Son mari, le duc de la TrémoïUe
de tout ce que j'ai aimé ; mais ainsi, j'aurais, pour ma consolation et pour me fortifier, le bonheur de vivre pour ma mère, de lui consacrer tous mes moments ; enfin, de me rapprocher du seul appui que j'ai dans ce monde, de la seule personne sur laquelle je puis avec complaisance reposer toutes mes affections et tout le bonheur de ma vie, s'il y en a pour une personne qui a eu les liens que le hasard m'a donnés et qu'une si cruelle fatalité a rompus d'une manière si inopinée et si terrible ; car, mon cher, tous les sentiments que vous m'avez vus pour les personnes, existent dans la même force dans mon souvenir et leur perte m'est aussi sensible que le premier jour ; la seule chose qui balance dans mon cœur l'envie que j'ai d'aller en France est l'horreur d'habiter un pays où il a été commis tant de crimes, une ville qui a vu tranquillement périr un Roi, une Reine, leur famille, et des centaines de gens vertueux et bons; la pensée de respirer l'air empesté par le crime, où le crime seul est heureux, soulève mon cœur et m'ôte tout courage. Si je finis par aller m'enterrer là, dans cet infâme pays, je voudrais, avant, avoir le seul plaisir qui plaît à mon cœur, qu'il regarde comme un soulagement à ses maux, le bonheur de voir et d'entendre sa sœur, dont j'admire et respecte le caractère et la façon noble de penser ; elle est vraiment reine de fait autant que de nom ; je ne la connais que par ses lettres*, mais ce qu'elle écrit est marqué au cachet de l'hon-
Ma chère princesse, quoique je n*aie point Thonneur de vous connaître, votre attachement à mon infortunée sœur vous rend à mes yeux bien précieuse. Je ne puis me consoler de sa Un tragique e^ en doute encore. Grand Dieu I elle qui a été si aimée et qui surtout aimait si passionnément la France et les Français ! Elle en a été si abominablement traitée !
Mais tirons un voile sur ces horreurs, que mon cœur n^oubliera jamais. Ses enfants, la vertueuse M^e Elisabeth, c'est ce que je
212 (1793-1798) lettres
neur et du sentiment ; que le ciel la préserve et son pays ; je sens que tout ce qui m'attachait à sa sœur me porte vers elle et me fait faire les vœux les plus ardents pour elle et tout ce qui lui tient.