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ébranler par la moindre complaisance ; je lui dis que j'étais aussi décidée qu'elle, et, après avoir tenté quelques autres moyens de lui arracher une parole qui pût me paraître personnelle à elle, je la quittai, plus convaincue que jamais que je ne devais pas lui obéir. Elle eut Tair de souffrir autant de ma décision que de n'en pouvoir pas dire davantage; mais, tous mes stratagèmes ayant manqué, je marquai clairement que j'étais plus affermie que jamais. Je vis qu'elle avait ft parler à madame de Tourzel ; je m'éloignai pour lui laisser toute liberté. Ceci aurait dû encore me donner ft penser, mais dans cet instant, rien ne pouvait l'emporter sur mes propres idées. Enfin, raisonnant en moi-même sur l'envie qu'elle avait que je m'en allasse au moins à la campagne et que je revinsse près d'elle peu après, je lui demandai la permission de changer ma semaine de service avec une de mes compagnes et d'aller passer la semaine prochaine, qui était celle de mon service, à la campagne. Elle accepta cette proposition avec une joie si remplie d'amitié pour moi et m'en donna des preuves si touchantes que je ne me suis jamais sentie plus obligée à elle que dans ce moment. Elle me dit mille adieux, m'appela des noms les plus tendres, m'embrassant à différentes fois et me convainquit que mon devoir était de rester auprès d'elle. Nous nous séparâmes, j'arrangeai mon petit voyage et en partant je vins prier madame de Tourzel de parler ft ma compagne. Son extrême indifférence sur ce qui m'occupait beaucoup, puisqu'il s'agissait de ne pas perdre mon service, me parut presque déso-
bligeante. Enfin, iifallutmecontenteretsij'avaispume laisser persuader, tout ce que je voyais devait m'engager d'aller en Flandre, attendre les événements. Je partis pour aller à quinze lieues de Paris, le samedi 18 juin, et nous apprîmes, le mardi 21, à neuf heures du soir, que le Roi et sa famille avaient quitté les Tuileries la veille, dans la nuit, et que TÂssemblée n'avait aucune idée de la route qu'ils suivaient. Enfin, Paris, après avoir souffert tous les tourments d'une coupable qui se voit au moment d'être jugée par un mattre offensé, l'abattement et la crainte étant répandus sur tous les visages et l'Assemblée commençant à penser aux moyens de faire la paix avec le Roi, M. de La Fayette vint annoncer qu'un de ses courriers avait arrêté le Roi dans un village appelé Varennes ; l'Assemblée se conduisit avec beaucoup de modération et le peuple reprit son ton d'insolence accoutumée ; il triomphait : les chaînes de son Roi allaient être plus pesantes que jamais.
En apprenant la nouvelle du départ, je crus mourir de chagrin ; je me vis séparée pour la vie ; mille projets roulèrent dans ma tête ; je ne pus m'arrêter à aucun, il fallut subir ma triste destinée ; je ne pouvais m'en prendre qu'à moi. Â tous les sentiments de mon cœur se joignait la reconnaissance. Elle s'était donnée tant de peine pour me conserver auprès d'elle ! Enfin, la nouvelle du retour du Roi à Paris gagna notre paisible retraite, et alors je ne songeai plus qu'à regagner la ville. Mais je reçus ordre de ma mère de rester où j'étais. Le dimanche 26 juin, dans
la soirée, madame la duchesse de Maillé m'envoya un courrier pour me dire que le Roi était arrivé la veille, que la Reine avait vu madame d'Ossun, qu'elle-même devait y aller le soir, qu'elle me conseillait de partir tout de suite, de descendre chez elle et que j'y trouverais tout ce qui était nécessaire pour aller aux Tuileries. Je partis dans la matinée du lundi 27, fort tard, ayant attendu un passeport delà municipalité de Clermont ; je descendis, ainsi que la duchesse de Duras, qui avait fait le voyage avec moi, chez madame de Maillé. Elle me dit que, M. de La Fayette s'étant rendu plus difficile, elle n'avait pas pu approcher des Tuileries, comme elle me l'avait mandé. J'eus le chagrin de devoir renoncer au triste bonheur d'aller, le même Jour, chez la Reine, qui était plus captive que jamais. Je commençais à bénir mon entêtement qui me réunissait à elle. J'étais dans cette inquiétude inséparable d'un grand intérêt, ignorant les facilités qu'on nous laisserait pour lui faire notre cour régulièrement, ce qui était le souhait de mon cœur. J'allais renoncer à approcher des Tuileries, lorsque la plus favorable circonstance me fit espérer et me donna bientôt la certitude de me retrouver auprès de la Reine. J'ai dit que j'avais demandé à une autre dame de prendre ma semaine, pour qu'à mon retour, elle me cédât la sienne. Vis-à-vis d'elle je craignais d'avoir l'air de m'être sauvée de Paris à ses dépens. Effectivement, elle avait été arrêtée et menée à une section, traitement qui ne tenait en rien à ce qui avait rapport à elle et à moi, mais le sachant et pas le motif, je me
persuadais que sa complaisance pour moi pouvait l'avoir rendue remarquable, si la Reine avait été vue pour la dernière fois avec elle ; je courus chez madame de la Roche-Aymon, j*y rencontrai madame de Duras ; elles étaient inquiètes d'un moyen d'arriver aux Tuileries; nous essayâmes d'envoyer de la part de madame de Duras demander à M. de Gouvion, qui commandait sous M. de La Fayette, la permission d'entrer aux Tuileries. Il fit répondre que oui.
Nous nous mtmes en chemin ; nous trouvâmes la porte fermée, excepté une très petite ouverture qui était fixée avec un crochet et qui ne laissait passer qu'une seule personne. Ayant passé outre cette porte, je fus, moi et mes compagnes, arrêtée jusqu'à ce que l'homme qui nous avait amenées fût reconnu pour celui auquel M. de Gouvion avait donné la permission de passer les bornes de la prison. Ainsi, je restai debout au soleil et dans la cour, au milieu de la nombreuse garde qui ne nous perdait pas un moment de vue. Madame de Tourzel était arrêtée dans l'appartement de son malheureux petit Prince, ne pouvant parler à personne. Huit jours avant le départ du Roi, elle avait été fort malade; j'en étais en peine, sans connaître aucun moyen de le lui faire savoir ni d'avoir de ses nouvelles. Je vis venir à la porte une personne qui avait traversé la cour et que je croyais être à elle. Dès que j'en fus assurée, oubliant que j'étais à peu près prisonnière, je sortis de ma place pour aller à elle. Vingt gardes nationales, croyant que j'allais m'échapper, m'enfuir au château,
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je ne sais quoi encore, arrivèrent après moi et me traînèrent à ma première place, avec toutes les mar^ ques du mécontentement et de Thumeur. J'étais bien portée à en prendre moi-même, mais cet intérêt qui occupait si vivement mon cœur réprimait tous les mouvements que Tinsolence des geôliers pouvait exciter. Cet homme ne revenait pas, mon impatience allait croissant, quand j*aperçus un des gens de la Reine. J'attendis qu'il vînt auprès de moi, pour ne pas exciter une nouvelle alarme parmi les fidèles satellites de la Constitution. Combien je fis de questions à cet homme ! Je ne saurais dire, mais la plus intéressante ne fut pas oubliée : — c La Reine voudra-trcUe nous voir ? — Pouvez-vous aller le lui demander t » — Il dit que oui et, peu après, il revint annoncer que la Reine nous recevrait avec plaisir, si nous étions munies de la permission d'entrer aux Tuileries.
— Nous l'avions sans l'avoir, et je souffrais le martyre de tous ces retards, de tout ce que je voyais qu'on faisait souffrir à celle qui ne méritait que des hommages. Enfin, un petit homme, de très déplaisante et mauvaise mine, se présenta à nous ; il portait un uniforme national et dit qu'il était commandé par M. de Gouvion pour nous conduire à l'appartement de la Reine. Malgré le supplice d'être obligée de me laisser conduire là où je me sentais le droit d'aller seule, le bonheur d'y arriver me consolait des épreuves désagréables qu'il avait fallu subir. Après avoir traversé la cour, le guide ne savait plus où il
devait aller. On chercha de lui persuader que la Reine demeurait au rez-de-chaussée ; il voulut monter, et à la porte de l'appartement» il fut très étonné d'apprendre que c'était celui de M. le Dauphin. Il fallut redescendre ; en dehors de la porte de la Reine, nous trouvâmes deux sentinelles de la garde nationale, l'un soldé et Tautre bourgeois. Notre conducteur, dont la mine n'était pas imposante, fut si maltraité par eux que je crus que nous serions obligés de renoncer à voir la Reine ce jour-là. Le bourgeois était un petit entêté, qui ne voulait pas reconnaître notre guide pour un officier ; enfin, le soldé, qui avait été gardefrançaise, le fit taire avec mépris et nous entrâmes dans la prison de la Reine de France.
Des officiers de la garde remplissaient la chambre qui précédait celle qu'elle habitait, la plus grande partie du jour. Tout représentait la gêne dont on entourait cette malheureuse Princesse ; rien ne la séparait de ses gardes, les portes devaient rester ouvertes. Plus j'approchais d'elle et plus mon cœur prenait la teinte des tristes lieux où elle demeurait. Dans cette disposition, étant prête d'étouffer et ne pouvant me soulager par mes larmes, auxquelles je ne permettais pas de couler, un oflicier, à qui on avait dit que des dames étaient dans l'antichambre, sortit pour leur parler. Il me reconnut tout de suite et, avec l'air de la satisfaction, il me dit : c Ah! oui, la Reine sera bien aise de voir madame de Tarente. » La vue d'un homme que je connaissais pour un. homme d'honneur et qui lui était dévoué, me fit une
telle impression que toute ma sagesse m'abandonna et mes larmes devinrent une espèce de soulagement à ma douleur. Cet homme, M. Coleau, ajouta : « Je vais dire à la Reine que vous êtes là. » — Pendant son absence» une des femmes de la Reine (madame Auguié) sortit et» me trouvant le plus près de la porte, me dit bien bas dans l'oreille, avec un accent si touchant qu'il me donna bonne opinion d'elle : c Madame, la Reine vous fait dire que tel plaisir qu'elle aurait à vous revoir, si vous n'avez pas une permission de M. de La Fayette, elle ne peut risquer de vous permettre d'entrer chez elle. » Il m'est impossible de dire quel fut le sentiment qui me maîtrisa le plus. A la porte de la Reine, il était devenu nécessaire pour ses dames d'avoir un ordre de M. de La Fayette pour qu'elle fût ouverte. Ayant à peine la faculté de parler, je lui dis que nous l'avions et que je mourais d'envie de voir Sa Majesté. Madame de Duras voulait m'empécher de pleurer ; je ne pouvais surmonter la douleur qui m'oppressait, et plus elle me tourmentait, plus mes larmes coulaient. Enfin, un garçon de la chambre (M. Terrase), témoin de mes combats et de ma faiblesse, s'approcha de moi et me supplia de me calmer, en considération de la Reine, c Votre état serait trop pénible, elle ne pourrait le supporter ; il faut la ménager et ne pas lui laisser voir tant de chagrin. Son courage est aussi surprenant que le traitement qu'elle éprouve. » Enfin, cet homme me remit la tête, que j'avais entièrement perdue, et je suivis M. Coleau dans la chambre de la Reine, avec des
yeux entièrement secs, mais avec des jambes si tremblantes que je crus dix fois que je ne pourrais arriver à elle.
Elle était debout au milieu de la chambre quand j'y entrai. Sa contenance n'était altérée en rien et, en revoyant des personnes toutes à elles» son visage reprit son agrément ordinaire. Elle marcha vers nous avec empressement et nous embrassa toutes les trois» avec une affection qui pensa détruire toutes mes belles résolutions. Je m'étais dit que je verrais avec un air tranquille les insultes dont M. de La Fayette se rendait coupable envers Leurs Majestés. Il avait de sa propre autorité altéré totalement le décret de l'Assemblée qui avait ordonné une garde d'honneur pour le Roi» la Reine et leur fils» et non de transformer leur appartement intérieur en une véritable prison» puisque la Reine avait un soldat à la porte de sa chambre à coucher qui donnait surTescalier par lequel elle allait chez le Roi ou chez M. le Dauphin. Elle ne pouvait plus monter cet escalier sans être suivie de quatre officiers. La bonté delà Reine fut sentie vivement par moi» mais l'impression n'en fut pas visible» ce fut mon cœur qui se chargea de la reconnaissance. L'officier qui nous avait introduites voulut se retirer, c Monsieur Coleau, lui dit-elle» je vous prie de rester ici tant que ces dames y sont. Je vous demande pardon de l'exiger» mais c'est aussi nécessaire pour vous que pour moi. » Et» reprenant la conversation avec nous» elle dit à madame de Duras : a Je n'ai pas d'excuse à vous faire de vous
revoir sitôt, vous savez que je vous ai demandé avec instance de quitter Paris pour aller trouver votre famille à la campagne, afin de vous éviter le moment de notre départ. — Pour vous, madame de La Roche- Aymon, je ne peux pas vous dire combien j*ai souffert d'être obligée de vous laisser à Paris ; je n*avais aucun moyen de vous engager à le quitter et le secret n'était pas le mien ; » puis, se retournant vers moi, qui étais assise tout près d'elle sur une petite chaise : < Pour vous, ma Princesse, vous savez si je vous dois des excuses. Si vous aviez voulu m'entendre, vous ne seriez pas ici aujourd'hui. » — Alors elle parla avec une liberté d'esprit, une sorte de gaieté, d'un interrogatoire que l'Assemblée lui avait fait subir et que, par un reste de pudeur, on appelait Déclaration de la Reine. Enfin, cette première entrevue que j'avais recherchée, souhaitée et crainte également par l'état où j'avais cru trouver la Reine, devint beaucoup moins pénible, à cause de l'agrément que sa personne répandait toujours où elle était et de l'extrême pouvoir qu'elle avait sur elle-même, qui la rendait sans cesse supérieure aux coups redoublés de la mauvaise fortune. Au bout d'une demi-heure, elle nous congédia en disant à ces dames qu'elle espérait les revoir bientôt, et elle s'éloignait, lorsqu'elle eut Tair d'avoir un ressouvenir en jetant les yeux sur moi. Je vis parfaitement son aimable mouvement et, se rapprochant de ces dames : c Je ne veux pas me séparer de vous sans vous embrasser encore une fois et vous remercier. » Elle nous embrassa de nouveau, en me
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faisant voir que j'étais le motif de cette nouvelle obligeance. Nous sortîmes plus facilement que nous n'étions entrées.
La Reine continua de voir tous les jours à volonté les dames de sa maison. M. de La Fayette se prêta avec peine à leur en faciliter les moyens. Pendant bien du temps il fallait se faire inscrire chez le commandant du château pour y être admis et c'était très difficile. Enfin» après une semaine ou deux, M. de La Fayette se détermina de nous donner des cartes, qu'il ne voulut pas signer, parce que, comme je l'ai dit plus haut, il avait beaucoup dépassé les ordres de l'Assemblée. Ces cartes étaient de difiTérentes couleurs. Chaque prince avait la sienne, et elles étaient signées de la principale personne de la maison et du chef de garde qui répondait d'eux à M. de La Fayette. Celui-ci poussa la persécution et l'insolence jusqu'à mettre des sentinelles dans l'intérieur de l'appartement du Roi et de la Reine et jusqu'à faire fermer, sous prétexte de la prison de madame de Tourzel, la porte qui faisait la communication de Tappartement de la Reine avec celui de son fils, de manière que, si l'officier qui répondait de la personne de madame de Tourzel ne l'eût pas voulu, la Reine n'aurait pas pu entrer chez son fils. J'ai vu bien des fois, en allant attendre la Reine pour la suivre à la messe et me rendant chez M. le Dauphin qui était le rendez-vous, je l'ai vue attendre que le garde de madame de Tourzel, qui avait été averti de son arrivée par un coup donné dans la porte par un des officiers qui disait en même
temps ces mots : « La Reine, » je l'ai vue» dis-je» attendre que cet homme eût trouvé la clef de cette porte pour la lui ouvrir. Alors elle entrait, accompagnée de quatre officiers, qui venaient avec elle de rintérieur de son appartement. Elle se rendait chez le Roi. Leurs Majestés passaient dans une galerie où un des aumôniers du Roi disait la messe sur un autel préparé dans une chambre. Cette messe était la plus pénible du monde. Rarement je Tai entendue de sang-froid. 11 me paraissait qu'aux pieds des autels, je sentais plus profondément le malheur de Leurs Majestés, et cet appareil inutile d'esclavage dans l'intérieur même de leur appartement était le cachet de l'insupportable orgueil de leur oppresseur qui ne voulait et ne souhaitait que de leur faire des outrages, dans le dessein de les rendre de plus en plus méprisables au peuple et se rendre lui-même plus puissant en assurant sa popularité. Au retour de la messe, la Reine restait quelques moments chez son fils, entourée de ses gardes, qui parlaient aussi familièrement avec elle que s'ils eussent été entre eux. Le premier jour que je vins à la messe, je trouvai M. le Dauphin dans son salon jouant à la boule avec ses officiers. Je ne savais si je pouvais ou non m'en approcher. Je me contentai donc de le regarder tristement et de loin, me réjouissant de ce que son enfance le sauvait du malheur de connaître sa position. Je m'éloignai et dans une chambre voisine je trouvai madame de Tourzel que je n'avais pas vue encore; je courus à elle, mais celte sagesse', celte
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prudence qui ne la quitte jamais, et la rend si sûre d elle-même, m'arrêta dans Tinstant. Elle me flt voir que je ne devais lui parler que de loin et très haut. Effectivement, depuis peut-être huit jours qu'elle était arrêtée dans la chambre de "M. le Dauphin, personne que son garde ne lui avait parlé. A peine la Reine osaitrelle lui demander de ses nouvelles, les premiers jours de sa détention. Le jeune Prince passait devant elle sans qu'il lui fût permis de lui dire bonjour. Mesdames les sous-gouvernantes n'approchaient pas d'elle et elle ne venait entendre la messe que bien à l'écart et loin de tout le monde, son garde tout près d'elle. Il ne la quittait jamais ni le jour ni la nuit. La chambre de M. le Dauphin communiquait à la sienne. La nuit, toutes les portes étaient ouvertes, deux ou trois officiers étaient dans la chambre de l'enfant et, parmi ces messieurs, il y en avait de si malintentionnés qu'un d'eux, honnête bourgeois, nommé Piquet, me dit, une fois, en me montrant un de ses compagnons de garde, nommé l'Huillier : <t Cette nuit, je veillerai assis sur une chaise à côté du lit, ma main sur mon pistolet, et s'il fait la moindre mine, il passera mal son temps. » — L'intention était excellente, mais ce qui en pouvait résulter me fit horreur. Le malheureux petit Prince se trouvait livré aux mains de ses gardes ; personne n'osait leur résister. Voulant s'amuser dans le jardin où ils le menaient promener, une ou deux fois par jour, ils inventèrent le jeu de l'arrestation ; c'était l'imitation de l'horrible outrage fait au Roi à Varennes. On n'osait rien dire
elle jeu dura quelques jours. Enfin, M. Hue, honnête homme et huissier du Roi, demanda en grâce et obtint qu*on y renoncerait.