S8 SOUVENIRS
« le crime. Elle s'était engagée à reme^re entre nos ff msins notre Roi et son auguste sœur, et notre « Roi expire dans sa prison. Nous ne vous dirons « pas que les hommes qui ont assassiné Louis XVI » aient attenté aux jours de Louis XVII ; nous n'a- » Tons aucunes preuves Certaines pour l'annoncer; ■H mais il est bien difBcile de ne le pas croire» lors- « qu'on voit cet auguste et malheureux enfant périr « le 8 de ce mois, tandis que le 4 on avait » promis à M. Chatellier qu'on allait le transférer u à $aint«-Cloud, et qu'on ne lui avait pas même « laissé soupçonner que le Roi fât attaqué de mau ladie.
« En attendant que la justice divine punisse les « auteurs de tant de forfaits , et qu'elle fasse une « justice éclatante des scélérats qui ont plongé la « France dans cet abîme de malheurs , il est de ff notre intérêt le plus pressant , comme de notre « >devoir , île pourvoir à notre défense et d'em- « ployer tous les moyens dont nous pouvons dis- « foaer pour nous préserver de la rage de ces « hommes pervers ! Braves camarades I nous n'a- « VOBS plus ni p»ix ni trêve à attendre de la Gon- « vention ; il ne nous reste que la victoire ou la « mort. Si nous sommes destinés â succomber, que « notre dernier soupir soit du moins utile é notre « patrie.
Il Celte assemblée va nous imputer , braves ca- « maràdes ! l'infraction d'un traité que nous au- « rions religtettsemeDt observé, si elle eût eu l'in- « tention d'en remplir les conditions. Elle va nous « représenter a la nation française^ à l'Europe en-
fl lière , comiae das hommes perfides v ambitieux , • trompeurs; et, abusant de la facilité avec la- « quelle elle fascine depuis si long^temps les yeux « du peuple, elle égarera de oouYeau Topinion pu* fc blique; mais plus la soi-disant Conventiou mon- « trera de barbarie et de scélératesse, plus nous de- « vons faire éclater notre loyauté. Tous les Français « sont nos concitoyens, nos amis, nos frères. Nous « ne connaissons d'enn^nis que les ennemis de la « patrie. C'est contre eux seuls que nous voulons « diriger notre courage. C'est le bonheur , c'est la « liberté que nous voulons rendre aux Français, a C'est pour les faire jouir de la paix et des aTan- « tages d'un gouvernement paternel, que nous nous e dévouons à toutes les horreurs de la guerre. Loin « de nous, à jamais, loin de nous toute idée d'ambi- « tion, tout sentiment de cruauté ou de haine I Que « la Convention trompe le peuple français sur la « pureté de nos vues et sur le motif qui nous guide, « nous répondrons au peuple français que notre « conduite franche et loyale sera digne de la cause t a laquelle nous nous sommes consacrés^ digne du a Dieu que nous adorons et du Roi très chrétien « que nous servons.
« Les légions de la Convention vont s'avancer « sur nos frontières , braves camarades 1 Ce sont ces « mêmes liions que vous avez û souvent vaincues « et qui viennent combattre malgré elles contre « leurs frères, contre leurs amis. Épargnons au* « tant qu'il dépendra de nous, épai|[nons le sang « français : il n'a déjà que trop coulé, et selon le A caprice des tyrans. Mairchons aux soldats qu'elle
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« envoie contre nous ; marchons â ces frères égarés « avec l'olivier à la main : supplions-les de se rallier « à nous, de sauver avec nous notre patrie infor- « tunée. Ouvrons toujours nos rangs pour les rece- <c voir; partageons avec eux nos subsistances; « couvrons^les des mêmes lauriers qui ombragent « nos têtes; que ces Français, si malheureux d'o- « béir à des tyrans, viennent recevoir dans nos (( embrassemens ce panache éclatant qui fut dans « tous les temps le gage de Thonneur, le signal de n la victoire. Braves camarades! épargnons le (c sang français, c'est le vœu le plus ardent de a notre Roi. Implorons le Dieu de bonté, afin cr qu'il verse sa lumière dans le cœur de tous les « Français; qu'il les ramène sous l'empire de la « raison et de la justice, et que, réunissant ainsi « tous les enfans de cette famille immense, il les « fasse jouir de Tabondance et de la paix.
« A ces causes et considérations, nous déclarons à « la face du ciel et de la terre que nous ne considérons « comme tyrans et ennemis de notre patrie que les (( députés de la soi-disant Convention; que si nous n sommes dans l'affreuse nécessité de repousser les a attaques des soldats que cette assemblée sacrilège «< et usurpatrice enverra dans nos contrées, nous <( ne refuserons jamais de les considérer, de les ait( mer comme nos compatriotes et nos frères; qu'en « opposant une légitime défense à leurs efforts, « nous préviendrons constamment, et par tous les « moyens qui pourront dépendre de nous, l'effusion (( du sang et le pillage des propriétés ; que nous « recevrons avec transport tous les officiers, tous
DE LA MARQUISE DE CHÉQin. 41
K les soldqts qui voudront concourir avec nous au
u rétablissement de la religion, de la royauté, de
« l'ordre; que tous Vendéens ou Chouans qui
t se permettront d'attaquer ou dMnsulter le ci-
u toyen paisible , fût-il d'un autre parti ou d'une
« autre opinion que nous, seront punis suivant
K toute la rigueur des ordonnances militaires;
(1 et que nous ne poserons les armes, que les
CI motifs les plus sacrés ont mises dans nos
« mains, que lorsque la paix sera rendue à notre
ce patrie, ou lorsque le dernier de nous aura péri
« en défendant sa religion et son Roi.
« Comme la soi-disant Convention s'empressera
« de dénaturer nos intentions , de calomnier nos
m sentimens et de nous prêter des vues qui ne fu-
« reut et ne seront jamais les nôtres, nous devons,
« braves camarades , faire connaître solennellement
« à la nation française quels sont nos principes et
« les motifs puissans qui nous inspirent. »
M DÉCLARATION. — Les armées catholiques et royales H de la Ytndée et des Chouans à la Nation française.
« Nous reconnaissons un seul Dieu , Créateur du « ciel et de la terre. Nous voulons vivre et mourir « dans la religion catholique, apostolique et ro- « maine , que nos pères ont professée.
« Nous reconnaissons Louis-Stanislas-Xavier , « fi4)i de France et de Navare, et nous lui jurons M foi, obéissance et Gdélité pour nous et nos enfans.
« Nous avons pris les armes pour défendre nos
« droits , nos propriétés , nos femmes et nos en fans.
« Nous ne poserons les armes que lorsque le gou-
« Ternement monarchique , qui a fait si long-temps
« la prospérité de la nation française ei le bonheur
« de nos familles, nous aura été rendu,
« Nous pardonnerons comme nous pardonnons
(( déjà à tous les Français que la séduction , Tigno-
« rance ou la tyrannie ont contraints de se ranger
« sous les drapeaux sanglans de la Convention.
« Quoiqu'ils obéissent en esclaves aux plus atroces
« de tous les tyrans, et qu'ils viennent porter la
« désolation dans nos contrées , nous ne regarderons
(( jamais ces soldats comme des ennemis, mais
« comme des frères égarés. Nous ferons observer
u avec la plus rigoureuse vigilance , une discipline
« exacte de service dans tous les lieux de notre ar-
« rondissement. Quelles que soient les cruautés
« qu'exercent les satellites de la Convention, notre
« soin le plus constant et le plus empressé sera d^en
« effacer la trace et jusqu'au souvenir, s'il était
« possible , dans tous les lieux où nous pénétre-
« rons.
« Nous n'avons point contracté et nous ne oon-
« tracterons jamais d'alliance avec la nation an-
t glaise , ni avecaucune puissance coalisée , i moins
« que notre Roi Louis XVllI ne conclue un traité
« avec elles. A lors ces puissances seraient nos alliées,
« parce qu'elles seraient les alliées de notre sou-
« verain.
• Nous ne laisserons pénétrer dans le pays occupe
« par nos armées aucunes troupes quelconques des
« paissances coalisées. Nous combattrons leurs solt dats ayec le même courage que nous a?oos cotn-* « battu les soldats de Tallien, de Syeyes et de « Fréron.
« Nous ne reconnaissons point et nous ne reeon^* « naîtrons jamais de Convention ni d'Assemblée « nationale en France, parce que nous ne voulons « point nous rendre complices de tout le sang in- « noœnt répandu par les soi-disant députés du « peuple français, et des brigandages innombrables « exercés par eux jusqu'à ce jour.
c Nous protestons d'avance contre la constitution « ou le gouTcrnement que les soi-disant députés du fc peuple français vont donner à la France* Ces « hommes ne cherchent qu'à perpétuer les malheurs ff des Français, a entretenir leur aveuglement, à se ff préserver des chétimens qu'ils ont mérités, et à « conserver les places et la fortune que le crime et « et lesang leur ont acquises. Ils veulent tenir dans « l'esclavage la nation française; ils veulent jouir « de l'héritage que les jacobins, leurs complices, ff leur ont laissé; et sous les apparences de la li- « berté , et en prononçant le nom de république , ff ils veulent gouverner despotiquement la nation « française.
« Nous ne connaîtrons de pouvoirs et d'autori tés ff légitimes que ceux qui auraient été établis ou re- « connus par notre Roi Louis XVIII, conformée ff ment aux lois constitutives de la monarchie franff çaise.
« La clémence , la bonté du Hoi , nous sont conte nues. C'est d'après les sentimens paternels de son
44 SOUV£MtllS
« cœur que nous déclarons que nulle personne ne u pourra être recherchée ou inquiétée pour sacon* « duite ou pour ses opinions. Le plus bel attribut « de la puissance est le pardon des injures et l'ou- « bii des fautes. Nous remplissons les volontés de « notre Roi en promettant , dans toute l'étendue des « pays qui seront occupés .par nos armées , une « amnistie sans réserve, a toutes les personnes qui « se rangeront sous nos drapeaui. Nous prenons en « même temps rengagement solennel qnMI ne sera t exercé aucune vengeance particulière contre aucun « individu quelconque ; et tout Vendéen ou Chouan « qui se porterait, en esprit de haine ou d'animo- « site , à quelque yiolence , eicès ou reproche, sera « sévèrement puni.
« Nous ne permettrons point la circulation des « assignats dans les contrées occupées par nos ar- « mëes. Nous ne reconnaîtrons jamais c^te mon- « naie que pour une monnaie fausse, dont le gage « prétendu a été établi sur le brigandage , Tassassi- « nat et la proscription.
« Nous ne permettrons jamais dans les contrées « occupées par nos armes , qu'il soit porté la moîn- « dre atteinte aux propriétés de k maison et cou- « ronne de France, propriété inaliénable, et dont « le titre et le droit sont imprescriptibles.
« Nous ne permettrons jamais qu'il soit porté la « moindre atteinte aux propriétés de l'Eglise et du « clergé de France, qui sont le domaine du pauvre, « et dont le produit est nécessaire à l'entretien des « autels et de leurs ministres. Nous ne permettrons « point qu'il soit porté atteinte-aux propriétés dea
« Français fidèles et amis delà patrie, qui ne Pont K quittée que pour combatre la tyrannie des jaco- « bins et de la Conyention.
« Nous nous engageorfs solennelienient à faire « tous les sacrifices qui pourront dépendre de nous te pour consolider la dette de l'État. L'honneur et a la vérité nous engagent également à déclarer â la a nation française que la soi-disant Convention , « travaillant constamment à la tromper sur l'état a des finances, le déficit qui n'était que de 56 mille lions à l'outerture des états-généraux, est porté «c aujourd'hui ^ de l'aveu même de la soi-disant (( Convention, à plus de 800 millions par an. Le K capital de la dette contractée par elle et par les u jacobins, se porte à plus de 20 milliards, et chaque <c jour il augmente dans une progression effrayante.
« La soi-disant Convention ayant formé le projet « de faire la banqueroute, tout en persuadant au « peuple français qu'elle prend les moyens de Té- (( vtler , nous déclarons solennellement à la nation (( française et à tous les anciens créanciers de l'État, <i que nous garantissons sur notre honneur , sur a notre loyauté et sur toutes nos propriétés indivi- « duelles, leurs titres^ créances, droits et actions.
« Nous hypothéquons nos propriétés et celles de (( nos enfans à l'effet de faire tenir envers tous les « créanciers de l'État les engagemens contractés (c envers eux par les Rois de France, Ou en vertu c( de leurs édits , octrois on arrêts de leur conseil , (( et à l'effet de reconnaître et rendre à chacun ce (c qui lui est légitimement dû.
« Nous renonçons solennellement et à perpétuilé| IX. 4
(( pour nou& et pour nos enfans , a toutes exempt u tioos pécuniaires, é tous privilèges et droits quel- « conques qui pourraient nous être dus y et nous (i contribuerons dans l'exacte proportion de nos (( biens et facultés aux besoins et aux charges de a rÉtat ; ne voulant nous réserver que le droit de a soulager la plus pauvre partie du peuple des im- « positions qu'il était dans l'obligation d'acquitter. « Nous combattons pour rétablir le culte catholique (( et la royauté, pour rendre les ministres de Dieu Il a leurs autels, pour remettre tous les Français en (( possession de l'héritage de leurs pères» pour les « faire jouir de la liberté véritable, et du bonheur <( que donne un gouvernement stable et paternel.
a A cet effet , nous invitons les braves soldats « français, nos camarades et nos frères, qui ont si « courageusement repoussé les armées ennemies, a « venir se rallier à nous. Nous invitons les villes, tr bourgs et villages , à ouvrir leurs portes et à re- « connaître leur souverain légitime. Nous invitons ti les magistrats^ les administrateurs et toutes per- « sonnes entre les mains desquelles réside une por- R tion de force et d'autorité, à les employer au ré- (c tablissement de la religion et de l'ordre, et nous « leur accorderons aide , assistance et protection , « pour garantir leurs personnes et leurs propriétés «c contre les perturbateurs de l'ordre public. Nous ce invitons tous les laboureurs, tous les cultivateurs a et tous les artisans, à continuer leurs travaux, et « nous nous engageons à faire respecter leurs hèri- « tages et leurs ateliers.
ce Nous déclarons ennemis et tyrans de la patrie
DE LA MARQCISE DE GRÉQL'Y. 47
« les députés à la Convention, qui ont Toté pour « l'assassinat de Louis XVI , de glorieuse et sainte K mémoire. Nous jurons de Terser jusqu'à la der- « nière goutte de notre sang, ou de ne poser les a armes que lorsque les députés de la soi-disant a Convention auront remis les rênes du gouyerne- « ment entre les mains du souverain légitime que f( Dieu a donné à la France.
« Tels sont les motifs qui ont dirigé les Yen- « déens et les Chouans jusqu'à ce jour; tels sont « les principes qu'ils ne cesseront jamais de pro* « fesser. Braves camarades I il ne nous reste plus « qu'à invoquer le Dieu des combats, à lui de- « mander qu'il nous donne la force de venger ceux « de nos frères qui ont été si traîtreusement ou- « tragés et arrêtés; à lui demander qu'il répande sa M sainte bénédiction sur nos drapeaux, et qu'il con- « serve les jours de notre Roi et ceux de sa famille. « Jurons tous de répandre jusqu'à la dernière u goutte de notre sang , pour rétablir en France N la religion , la royauté et l'ordre public.
« Fait au quartier-général de IJarmée de Chace rette, et publié au quartier-général des armées de « Stofflet, Sapinaud et Scepcjiux , le 22 juin 1795, « an 1*' du règne de Louis XVI 11. Signé Cha- « BETTE, Stofflet, Scepeaux, Sapinald, Guillard, « Cadt , etc. Suivent plusieurs pages de signatures • des principaux officiers des armées catholiques et Il royales des Vendéens et des Chouans.
« Certifié; signé Gilbert, « secrUairer-général, »