‹ Souvenirs de la princesse de Tarente 1789-1792Chapitre 19 sur 29 · A MONSIEUR LE DUC DE LA TRÉMOÏLLE · texte numérisé non relu

A MONSIEUR LE DUC DE LA TRÉMOÏLLE

Londres, le 14 mars 1797.

il y a certainement bien des mois que vous n'avez eu de lettres de moi, si vous êtes encore à Venise ; car ne pouvant croire la chose possible, j'ai toujours adressé mes lettres à Naples, et même pour la dernière, j'y fus parfaitement autorisée par la Reine elle-même, qui me mandait : « Vous pouvez maintenant adresser ici vos lettres à votre « mari ; les troupes rentrant dans le royaume, il viendra « à Naples. » Enfin, si vous êtes à Naples avant où même après, celle-ci et les autres que vous y trouverez seront, j'espère, ma justification. Pour moi, c'était du plus loin

désirais, au prix de mon sang, pouvoir sauver, et toutes mes pensées se réduisent à celle-là, me paraissant par là de rendre hommage et une preuve de ma tendresse à sa mémoire.

Vous recevrez cette lettre par une amie parfaite et bien aimable Qt qui vous est attachée au dernier point. Adieu, comptez que je chéris tous ceux qui ont aimé mon infortunée, sœur et qu'en toutes les occasions je me ferai un plaisir de vous prouver que je suis votre attachée amie,

Charlotte.

NapleS; ce 19 février 1794.

(Archives d*Uzès,)

que je me souvenais d'avoir eu le plaisir de voir de votre écriture ; enfin, sûrement vous avez fait ce qui vous convenait le mieux et je suis contente. Je ne répondrai pas, mon cher, à toute votre politique. Tout aussi noire qu'elle peut être, tout aussi vraie elle sera. Pauvre Italie ! Malgré que je ne la connais pas, je Taime ; et tous mes vœux se portent sur votre patrie adoptive et sur la mienne, et tous mes souhaits hâtent le moment d'y aller, pour y trouver le repos et la consolation à mes peines aux pieds de sa sœur bien-aimée.

Pour le moment il paraît que voilà un grand changement dans ma destinée : je suis appelée en Russie par TEmpe^ reur. Llmpératrice me l'écrit de la manière la plus obligeante, et j'ai consenti dans ma réponse d'y aller; moi et la famille d'Uzès devons aller prendre un asile dans seâ États. M. et M"»* d'Uzès n'y peuvent aller, j'y vais avec mon beau-frère et son fils. C'est le sacrifice d'un an pour assurer le bien-être de cette famille, et je le leur dois. Je n'ai pas eu le temps de vous consulter, mon cher, il eût fallu trop de temps ; mais j'espère que votre raison vous guidera comme mon cœur me guide dans ce moment, et que vous approuverez que je fasse cette démarche pour assurer Texistence de cette famille, dont la position est des plus malheureuses. Je ne me suis conduite dans cette affaire que d'après les conseils de mes bons et excellents amis, M. et M™« de Circello, et ce sont eux qui m'ont tracé mon devoir. J'ai promis à M. et M"»c d'Uzès d'y aller ; et aussitôt que la mer sera ouverte, je m'embarque. M™« de Circello a eu la bonté d'expliquer toute cette affaire à la Reine ; moi je lui ai écrit aussi.

Je vais en Russie sans aucunes prétentions quelconques pour moi, ainsi je serai toujours libre ; je ne souhaite, ne veux et n'aime que les bienfaits de la reine de Naples. Ceux-là seuls plaisent à mon cœur ; mais il ne faut pas

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«e refuser à changer la position de ces vertueuses gens, qui sont si bons pour moi et si reconnaissants de ce que mon amitié pour eux me fait entreprendre. Voici les véritables mots de sa Majesté l'Impératrice : « Votre bonheur « fait Tobjet de nos sollicitudes; aussi suis-je chargée « par l'Empereur de vous offrir un asile et un petit éta- « blissement dans l'une des provinces de son empire, où « vous et votre famille trouverez la paix et la tranquillité « dont vous avez été si longtemps privées. » .De plus, le comte de Ghoiseul-Goufïier me mande qu'il ne m'a fait plus tôt part des intentions de S. M. I., parce que l'Impératrice a voulu elle-même m'apprendre les bontés de l'Empereur ; qu'il aurait écrit de sa part, et par son ordre, à M. le duc d'Uzès, s'il ne voulait me laisser le bonheur de lui annoncer moi-même ce qu'il pouvait espérer. Je vous demande de supplier la Reine de prier M. le duc de Serra-Capriola, son ministre en Russie, d'avoir de l'intérêt et de la bonté pour moi. Je ne serai pas fâchée qu'on sache là d'avance que je suis protégée par la Reine de Naples ; ce que je connais de lui m'assure que c'est un homme très bon et très serviable. Écrivez-moi encore une lettre ici, après la réception de celle-ci, et ensuite sous le couvert du duc de Serra-Capriola à Saint-Pétersbourg. N'est-ce pas étrange, mon cher, que la destinée me porte là? Je crois encore rêver, mais c'est cependant bien vrai que je serai en Russie avant quatre mois. Dites-moi que vous approuvez mes motifs et ma résolution ; alors je partirai beaucoup plus contente, car de toutes manières, il faut que j'aille ; l'engagement est trop pris de tous côtés, et votre éloignement est trop grand.

Maintenant que je vous ai parlé de mes propres afîaires, ou plutôt de celles des autres, il faut que je vous parle des vôtres. J'ai fait prévenir Trépied* que

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