‹ Souvenirs de la princesse de Tarente 1789-1792Chapitre 25 sur 31 · D*UzèB · texte numérisé non relu

D*UzèB

190 (1798-1798) lettrbs

à force de bonne condaite et de sagesse, je parviens à assurer le repos et Texistence de ceux qui sont le tourment de la mienne ; tout sera bien et on m*aura fait plus de bien que si on me Peut fait à moi-même.

Saint-Pétersbourg, le 20 mars 1796.

Je vous ai déjà écrit une fort longue lettre, il y a dix jours, comptant renvoyer par la poste. J*ai appris qu^il y avait moyen de la faire sortir de Russie sans la mettre à la poste, j*en ai profité, et, depuis encore, j^apprends qu'un courrier, passant par Naples en allant à Malte, part dans trois jours ; je garde ma première lettre, et j'y ajoute celle-ci, pour vous parler plus à cœur ouvert, comptant que vous sentirez comme moi, malgré que vous n'y avez pas un intérêt direct, l'obligation d*étre prudent et discret sur ce que je vais vous dire de ma position à cette cour.

J'y ai été appelée de la manière la plus flatteuse *, reçue de la manière la plus distinguée ; j*y suis arrivée le dimanche ; j'ai passé plus d'une heure dans le cabinet de S. M. l'Impératrice, en tiers avec l'Empereur. LL. MM. II. m'ont gardée à la cour ; j'y ai dîné, soupe, jusqu'au jeudi, que je suis revenue

1. Voir ci-dessous, p. 19&, les lettres de l'Empereur et de l'Impé* ratrice de Russie.

DE LA PRINGBSSB DE TARENTB 191

en ville à leur suitei après avoir reçu la petite croix de Tordre de Sainte-Catherine, et, deux jours après, le portrait de S. M. rimpératrice, qui est la marque des Dames d*honneur et donne le premier rang à la cour de Russie. Arrivée en ville, j*ai soupe au palais avec LL. MM. IL, et le lendemain, j*ai revu LL. MM. C'était le vendredi. Llmpératrice m*a encore parlé, mais FEmpereur ne m*a pas dit un seul mot ; je n*ai pas suivi la cour à son autre campagne. Une fête, où toutes les dames d*honneur étaient mandées, a eu lieu, quatre jours après ; j'ai écrit à rimpératrice avant de m*y rendre ; j'étais vraiment peinée dans le fond du cœur.

J'avais attribué toute cette réception à mes liens avec la Reine <, et j'étais très fière d'être le moyen qu'un hommage lui soit rendu publiquement et, pour perdre cette idée, il a fallu

un long effort et dont mon pauvre cœur a bien souffert ; il a fallu, enfin, la perdre, cette idée consolante, et voir que je n'étais que le seul motif de cet engouement, que cinq jour$^ pa$ plu$^ ont détruit. L'Impératrice ne m'a pas répondu, m'a très mal traitée à la fête, m'a parlé une petite fois pour la forme, et voilà tout. L'Empereur a affecté de me passer, de me regarder mille fois, sans me dire un seul mot, tandis que, la semaine d'avant, il n'y en avait que pour moi. Je suis re* partie pour la ville, et depuis ce jour, 15 d'août (j'étais arrivée à Pétershoff, où était la cour alors, le 29 juillet) jusqu'au 15 novembre qu'elle est venue en ville, je n'ai eu de ses nouvelles que parce que mon beau-frère, qui était venu avec moi, ayant pris le parti de s'en aller en Angleterre, j'ai saisi ce prétexte pour rappeler que l'ordre de me rendre en Russie était commun à la famille d'Uzès et à moi, et que je suppliais LL. MM. IL d'avoir quelques égards à la position malheureuse où elle se trouvait. LL. MM. ont accédé à ma demande, et ce moment a décidé de mon sort à venir. LL. MM. m'ont fait chacune une pension dont le total général est de 450 louis ;

Page 1