les Français via paix et le bonheur, a leurs assassins, le remords et le pardon .

« Frères et camarades! on nous a dit que la politique exigeait souvent des choses que le cœur de Thomme honnête repousserait avec indignation , si le bonheur de son pays ne devait pas en être le prix. Telle est, frères et camarades, la condition malheureuse de l'homme de bien lorsqu'il est obligé de conférer et négocier avec des scélérats , pour empêcher ces mêmes scélérats de plonger leurs mains dans le sang de ses frères.

ao SOUVENIRS

« Nous allonsdone voas dévoiler ce qu'il est hnporff tant que vous appreniez aujourd'hui , ce qu'il eût « été dangereut de vous découvrir hors de saison. (( Nous allons vous faire connaître les moiifs qui « nous avaient amenés à conclure un trailé où nous « avons tni^ de notre côté la foi , la loyauté la plus ff honorable, où les députés de la Convention, soi* ff disant nationale , n'ont apporté de leur côté V qu'impiété , fourberie , parjure et projets d'as- «I sassinat.

« Le sang humain coulait depuis long^temps « dans notre pays, et c'était du sang français. Cha« « cune de nos victoires avait été pour nous un jour « de deuil , chacun de nos triomphes avait fait « couler nos larmes ; mais forcés de défendre nos « droits les plus sacrés contre des tigres altérés de « notre sang, nous nous trouvions dans la néces* « site de nous battre contre des frères que des « tyrans impitoyables envoyaient inonder nos pro* « vinces. Vous l'avez vu , vous l'avez éprouvé vous- « mêmes, ô nos braves camarades ! on voulait nous « empêcher d'adorer Dieu, notre créateur. On avait (c assassiné notre Roi , on avait massacré nos « femmes, égorgé nos pères et nos enfans, incendié « nos maisons, dévasté nos champs, enlevé tout ce ff que nous possédions au monde, et notre patrie ff ne devait plus être que notre tombeau. Nous ado- (t rions celui qui créa le ciel et la terre ; la Conven- « tion ne reconnaissait un Dieu que pour l'on- « trager. Nous aimions le Monarque qui nous ap- « pelait ses enfans, et qui ne détournait jamais sa « pensée bienveillante et ses regards paternels de

dessus DOS chaumières ) et la CouTeution Fa inhumainement et cruellement assassiné. Cependant nous voulûmes conserver dans celte contrée fidèle la foi de nos pères , leur amour pour nos souverains , et c'était un crime impardonnable aux yeux des conventionnels qui envoyèrent cent mille bourreaux autour de nous. Mais le Dieu fort nous couvrit de son égide, il arma nos bras de son glaive et nous avons triomphé de la Convention , comme chacun le sait. Cette assemblée sacrilège avait épuisé tous ses efforts, les yeux du peuple français allaient se dessiller , le terrible jour de la justice approchait, il ne restait plus aucun espoir au comité, soi-disant de salut public ; ses barbaries et ses finances étaient épuisées ; les soldats qu'il envoyait sur nos frontières commençaient à fraterniser avec les Vendéens qu'ils voyaient adorer Dieu, bénir le Roi, aimer, servir, ou pardonnera, tous les Français, au milieu des tourmens comme dans les succès , dans les angoisses du martyre comme sur les champs de la victoire.

4f Vous avez vu avec quelle infatigable barbarie les révolutionnaires ont porté la désolation dans nos. campagnes; la Convention a ordonné que nos maisons seraient incendiées , que nos enfans seraient massacrés sur le sein de nos femmes expirantes. Elle a fait arracher vos forêts , tarir vos fontaines ; elle aurait creusé le sol sur lequel vous avez pris naissance ; elle eût plongé dans les abîmes de la mer la terre qui vous a vus naître et qui devait vous nourrir, si Dieu n'avait

SX SOUVBfORS

pas permis que nos ennemis ne trouvassent dans notre courage des bornes é leurs crimes. Le croiriez-yous, 6 nos braves camarades ! les députés de la Convention avaient envoyé du poison pour être jelé dans vos fontaines. C'était quinze jours avant la signature du traité de paix ; le poison est la : c^est un de vos braves chefs, M. le Vicomte de Scepeaux, qui en a intercepté l'envoi près la ferme de Volfrèse aux environs d'Ancenis. Les députés de la Convention vous proposaient la paix , et ils prenaient toutes leurs mesures pour empoisonner vos familles , pour vous désarmer et vous assassiner le même jour dans toute l'étendue du pays occupé par vos armées victorieuses.

« Malgré d'ausâ horribles trames, le désir d'épargner le sang français, l'espérance que la Convention , en voyant Tinutilité de ses efforts et même de ses crimes, consentirait enfin à nous rendre de bonne foi notre Dieu et notre Roi ; ces deux motifs si puissans nous déterminèrent à écouter des propositions de paix , en alliant la prudence et la force avec la clémence et la justice. Nous nous flattâmes que nous parviendrions à ramener la paix dans ces provinces , à ouvrir les yeux du peuple français, et à rétablir sans autre effusion de sang les autek de notre Dieu et le trône de notre Roi. À ces conditions , vos chefs, investis de toute votre confiance, et sûrs de ne point être désapprouvés par Monseigneur le Régent et par Monseigneur le Lieutenant -Général du royaume, ouvrirent des négociations.

Le plus pénible de tous les efforts que nous avons faits depuis deux années^ nos braves camarades, a été de recevoir au miliea de nous des assassins , dont les mains sacrilèges dégouttaient encore du sang de vos femmes et de vos en fans ; mais le bien de la patrie l'ordonnait, nous avons consenti à écouter vos bourreaux.

« Nous vous avons fait connaître dans le temps les conditions que nous imposâmes à cette époque a la Convention ; mais nous ne pûmes vous dire alors les conditions secrètes auxquelles elle s'obligea , et sans lesquelles les soi-disant représentans du peuple n'eussent jamais approché de nos drapeaux.

« Le comité de salut public nous fit promettre solennellement , pur l'organe de ses envoyés , que la religion catholique et la monarchie seraient rétablies en France avant le i ^' }uillet. Sur la défiance que nous inspirait une époque aussi éloignée ) nous ne voulions ni suspendre les hostilités, ni entrer en accommodement. Mais les soi-disant représeutans du peuple nous dirent et nous persuadèrent que, pour amener l'opinion publique au retour des choses que nous désirions, pour ne laisser aucune réponse, aucun espoir aux jacobins , il fallait préparer la nation à demander elle-même la royauté; que des invitations secrètes seraient faites à cet effet dans tous les départe^*^ mens ; qu'on était sûr qu'elles seraient favorablement accueillies et même avec enthousiasme ; que dans le cas contraire (ce qu'on supposait à peine possible) le comité de salut public s'engageait à IX. o

S4 SOUVENIRS Il faire remetlre entre les mains des ohefs Tendéens, (c Louis XYII et sa sœur, le 43 juin (25 prairial ) « pour tout délai ; que le comité de salut public « s'engageait également à déclarer la religion ca- « tholique , religion dominante de l'Etat ; qu'il <c rappellerait tous les Français émigrés depuis le « 44 juillet 4789, et qu^il donnerait des ordres seir crets aux administrateurs des départemens fronff tières , afin de faciliter aux princes français les « moyens de se rendre dans lé Poitou, l'Anjou et n le Maine , sous la condition expresse qne les Venir déens n'inquiéteraient en aucune manière , dans « cette partie, non plus que les Chouans dans la « Bretagne et la Normandie, les individus qui trait verseraient le pays munis de passeports du comité « de salut public , et que les individus pourraient « arriver sans obstacle , soit à La Rochelle , soit à ic Brest, soit i Nantes, soit à Cherbourg.

« Telles furent les promesses faites solennellecr ment au nom du soi-disant comité de salut puce blic, par les six représentans du peuple. Ce sont « là les conditions que vous êtes venus nous offrir « dans nos foyers, Représentans fourbes et trom- « peurs ! ce sont la les paroles que trois d'entre a vous avez prononcées, dans notre dernière entre* « vue. Nous le jurons, à la face du Dieu de vérité, « et nous le prenons à témoin de ce que nous avance çons aujourd'hui ; une heure seulement avant la ce signature du traité de paix, il fut convenu que « les condi tiens ci-dessus rapportées demeureraient « comme clauses et articles secrets, afin de prépa- « rer les esprits, et qu'on parvint à amener Tar-

mée républEcaine â désirer l'exécution des clauses» pour ainsi dire, sans se douter qu'elles eussent lieu. Mais Dieu qui dirige toutes nos démarches, Dieu qui lit dans l'ame des méchans, ne permit pas que nous ajoutassions une foi aveugle à leurs promesses : il répandit dans notre conseil le courage de fa prudence, aorès nous ayoir si souvent accordé celui de la force; nous stipulâmes que nous resterions armés sur notre territoire, et que nous conserverions tous les signes de ralliement sous lesquels nous avions combattu jusqu'à ce jour. Les soi-disant représentans du peuple nous laisifèrent les maîtres d'agir, avec les Vendéens et les Chouans, de la manière que nous croirions la plus convenable à riniérét général. Quelle était notre joie, à celte époque, de penser que le repos pouvait enfin être rendu é notre patrie, que nos victoires pouvaient opérer sa délivrance, et que notre sang répandu était consacré à rétablir le culte de notre Dieu et le trône de notre Roi 1 t Nous nous confirmâmes encore davantage dans cette espérance si douce, par l'assurance formelle qui fut donnée le 28 avril par les soi-disant représentans du peuple : ils observèrent a M. de Guerville, que nous envoyâmes auprès d'eux è l'effet de leur représenter combien il était nécessaire, pour l'observation du traité, que l'armée catholique et royale de la Bretagne fit exécuter les jugemens du conseil militaire; ils lui observèrent que les démarches publiques auxquelles ils se détermineraient ne devaient nous inspirer aucunes craintes, puisqu'elles n'auraient pour ob-

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