‹ Souvenirs de la Révolution et de l'empire (volume 2)Chapitre 10 sur 50 · LES PRISONS DE PARIS SOUS LE CONSULAT. (S · texte numérisé non relu

LES PRISONS DE PARIS SOUS LE CONSULAT. (S

messieurs étoient profondément ignorés alors dans ia France subconsulaîre ; ils n'avoient jamais eu de bulletins où tracer leurs faits d'armes dont l'histoii-e ne saura rien, et le temps n'étoit pas venu où tout le monde seroit admis à lire leurs titres d'honneur et de mort sur d'autres écrtfeaus ; mais ces noms me servirent de recommandation auprès de Ëeauvoir. Au bout de cinq minutes, nous nous connoissions comme si nous avions couché deux ans sur la même paille, et un quart d'heure après nous étions frères. L'amitié est si bonne que je m'accoutumai presque d'abord à me croire heureux ; mais ce n'est pas là que se bomoient les déhces de Sainte-Pélagie. Celles dont il me reste à parler en premier lieu étoient un peu plus matérielles, et cependant la diète sévère du secret m'avoit disposé à les goûter avec plus de sensualité qu'en aucun autre temps de ma vie. Sainte-Pélagie avoit alors un restaurant placé dans l'intérieur même de ses murailles, et qui ne le cédoit en rien aux célèbres officines d'Archambaud, si estimées de mon temps dans le pays latin. Les salons tenuspar une petite madame Lobé, piquante, agile et gracieuse, n'étoient pas tout-à-fait aussi élégants qu'elle,

amis sur le danger des amblUons de rémigration et de la noblesse, disoll en souriant quels monarchie n'sTolt peut-être qu'un raojende se rétablir en France, la dégradation de toute la noblesse et l'anoblisscmeut de tout le peuple. J'ai entendu répéter cela par Durban et par Beauvoir. J'auroia à peine osé étendant hasarder cette anecdote, si Je ne la trouvois à peu prfe constatée dans les mesures particulière» proposées par Rivoire au comité royal de contre-révolution. Voici l'article 3 ;

• Donner à tous les ofBciers- généraux et supérieurs qui se déclarent ' " pour le roi des lettres de noblesse, s'ils ne sont déjà nobles de nnis- • sance, enremplacement d'autant de noblesquiserontdégradés. >

J'ose bien assurer, en déllnitive, que nos libertés politiques et notre égalité de drolis ont compté peu de défenseurs plus énei^iques et plus dévoués que George Cadoudal. Seulement, il a'esl obstiné à les servir sous le drapeau hlanc, quand elles étoient vendues, ou délaissées, ou regrellées avec une profonde et Inutile douleur, sous le drapeau tricolore. C'est li toute la dilTérence.

tu SOCVENIRS DB LA RÉVOLUTION,

mais ils brilloient de propreté, et c'étoit plaisir d'y délasser ses yeux du triste aspect de nos cellulea. Quoiqu'ils n'eussent été ouverts qu'à l'intention des prisonniers pourdettes, un prisonnier de {'Opinion Anissoit par y pénétrer aussi, quand il étoit doux, timide, inoffensif et muni de quelque argent : je jouis de cette faveur dès les premiers jours qui suivirent ma détention mus les plombs, et le guichetier aimablement oublieux qui me conduisoit ne s'avisoit, !e plus souvent, qu'au bout de deux ou trois heures que l'heure rigoureuse de sa consigne étoit expirée. Ce n'est pas tout : il étoit expressément défendu de laisser communiquer les prisonniers de VOpinion avec l'extérieur ; mais cette défense ne s'étendoit pas aux prisonniers pour dettes qui dlnoient en famille à cAté de nous, et qui avoient des .femmes, des sœurs, des amies, des maîtresses charmantes; j'en jugeois du moins ainsi, car on n'imagine pas combien les femmes sont jolies pour un prisonnier de vingt ans ; et réciproquement, un prisonnier de vingt ans n'est pas sans intérêt pour les femmes, quand un de ces hommes entendus, coimne il s'en trouve partout, est venu leur murmurer à l'oreille avec une solennité mystérieuse : a Vous « voyez bien ce grand jeune homme blond, qui a la 0 physionomie si mélancolique. Le pauvre diable a vrai- « ment de bonnes raisons pour cela : il est depuis plusieurs « jours condamné à mort adminislrativement, et son « exécution n'est retardée que par une formalité, mais « cela doit arriver du soir au lendemain. k> Hélas ! que i'infortunes plus réelles n'auroit-on pas bravées pour acheter leur pitié, pour voir une ôme tendre et compatissante se déceler à travers l'émail humide de leurs yeux ; poursuivre, à travers de beaux cils d'un noir éblouissant, une larme qui couloit pour nous, et la sentir tomber tiède sur notre main 1 Je croyois avoir épuisé, en quelques joui-s de folle jeunesse, toutes les joies de l'amour, et je n'avois rien pressenti de celles-là.

Vous voilà maintenant bien prévenus que Sainte-Pélagie

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étoit un de ces cachots d'enchantement où !e ciel descend parfois tout entier, avec ses nuées rosées, ses asires purs et doux, et ses chœurs de jeunes divinités cent fois plus séduisantes que les morteiles, précisément comme à l'Opéra ; et vous aurez peine à croire que ces jours d'une illusion si mobile qu'elle ne pouvoit occuper l'âme assez long-temps pour la faire soutTrir, aient été les plus pénibles de la vie. Je vous avouerai que le mot de cette énigme est assez difficile à dire, même pour les gens qui ont fait abnégation de toute vanité, parce qu'il intéresse une des délicatesses irritables de notre fierté d'homme, et je vais en brusquer l'aveu pour m'aSranchir tout de suite d'une pudeur embarrassante. Le poison qui corrompoit chez nous une existence d'iùlleurs très-folérable, c'étoit quelque chose de plus que l'angoisse du condamné qui attend l'exécuteur ; c'étoit la peur d'une mort inopinée, soudaine et obscure, à laquelle nous nous croyions destinés les uns après les autres, et qui sembloit ne nous avoir épargnés jusque-tà que par une faveur du hasard. Comme cette appréhension n'annonceroit, sous un gouvernement légal, et même sous la plupart des gouvernements absolus, que le vertige d'un maniaque, il faut l'expliquer par quelques faits singuliers dont l'éclaircissement a manqué jusqu^ici h l'histoire morale des prisons.

Je n'apprendrai probablement rien à personne en rappelant le bruit des exécutions nocturnes, si communes, s'il falloit en croire la rumeur universelle, vers la fin du consulat, et dont le théâtre avoit été transporté, depuis peu, du Temple à Sainte-Pélagie. C'étoit une notion reçue et incontestée, même par les partisans les plus zélés du nouveau gouvernement, qui couvroient commodément, selon l'usage, cette monstrueuse violation de toutes les lois humaines du prétexte immoral de salut public, argument hypocrite des assassins et des tyrans; mats avant d'aller plus loin, je dois déclarer que, si ce n'étoit pas là un mensonge bien CBraclénS(é, c'étoit au

tB S0DVËK1R9 m Ik BEVOLCTION.

- moins une immense hyperbole, ef que le nombre des prisonniers exécutés sans formes léj^ales a dû être exfri!mementbomé.Ilseréduiroit au capitaine Wright et à sf 8 matelots, qu'il en resteroit assez à la vérité pour caracté-. riser un crime de cannibales ; mais nous étions certainement trompés sur cette boucherie occulte qui ne lassoit ni les bras des bourreaux, ni la verve conteuse des nouvellistes de salon. Qu'avoit besoin d'ailleurs le gouvernementdecetemps-là d'escamoter quelques cadavres à la justice qui les lui auroit donnés î J'ai appris depuis, dans le coin d'un journal, entre les anecdotes du jour, l'exécution de je ne sais combien de mes camarades, de Rosselin, de Condurier, de Vuitel, d'Armand de Chateaubriand. Il n'étoit guère question vraiment de s'informer si toutes les conditions d'une bonne procédure avoient été remplies à leur égard, et s'il n'y auroit pas eu de ressource en révision ou en appel. On savoit fort positivement qu'ils étoient morts, mais on n'a jamais demandé s'ils avoient é!é jugés. C'est calomnier la tyrannie que de lui supposer des ménagements. Elle sait bien que les pouvoirs violents ne s'affermissent que par les excès. Quand on fît tuer un Bourbon dans les fossés de Vincennes, le caractère de la personne rendoit l'affaire plus sérieuse, et cependant elle fut terminée avant d'être venue aux oreilles d'un de messieurs les chambellans. On vous jeta son jugement et son sang à la tète, et voilà tout.

Quoi qu'il en soit, nous avions apporté celte prévention absurde en prison.Elleyavoitétéfortifiéepapune prévention qui s'appuyoit d'observation et d'expérience. Vrai ou faux, nousavionslafoide notre malheur. Nousétionsia,toutsemblables aux compagnons dlllysse dans la grotte de Polyphème, et attendant avec une horrible impatience le jour où notre nom, tombé à la loterie de la mort, vaudroit sur les fonds secrets de la police unionde quatre coups do fusil. Et il ne faut pas s'imaginer que cette aberration étoit le propre de ({uelques imaginations exaltées et malades :

LES PBISONB DE PADIS SOUS I.E CONSULAT. iO

U li'y âvoit personne qui ne la partageât, qui n'afferoitt tous les jours noire convictioD par de nouveaux renseignements. Or, une erreur qui est parvenue à obtenir un pareil degré de créance équivaut, si je ne me trompe, quant à l'effet qui en résulte sur la pensée, à une réalité bien établie. Presque toutes les nuits, vers deux heures, VOpinion recevoit la visite des guichetiers. A peine entendions-nous rouler le premier des rauques verrous de nos trois portes de fer, chacun s'asseyoit sur sa paille en supputant silencieusement les probabilités qui restoient i, une des vingt chambrées contre les dix-neuf autres. Enfin, le corridor retentissott du pas lourd des hommes de service, et de l'entre-choquement des fusils, et du tintement des clefs pendantes; et nous, tourmentés par nos diverses prédilections d'amitié, nous épanchions nos inquiétudes et nos terreurs avec une alternative d'angoisses et d'espérances à laquelle le cœur ne résisteroit pas longtemps. Une dernière porte s'ouvroit, et pendus au barreau de la petite ouverture qui surmontoit l'entrée de nos cachots, nous échangions, sur toute la longueur de la galerie, des questions inquiètes et des réponses confuses. — Quel numéro î quel côté ? — La gauche, la droite, le deux, le quatre.— C'éioitunerumeuràne pas s'entendre. Au bout de quelques minutes, la porte venoit abattre sur ses montants de pierre; le verrou rentroit dans son anneau, et le silence vous auroit permis alors de saisir à vingt pas le bourdonnement d'un insecte. Le prisonnier se nommoit d'une voix ordinairement forte et assurée, et après, ce n'étoit plus qu'un vague murmure entrecoupé de cris d'adieu, d'imprécations et de gémissements, qui croissoit et s'assourdlssoit tour à tour, comme une marée orageuse, jusqu'au moment où le bruit d'une explosion nous apprenoit que tout étoit fini. Là, recommençoit un profond et lugubre silence, plein de regret sur le sort de nos amis et d'amers pressentiments sur le nôtre.- A compter de ce moment-làjon ne partout plus, mais quelquefois on dormoit

B* B0UVBNIR9 DB LA HÉVOLirnON.

encore. Fant-il que je le répète I cet appareil sinistre D'annonçoit toutefois qu'un transfèremeat, du moins à quelques exceptions près, et j'ai retrouvé en prison, ou dans le monde, plus d'un homme que j'avob pleuré ; mais nous ne le savions pas, nous ne pouvions pas le savoir, et nos informations inuUles n'ont jamais obtenu que le sourire de l'ironie ou les brusques rebuts de l'ennui. Nos gardiens ignoroient toujours le sort d'un [tisonnier qui avoit disparu, et si le bruit de l'explosion étoit arrivé à leurs oreilles, ils l'attribuoient avec un malin sourire à , quelquevoi^ plus lasde vivreque nous-mêmes, ou à quelque douanier affamédecontrebmide.HaUieuieusementl'explosion colncidoit trop immédiatement avec l'extraditjon du prisonnier, pour qu'on pftt admettre ce concours si exact et si constant d'heure et de faits entre deux événements très-étrangers l'un à l'aubre. — Vous étiez embarrassé en beau chemin, me direz-vous ! L'extradition d'un homme de parti qui pouvoit, par des intelligences secrètes, ameuter une fouie d'adhérents, exigeoit des précautions sérieuses et propres à déjouer toutes les tentatives. Au signal convenu, un soldat aposté faisoit feu, et l'appel étoit couvert d'autant de coups de fusil quil y avoit de sentinelles. C'étoit une espèce de garde à vous, qui ne devoit pas inanquer son effet sur les malintentionnés. — J'avoue- '/aî que je m'en suis douté une dizaine d'années après, mais c'éton un foible palliatif aux maux passés, et je voua étonnerois peut-être en vous disant que la police s'étoit arrangée de manière à ne pas nous laisser prendre la chose à naturellement. L'explosion nocturne étoit à deux fins, celle que votre perspicacité vous a fait deviner si vite, i et puis une antre que vous ne devineriez pas. C'étoit un jeu : exercé sur les Ames foibles pour les abrutir, sur les ftmes , fortes pour les rompre. Ce gouvernement n'étoit pas sanguinaire, je vous l'ai dit souvent ; m^ il venoit trop près du gouvernement de Robespierre pour lui abandonner un avantage, et quand on auiIÂJoime toutes les supériorité»,

Les prisons de paris sous le consulat. si

on n'wme pas à laisser derrière soi un nom plus formidable que le sien. Voilà pourquoi on avoit organisé dans les prisons une terreur toute morale, et, pour ainsi dire, tout imaginaire ; parodie insultante de l'assassinat, qui ne tuoit que l'âme. Quoi qu'il en soit, cette préoccupation nous suivoit si assidûment, qu'on n'entroit pas dans la 9)W carrée qui servoit à nos distractions, sans chercher sur le dernier des trois degrés qui y descendent une trace de sang mal lavé quej'ai cru souvent y voir sur la foi des antres; et quand notre promenade quadrangulaire nous raraenoitdeux à deux vers le point fatal, on se lemontroit duregard. Toutes ces terreurs reposoient sans doute suf une erreur qui fait pitié, et on ne me reprochera pas d'en aToirdissimuIéletidicule. Avec la pertinacité incisive d'un ' voyageurqui vientde loin (et on revenoit de loin quand on sortoit des prisons du consulat) je n'aurois pas perdu dans ces préliminaires consciencieux l'effet d'une narration intà'essante, d'une péripétie dramatique et d'un dénouement inattendu. 11 y a une demi-heure que la toile est levée, et que je vous montre à plaisir les imoindres rouages de mes machines, sans vous cacher une trappe, sans vous faire tort d'une ficelle; représentation sans exemple, où tout le monde est dans le secret de la tragédie, excepté les perstMinages. II n'y a pas de combinai-

■ son dramatique, depuis les meilleures pages d'Anne Radcliffe aux meilleures scènes du mélodrame, qui puisse tenir à une pareille abnégation d'artifice. C'est un genre de composition dont personne ne voudra, mais c'est le

* mien. J'ai voulu être vrai avant tout, et si les règles de l'art me paroîssent faites pour diriger le travail de l'imagination, je trouve qu'elles répugnent à la dncérité de l'histoire. J'aupois été moins gauche en arrangeant un roman. Au reste, vous êtes si complaisamment faciles à subir toutes les impressions, à laisser fléchir vos convictions Bousllmpulfflon d'un sentiment, ou fasciner vos yeux au prisme d'une illusion, à vous endormir dans un rave qui

B1 SOUVENIRS DE LA RÊVOLCTIOTt.

VOUS amuse ou qui vous touche, que je me crôrrois sur de retrouver quelque intérêt dans voire cœur pour une de mes histoires, si vous aviez fe temps d'entendre comme j'ai celui de raconter ; et aujourd'hui que nous voilà vieux, prolétaires invalides et contribuables inéligibles. Je ne pense pas que nous ayons quelque chose de mieux à faire : il faut seulement pour cela que vous ayez la complaisance d'oubliertout ce que je vous ai dit, ou de commencer votre lecture par la fin, ce qui n'a pas le moindre inconvénient.

Un matin ta porte du d° 6 s'ouvrit trois heures plus tât qu'à l'ordinaire. Le jour commenooît à peiné à poindre. Les guichetiers la refermèrent derrièreeux,et je n'avois jamais vu cela. Ils parcoururent tous les recoins de la chambrée avec une scrupuleuse attention, s'assurant qu'aucune brique n'avoit été soulevée, et glissant la main le Ion{; de tous les barreaux pour y chercher le cran délié de la scie d'acier, ou les aspérités que lusse le passage de la lime. Ils palpèrent nos habils déployés pour y découvrir quelque inégalité suspecte qui leur dénonçflt la présence d'un corps étranger entre le drap et la doublure. lis ouvrirent nos sacs de paille, et ils explorèrent attentivement cette poussière sans forme et sans nom qui avoit végété autrefois en épi, mais qui n'appartenoit plus depuis long-temps à aucune famille de productions naturelles. On trouva dans celte que le poids de mon corps achevoit de réduire à sa dernière expression d'impaipabilité un petit coin de chêne garni d'une armure de fer. Démaillot remarqua qde cet instrument avoit été en usage dans toutes les prisons, où il servoit à fendiie le twis, du temps où l'État chauiToit ses prisonniers, et qu'il n'étoit pas. étonnant qu'il se trouvât mêlé dans nos paillasses au reste des rebuts immondes dont elles étoient composées. Les visiteurs n'emportèrent que ce coin de bois pour toutes dépouilles opimes, et les chambrées restèrent closes jusqu'à l'heure accoutumée.

A dix heures j'entrai dans la chambre de Beauvoir, qui

LC3 rRISOKS DE PAIllS SOBS LE CONSULAT. tS

^toïf occupé, selon son usage, à cirer ses bottes d'ordonnance, et qu'aucune distraction n'auroit forcé à se désoccuper de ce soin, tant que leur lustre étoit encore obscurci par un atome tombé de la vergette ou une vapeur émanée du souffle. Vous auriei juré qull avoit audience chez le ministre de la guerre ou visite d'obligation chez le commandant de Paris, et depuis deux ans de captivité il n'avoit mis que des pantoufles. « A-t-on fouillé aujourd'hui chez a toi î a dis-je en m'asseyant sur un bahut qui renfermoit ses huit paires de bottes symétriquement rangées, son cirage de tous les pays, ses brosses de toutes les dimensions, et quelques autres ustensiles de toilette pédestre. « Vrai- « ment non, » me dit-îl en relevant sa botte à la hauteur de l'œil du cûlé de la croisée, et en la livrant avec satisfaction à l'épreuve du grand jour dont elle pouvoit défier l'éclat, a on ne fouille que dans les chambrées où il y a une a exécution à faire. — On a fouillé chez nous, » lui dis-je. Il laissa tomber sa botte sur la paille, a Chez toi ? s'écria- « t-il, c'est horrible !» — Il se leva j il donna un coup de pied à la botte qui l'empéchoit de marcher librement; il se parla quelque temps seul, et se retourna enfin vers moi avec un regard assuré, en déployant largement sa main gauche et en la parcourant de l'index de la droite par figures démonstratives : a Ce n'est pas Guérin, o dit-il en partant du pouce, a Que diable feroit Bonaparte de la « peau d'un théophilanthrope ? Ce n'est pas Goville, cona tinua-t-il; c'est un homme inofiensif, étranger à toutes a les intrigues, réclamé de très-haut; et plus que tout cela, a c'est le beau-frère de Dagoult, qui est fort bien dans ce « tripot des Tuileries. Ce n'est pas Démaillot, frondeur a sans conséquence, beau parleur sans danger, qui a « moins d'influence sur la-populace que Bonjour, Gallais , « ou Chalandon; ressort usé d'un instrument qui ne joue 0 plus ; jacobin empaillé, momie révolutionnaire, que l'on « garde tout au plus comme un type curieux de l'espèce, a et dont la place définitive est à la ménagerie. » Alors il

Bt SOCVEHIRS DE LA BÉVOLCTION.

s'arrêta, et puis il reprît : » Ce n'est pas toi; ta vie n'est a liée à aucun système redoutable ; tu tiens à tous les u partis par quelques idées, et tu dérobes à tous par quel- « ques répugnances. Les gouvernements ne tuent pas les H gens qui marchent tout seuls, surtout quand ces gens-là a viennent d'échapper aux lisières de leur nourrice. D'ail- « leurs, tu étois au secret, tu en es descendu; et si l'on « avoit voulu te tuer au rei-de-chaussée, on ne t'auroit pas a arrêté au troisième étage. Ce n'est pas toi ; c'est Re- « nou. — Renou ! — Oui, Renou, La mort est sur les « Vendéens. Aujourd'hui lui, demain moi. » A cette idée, il releva la tête d'un air fier, et je laissai tomber la mienne sur ma poitrine. C'étott tellement cela que je ne pouvais pas même concevoir la possibilité d'une autre chance. Renou avoit été interrogé deux ou trois jours auparavant. C'étoit Renou. Je rentrai au n" 6, et je me jetd sur lAa paille en pleurant.

Renou étoit sur la sienne et fintssoit de rimer one épltre qu'il m'avoit adressée. Jamais je ne l'avois vu si content. « Imagine-toi, me dit-il, que je croîs être, venu à « bout de quelques difficultés qui m'embarrassoîent beau- « coup. Tu sais que ma femme s'appelle Angélique, et 0 ma tille Zélinde, et j'ai voulu te parler d'elles dans mon « épitre. Zélinde, Mélinde, cela va tout seul. Mais crois- H tu que je puisse faire rimer Angélique avec angéligue ? a — Angélique avec angéligue, bon Dieu î — Eh ! ouï, a Angélique, nom propre; angéligue, nom de plante ; an- M gétigue, adjectif, c'est que cela feroît très-bien, vois-tu :

• Et le parfum de l'asgétlque...

« —Nou, lui dis-je avec impatience... cela seroit affecté... a Dis plutôt :

« Et M conBtanee éTuigéllque... u

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