SEPTEMBRE
Quand la forme de l'acceptation de la Constitution fut arrêtée et qu'il fut décidé que la Reine, à qui le nouveau gouvernement ne donnait aucun rang et point de place dans la salle, se rendrait dans une loge avec ses enfants, pour que son fils fût témoin du serment du Roi, elle fit avertir, le même matin, une de ses dames pour la suivre, en lui commajidant de me mander qu'elle n'avait pas besoin de moi, ce jour-là. Etant de semaine et persuadée qu'elle ne voulait que moi auprès d'elle, j'étais déjà occupée de me rendre aux Tuileries, lorsque je reçus le message. Il me pénétra de chagrin ; je crus apercevoir qu'elle doutait de moi, et qu'elle ne me croyait pas capable de vaincre mes sentimens intérieurs, même quand j'étais soutenue par le premier de mes intérêts, son service. Inclinée à lui désobéir, je me décidai à me rendre chez elle. Cependant, elle Tavait défendu. Je n'en eus pas le courage, et telle envie que j'eusse de partager avec elle les pénibles sensations que la vue des
destructeurs du trône devait faire éprouver à cette âme vraiment grande» il fallut malgré moi me soumettre, déplorant qu'elle m*eût éloignée, le jour que je me persuadais qu'elle me souhaitait auprès d'elle. Sans autre réflexion, je lui écrivis tout de suite et je lui peignis trop sincèrement tout ce que j'éprouvais ; j'étais profondément blessée et je souffrais l'impossible. Ma lettre fut trop vive, et à tous égards déplacée. J'attendais une réponse ; elle n'en flt pas ; je fus plus fâchée, bien plus fâchée; car je me trouvais maltraitée. La seule excuse dont j'oserai me servir est mon sentiment pour elle, dont ses malheurs avaient fait une vraie passion, et qui me fît exagérer ce qui arrivait et voir de l'injustice où il y avait de la boqté. Sans penser à ce qu'elle devait souffrir dans ce jour affreux,'je devins indiscrète jusqu'au point de l'occu-^ per de moi et méconnus parfaitement le motif de mon éloignement. Je ne pus taire un chagrin qui m'oppressait trop, et madame de Tourzel à qui j'en parlai me dit: a Vous la jugez bien mal I Oh! Dieu! vous la jugez bien mal! Elle voulait vous épai^ner un spectacle pénible ; elle m'a consultée et je l'ai encouragée dans son idée bienfaisante. » J'écoutais avec une sorte de plaisir, mais je ne pouvais arranger dans ma tête et bien moins dans mon cœur que je dusse lui être obligée de ce soin qui m'avait privée de la jouissance de lui faire un sacrifice. N'était-ce pas odieux de l'entendre, ce serment, et rien que le bonheur de remplir tous mes devoirs vis-à-vis d'elle pouvait me le faire souhaiter. N'était-ce pas la plus
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grande peine pour elle que de voir, d'entendre le Roi jurer sa destruclion, et n*estrce pas le sentiment, le besoin d'une âme aimante que de chercher le soulagement à ses malheurs, en partageant les maux qu'éprouve ce qu'elle aime? Je disais à madame de Tourzel : c Quelle plus touchante preuve de mon attachement pouvais-je lui donner et de vouloir et de souhaiter de l'accompagner à l'Assemblée ? Je ne pensais pas à moi, je ne pensais qu'à elle ; c'est alors qu'elle m'éloigne! » J'étais si malheureuse que je finis par le persuader assez à madame de Tourzel, pour que son bon cœur trouvât que j'avais besoin d'autres consolations que des siennes ; elle m'engagea donc à sortir avec elle et, après son dtner, quand elle fut chez la Reine chercher M . le Dauphin pour le mener ^hez lui où j'étais allée l'attendre, elle engagea la Reine, dont l'inclination naturelle la portait toujours vers ce qui est bon et sensible, de monter chez son fils pour me voir. Elle y vint bientôt après et, s'approchant de moi avec empressement : k Je viens vous dire, ma Princesse, que je suis malheureuse de vous avoir affligée. Vous me pardonnerez ; vous savez que je vous aime, que je compte sur vous- • Et, m'embrassant, elle ajouta : < N'est-ce pas ? vous me pardonnez? » — Sans me donner le temps de lui répondre, elle me quitta, me laissant heureuse. Un seul mot d'elle eût détruit l'impression de mon chagrin, si la réparation ne m'en eût rendu le souvenir cher. — Dans ces moments d'effervescence et de trouble, si on était particulièrement attaché b Leurs Majestés, il fal-
lait souffrir. Un spectacle pénible s'offrait ; il était bientôt suivi d'un autre qui le surpassait.
Sous le prétexte de la fête du jour et de la joie qu'inspirait au peuple l'acceptation de la Constitution» le jardin des Tuileries était rempli de monde qui se promenait. Une foule immense se réunit et s'arrêta sur la terrasse au-dessous des fenêtres de M. le Dauphin, et paraissait souhaiter de le voir ; la Reine s'y montra» son fils aussi. Ils furent accueillis aux cris de : Vive la Constitution ! Je ne pus supporter qu'elle consacrât par sa présence les hommages que le peuple rendait à sa nouvelle idole, hommages qu'elle méritait seule à tant de titres. On entendit quelques voix faibles et tremblantes prononcer : c< Vive la Reine ! Vive le Prince Royal ! » d'autres : < Vive M. le Dauphin ! » La contenance de la Reine fut toujours également majestueuse et calme ; elle paraissait plutôt contente qu'abattue. La fermeté de son âme était l'égide contre laquelle venaient se briser les traits envenimés de ses ennemis. Pour moi, que rien ne retenait alors auprès d'elle, plus faible et par conséquent moins courageuse, je me retirai au fond de la chambre, renfermant dans mon triste cœur toute la douleur dont il était accablé; ce n'était pas le Roi que le peuple aimait et bénissait, son indifférence pour sa personne était entière ; c'était l'homme qui, venant de signer volontairement, en apparence, l'arrêt de sa perte et celle de ses vrais serviteurs, avait accepté une constitution qui menait droit à l'anarchie et à tous les maux destructifs qui en sont les suites.
Le dernier jour de l'année 1791, me trouvant à côté de la Reine, je lui demandais d'agréer mes vœux, d La fin de la dernière année, me dit-elle, fut bien différente : j'avais de grandes espérances ; cette année, je n'aperçois que des malheurs et point de moyen de les éviter. » Elle me quitta brusquement, me laissant aussi frappée de son courage que pénétrée du plus amer chagrin.
Depuis son arrivée à Paris, elle se promenait souvent en voiture dans la ville et, quand il faisait beau, elle descendait dans les jardins appartenant à des particuliers.
Un jour qu'elle était à Madrid, elle parla des horribles inquiétudes que lui donnaient tous les jours une quantité de lettres anonymes. Le détail de ces lettres^ joint à l'histoire d'un coup de feu qu'elle avait entendu tirer comme dans sa fenêtre, — elle logeait au rez-de-chaussée sur la terrasse, — me pénétrèrent d'un si profond chagrin que je me retirai, ayant toujours eu pour principe de ne pas l'affaiblir en lui laissant voir combien l'idée de ses dangers rendait ceux qui étaient restés ses amis, craintifs et faibles. Je la quittai donc, et sans contrainte je me laissai
aller au mouvement de mon cœur, lorsque je me sentis arrêter par le bras. C'était elle, toujours bonne, qui venait sécher la plaie qu'elle avait ouverte. Me prenant dans ses bras : c Ne pleurez pas, me dit-elle ; votre Roi vous sera conservé ; c'est moi seule qui suis menacée. »
Le hasard m'avait fait savoir l'existence et des nouvelles des dames sous le nom desquelles était le passeport du Roi, le jour qu'il partit pour Varennes. J'avais envie de le dire à la Reine, parce que je savais qu'elle les aimait et s'y intéressait ; lui procurer ce plaisir était un grand attrait, mais, ne les lui ayant jamais entendu nommer, je ne savais si elle ne désirait pas qu'on crût toujours que c'étaient des noms supposés. Enfin, enhardie par l'espoir de soulager l'inquiétude qu'on m'assura qu'elle avait toujours du voyage de ces dames, je me hasardai de dire un mot. Je ne fus pas comprise, on m'ordonna de parler plus clairement ; j'obéis, et, regardant son visage, souvent obscurci par le chagrin, avec l'espérance d'y revoir son expression naturelle, je le vis couvert de larmes. Je ne puis dire de quel poids elles oppressèrent mon cœur. Je m'accusais, je me détestais, je demandais un pardon, mille pardons, qui étaient dus à mon repentir, c Moi, lui disais-je, augmenter les chagrins, les malheurs de Votre Majesté ! » — Elle voulait me rassurer, me dire que je lui avais fait un grand plaisir. Pouvais-je le croire ? Elle pleurait toujours ; ses larmes, dont j'aurais voulu racheter une seule de mon existence, coulaient encore ; enfin, ayant calmé
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les premiers mouvements de cette forte impression, elle me demanda tous les détails que je savais sur les personnes qu'elle nommait les meilleures du monde. € Vous les aimeriez, me disaitrelle, si vous saviez combien elles m*ont donné de marques d*amitié. » C'étaient madame de Korff et madame Singlemann, sa mère. Le Roi se servit du passeport de madame de Korff. Elle fut tout à fait bien, quand j*eus promis de lui apporter la lettre d'après laquelle je lui avais parlé. Le lendemain, je revins chez elle, et, entrant dans sa chambre, je l'entendis me dire d'aussi loin qu'elle m'apergut, avec cet air de bonté qui lui était si naturel, mais qu'à tous les moments elle savait rendre plus agréable : c Quel bien vous m'avez fait hier ! — J'avais si mal aux nerfs ! Vous m'avez fait pleurer; cela m'a guérie. »
Quelques mots sur le 20 juin, le 10 août et ma sortie du chateau avec mademoiselle de tourzel.
Je ne puis entreprendre de raconter tous les événements marquants qui ont accompagné cette Révolution ; je puis seulement parler de quelques-uns, dont j'ai été témoin, qui ont amené à l'affreuse catastrophe du 10 août, à la destruction de la Royauté, k
la République et, enfin, à tous les malheurs de Tanarchie. J*y ai pris part de plusieurs manières, comme on le verra avant la fin de ce récit.
La garde que la Constitution avait donnée au Roi était une faible barrière qu'il pouvait opposer aux factieux ; elle pouvait du moins, pour un temps, détourner les coups qu'on voulait porter à la royauté, dans la personne du Roi. On fit tous les efforts pour la séduire; ce n'était pas difficile, la plupart des soldats étaient envoyés des départements etdes troupes de ligne, mais le corps d'officiers était inattaquable ; tout entier à son Roi et à l'honneur, il avait fait au Roi le sacrifice de paraître servir sa Constitution, dans l'espoir de lui être utile ; il était décidé à mourir en le défendant. Le parti républicain, craignant que cette garde, toute faible. qu'elle était, ne s'opposât & ses desseins, la dénonça à l'Assemblée comme aristocrate, et, au mépris de la Constitution qu elle avait jurée, elle fut licenciée le 28 mai.
Le jardin des Tuileries était le rendez-vous du peuple, il insultait aux fenêtres du palais, a  bas la garde du Roi ! » criait-on. Je me souviens qu'un d'eux s'avisa de jeter un chien dans un des bassins ; alors l'attention générale se porta vers le chien et de tous les côtés on courait pour voir cette pauvre bête. On ne pensait plus à la garde, plus au Roi ; le peuple de Paris est trop léger pour être profondément méchant, mais il a toujours les vices de ses chefs. Le Roi, qui n'avait aucun moyen de résister, sanctionna le décret, dans la matinée du lendemain. La troupe sortit du
château et la garde nationale reprit les postes de la garde du Roi. Cet événement, qui devait arriver tôt ou tard, puisque tout prouvait qu'on voulait attaquer le Roi, même dans ses prérogatives constitutionnelles, nous jeta dans la plus grande consternation ; c'était un pas de plus vers la désorganisation totale. Le Roi resta plus que jamais en butte à tout, et sans défenseurs. Il ne pouvait compter sur la garde nationale : elle a justifié l'idée qu'on s'en était faite. Le Roi et la Reine ne sortirent plus du château. La Reine allait de temps en temps passer une ou deux heures dans le jardin avec ses enfants. Elle avait la bonté de m'appeler souvent pour la suivre ; l'inquiétude était continuelle au château ; on parlait toujours de rassemblements, de descente des faubourgs, d'attroupements, et tout paraissait se diriger vers le Roi et n'avoir d'autre but que sa destruction. Enfin, le 20 juin arriva ; la cause royale triompha pour un moment encore, la chute du Roi fut retardée. Dès le matin, on vit le simulacre de défense : le château fut environné de gardes nationales, des régiments de ligne et des Suisses. Les cours du château avaient été fermées, le jardin de même ; la populace l'entoura, enfonça les portes et se répandit partout. La garde nationale augmentait à chaque instant ; il entrait dans le jardin des bataillons entiers, ayant à leur tête leurs pièces de canon.
Avant dix heures, le Carrousel est couvert d'une foule compacte. La gendarmerie nationale borde le château de ce côté. L'intérieur des cours est occupé
par la garde nationale au nombre de plusieurs bataillons ; les Suisses occupent leur cour. Les deux faubourgs, dont la marche est annoncée, se grossissent en route d'une multitude armée qui, sans s'informer de ce qu*on allait demander au Roi, sans rien savoir, sans rien vouloir, insouciante, furieuse et gaie, tout à la fois menace, s*agite et chante. La porte du jardin des Tuileries donnant sur le Pont Royal est ouverte à midi, comme à Tordinaire; on se porte en foule dans le jardin ; la garde nationale, en grand nombre, entre par la même porte et se place sur la terrasse, sous les fenêtres de la Reine. Les troupes de ligne occupent la terrasse du côté de la rivière. La garde nationale roulait à sa suite dix ou douze canons ; le peuple, froid spectateur de ces sinistres préparatifs, ne témoigna d*autre sentiment que celui de la curiosité. Il se précipite en foule dans le jardin ; Tordre est donné de refermer les portes : les badauds du dehors s'accordent avec ceux du dedans et soudain la garde nationale satisfait les uns et les autres en ouvrant les portes du jardin, qui est successivement rempli d*un grand nombre de curieux, qui se portent de tous côtés sans projet. Les autres portes avaient été ouvertes au même instant et de la même manière que celle du Pont Royal. Pendant ce temps, une députation est introduite à l'Assemblée Nationale. Elle annonce que beaucoup de citoyens armés demandent de présenter une pétition, de la déposer sur le bureau et de défiler sous les yeux du Corps législatif. L'Assemblée le permet, cette armée passe au milieu de la
salle pendant plus de sept quarts d'heure. Il était environ deux heures, lorsqu'elle entra dans les Tuileries par la porte des Feuillants et vint passer par la seconde terrasse; (la première était fermée par un double rang de gardes nationales.) Elle défila devant les fenêtres du château, s'arrétant de temps en temps, regardant aux fenêtres et menaçant avec les poings et les armes. Enfin, cette troupe s'écoule par la porte du Pont Royal et, passant par les guichets du Louvre, qui étaient gardés par un bataillon et quatre pièces de canon, va se joindre, sur la place du Carrousel, à Tautre partie de l'armée qui venait par la rue Saint-Nicaise.
La porte Royale, donnant sur la place du Carrousel, était entrouverte ; aussitôt que l'armée des piques paraît, elle est fermée. Cette foule menace de la faire ouvrir en la forçant. Un des chefs, (qui est un nègre connu), et un homme, habillé de l'ancien habit des gardes françaises, font charger le canon, le traînent contre la porte et engagent cette horrible troupe à jurer, sur la lumière du canon, d'entrer dans le château. Tous le jurent ; les haches, les crosses de fusils frappent la porte à coups redoublés : à l'instant les portes s'ouvrent par l'ordre d'un officier municipal. La garde nationale n'avait reçu et ne reçoit aucun ordre de son chef. Elle ne s'oppose à rien ; dans cinq minutes, la cour, l'escalier, les salles de l'appartement du Roi sont remplis de vingt mille hommes, armés de piques, de lames de couteaux, de scies, de croissants, de faulx, de toute espèce de morceaux de
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fer surmontant de longs bâtons ; ils ont traîné leur canon sur Tescalier et jusque dans la salle des Cent Suisses.
Le Roi, la Reine et la famille royale étaient passés dans la chambre de M. de Septeuil, premier valet de chambre du Roi ; ils en sortirent et rentrèrent dans celle du coucher, au moment où la porte Royale fut forcée et ils virent la cour remplie de tout ce monde, qui, peu avant, défllait avec une espèce d*ordre sous les fenêtres du château. Le Roi traversa sa chambre, et alla en avant jusqu'à r(£il-de-Bœuf. Un garde national s'approche, le conjure de ne pas avancer davantage et de lui permettre de rester auprès de lui. Le Roi, touché de ce dévouement généreux, prie ce brave jeune homme de ne pas se séparer de lui, mais d'être calme. Madame Elisabeth le suivit. Il demanda qu'on éloignât la Reine, et, voulant s'offrir seul au danger, entouré seulement de MM. de Champcenelz, du Pujet, d'Haussonville, de Montmorin, de Bou* gainville, de Rougevilie, de Sépteuil et de quelques autres, il traversa rC£il-de-Bœuf. Les premières portes 'étaient déjà forcées et les coups de haches se faisaient entendre sur la dernière qui le séparait des brigands ; déjà les éclats volaient à ses pieds ; lui seul était calme ; tout ce qui Tentourait, inquiet, troublé, eut bientôt l'épée à la main. Acloque, chef de légion, leur cria : « Point d'épées ! vous exposez le Roi. » Le Roi, avec bonté pour ceux qu'il éloignait, dit hautement : « Je ne veux avec moi que des grenadiers. • El, prenant par le bras Acloque et Boursel, premier
valet de chambre de M. le Dauphin, il s*avança jusqu'à la porte, dont les panneaux étaient déjà à jour ; le Suisse la tenait encore : € Ouvrez, » lui dit-il, « d'une voix forte et assurée. — Le Suisse hésitait : c Ouvrez donc ! Je vous l'ordonne. »
Il parut presque seul au milieu de ces flots séditieux ; en un instant, il fut entouré, et la pièce fut remplie du monde qui était répandu dans l'escalier et les pièces qui précédaient. Par les soins de M. Bligny, son valet de chambre, il fut promptement joint par plusieurs grenadiers. Ils passent devant la Reine, qui leur recommande, avec cette grâce touchante qui est si séduisante en elle, de veiller sur le Roi. M. d'Hervilly, qui peut pénétrer, en amène d'autres. Au moment où la porte s'ouvrit, un scélérat, armé d'une pique, l'œil plein de rage, s'avance, en proférant d'horribles paroles contre le Roi et faisant un mouvement sinistre. M. CanoUe se précipite sur le monstre et détourne le coup. Pour séparer le Roi dé cette foule qui augmentait sans cesse, on le fit placer dans l'embrasure d'une fenêtre, et là, un peu élevé, entouré de dix ou douze personnes, on pouvait moins l'approcher. Presque toutes étaient gardes nationales ; un canonnier, nommé Joli, ne Ta pas quitté. M. d'Hervilly était derrière lui. M. le maréchal de Mouchy et M. Acloque se placent devant lui. Madame Elisabeth est séparée du Roi ; avec plusieurs hommes , elle se place dans la fenêtre, à côté de celle où était le Roi ; elle y reste aussi longtemps que lui. Des femmes s'avancent avec fureur, disant : c C'est la Reine ! » Elle
supplie qu*on ne les détrompe pas. Son calme, sa douceur ont désarmé ces monstres, les ont forcés à Tadmiration. Des cris, des hurlements se font entendre ; chaque étendard porte des menaces ; on les étale aux yeux du Roi. Sur Tun il lit : c Quand la pairie est en danger^ tous les sans^ulotles sont levés. » Sur Vautre : c TyranSj tremblez^ le peuple français est armé. » Sur le revers : « Union des faubourgs Sainl-Marceau el Saint- Antoine. La sanction ou la mort! Tremble, tyran, la dernière heure est venue ! »
On lui adresse la parole, etc*estpour l'insulter. Un jeune homme, d'une belle figure, vomit contre le Roi mille imprécations ; tous les plus horribles propos se répétaient hautement. Un ancien garde française demande au Roi avec fureur s'il veut être le Roi de Coblentz ou des Français. D'autres étendards arrivent ; il lit: a Voici les sans-culottes. » Des officiers de paix courent à l'Assemblée Nationale, pour Tinstruire des dangers du Roi ; la séance est levée. Pendant ce temps, on présente au Roi un bonnet, au bout d'un sabre. M. Acloque le prend, le dépose aux pieds du Roi qui Taccepte ; on veut le mettre sur sa tôte, en criant : « Vivent les sans-culottes ! » Un grenadier présente des rubans ; il les accepte, la foule le presse ; étouffé par la chaleur, il témoigne le désir de boire un verre d'eau : sur le champ, un grenadier lui présente une bouteille; il boit sans hésiter. Un autre grenadier, qui était auprès de lui, dit au Roi : « Sire, n*ayez pas peur. » — « Celui qui a fait $on devoir ne connaît ni la crainte, ni le remords »... Ensuite, Sa
Majesté ajouta : «r Donnez-moi votre main. » Et, la posant sur son cœur : c N'est-il pas tranquille ? » Un officier municipal veut parler, sa voix est étouffée. Plusieurs membres de TAssemblée Nationale, recueillis par les officiers de paix, MM. Vergnieux, Bigot, Isnardy Fauchet» Hérauld, veulent se faire entendre ; ils sont représentants de la Nation ; ils invoquent la Constitution qu'on outrage ; ils sont rejetés. M. Santerre, Tami et le chef de ces forcenés, peut davantage, à lui seul ; il dit : € Je réponds de la famille royale, mais qu'on me laisse faire. » — M. Pétion arrive ; il est accueilli avec les cris de : € Vive Pétion ! Vive le bon Pétion ! » Il pouvait être alors six heures du soir.
Pétion adresse la parole au Roi : c Le peuple, dit-il, s'est présenté avec dignité ; le peuple sortira de même ; que Votre Majesté soit tranquille ! » Aucune pétition n'est présentée au Roi, aucune demande ne lui est faite. Tous crient à la fois et rien n'est entendu. Le Roi rentra à huit heures. L'officier de garde de M. le Dauphin vint avertir que les portes des salles chez le Roi étaient forcées et que les brigands avaient déjà été repoussés une fois aux portes de M. le Dauphin. Madame la princesse de Lamballe et madame de Tourzel se rendirent tout de suite dans l'appartement du Roi, auprès de la Reine et de M. le Dauphin. Elles trouvèrent la Reine dans la résolution de suivre le Roi. Le même intérêt la guidait, voulant sauver ce qu'elle avait de plus cher. Comme le Roi avait donné l'ordre de l'éloigner, elle donna celui
d*emmener son fils. M. Hue, huissier de la chambre du Roi, saisit Tenfant et remporte dans ses bras, suivi de mesdames de Mackau et de Soucy, sousgouvernantes. La frayeur arrachait des cris affreux à M. le Dauphin. La Reine s'avance jusqu'à la porte de rŒil-de-Bœuf, en disant : c Qu'on me laisse passer ! ma place est auprès du Roi ; je veux le joindre et périr, s'il le faut, à ses pieds ! t Le courage de la Reine doublant ses forces, mesdames de Lamballe et de Tourzel ne purent Tarracher au danger qui la menaçait, qu'étant secourues par MM. de Champcenelz, d'Haussonville et de Rougeville, qui la ramenèrent dans l'appartement de son fils, dont les portes extérieures étaient fermées avec des crochets et des verrous. Elle demandait, étouffée par les sanglots, qu'on lui rendît son fils ou qu'on la laissât rejoindre le Roi.
M. le Dauphin fut ramené ; on l'avait porté dans l'appartement de Madame sa sœur, le croyant plus sûr que le sien ; la Reine en eut un moment d'inquiétude. Elle fut plus longtemps incertaine sur le sort du Roi, qu'elle voulait toujours rejoindre. Enfin, MM. de Choiseul, Stainville et d'Haussonville lui en démontrèrent l'impossibilité. Plusieurs minutes s'écoulèrent sans avoir de nouvelles. Les ministres avaient suivi la Reine dans l'appartement de M. le Dauphin. Successivement plusieurs personnes vinrent, M. Hingcrlol, officier de gendarmerie, Félard, garçon de la chambre du Roi ; ils avaient vu le Roi ; ils assurèrent la Reine que Sa Majesté était tranquille.
L'escalier qui mène à l'appartement de M. le
Dauphin se remplissait de monde. La Reine n*étant plus en sûreté, on l'engagea à rentrer dans Tappartement du Roi. Elle s*arréla dans sa chambre à coucher, émue d'une si horrible scène. Elle se remet à Tinstant même, sans qu'on pût voir sur son visage» ni dans sa personne, la moindre altération. Les portes qui donnaient accès dans la chambre du Roi étaient toutes fermées, môme celle qui donnait dans le cabinet du conseil. C'était là qu'on préparait à la Reine un asile, au milieu de la garde nationale.
Peu de temps après, un des gens de M. le Dauphin accourut, tout effaré, avertir que la salle était forcée, la garde désarmée, que les portes de la chambre sont brisées, qu'on le suit ; on se décide à faire entrer la Reine dans le cabinet du conseil. Sa Majesté se présente avec ses enfants devant les factieux qui défilaient par cette pièce. La Reine n'a pas montré dans cette crise moins de grandeur que dans les affreuses journées de Versailles. Elle a opposé le même courage, la même contenance, aux mêmes injures et aux mêmes violences. Sa Majesté s'est assise; la table du conseil était devant elle, et empêchait qu'on l'approchât de trop près. A sa gauche était M. le Dauphin ; à sa droite. Madame. Le bataillon des Filles-Saint-Thomas l'a constamment entourée, et n'a cessé d'opposer un mur inébranlable au peuple rugissant qui l'invectivait. La Reine était accompagnée de quelques serviteurs fidèles, de ses dames et de celles qui tiennent à l'éducation de ses enfants. Santerre, voyant les événements, est obligé de changer
de rôle, après avoir enhardi à tout oser, se charge d'établir une sorte d*ordre et, faisant séparer les gardes qui masquaient la Reine, et s*approchant de la table, il adresse la parole à Sa Majesté : € Princesse, on vous égare, on vous trompe ; le peuple vous aime mieux, vous et le Roi, que vous ne croyez. » La Reine répondit, avec cette fermeté qu'on admire souvent en elle : € Je ne suis ni trompée, ni égarée ; je sais (montrant les grenadiers qui Tentouraient) que je n"ai rien à craindre, entourée de la garde nationale. •
Santerre alors fit défiler toute cette garde en leur montrant la Reine. Une femme s'approche et lui présente un bonnet de laine. M. de Wittenhoff le donne k la Reine, qui l'accepte; il veut l'établir sur la coiffure de Sa Majesté, mais il ne peut, son auguste front n'en est point couvert. On le met sur la tête du Dauphin. Un grenadier le prend dans ses bras pour le montrer au peuple. D'autres femmes armées adressent la parole à la Reine : a Voici les sans-culottes ! » D 'autres encore la menacent ; de même que devant le Roi, les mauvais propos se répètent : € Vive la Nation ! Vivent les sans-culottes, la liberté ! A bas le Veto ! » et cent autres cris, aussi insultants les uns que les autres. L'armée s'écoule et, par les instances de M. Saaterre, le défilé est à sa fin.
A sept heures trois quarts à peu près, madame Elisabeth vint rejoindre la Reine, après avoir quitté le Roi et l'assura que son courage et sa constance avaient égalé sa force pendant les tristes événements ^e ce jour. A huit heures, le Roi rentra dans sa
chambre. Aussitôt que la Reine en fut instruite» elle l'y rejoignit avec ses enfants. Elle se jette à ses genoux. Sa Majesté la tintquelque temps et ses enfants embrassés ; le Roi et la Reine avaient été séparés environ quatre heures. Le Roi était alors entouré d'une députa tion de l'Assemblée Nationale» de MM. de Montmorin, Albier» gentilhomme du Roi» et de quelques autres. L'Assemblée envoya trois députations successives. La dernière sortit à dix heures. Le Roi n'a jamais été plus grand que dans cette journée de mercredi. Il n'a pas témoigné la moindre émotion ; il a paru intrépide» supérieur aux efforts qu*on a faits pour dégrader la couronne. Son calme au milieu de ses bourreaux» sa patience à supporter les injures les plus grossières» son courage héroïque» sa présence d'esprit» la sérénité de son âme» la constance 'de son refus» cette résignation ferme et philosophique qui ne l'abandonna pas un seul instant» ont prouvé à la nation française toute sa dignité et son innocence.
M. Pétion» après avoir quitté le Roi» s'est retiré du château. Au bas de l'escalier» il a dit au peuple : <v Mes amis» mes frères» vous venez de prouver que vous êtes un peuple libre et sage ; retirez-vous» et moimême je vais vous en donner Texemple. » II sortit du château. La Reine conduisit elle-même les députés dans l'appartement de M. le Dauphin et leur fit voir l'état des premières portes» de celles de la chambre et même du cabinet ; trois étaient brisées» les serrures emportées» les panneaux enfoncés. Dans l'appartement de Madame» où l'on avait pénétré par celui
de M. le Dauphin, une porte ou deux étaient brisées et toutes les armoires enfoncées. Chez le Roi, les portes avaient été également brisées (lui-môme présent), les panneaux enlevés. On n*a pas tenté d'entrer chez la Reine ; on savait bien qu'elle n'y était pas. Les brigands s'étaient répandus partout, dans tout le château, jusqu'au comble et même sur les toits ; en parcourant les escaliers, ils demandaient qu'on les conduisit à la Reine ; c'était elle qu'ils cherchaient et ils ne le cachaient pas. Cependant le grenadier qui était à la porte de Madame, leur ayant dit qu'il ne les laisserait pas passer, ils s'en allèrent en disant: « C'est un honnête homme, qui a raison. » Les députés ne pouvant constater le désordre qu'en en rendant compte à l'Assemblée, mais non par écrit, on fit venir des officiers de paix pour dresser procèsverbal de l'état des portes. La Reine se retira à dix heures et le Roi à onze.
Le lendemain, jeudi, des ofQciers municipaux, accompagnés des officiers de paix, sont venus comparer les dégâts et les procès-verbaux. M. le maire et M. Sergent, officier municipal, surtout furent malmenés dans la cour royale par la garde nationale, honteuse de la triste journée de la veille dont elle accusait M. Pétion. La journée fut tranquille jusqu'à sept heures. Alors le bruit se répandit que les faubourgs s'étaient rassemblés et qu'ils marchaient contre le château. L'Assemblée nationale, instruite de ce bruit, fait une députa tion au Roi. «
c L'Assemblée nationale nous députe vers Votre
Majesté, pour lui demander si elle a quelques craintes sur la tranquillité de sa personne et Tassurer, si elle était troublée, qu'elle se rendrait aussitôt auprès d'elle. » Le Roi répondit : € On m'apprend que Paris est calme pour l'instant ; s'il cessait de l'être» j'en ferais prévenir l'Assemblée Nationale. Dites-lui, Messieurs, combien je suis touché de l'intérêt qu'elle me témoigne. »
Une demi-heure après, M. Pétion est annoncé. On le reçoit à l'instant ; il dit au Roi : « Sire, nous avons appris que vous avez été prévenu d'un rassemblement qui se portait sur votre château ; c'est pourquoi nous venons vous informer que ce rassemblement est composé de citoyens sans armes qui veulent planter un mai. Je sais, Sire, que la conduite de la municipalité a été calomniée, et cependant sa conduite sera connue de vous. » — Le Roi : « Elle doit l'être de la France entière. Je n'accuse personne en particulier. J'ai tout vu. » — M. Pétion : « Elle le sera, et sans les mesures prudentes que la municipalité a prises, il aurait pu arriver des événements plus fâcheux, non pas pour votre personne, parce que vous devez bien savoir qu'elle sera toujours respectée, » et, fixant la personne k côté du Roi, c mais... » — Le Roi: c Taisez-vous. Est-ce la respecter que d'entrer chez moi armé, de briser les portes et de forcer ma garde ? Ce qui s'est passé hier est un vrai scandale pour tout le monde. » — M. Pétion : € Je connais l'étendue des devoirs que m'impose ma responsabilité. — Le Roi : < Vous êtes chargé de veiller à la tranquillité de
Paris ; allez remplir vos fonctions. » M. Pétion se retira avec les officiers municipaux. Le matin, TAssemblée avait décrété une faible loi contre les attroupements armés, qui avait été aussitôt portée à la sanction. Le Roi avait aussi écrit à l'Assemblée ^une lettre sur les événements de la veille :
«r Messieurs, l'Assemblée nationale a déjà connaissance des événements de la journée d'hier ; Paris en est sans doute dans la consternation ; la France les apprendra avec un étonnement mêlé de douleur. J'ai été très sensible au zèle que l'Assemblée Nationale m'a témoigné dans cette circonstance. Je laisse à sa prudence de rechercher les causes de cet événement, d'en peser toutes les circonstances et de prendre toutes les mesures nécessaires pour maintenir la constitution, assurer l'inviolabilité et la liberté constitutionnelles du représentant héréditaire de la Nation. Pour moi, rien ne peut m'empêcher de faire en tous temps et dans toutes les circonstances ce qu'exigeront les devoirs que m'impose la constitution que j'ai acceptée, et les vrais intérêts de la Nation française.
Signé : c LOUIS. »
Le même jour, jeudi 21, le Roi donna une proclamation, qui est parfaite à tous égards. A toutes les vertus qu'il a souvent montrées et surtout pendant ses derniers jours, il joint la générosité et un oubli total de sa propre injure. Il n^en parle qu'en sa qualité de représentant héréditaire de la nation.
DE LA PRINGBSSB DE TABBNTE 59
Proclamalion du Boi sur les ivinemenls du SO juin^
Van 4^ de la liberté.
« Les Français n*auFont pas appris sans douleur qu'une muUitude égarée par quelques factieux est venue à main armée dans Iliabitation du Roi ; a entraîné du canon jusque dans la salle des gardes, a enfoncé les portes de son appartement à coups de hache ; et là, abusant audacieusement du nom de la Nation, elle a tenté d'obtenir par la force la sanction que Sa Majesté a constitutionnellement refusée à deux décrets. Le Roi n'a opposé aux menaces et aux insultes des factieux que sa conscience et son amour pour le bien public. Le Roi ignore quel sera le terme où ils voudront s'arrêter, mais il a besoin de dire à la Nation française que la violence, à quelque excès qu'on veuille la porter, ne lui arrachera jamais un consentement à tout ce qu'il croira contraire à l'intérêt public II expose sans regret sa tranquillité, sa sûreté, il sacrifie même sans peine la jouissance des droits qui appartiennent à tous les hommes et que la loi devrait faire respecter chez lui comme chez tous les citoyens; mais, comme représentant héréditaire de la Nation française, il a des devoirs à remplir, et, s'il peut faire le sacrifice de son repos, il ne fera pas le sacrifice de ses devoirs. Si ceux qui veulent renverser la monarchie ont besoin d'un crime de plus, ils peuvent le commettre. Dans l'état de crise où elle se
, trouve le Roi donnera jusqu*au dernier moment à toutes les autorités constituées l'exemple du courage et de la fermeté qui seuls peuvent sauver l'empire. En conséquence, il ordonne à tous les corps administratifs et municipalités de veiller à la sûreté des personnes et des propriétés...
« Fait à Paris, le 21 juin 1792, l'an 4* de la liberté.
Signé : . LOUIS. »
Et plus bas : « Terrières. »
Le 21 juin, je m'étais rendue au château, à dix heures, et j'étais venue chez M. le Dauphin, à onze. La Reine fut à la messe et, depuis, je ne la quittai plus. Après la messe, elle apprit qu'une députation s'était fait introduire à l'Assemblée et qu'elle avait annoncé qu'un nombre considérable de citoyens armés demandaient de présenter une pétition, de la déposer sur le bureau et de défiler devant le Corps législatif. L'Assemblée y avait consenti. Il était environ deux heures, quand cette troupe entra dans les Tuileries ; le Roi et la Reine à peu près vers celte heure se mirent à table et firent dîner avec eux toutes les dames qui étaient là. L'armée passait sous les fenêtres du château, insultait le Roi, de la manière la plus coupable.
La Reine était enfermée dans Tapparlement de son iils, ne sachant quel serait le sort du Roi. Un moment, elle fut inquiète pour son fils : je n'ai jamais été témoin de rien de plus touchant ; c'était la douleur la
plus profonde et la plus vraie... Sur les neuf heures, le château fut libre ; je passai, moi et plusieurs autres» une heure avec le Roi, quand la Reine fut retirée. Je n*ai jamais remarqué une telle tranquillité, plus de liberté d*esprit, un courage si froid ; il parla de tout ce qui était arrivé pendant le jour, et il rappela Tanniversaire : à ce même moment. Tannée d*avant, il était occupé de son départ, qui s'effectua dans la nuit du 20 au 21... Deux ou trois jours après, on craignit du tapage. Je me décidai à m*établir au château, chez madame de Tourzel, qui voulut bien me donner une petite chambre. Tous les matins, je me promenais avec elle et M. le Dauphin ; on travaillait à renouer un 20 juin. L'entreprise alors n'avait été confiée qu'aux seuls Parisiens.