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RECIT DE MADAME LA COMTESSE DDPONT

11 y a, dans toutes les époques, des hommes qui portent le poids des journées néfastes de Thistoire des peuples. Cette tendance à personnifier les malheurs comme les prospérités, les revers comme les succès dans un nom, a été la source de bien des injustices en histoire. Toutes les fois que l'historien rencontre un nom placé sous le poids d*une de ces malveillances systématiques, c'est pour lui un devoir de justice que d'examiner les pièces du procès avec une sollicitude particulière et sans parti pris d'apologie ou de blâme. En effet, s'il ne faut pas. céder à l'entraînement des passions contemporaines, il importe aussi de ne pas se laisser entraîner aveuglément par Fémotion sympathique qui s'élève dans le cœur à la vue des grandes infortunes.

En préparant un travail de longue haleine sur l'histoire de la Restauration, nous avons rencontré sur le seuil' de notre sujet une de ces tristes et mélancoliques figures qui demeurent perpétuellement dans un nuage : objets de haine pour les uns, d'intérêt pour les autres; problèmes vivants dont on cherchera toujours la solution. Depuis la capitulation de Baylen, le général Dupont n'a pu sortir de cette situation douteuse et fatale, et il semble que cette première prévention fâcheuse attachée à son nom par un décret de TEmpereur, sans qu'il ait pu obtenir un débat public, une défense libre et des juges, ait autorisé de nouvelles préventions répandues contre lui, en 1814, pendant son ministère, et, en 1815, à rapproche du 20 mars*. Malgré ces préventions et en raison même de ces préventions, nous avons dû recourir aux sources. Nous ne pouvions interroger le glorieux soldat de Pozzolo, d'Albeck, de Diernstein, de Halle, de Braurisberg, de Friedland; il était, depuis longtemps, couché dans son tombeau. A son défaut, nous avons interrogé sa veuve. Bien nous a pris de nous hâter, car il y a quelques mois à peine, peu de temps après nous avoir donné les renseignements écrits que nous lui avions demandés sur

*■ M. de Talleyrand, un des membres de la commission nommée pai Tempereur pour le condamner à huis clos, disait, en sortant d'une séance : « On ne saurait mieux se défendre, les pieds et les poings liés. »

la conduite du général Dupont à l'approche des Cent-Jours et pendant cette période, madame la comtesse Dupont est allée rejoindre celui à la mémoire duquel elle était restée pieusement et ardemment dévouée.

11 était impossible de \oir cette noble femme sans un sympathique respect. Elle portait empreinte sur ses traits une expression de douleur navrante qui disait tout ce qu'elle avait souffert en voyant, pendant tant d'années, cette chère mémoire, objet pour elle d'un culte domestique, si cruellement attaquée. Quand je vis apparaître cette mélancolique figure, elle me produisit Teffet de la Niobé de l'amour conjugal. Sans doute on pourra faire observer qu'une femme devait être partiale dans la cause d'un mari qu'elle aimait si tendrement ; ce que je puis affirmer, c'est que madame la comtesse Dupont était sincère. Son accent, quand elle parlait du général Dupont, avait quelque chose de ferme et de convaincu qui venait de la conscience et qui allait à la conscience. J'ajouterai que c'est un honneur pour cet infortune général que d'avoir laissé de si vifs et si longs souvenirs dans le cœur d'une femme de ce mérite; il ne faut pas avoir une âme médiocre pour inspirer une affection si durable.

Deux motifs me décident à publier, dans ces souvenirs, la note par laquelle madame la comtesse Du-

pont a répondu aux questions que je lui avais adi^essées sur la conduite du général à la veille du 20 mars et pendant les Cent-Jours. Le premier, c est que, dans une histoire générale, il ne me sera pas possible d'entrer dans des détails aussi étendus sur une conduite individuelle; le second, c'est qu'on retrouvera dans son récit une foule de traits d'un intérêt trèsgrand, des détails sur la situation de Paris et sur les dispositions de l'armée réunie à Orléans, qui peignent et montrent cette phase historique que nous ne pourrons que raconter. Nous laissons la parole à madame la comtesse Dupont, en nous contentant de retrancher quelques passages qui pourraient avoir quelque chose de trop agressif contre des personnages contemporains :

« Mon mari était à Tours, dit-elle, lorsqu'il apprit par le comte de Divonne, qui y passait, le débarquement de Bonaparte à Cannes. Je me souviens qu'il lui dit : « Si ce n'était pas le comte de Divonne « qui vient annoncer un semblable événement, je « ferais arrêter sur-le-champ le propagateur de cette « désastreuse nouvelle . » M . de Divonne répondit à cela qu'il fallait que Févénement fût bien vrai pour qu'il eût pris sur lui de l'annoncer, et l'on reconnut bientôt qu'il n'avait pas été trompé par ime fausse rumeur.

« Le général avait été averti par le ministre de la

guerre du passage prochain de madame la ducliessc d'Angouléme, qui se disposait à quitter Bordeaux. Nous l'attendions lorsqu'il reçut ses lettres de service comme général en chef de l'armée qui se ras semblait sur la Loire, pour être ensuite dirigée contre Napoléon. Les ordres du duc de Dalmatie se succédèrent bientôt plus multipliés que rapides, car il en arriva qui portaient quatre jours de date, tandis qu'un courrier franchissait facilement en seize heures l'intervalle qui sépare Paris de Tours : j'avais moi-même franchi cette distance en dix-sept heures en faisant précéder ma voilure d'un courrier. Pour être juste, il faut, avant de faire remonter la responsabilité jusqu'au ministre, se rappeler l'incroyable incurie et les lenteurs interminables des bureaux.

« I^ général partit pour Orléans, en me laissant le soin de recevoir seule madame la duchesse d'Angoulême quand elle traverserait Tours. J'étais tout à la fois flattée de cette marque de confiance et inquiète du rôle difficile que j'allais avoir à jouer.

(( J'attendais le passage de Son Altesse Royale, lorsque le 15 mars au soir, ayant chez moi, en ce moment, madame Bonet, femme du lieutenant général commandant la division, j'entendis annoncer le général Ornano, que je connaissais fort peu. Après quelques instants de conversation, cet officier me dit tout à coup : « Oserai-je, madame, vous demander

« ce que vous attendez ici ? » Étonnée de cette brusque question, je répondis : « Vous devez bien savoir, « monsieur, que j'attends madame la duchesse d*An- « goulême.

« — En conscience, madame, croyez-vous qu'elle « passera? » De plus en plus étonnée, je répondis qu'assurément je le croyais.

« — Voyons, madame, on m'a dit que vous étiez une femme raisonnable et que Ton pouvait vous parler. Eh bien, madame la duchesse d'Angoulême ne passera pas.

« — Et pourquoi, général?

« — Parce que tout le monde tournera.

« — Vous tournerez donc, général?

« — Il ne s*agit pas de moi. J'ai fait mon serment au roi et je le tiendrai. Mais il n y aura pas *m soldat qui ne jette son fusil devant Napoléon.

« — Vos soldats le jetteront donc, général?

« — Mes soldats feront leur devoir, tnadame.

« — Cela est singulier.

« — Enfin, dit-il avec un peu d'impatience, vous semblez, madame, ne pas vouloir me comprendre : Eh bien, au moment oU je vous parle (c'était le 15 mars au soir), Paris est au pouvoir de la garde.

« A ces mots je me sentis pâlir, mais je repris avec autant de calme que je pus :

« — Cela m'étonne, je ne sais rien de semblable.

« — Vous pouvez ne pas le savoir, mais moi, je le sais.

« — Il est vrai, général, que vous pouvez avoir des intelligences que je n'ai point.

« — Il ne s'agit pas d'intelligences, madame, je n'ai point d'intelligences, répondit-il tout à fait impatienté.

« — Enfin, général, vous croyez être mieux instruit que moi I Cependant, comme chacun a sa manière de voir, moi qui persiste à penser que Madame passera à Tours, je persisterai à l'y attendre jusqu'à preuve du contraire.

« — Mais enfin, madame, si la princesse n'arrivait pas, vous ne resteriez pas ici?

« — Non, général.

a — Et quel jour partiriez- vous ?

« — Je n'en sais rien encore.

c< — Et par quelle route regagneriez-vous Paris?

a Je lui nommai celle des deux que je ' ne voulais pas prendre.

«. — Si je pouvais vous être utile en quelque chose, madame, ajoula-t-il, je suis tout à votre disposition.

« — Je vous remercie, général.

« Et nous nous séparâmes .

« J'appris le soir même, à minuit, au moment de me coucher, par le Motiiteur, que l'Empereur était à Lyon, et ma frayeur fut à son comble. Je fis demander le général Bonet, à qui sa femme avait

rendu compte de ma convei'sation avec Ornano, à laquelle elle avait été présente ; et je lui dis d'un ton consterné :

« — Eh bien, général, il est à Lyon !

« — Mon Dieu, oui, me. répondit-il non moins tristement.

<( — Bientôt il sera à Paris ! ajoutai-je.

« — Je le crains.

«i — Général, je partirai demain, car je vois que le général Ornano était bien instruit, et que Madame ne passera pas à Tours.

« — Je pense comme vous, madame.

« Je partis le lendemain, comme je l'avais dit ; et, avant de partir, j'appris que le général Ornano, ayant rencontré un des officiers du général Dupont qui allait le rejoindre, lui avait dit: « Je suis allé hier « chez la comtesse Dupont ; je ne sais ce que je lui « ai dit, bien des sottises peut-être I je sortais de « table, j'étais échauffé, mais je suis tout dévoué « au roi. Je vais remettre mon épée dans les mains « du général. Je vous prie de le lui dire. »

« Arrivée à Paris, je crus devoir, dans l'intérêt de mon mari comme dans celui du roi, avertir le ministre de la guerre de ma conversation avec le général Ornano et du peii de fond que peut-être il fallait faire sur une partie de l'armée. Je me rappelais en effet que, seulement deux jours avant ma conversation

avec le général Ornano, le général Letort étant venu me faire une visite, parce qu'il n'avait pas trouvé le général Dupont, déjà à Orléans, lui aussi m'avait exprimé ses craintes sur l'esprit de l'armée et avait fini par ces mots : « Oui, madame, le mécontentece ment de l'armée est à son comble. »

« M. le duc de Feltre, qui déjà avait remplacé le maréchal Soult au ministère, n'était pas aisé à aborder. On me dit qu'il n'y était pas. Je savais le contraircj j'insistai donc, mais sans pouvoir rien obtenir, lorsque je vis passer M. Alfred Rilliet, qui, après avoir été aide de camp de mon mari, était resté attaché en la même qualité, ou comme officier d'état-major, aux ducs de Dahnatie et de Feltre. Je le priai d'aller dire au ministre, qui, je le savais, y était, que je réclamais un moment d'audience, ayant quelque chose d'important à lui communiquer; et que, si absolument Son Excellence ne pouvait me recevoir, j'irais chez le roi, où je serais certainement admise. Dans le trouble où l'on était déjà, le 17 mars, tout le monde avait accès au château; j'en avais été avertie.

« Aussitôt les portes me furent ouvertes. Je racontai au ministre les craintes que m'avait inspirées ma conversation avec le général Omano.

« — Pourriez-vous m'écrire cela ? merépondit»il.

« — Non, monsieur le duc. Je devais, dans l'intérêt

de mon mari comme dans Tintérêt du roi, vous dire entre nous mes appréhensions, mais je ne voudrais pas écrire une dénonciation. Je pense qu'ainsi qu'il l'a dit le général Ornano sortait un peu échauffé de son dîner. Cependant j'ai cru, je le répète, que, dans tous les cas, il fallait que vous fussiez averti. Encore une fois, c'est un renseignement, ce n'est pas une dénonciation.

« Le ministre me remercia et me dit qu'en effet le mouvement delà garde avait eu lieu le 15, comme le général Ornano me l'avait dit le 15 au soir à Tours, mais que tout a\ait été déjoué, et que maintenant il était parfaitement tranquille.

« Je saisis cette occasion pour faire part au duc de Feltre de l'impatience avec laquelle je savais que le général Dupont attendait à Orléans l'artillerie et les munitions qu'il avait déjà plusieurs fois demandées.

« — Soyez tranquille, me répondit-il, je vais y pourvoir ; j'ai déjà donné des ordres pour que le général Dupont ait tout ce qu'il demande, et nous agirons de la meilleure intelligence.

« Je pris congé du ministre, ne me doutant guère que, pendant que Son Excellence me parlait ainsi, elle allait signer ou avait déjà signé les lettres de service du maréchal Gouvion Saint-Cyr comme commandant en chef de l'armée de la Loire, en remplacement du général Dupont.

DE LA RESTAURATION. a5

« La défection marchait vite, et, pendant que Ton perdait à Paris le temps en vains discours, les événements couraient.

c< L'armée de la Loire qui, au début, en apparence du moins, semblait bien disposée pour la cause du roi, n'avait point tardé à montrer quelques velléités en faveur du drapeau tricolore. Napoléon avait certainement des intelligences dans la place. En voici une preuve entre mille : Le général Pajol, commandant la première division, ne se trouvant pas là, le général Dupont ouvrit une lettre à son adresse, pensant qu'elle pouvait concerner le service. Il y trouva, signé de rEmpereur, Tordre de s'emparer de sa personne. On imagine facilement que le général Dupont ne songea guère à remettre la dépèche à son adresse et que le feu, en la consumant, épargna au général Pajol, ou le chagrin de désobéir à TEmpereur, ou la tentation de lui obéir. Jusque-là, en effet, le général Pajol avait été fidèle. U continua même à protester de son dévouement après cet incident. On trouvera assez naturel que le général Dupont ne se soit pas empressé de lui faire part de la missive impériale, qu'il ignora peut-être, et qui peutêtre aussi, s'il l'eût connue, l'eût placé dans une situation difficile et dangereuse entre ses nouveaux serments et ses anciens souvenirs. Gendre d'un illustre maréchal (Oudinot), comblé lui-même, le gé-

néral Pajol n'était pas encore uu de ceux dont le général Dupont était porté à se défier.

« Un jour, je ne puis indiquer lequel, mais c'était h la fin de son séjour et de son commandement à Orléans, le général Dupont apprit tout à coup' qu'un de ses régiments venait de se mutiner en demandant à grands cris à reprendre la cocarde tricolore, et qu'il l'avait reprise en effet. 11 couii; à* ce régiment et tente des efforts désespérés pour la lui faire quitter : tout est inutile. Cependant, malgré cette résolution obstinée, tous protestent de leur dévouement aux Bourbons, et c'est par le cri unanime devke le Roi ! qu'ils saluent cette chère cocarde sous laquelle ils ont si souvent combattu et triomphé. Ils promettent qu'ils n'en feront pas moins leur devoir, et n'en tiendront pas moins leur serment à la Restauration. Ils le croyaient sans doute, puisqu'ils Taffirmaient.

« Que faire en face de cette inflexible obstination, de ces acclamations en faveur de la cocarde tricolore auxquelles sont mêlés ces cris de vive le Roi ! ces protestations d'une ferme volonté de le servir? La puissance manquant à tout le monde pour comprimer le mouvement, il fallait bien tâcher de conduire le torrent en le suivant dans une certaine mesure . c'est c^ que fit le général Dupont.

« C'est au milieu de ce conflit que le maréchal Gouvion Saint-Cyr arrive pour prendreli comman-

dément, sans que le général Dupont en ail reçU le moindre a\is. Cependant, loin de s'en formaliser, le général, tout entier à son dévouement et toujours préoccupé de cette rébellion contre la cocarde blanche, ne quitte pas Orléans; il engage le maréchal à joindre ses efforts aux siens pour la faire reprendre à ce régiment qui paraît encore, malgré son obstination à cet égard, si dévoué au roi. « Vous êtes à nouveau, monsieur le maréchal, lui dit-il; vous obtiendrez peut-être plus, et, en joignant nos efforts, nous parviendrons peut-être à notre but ! »

« Ils essayent donc tous deux une nouvelle démarche et parviennent, en effet, à faire quitter au régiment la cocarde tricolore. Mais au bout de quelques heures la face des choses change encore : la cocarde tricolore est de nouveau arborée ; celte fois, ce n'est plus aux cris de vive le Roi! c'est au miUeu d'une insurrection qui bientôt va devenir générale, et aux cris forcenés de vive rEmpereiir ! qu'elle se place de nouveau sur tjous les shakos.

« La plupart des chefs de corps, ceux que la défection n'avait pas atteints, se présentent bientôt au général Dupont, que, malgré la nomination presque ignorée du maréchal Saint-Cyr, ils voulaient encore seul considérer, disaient-ils, comme leur chef véritable, et d'un air consterné lui annoncent qu'il ne faut plus compter sur leurs soldats. Quant à eux,

résolus d'être fidèles, ils viennent se nnettre eux-

mômes à sa disposition, prêts à faire tout ce qu'il voudra de leur personne.

« Que pouvait-il faire d'eux sans soldats*^

« Peu de temps après, le général apprend que l'insurrection a gagné tous les rangs ; que les soldats demandent hautement à être conduits par le général en chef, — ils n'en connaissaient pas d'autre que Dupont, — à l'Empereur. 11 apprend en même temps qu'il est à craindre, d'après quelques propos tenus, que, s'il s'y refuse, on ne l'attache sur son cheval pour le mettre à la tête des troupes qui se disposent à rejoindre Napoléon à Fontainebleau.

Le général prend à l'instant la résolution de sortir d'Orléans; mais, pensant que le maréchal Saint- (^.yr peut encore ignorer la gravité de l'insurrection et courir des dangers personnels, il se décide à l'aller chercher au milieu dé l'efFervescence de la révolte qui éclate de toutes parts; et enfin, arrivé au pont d'Orléans, il apprend que le maréchal, déguisé en meunier, l'a passé et est sorti de la ville.

« Dès lors, ne songeant plus qu'à sa propre sûreté, mais sans déguisement pourtant, le général Dupont monte en voiture, et, après avoir eu quelque peine à se faire ouvrir les portes d'Orléans, sort enfin de la ville et prend la route de Nantes.

« A son arrivée dans cette ville, il trouve le gêné-

rai comte d'Autichamp qui y commandait après avoir été sous ses ordres dans son gouvernement, et il est saisi d'étonnement en voyant à son chapeau la cocarde tricolore.

« — Comment ! vous aussi , monsieur d'Autichamp I comment cela se fait- il?

« Car on ne pouvait douter du dévouement éprouvé de M. d'Autichamp.

« — Il n'y a pas eu moyen de faire autrement pour maintenir l'ordre, lui répond celui-ci.

« — Tout est donc perdu? dit tristement le général Dupont. Puis il pria le général d'Autichamp de lui faciliter les moyens de s'embarquer. Prévoyant que malheureusement le roi quitterait la France, il avait envoyé à Sa Majesté un de ses aides de camp, le lieutenant-colonel A. de Turenne, pour prendre ses ordres; et, présumant qu'il recevrait celui de la rejoindre, il prenait ses mesures pour le faire. M. de Turenne n'atteignit le roi qu'à Lille. Le général Dupont ne trouva point de bâtiment pour Londres, et, ayant reçu par le lieutenant-colonel de Turenne la réponse du roi, qui était celle-ci : S. M. est sûre du dévouement du général Dupont et elle l'en remercie; mais elle désire que ses serviteurs restent en France pour y maintetiir le bon esprit , le général prit le parti de revenir à Paris pour m'y attendre, et m'écrivit que je l'y retrouverais.

yr) SOUVENIRS

«J'avaisreçudelui, en quittant Tours, l'injonction de sortir de Paris, afin que si l'Empereur, de nouveau favorisé par son inépuisable fortune, y arrivait, malgré les efforts multipliés pour l'en empêcher, je ne fusse point, moi et mes enfants, à la merci du gouvernement impérial , pendant que mon mari combattrait contre lui.

« Malgré les représentations de mon excellent père, trop âgé pour songer à me suivre, navrée du chagrin que je lui faisais en le quittant, mais comprenant, d'autre part, de quel intérêt il était pour mon mari de n'avoir pas à s'inquiéter de mon séjour à Paris, où le maître qui l'avait traité avec une si cruelle inimitié pouvait rentrer d'un moment à l'autre, je pris les mesures les plus promptes pour quitter la capitale.

« On parlait du départ du roi. J'allai voir la comtesse de la Tour-du-Pin Gouvernet, avec laquelle j'étais liée, et je la trouvai avec la duchesse de Duras, son amie intime, que je connaissais aussi particulièrement, et qui m'apprit d'un ton consterné la défection du maréchal Ney.

« — Tout cela, dit la duchesse, je le voyais venir, (y est le résultat des amours-propres blessés. Madame Ney a monté son mari... On n'a point assez pris garde à ses paroles.

« — Il est bien tard pour s'en apercevoir, madame la duchesse !

DE LA RESTAURATION. iȕ

« — Qu'allez-\ous faire ? me dit-elle.

« — Partir, comme me l'enjoint le général.

« — Nous en ferons autant, sans doute, reprit-elle avec abattement.

« Madame de la Tour-du-Pin me proposa, quelques instants après, de m'accompagner chez le comte Ferrand, ministre d'État, directeur général des postes, duquel il me fallait un permis pour obtenir les moyens de départ dans ce moment de trouble impossible à décrire.

« — Nous tâcherons en même temps, disait madame de la Tour-du-Pin, d'obtenir de lui quelques nouvelles, quelques renseignements sur ce qui se passe. Oui sait? Peut-être lui en donnerons-nous qu'il ne sait point!

« Hélas ! il en savait, en effet, moins que nous encore, malheureusement.

« Arrivées chez le comte Ferrand, nous pénétrons, sans trop d'obstacles, jusqu'à un salon d'attente où nous trouvons une espèce de secrétaire, plein de son ioiportance, qui, sur notre demande de lui être annoncées , nous dit que « M. le directeur général était occupé avec un inspecteur et qu'on ne pouvait l'interrompre, h

« — Mais, reprit madame de la Tour-du-Pin, moins facile à décourager que moi, la comtesse Dupont et

moi avons à Tentretenir de choses importantes et qu'il sera bien aise d'apprendre.

« — Je ne saurais déranger Son Exœllence, répliqua le commis.

« — Je parie, me dit tout bas madame de la Tourdu-Pin, que le pauvre M. Ferrand ne sait rien; tout ici ne serait pas si tranquille s'il en était autrement. 11 faut cependant Y avertir.

c< Et là-dessus, insistant encore, elle parvient à faire quitter son siège à l'impassible scribe, seul hôte de ce salon. 11 alla gratter à la porte de M. le directeur général, mais d'une façon si timide et si réservée, qu'il semblait avoir peur d'être entendu, et qu'il eût fallu assurément que Son Excellence retint son souffle pour l'entendre.

« — Vous le voyez, madame, j'ai gratté, et Son Excellence ne répond pas ; il n'y a pas moyen de vous procurer une audience.

« — Mais il faut absolument que nous lui parlions, reprit, presque en colère, madame de la Tour-du-Pin, qui, à mesure que nous trouvions plus d'obstacles, sentait un plus vif désir de voir M. Ferrand atin de l'éclairer sur les dangers du moment. Je ne sais pas même si, dans son impatience, elle ne frappa pas elle-même à la porte du directeur général en l'appelant par son nom. Ce fut peine perdue, et tout resta muet.

« Si j'avais élé moins triste et moins inquiète, j'aurais assurément bien ri de ce siège en règle de la porte de M. le directeur général fait par deux femmes.

« Le commis nous regardait agir sans s'émouvoir. . Il nous dit enfin d'un air narquois :

« — On voit bien que ces dames ne savent guère ce que c'est que les occupations d'un ministre !

« — Nous le savons mieux que vous, aurions-nous pu dire toutes deux ; car mon mari sortait d'un ministère, et le beau-père de madame de la Tour-du- Pin avait été ministre sous Louis XVL

« Elle le regarda seulement de cet air d'ironique dédain qu'elle savait si bien prendre, et, imitant son silence, je sortis avec elle, m'affligeant comme elle de notre peu de réussite *.

Je parvins à me procurer, à défaut d'un permis, des chevaux de louage pour quitter Paris, et, le soir, à minuit, sans nouvelles précises de mon mari, pourvue de peu d'argent et tout en larmes en quittant mou père, je partis avec mes enfants, le précepteur de mon fils, un courrier et une femme de chambre, en suivant la même route que le roi, qui, comme je l'avais craint, quittait aussi Paris.

* J'appris que M. le comte Ferrand, si bien enteraié, si bien celé par ses employés, était réellement resté dans soti ignorance jusqu'à l'heure à laquelle, le soir même, M. de Lavalette vint chez lui prendre poliment son fauteuil.

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« Je trouvai les voitures de Sa Majesté à Saint- Denis presque embourbées dans les ornières par le temps affreux qu'il faisait, et lés gardes du corps que, par suite d'une combinaison fort singulière, on avait mis à pied pour le suivre, plus embourbés et plus empêchés encore.

« Je ne pus non plus me procurer des chevaux à la poste de Saint-Denis, et j'employai toute mon éloquence à obtenir de mon postillon de louage qu'il laissât courir le relais suivant aux deux chevaux qu'il m'avait amenés pour les joindre aux miens, lesquels, malgré cette aide, écrasés par cette course de trois relais, traînant une lourde berline, d'autant plus lourde qu'à défaut d'argent j'emportais mon argenterie, furent vendus le lendemain éreintés, forcés, fourbus, trois ou quatre louis qu'ils ne valaient pas.

« Je perdis 15 les traces du roi, qui se dirigeait vers Lille ; moi , je me dirigeai sur Dunkerque, pour passer de là à Fumes, petite'ville frontière où je pourrais attendre des nouvelles du général.

« J'arrivai tant bien que mal jusqu'à Breteuil, con* solée et presque rassurée par les sentiments royalistes que j'avais vus éclater sur ma route, et, d'un autre côté, étonnée et presque inquiète d'avoir trouvé le pavé de la route constamment encombré par les trains d'artillerie et les canons que l'on avait fait

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revenir du Nord, probablement pour s'en servir contre Napoléon, qui, à son tour, allait diriger leur feu de manière à rendre au roi tout retour impossible. Comment, si c'est dans cette vue et pour le service du roi qu'on les a mandés, comment n'ont-ils pas reçu contre-ordre,- me demandais-je, lorsqu'on a dû craindre qu'ils ne servissent contre lui? J'avais réellement envie de crier : « Arrière ! » à cette malencontreuse artillerie, que, du reste, le roi avait dû rencontrer comme moi.

« Tout ce que je voyais et entendais sur cette route ne cessait de m'étonner. Partout on attendait des ordres ; nulle part on n'en recevait ; chacun était dans l'ignorance de ce qui se passait à Paris. Un soldat faisant partie d'un détachement de l'ancienne garde, — grenadiers royaux maintenant, — que j'avais rencontré enfoncé dans la boue, s'élait avancé à la portière de ma voiture, arrêtée un instant, pour me demander des nouvelles, et m'avait dit : « Madame, nous sommes là quatre cents de la garde, tous dévoués au roi ; mais nous attendons inutilement des ordres; personne pour nous diriger, et nous ne savons que faire. » Je ne sus, de mon côté, que leur répondre, tout en les encourageant à persévérer dans leur royalisme*

« Plus loin, à Aire, où éclatèrent encore les manifestations des sentiments les plus exaltés ' pour les

Bourbons, le colonel des diagons de Berry s'étant approché de ma \oiture pendant que je relayais, aux cris forcenés de Vive le roi! m'avait priée, pensant que j'allais rejoindre le roi, de dire à Sa Majesté que tout son régiment était dans les meilleurs sentiments et qu'il ne demandait que des ordres. « Mais, ajoutat-il, j'écris en vain; personne ne nous en donne, et j'en suis désolé. »

« De Paris à Dunkerqueje rencontrai de semblables manifestations, partout le même enthousiasme pour la cause royale, les mêmes témoignages de fidélité exaltée. Je me demandais s'il était possible^que le roi fût contraint à quitter un royaume où il était si tendrement aimé, lorsque j'appris que, sur le conseil du maréchal Mortier et sous la pression de circonstances plus fortes que sa volonté, Sa Majesté avait quitté Lille pour passer à l'étranger.

« Arrivée à Dunkerque, j'y restai quelques jours : ayant enfin reçu un mot de mon mari, et connu par lui la réponse du roi à M. dç Turenne, dont j'ai parlé, je renonçai à la pensée de franchir* la frontière et me décidai à revenir à Paris, où je présumais pouvoir retrouver mon mari.

c( Il m'y rejoignit au bout de quelques jours, et nous y étions assez tranquilles, lorsque le général Bonet (le même qui commandait à Tours et qui jusqu'à la rentrée de Bonaparte aux Tuileries avait tenu ferme

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pour les Bourbons) vint voir son ancien gouverneur, auquel il était fort attaché. Le général Bonet fut d'abord obligé de lui avouer, avec quelque embarras, qu'il avait été chez l'Empereur, ne pouvant guère faire autrement, comme bien d'autres camarades. Puis, s'euhardissant, il chercha à prouver au général qu'il devait en faire autant.

« — Moi ! s*écria Dupont, moi! y pensez-vous?

« — Oui, mon général, oui. Vous surtout, après l'affaire d'Espagne. Gela arrangerait tout.

« — Il n'y a rien à arranger, et vous n'y pensez pas I

c< — Allons, mon général, ajouta le général Bonet, venez à l'Elysée (l'Empereur y était alors), venez-y! Vous devez bien penser que, si je vous y engage, c'est que je suis sûr que vous y serez bien reçu.

« — Bien reçu ou non, il ne me convient pas d'aller chez l'Empereuc. Je suis et je resterai du parti du roi. »

« Bonet insista cependant et encore assez longtemps pour que le général Dupont, fatigué de cette lutte, prétextât un motif pour le quitter.

« Le général Bonet, resté seul avec moi, multiplia de nouveau ses arguments en faveur de cette visite, si favorable, pensait-il, au général, et enfin il médit : « Vous avez, madame, de l'influence sur votre mari. Employez-la donc pour lui ouvrir les yeux sur ses

véritables intérêts! Il a servi les Bourbons avec une loyauté et un zèle assez mal récompensés parfois,puisqu'en dernier lieu il a été remplacé dans le commandement de Tarmée de la Loire. Maintenant leur cause est perdue, et il doit songer à lui. Allons, madame, obtenez cela de votre mari. »

« Je répondis que je n'avais pas sur M. Dupont l'influence qu'on me supposait; qu'en matière politique surtout, je ne me mêlais pas de lui donner des conseils dont il n'avait pas besoin.

« Le général Bonet continuant, en dépit de cette fin de non-recevoir, à insister et à en appeler à mon influence sur mon mari, je finis par lui dire : « Général, je vous ai déjà dit que je n'ai pas sur lui cette influence que vous voulez bien m'attribuer : maintenant je dois ajouter que, si je l'avais, ce serait pour l'encourager, s'il en était besoin, dans ses refus.

« — Alors, madame, je n'ai plus rien à dire, et je me retire affligé de l'issue de ma démarche. »

c< Le ministre de la guerre, — c'était le maréchal Davoust, -^ avait fait enjoindre à tous les généraux et officiers présents à Paris de se rendre au ministère de la guerre pour y signer une déclaration par laquelle ils se soumettaient.

« — Passe pour la soumission, dit le généralDupont ,

je me soumettrai à la force. » Et il se rendit à Tappel.

. Le décret qui exilait dans le rayon de quarante

lieues de Paris tous les membres du ministère de la première Restauration ayant paru, le général songea à en profiter pour quitter Paris; mais pour cela il fallait, quoique esilë, demander un passe-port au ministre de la police en personne. Le général se rendit chez Fouché à cette fin.

« Le ministre, au lieu de répondre à sa demande, rengagea, comme avait fait le général Bonet, à aller voir TEnlpereur, et, sur son refus, insista vivement : « Allez à rÉlysée, lui dit-il, allez-y; vous serez bien aise de l'avoir fait. Vous devez croire que, si je vous y engage, c'est que je suis sûr de Taccueil que vous y recevrez.

« — Non, dit le général, non. Cela est impossible, et je resterai le fidèle sujet du roi.

« — Maisqu'ont fait pour vous les Bourbons, après tout? Vous avez passé jour et nuit à les servir; vous vous êtes dévoué corps et âme : quelle récompense avez- vous reçue de votre zèle, de vos services?... Allons, général, réfléchissez; écoutez la raison : allez B rÉlysée.

« — Non, monsieur le duc. Je suis exilé comme ancien ministre du roi, et je veux profiter du bénéfice de mon exil.

« — Général, vous êtes fou !

« — C'est possible, monsieur le duc. J'insiste néanmoins pour que Votre Excellence veuille bien me faire

délivrer mon passe-port pour DouUens, où je compte me retirer * .

c< — Eh bien, non, général, je ne vous donnerai pas aujourd'hui votre passe-port. Je veux vous laisser le temps de la réflexion. Dans trois jours, si vous persévérez dans votre obstination, il vous sera délivré.

« — Soit, dans trois jours, puisque Votre Excellence le veut ainsi; mais ma résolution sera la même.

« — Tant pis, général; nous verrons alors. »

« Le général revint et me raconta cette nouvelle lutte.

« Trois jours après il demanda de nouveau son passe-port, qui, cette fois, lui fut accordé, et nous nous préparâmes à partir pour Doullens.

« En attendant le général à Paris, j'allais souvent chez une amie dont la fenêtre, assez haut placée, donnait sur la cour de FÉlysée. Je vis de là plus d'une fois TEmpereur descendre sur le perron de son palais, ce qu'il faisait moins légèrement que par le passé, car il avait pris beaucoup d'embonpoint. Je Taperçusunjour, non sans étonnement, avec son frère Lucien, si longtemps en disgrâce ! Je voyais aussi entrer là les courtisans de sa nouvelle fortune. C'est ainsi qu'un jour je reconnus le maréchal Gouvion Saint-Cyr, le grand aigle brillant sur sa poi-

^ Le général avait été neuf mois prisonnier à Douliens, et avait conservé dans la ville quelques amis qui lui en faisaient préférer le séjour.

trine. A cette vue, je fus un peu étonnée, — j'étais encore jeune I Cette visite devait naturellement conduire M. le maréchal au champ de Mai, où il parut en effet accompagné de bien d'autres, entre autres du duc de Dalmatie. Je cite cela pour mémoire.

« Je reviens à Tépoque de notre départ pour Doullens. La veille de ce départ, nous étions à table avec quelques amis lorsqu'on remit au général un paquet du ministère de la guerre. Étonné, il l'ouvre, et y trouve cet avertissement dont j'ai conservé Toriginal.

c( Le ministre de la guerre prévient M. le lieutenant

«( général Dupont, que TEmpereur ayant prononcé sa

« destitution par un décret du 3 de ce mois, il cesse

« dès ce moment de faire partie de l'état-major de

c< l'armée.

« Maréchal prince d'Eckmuhl.

« Pans» 7 avril 1815. »

« Le général, sans changer dévisage, se contenta de dire : « Messieurs, c'est la seconde. » Et il continua à dîner tranquillement, moins malheureux que satisfait de cette nouvelle disgrâce qu'il aurait dépendu de lui d'éviter.

« Nous nous rendîmes donc à DouUens, où le général passa le reste des Cent-Jours, de ces Cent-Jours dont les tristes conséquences pèseront éternellement

sur la France. Le général y resta assez tranquille, quoique signalé à la police et sous sa surveillance sans doute. Enfin le mois de juin arrivé ^vet le retour du roi avec lui! Le général, apprenant que Sa Majesté était à Roye, courut l'y joindrie et rentra à Paris avec elle. ...

« Voilà ce que devint le générai Dupont dans les Cent-Jours. On lie le vit, malgré les ouvertures dont j'ai parlé plus haut, ni aux Tuileries, ni à FÉlysée, ni au champ de Mai; et les écrivains^ bonapartistes lui en firent rudement porter la peine par leurs écrits remplis d'injures et de calomnies.

« n ne fut pké éparghé dans les salons du maréchal de Saint-Cyr, devenu ministre dé la guerre, et qui trouva probablement commode de jeter sur le général Dupont la responsabilité des événements d'Orléans, qu'il ne lui avait pas été plus donné d'arrêter qu'au général lui-même, qui avait quitté la ville le dernier, après avou* appris la fuite du maréchal.

« Lorsque le général Dupont, naturellement indigné de ce qui se disait à ce sujet dans les salons du ministre de la guerre du roi, alla lui en demander compte. Son Excellence nia d'abord le fait et voulut mettre fin à Tentretien en assurant le général que le roi ne doutait certainement pas de son dévouement, dont lui-même était bien convaincu.

tf — Alors pourquoi souffrir, monsieur le maréchal,

les propos qui se tiennent dans vos salons et devant madame la maréchale, qui les écoute et ne les dément pas? Quoi I vous laissez dire et croire que moi, moi ! qui, bravant un danger réel, vous ai cherché au milieu de la révolte et des menaces des troupes pour vous avertir du péril que je croyais que vous couriez, lorsque vous étiez déjà loin, vous laissez dire et croire que c'est moi, monsieur le maréchal, qui ai excité cette révolte contre vousl... Ma vie tout entière, monsieur le maréchal, s'élève contre cette calomnie et la dément. »

« Le ministre nia encore une fois qu'on eût tenu de pareils discours, puis il ajouta d'un ton assez embarrassé : « Si vous voulez que je vous le dise, général, j'ai seulement été étonné des allées et venues de vos aides de camp.

« — Eh ! monsieur le maréchal, il fallait donc me le dire. La chose eût été bien facile à expliquer : un de mes aides de camp était sans cesse sur la route de Paris pour demander une artillerie et des munitions que l'on ne m'a jamais données. Un autre courait après ma femme pour lui remettre l'argent dont je savais qu'elle manquait pour quitter Paris avant que Napoléon y entrât. »

c< Plus ou moins satisfait de sa visite et des explications du maréchal Gouvion Saint-Cyr, le général demanda au roi une audience qu'il obtint aussitôt. Il lui

expliqua sa conduite et toute l'affaire d'Orléans. Sa Majesté ayant paru satisfaite, et lui ayant répété combien elle avait toujours compté, et combien elle comptait toujours sur son dévouement, le général, satisfait lui-même, n'y songea plus. »

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