‹ Souvenirs de la princesse de Tarente 1789-1792Chapitre 14 sur 29 · Copie · texte numérisé non relu

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206 ^1 793-1 798) lettres

Le 11 juin 1796.

Enfin, je l'ai reçue avant-hier, cette lettre charmante que vous m'aviez annoncée, ma bonne chère, et de vous dire le plaisir qu'elle m'a fait, c'est aussi impossible pour moi que de vous serrer maintenant dans mes bras. Je l'ai relue cent fois et j'ai eu le bonheur d'y retrouver la compagne chérie des plus heureux jours de ma vie, ces temps où ne connaissant point la méchanceté des hommes, je vivais contente et tranquille. Depuis notre séparation, que de maux ée toutes sortes n'ai-je pas soufferts ! Que de peines ineffaçables ! Mais votre bonne amitié comme la mienne a triomphé de tout ; l'absence ne nous a rien fait perdre. Votre lettre, que je garderai soigneusement, m'en est le garant. Soyez toujours la même, ma chère, et votre amie n'aura pas tout perdu. Que je voudrais aller pleurer, m'affliger avec vous ; cette teinte de tristesse, qui ne vous quitte pas, me plaît, m'attache, et me rapproche de vous, s'il était possible que quelque chose en vous me séduisit plus que vous-même. La perte que j'ai faite dernièrement* a réveillé dans mon pauvre cœur bien des sentiments. Qu'elle m'a été sensible ! Vous savez, pour l'avoir vue, ce qu'elle fut pour moi.

2. M«"e la duchesse de La Vallière, grand'mère de la princesse de Tarente.

Pardon, ma chère amie, j'eusse dû, avant de vous parler de moi, me réjouir avec vous du bonheur d'avoir conservé madame votre mèïe. La Providence, qui, malgré qu'elle envoie beaucoup de peine, n'abandonne jamais, vous devait un soutien; elle vous l'a accordé. Avec vous j'adore ses décrets et la remercie que, cette fois, elle n'ait pas été sévère. Remerciez madame votre mère de son souvenir et de sa bonté pour moi ; je l'envie d'être avec vous, mais je ne puis me souhaiter à la place où. vous êtes toutes deux. Ma chère, je partagerai toujours vos regrets avec toute la sincérité de mon cœur ; je vous remercie du sacrifice que vous me faites'...

Bonne Paule^ ! je suis satisfaite de la pensée qu'elle est enfin heureuse ; je leur souhaite le bonheur comme il le leur faut ; il est toujours relatif; chacun le trouve où son caractère le lui montre.

Ma chère, soignez bien votre fils 3. Quoique son éducation puisse en souffrir, ne pensez qu'à lui faire une bonne santé, et vous lui rendrez un grand service. Que je serais heureuse de le voir! Pauvre enfant, il ne sait rien des malheurs de son père. En parle-t-il ? Souhaite-t-il de le revoir? Lui ressemble-t-il ? Je lui garde sa lettre ; quelquefois je la lis. Quand je la reçus, j'étais folle de plaisir : l'objet de mon culte n'était pas anéanti*, et le nom que je portais combattait pour elle et son fils.

Adieu, ma sœur chérie ; je vous embrasse avec tout un cœur bien à vous depuis longtemps ; faites des vœux pour moi ; adieu.

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