A M. LE DUC DE LA TRÉMOILLE, A NAPLES
Londres, 31 janvier 1797.
J'espère que vous voudrez bien prendre part à la triste nouvelle que j'ai apprise, il y a huit jours, par une lettre de maman, de la perte qu'elle avait faite de ma bienaimée grand'mère, qui a péri le 3 de ce mois, après une maladie de huit jours ; vous savez combien j'aimais ma grand'mère ; vous avez vu comme elle me traitait bien. Voilà les fruits de la révolution : vivre dans l'éloignement et périr privée des soins qui avaient fait la consolation de la vie. Dix jours avant de tomber malade, elle nous écrivit à ma sœur et à moi un petit billet charmant bien ressemblant à elle ; il avait ranimé toute mon espérance et j'étais convaincue que je la reverrais ; ah ! je suis bien, bien triste, je vous assure, j'ai perdu une bonne et tendre amie, et je conserve une mère pour passer ma vie loin d'elle, au milieu des étrangers. Cette manière d'être est trop triste : combien je voudrais avoir plus de courage que je n'en ai ! Je partirais tout de suite pour la France ; et je suis sûre que j'y arriverais et y vivrais tranquille et malheureuse comme ici, mais certainement moins malheureuse qu'ici, malgré que je serais entourée des tombeaux