‹ Souvenirs de la Révolution et de l'empire (volume 2)Chapitre 12 sur 50 · LES PHISONS DE FABIS SOUS LE CONSULAT · texte numérisé non relu

LES PHISONS DE FABIS SOUS LE CONSULAT

bao, qu'avec Raoul ; mais il faut l'avoir éprouvé pour le savoir, ce que c'est qu'une amitié qui se renoue entre le cachot d'où l'on sort et l'avenir inconnu où l'on va- Je connoissois d'ailleurs à Lebourgeois une amft résignée et austère, qui méloit beaucoup de douceur à beaucoup de résolution, et qui m'avoit toujours imposé. Nous parlflmes de Beauvoir, qu'il croyoit fusillé depuis long-temps, et de quelques autres de nos aventureux camarades dont il ne jugeoit pas que le sort fût de beaucoup k préférer au nôtre. Il me mît ensuite en rapport avec un de ses compagnons qui s'appeloit M. Picot, l'homonyme et non le ])arent de celui dont la tête tomba près de celle de George. Le brave officier dont il est question ici n'étoit pas si éloigné de l'accomplissement de son dernier sacrifice. Le troisième des prisonniers se donnoit pour un gentilhomme de Vannes ou de quelque autre canton du Morbihan, qui suîvoit dès son commencement la fortune nomade de l'émigration. Depuis deux ans à peine, rentré dans les départements de l'Ouest avec quelques pouvoirs, et bientôt surpris par l'implacable activité de la police du consulat, il avoit eu le bonheur d'échanger cette chance de mort contre une détention temporaire. On ne dlsoit pas précisément comment, et d'ailleurs ces détails me sont peu connus, car je ne les ai saisis que dans un moment violent de préoccupation où ils m'offroient bien peu d'importance. Je ne sais cependant quelle impression, qui n'avoit certainement rien de sympathique, m'est restée de cet homme. Sa figure étoit distinguée sans être noble, spirituelle sans être aimable, animée sans être communicative. Quoiqu'il fCit depuis longtemps en prison, il y avoit afiecté le costume insouciant dans lequel on a été surpris pour y aller : la veste du matin, le pantalon à pied, la mule de maroquin; et c'est en cet équipage qu'il venoit d'être déposé dans ce cabinet de transition où nous attendions notre sort. Lebourgeois et Picot, qui paroissoient le connoltre fort imparfaitement, lui témoignoient les égards qu'une

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