‹ Souvenirs de la princesse de Tarente 1789-1792Chapitre 20 sur 31 · DelPoitou · texte numérisé non relu

DelPoitou

182 (1793-1796) lettres

conduite pour moi, pour que je n*aie pas un véritable regret d*aYoir été si bonne.

Adieu, obère amie ; pensez donc quelquefois à celle qui vous aime tendrement.

A BIADAME LA PRINCESSE DE TALMOND

Wideville, ce 1* septembre 1797.

Précieux moment, ma obère Talmond, puisqu'il est employé à vous dire, à vous répéter, à vous assurer, à vous demander, à vous conjurer, à vous supplier de croire aux battements sentimentalement fhitemels d'un cœur qui est tout sœur pour vous, obère Talmond...

Quelle folie ! En voilà assez, je suis au bout de cette lubie, pardonnez-la à un reste de gaieté. Votre idée, plus que celle de tout autre, peut facilement en rallumer une obscure étincelle, si je m'y laisse aller ; la voilà éteinte.

Moquez-vous de moi, de ma folie ; mais vous me rappelez tant de cboses et un temps où notre plus grand bonbeur, si nous voulons bien le voir ce qu'il était, était une extrême légèreté et une indifférence parfaite sur ce qui était au delà du moment qui nous occupait uniquement ; car, dès lors, si nous y avions pensé, à part la révolution, se préparait pour nous un avenir bien obscur et bien noir, grâce aux lots, aux tristes lots, que le Ciel nous avait départis. Voyez, ma bonne

amie, quel contiUBte ridicule : une page et demie d'une folie qui Ta jusqu'à la bêtise, qui est suivie d'une page et demie qui va jusqu'à la raison la plus raisonnable. Adieu...

Londres, le 15 novembre 1797.

Je suis heureuse de vous voir sortir de votre inaction et de tâcher d'attacher votre existence à quelque chose d'honorable. J'espère que vous me rendrez cette justice, que j'ai toujours été plus fâchée contre vos actions, qui, à mon sens, n'étaient pas bonnes, que contre votre cœur dont vous ne vous permettiez pas d'écouter les remords. Tout cela est passé, votre propre intérêt vous a éclairé, et pour moi, je jouis de tout mon cœur de tout le bonheur que vous avez maintenant, et si je pouvais contribuer à l'augmenter, je retrouveiteis un peu de tranquillité ; car je me trouve bien isolée et bien ennuyée d'être sans cesse loin de tous ceux auxquels je tiens. Je reçois de temps en temps des nouvelles de maman, qui sont une grande consolation pour moi. Elle est aussi bien isolée et aurait bien besoin de revoir auprès d'elle ses enfants ; mais vivre sous la république, c'est un terrible parti à prendre ; vivre à Paris, où tout ce que j'ai aimé a été si indignement massacré ; enfin, je ne sais que penser, mais je ne syis pas contente, malgré que ma position ici soit toujours la même, et que mademoiselle Faguani dont vous ne voulez jamais me

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parier, soit toujours aussi aimable pour moi ; que j'y ai de bons amis, que je regarde comme père et mère, enfin, que j'y suis aussi bien qu'on peut être dans la circonstance malbeureuse où se trouvent tous mes compatriotes. Pardon de vous parler tant de moi, tandis que je ne devrais que vous parler de vous, de votre position, qui, je crois, était bien différente de ce que vous la croyiez, au moment où vous m'écriviez ; car, si nous en croyons les papiers de France, la paix est faite avec votre pays s et Tétait déjà alors. Je n'ose faire aucunes questions à mes amis' ; je connais trop leur manière de penser pour n'être pas sûre qu'ils sont au désespoir de l'extrémité où a été réduite leur cour par l'évacuation de la Corse qu'a nécessitée la paix, si elle est réellement faite ; car j'en doute encore, en vérité, d'après ce que je leur ai entendu dire des dispositions de la cour au commencement d'octobre. Cette indécision est permise. Que ferez-vous alors 7 Vos régiments probablement vont retourner à Naples, et vous aussi. Il faudra renoncer aux charmes de Venise, pour aller jouir de ceux de Naples. Je suis convaincue que, ne cherchant qu'à vous amuser, vous trouverez là tout ce qu'il faut, tout comme à Venise. Il ne sera pas sans intérêt pour votre existence, je crois, de vous montrer à Naples un peu ; la Reine est bonne, et je suis sûre qu'elle aura toujours de l'intérêt pour vous et pour moi ; pour moi, elle a la bonté de me savoir gré, et de chercher toutes les opportunités de m'en convaincre *, de ma conduite pour sa sœur. Hélas 1 c'était peu de mérite, quand on avait le bonheur de la connaître et qu'on n'avait pas un cœur insensible. Elle trouve du mérite à avoir risqué ma vie plutôt que de rien dire contre elle. Dieu I si je l'avais fait, j'eusse été bonne à étouffer ; j'aurais eu la bassesse de ressembler à tous ses vils courtisans, qui n'ont aimé d'Elle que les bienfaits, et non la personne.

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