Marie- Antoinette
208 (1793-1798) lettres
Le 9 janvier 1797.
Il y a mille ans, mon amie, que je n'ai eu le plaisir de causer avec vous. J'en ai soufîert, je vous assure, car je vous aime tendrement, vous le savez, et je compte sur vous de même. Je ne puis oublier les jours heureux que j'ai passés avec vous, près de vous. Hélas 1 ma chère, dans ce temps combien la vie valait mieux qu'aujourd'hui, et que la nôtre était douce, quand le matin ensemble les heures coulaient si rapidement que le dîner venait sans nous en douter ! Vous ne l'avez pas oublié, ma petite, ce temps -là.
Gomme je suis touchée du désir que vous avez que je me réunisse à vous ; mais je vous avoue que je ne l'ai pas, ce courage : mon cœur est trop blessé, et ses blessures sont trop profondes. Si vous saviez, mon amie, que le temps ne fait que les irriter, que mes souvenirs sont plus chauds, plus vifs, à mesure que les jours passent ; tout entière à ces idées, dans le lieu où vous êtes, je ne vivrais pas. Cependant celle qui partage avec vous* la plus grande partie de mes moments, sait bien que sa volonté est et sera la base et la règle de ma conduite. Je n'ai plus d'autre lien qu'elle, je lui dois tout, je lui donne tout. La famille chérie a aussi tous mes vœux les plus chers ; je